‹ Ulysse, ou, Les porcs vengésChapitre 26 sur 40 · OU IL EST QUESTION DES JOKEIS · texte numérisé non relu

OU IL EST QUESTION DES JOKEIS

Le jockei est une importation anglaise comme le bifteck et le mackintosh.

Jusqu’à la moitié du dix-huitième siècle on connaissait en France :

Des cochers,

Des laquais,

Des palefreniers,

Et même des coureurs,

Lesquels coureurs avaient pour mission d’humilier les chevaux en les distançant toujours et en ne se laissant jamais rattraper par eux.

Ce n’est qu’en 1775 qu’on eut pour la première fois l’idée de faire venir à Paris un jockei de Londres.

Cet objet de haute curiosité eut tout d’abord des succès, on le mit en caricature et en chanson ; — dès ce moment sa vogue fut assurée.

Maintenant la France fournit autant de jockeis qu’il en faut pour sa consommation.

On appelle encore ces écuyers : John , Dick ou Tom.

STEEPLE-CHASE

Mais c’est par pur caprice, car la plupart du temps son véritable nom est :

Pierre , Antoine ou Nicolas.

Un des points importans lors d’une course est de ne point surcharger le cheval. Aussi tout jockei qui est soupçonné de vouloir prendre du ventre est-il mis comme son cheval à un régime sudorifique.

STEEPLE-CHASE

En nous bornant a dire qu’on fait transpirer les jockeis qui s’apprêtent à courir au Champ-de-Mars, nous ne donnons pas une idée suffisamment exacte du traitement auquel on les soumet.

On installe le patient près d’un feu capable de rôtir un bœuf, — on l’entoure d’une couverture de laine , — on le couvre d’édredons, — on l’abreuve de tisane de camomille, et après trois semaines d’un pareil état de choses il n’a plus littéralement que la peau et les os, et, s’il vient à perdre sa place de jockei, il peut facilement trouver à s’engager à Saint-Cloud pour jouer le rôle d’homme-squelette et faire concurrence à tous les 'phénomènes les plus curieux : — deux sous pour les militaires non gradés et pour les bourgeois grêlés !

Avec un peu d’éloquence et beaucoup de grosse caisse on arrive encore à faire de la sorte de magnifiques recettes.

Un groom qui a le malheur de peser plus de 32 livres, les bottes comprises, est rayé de la liste des jockeis : — il devient cocher et peut alors donner carrière à tout son appétit : — l’embonpoint est toléré dans cet emploi et même le nez violet y est assez bien porté.

STEEPIÆ-CHASE.

Une foule de conducteurs de fiacres ont dans leur jeunesse été jockeis; — on ne s’en douterait pas, attendu que la plupart du temps ils ne sont jamais pressés d’arriver au but de leur course : — cela nous prouve que les années rendent philosophes et changent bien le caractère des hommes.

STEEPLE- CHASE

Après cela, cette lenteur proverbiale des cochers de fiacre tient peut-être un peu aussi à leurs chevaux.

UNE COURSE AU CHAlYiP-DE-iYIARS.

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