‹ Ulysse: tragédie en cinq actes et en versChapitre 15 sur 88 · ACTE h · texte numérisé non relu

ACTE h

EUMÉfi.

Salut, pasteurs. — Hélas l« mes peines et les vôtres Engraissent ces troupeaux pour la table des autres. Quel plaisir avons-nous, en allant au travail y Quand des usurpateurs mangent notre bétail?

Je voudrais travailler deux fois plus aux étables, Si mes soins profitaient aux maîtres véritables.

— Prenez place, pasteurs. C'est pour cet étranger Qu'on devance aujourd'hui les heures du manger.

Les porchers s'asseoient aux deux tables et mangent. — Eumëei se tournant

vers Ulysse.

Non, vieillard, tant de biens ne sont pas mon partage;

Un plus puissant que nous avait cet héritage.

Certe, il était puissant; tu n*en trouverais point,

Ici , ni même ailleurs, qui fût riche à ce point

Vingt princes réunis l'égaleraient à peine.

Juge de sa richesse ! Il avait, dans la plaine ,

Douze troupeaux de bœufs, et douze de brebis

Dont la laine servait à filer ses habits ;

Et de plus, il avait ici, dans douze étables,

Douze troupeaux de porcs qui fournissaient ses tables.

— Ah ! s'il avait vécu, ce bon maître, aujourd'hui Je n'aurais pas besoin de servir chez autrui ! Car sa bourse pour moi n'était jamais fermée ;

— J'étais son intendant et je m'appelle Eumée. — Il m'eût donné des champs avec une maison.

Et tous les instruments propres à la moisson ; Il m'eût choisi lui-même une femme économe Qui double par ses soins les épargnes de l'homme ; Enfin il m'eût traité, comme un maître parfait

Traite un bon serviteur dont il est satisfait. — Mais il est mort. Plutôt fût morte cette Hélène Pour qui tant de héros sont couchés dans la plaine ! Notre maître a suivi tous ces guerriers fameux, Et sur des bords lointains il a péri comme eux.

LE CHOEUB '.

Que de sang a rougi la terre , Versé par rhomicide Mars, Depuis qu'un berger adultère Ravît Hélène aux doux regards !

Combien d'épouses t'ont maudite.

Funeste présent d'Aphrodite, Hélène , fille de Léda !

Depuis qu'emportant son amante Paris fendit l'onde écumante.

Sur le sapin du mont Idal

* Pour venger l'affront des Atrides,

* La Grèce arma mille vaisseaux.

* Grèce l tes fils intrépides

* Sont morts dans les sanglants assauts.

* Tes fils ont péri devant Troie ,

* Et leurs corps ont été la proie

* Du chien immonde et du vautour;

* D'autres, plus malheureux encore,

* Errant du couchant à l'aurore,

* Ne connaîtront pas le retour.

Ah! plût au ciel que la tempête, A la voix d'un Dieu punisseur,

1. Parlé. La première et la dernière strophe seulement sont dites par coryphée.

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