‹ Ulysse: tragédie en cinq actes et en versChapitre 58 sur 88 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Un morceau de ce pain que vous ne mangez pas , Serait pour l'indigent un excellent repas ; Songez que l'abondance, auprès de la disette, Envers ceux qui n'ont rien , seigneur, est une dette.

CTÉSIPPE

Paixl

Si vous n'êtes pas à l'abri du remords, Une bonne action elTace bien des torts.

CTÉSIPPE

Va-t'en. Tu n'auras rien.

ULYSSE, k Amphinome.

Et vous , mon beau jeune homme, Ne donnerez-vous pas , magnanime Amphinome ?

Je suis sûr qu'au moment de choisir un époux , Toute fille voudrait un mari tel que vous.

Donnez , et puissiez-vous avoir en récompense Une femme prudente et craignant la dépense 1

AHPIIINOIIB, tendant sa coupe à Ulysse.

Prends ma coupe, vieillard ; bois ce vin généreux , Et qu'un jour les destins te soient moins rigoureux!

ULYSSE, lui rendant la coupe, après aToir bu.

Noble Amphinome, fils d'un père respectable. Vous êtes un seigneur pieux et charitable ; Écoutez en retour l'avis d'un vagabond :

— Qu'importe qui je suis, si mon conseil est bon ! —

Je vois qu'on fait ici des choses que je blâme ;

On pille un homme absent , et Ton poursuit sa femme.

Est- ce juste? Non certe ; et je crois que les Dieux

Ne (oléreront plus ce pillage odieux.

Retirez-vous ; partez ; gagnez votre demeure

A rinstant; n'attendez pas un jour, pas une heure;

Partez vite ; la Mort ignore les délais ;

Elle accourt , et déjà plane sur ce palais.

AMPHlNOMEy effrayé, se Ihve, puis se rasseyant.

Bah I j'y réfléchirai demain.

Trop tard peut-être.

Reprenant un ton humble, et s'adressant à Antinous.

Donnez, Ântinoiis; donnez, mon jeune maître; Vous devez donner plus qu'aucun de vos amis ; Car, à ne pas mentir, vous êtes le mieux mis ; Votts^ez l'air d'un roi qui siège sur son trône. — J'étais riche autrefois , et je faisais l'aumône ; Mais mon vaisseau

ANTINOUS

Paix donc ! éternel discoureur!

Va servir, fainéant , chez quelque laboureur. Tu trouves plus aisé de vivre dans la rue , Que de gagner ton pain en poussant la charrue.

Oh ! si nous labourions, tous deux, au même endroit, Nous verrions qui ferait le sillon le plus droit. Non , allez ; je ne suis ni fainéant , ni lâche ;

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