SCÈNE IIÏ
Les Mêmes, PÉNÉLOPE, tenant rare d'Ulywe, et suiTie de ses femmes qui portent le carquois et les anneaux.
ANTINOUS
Pourquoi tient-elle un arc à la main?
AMPHINOME
Écoutons.
Vous qui siégez, mangeant nos bœufs et nos moutons, Buvant le vin d'Ulysse et poursuivant sa veuve, Prétendants, je vous viens proposer une épreuve. Je me suis décidée à choisir un époux, Pour que mon fils enfin soit délivré de vous; Mais lequel choisirai-je, et comment, à quel signe, Saurai-je distinguer lequel est le plus digne? Si je m'en rapportais à mes yeux, j'aurais peur
De juger faussement > car Taspect est trompeur.
Que faire donc? — Kh bien ! je vous ouvre la lice ;
Disputez-moi : celui qui tendra l'arc d'Ulysse,
Et qui fera passer un trait bien décoché)
Par douze anneaux d'airain , sans qu'aucun soit touché »
Celui-là deviendra mon mari ; pour le suivre
Je quitterai ce toit où j'aurais voulu vivre,
Ce toit qu'en mon exil je pleurerai souvent,
Et que je n'oublirai jamais , même en rêvant.
Elle regarde Ulysse, qui rencourage d'un signe^
— Il faut pour tendre l'arc, il faut pour viser juste, Être adroit comme Ulysse, et comme lui robuste; Mais je ne puis sans honte, après Ulysse mort. Choisir un autre époux moins adroit et moins fort.
AMPHINOME
Reine, nous acceptons l'épreuve proposée; Car le prix sera beau , si l'œuvre est malaisée.
Les prétendants se lèvent et se consultent.
TÉLÉHAQUE, Tenant vers Pénélope.
Ma mère, vous pouvez rester à mon foyer; Je suis loin de m'en plaindre et de vous renvoyer. Tous les honnêtes gens m'appelleraient impie , Si je renvoyais celle à qui je dois la vie.
Vous pouvez donc rester ici comme chez vous.
S'il vous plaît cependant de suivre un autre époux, Je ne puis m'opposer, ma mère , à votre idée , Car la saine raison vous a toujours guidée.
— Allez donc, prétendants, montrez votre vigueur. Le prix est de nature à vous donner du cœur;