‹ Ulysse: tragédie en cinq actes et en versChapitre 8 sur 88 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MINERVE

Je te comprends, Ulysse, et je lis dans ton âme : Tu veux Dl'interroger sur ton fils et la femme.

Oui , Déesse.

MINERVE

Va-t'en , par delà ces rochers, Dans Tenclos où se tient le chef de tes porchers. Là-bas, où vers le bois s*élève une fumée.

C'est là qu'est la maison de ton fidèle Eumée. 11 t'aime avec tendresse , et , d'un œil vigilant, Prend soin que tes pourceaux ne manquent pas de gland.

— C'est lui qui te dira ce que tu veux apprendre.

CLTSSE.

Pourquoi pas vous, Déesse? — H est cruel d'attendre.

MINERVE

Près d'un simple mortel et dans un autre lieu , Tu peux t'en enquérir, sans le secours d'un Dieu. Je n'interviens jamais, dans l'humaine fortune. Aux choses où suffit la prudence commune.

— Or, écoute-moi bien.

ULTSSE.

J'écoute.

MINERVE

Il faut cacher Soigneusement ton nom même à ce bon porcher.

Prends garde, et ne te fais connaître dans Ithaque A personne, hormis à ton fils Télémaque.

Sache que, non content de tes anciens travaux , Le destin te condamne à des dangers nouveaux. Tu devras redoubler de ruse et de constance ; Encor périrais-tu sans ma prompte assistance.

Ces dangers, où sont-il$?

MINERVE

Au sein de ta maison.

Garde-toi d'une embûche, et crains la trahison.

Déesse, quels malheurs me faites-vous comprendre? Que vais-je voir d'horrible? A quoi dois-je m'attendre? Un honteux adultère a-t-il souillé mon nom?

Dois-je subir chez moi le sort d'Agaraemnon?

MINERVE

Nous vaincrons, je l'espère, en usant de prudence. — Voici ce dont je puis te faire confidence : Chez toi des ennemis saccagent tes trésors ; Pénètre au milieu d'eux , sous quelque faux dehors, Et là ne t'émeus pas d'un coup ni d'une injure, Mais soutiens leurs affronts sans changer de figure.

— Pour te mieux travestir et tromper tous les yeux , Je te vais transformer en homme pauvre et vieux.

— Cachons auparavant, de peur qu'on ne les prenne. Cet or et ces habits dans l'ombre souterraine.

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