C'était Prieur et Carnot
2. Laclos à Servan 12 septembre. — Allusion au mot bien connu de Dumouriez, qui appelait les défilés de l'Argonne les Thermopylcs de la France.
hypothèses, suivant le chemin que prendrait Tarmée prussienne : Réthel, par Le Chesne ou Vouziers; le défilé central de TArgonne; Bar-le-Duc et Vitry-le- François, parRavigny. Dans les trois cas, Laclos proposait, avec des formations diverses, de se replier sur Paris. L'armée de Kellermann seule devrait passer en Alsace, pour se réunir à Biron sur le Rhin, couper les communications des alliés et peut-être attirer à elle les Autrichiens. Servan, par crainte de « décourager Paris », préférait qu'elle tombAt sur les derrières de Tennemi, sans se laisser prendre entre les émigrés et la grande armée. Biron se chargerait de faire sur le Rhin cette course « un peu chevaleresque ». Si Dumouriez entrait en contact avec l'ennemi, il devait, d'après Laclos, prendre la position de Pont-Faverger et de Suippe, sur le bord de la Suippe, « position avec laquelle M. de Prasiin, en » 1650, arrêta, avec des forces inférieures, les Espa- » gnols et Turenne ». Enfin Laclos proposait dans les trois cas des mesures générales de résistance, afin de lutter en désespérés devant Paris et, comme disait Servan, de jouer « quitte ou double ».
Il fallait rompre les ponts de F Yonne, de la Marne, de TAube, de la Seine, et faire descendre tous les bateaux sur Paris; éviter avant tout de rester renfermé entre les rivières, car « un échec, obli- « géant de se retirer derrière la Marne et de passer par » les ponts, après avoir été battu, exposerait Tarmée » à une défaite totale ». Les trois armées devraient emporter ou brûler toutes les subsistances, dépaver les routes et les couper de fossés. De petits partis de cavalerie protégeraient les ouvriers. Au ton dont il parle, au\ détails qu'il prévoit, il semble qu'il est seul resté calme dans cette grande crise et que le commandement suprême est dans ses mains.
Ces idées firent la plus grande impression sur Servan et son entourage, surtout en ce qui concerne la position de Suippe. Toutes les lettres du ministre aux généraux, en sont imprégnées. Servan ne cesse de recommander à Kellermann de ne pas se laisser couper de Châlons et de Paris et surtout d'occuper la position de Suippe. C'est là, dansTidée du ministre, que doit se faire la jonction des deux armées et que l'ennemi sera forcé de rétrograder. « 11 soutint ce » plan avec obstination, dit M. Chuquet, jusqu'à la » fin de septembre ^ »
En même temps qu'il dressait d'une main ferme les plans de la partie décisive, qu'il prévoyait sous Paris, Laclos s'installait en maître à côté du généralissime et s'emparait brutalement de son bras débile et incertain. « Châlons n'offrait plus qu'un » vaste chaos oii s'agitait une multitude rebelle à » toute discipline -. >> C'étaient les fameux volontaires de 1792, parisiens et versaillais en grand nombre, enfants et vieillards achetés par les communes, paysans affamés, séduits par quinze sôus par jour. Ils défilent pompeusement à l'Assemblée, en jurant de terrasser « les tigres de la Germanie » ; à peine sortis, ils se gorgent de vin, réclament du pain blanc et de l'argent, menacent leurs chefs, s'efforcent de reproduire à Châlons les tueries infâmes de Paris. Ils sont aussi prompts à fuir qu'à massacrer. Leur civisme leur tient lieu de patriotisme. N'importe, « ce sont des Français ; l'espèce en est bonne », dit un de leurs généraux. Il faut les armer, les encadrer, les fondre par l'amalgame et les durcir au feu. Servan, qui est du métier, se garde bien de tarir