Dumouriez. Mémoires^ III, p
franchir les PyrëiK^es, d'un Ciistine, qui voulait passer le Rhin, d'un Kellermann et d'un Biron, qui parlaient de prendre Rome, d'un La touche et d'un Truguet, qui préparaient une descente en Sardaigne, enfin d'un Laclos, qui, le plus audacieux de tous, prétendait conquérir les Indes. Mais celuici était de taille h se défendre. Une première audience lui fut accordée par le Comité, pour le 16 janvier. Il y parla trois jours les 25, 26 et 27 janvier, exposa un plan général d'opérations, préconisa l'offensive du côté des Pyrénées, sans doute avec une conviction moins forte qu'un mois avant, mais insista sur la nécessité de déclarer la guerre aux Anglais. Le meilleur parti, selon lui, était naturellement de les attaquer dans l'Inde, en y envoyant des forces imposantes. Laclos se retrouvait au Comité de Défense Générale devant d'anciennes connaissances : Lacombe Saint-Michel, autrefois capitaine au régiment de Tout, passé de la Législative h la Convention, Sieyès et Barère, qui lui rappelaient le Palais-Royal, Kersaint et Dubois-Crancé, qui siégaient toujours aux Jacobins. Il s'y rencontra aussi avec Brissot, qu'il n'avait pas revu depuis la matinée du 46 juillet 1791, pendant laquelle il l'avait joué de si cruelle manière ^ Cette fois encore, Brissot devait mettre toute sa candeur au service des intérêts de Laclos. Il rêvait maintenant sans crainte la guerre à tous les rois ; c'était là, d'après lui-même, de « l'héroïsme sans danger », car en insultant le roi d'Angleterre, nous gagnerions l'alliance des « patriotes » anglais; il fallait encore, disait-il, secourir Tippoo-Sahib et rendre à l'Inde « son indépen-
1. Brissot, IV, p. S'iS. « Depuis, je ne Tui revu qu'en 1793, au Comité de Défense Générale, n
dance ». Après avoir entendu Laclos, Brissot rédigea son rapport du 4" février, qui concluait formellement à déclarer la guerre à FAngleterre et à la Hollande. Mais Monge, qui était présent à la séance du 27 janvier, au Comité, se prononça contre l'expédition lointaine proposée par Laclos ; après une longue discussion, le Comité décida de réserver son opinion sur ce point jusqu'à une nouvelle conférence ^
Laclos voulut traiter Monge comme il avait traité Pache, et Texcès de ses prétentions nuisit à son succès. Il ne cessait de réclamer, tantôt pour sa solde, prétendant qu'il avait droit au traitement de Maréchal de camp employé, sans préjudice des appointements spéciaux afférents à son titre de Gouverneur de rinde ; tantôt pour son grade, qu'il trou> ait insuffisant ; il voulait être lieutenant général ; il in\oquait l'usage, l'ancienneté de ses services, « l'utilité » publique d'investir d'un grade éminent l'homme re- » vêtu des pouvoirs et de la confiance de la République » auprès des princes de l'Asie. » Monge se dérobait, le renvoyait, pour la solde, au payeur de l'armée des Pyrénées et, pour le grade, au Ministre de la Guerre. L'argent ne vint pas, mais Pache accorda le grade, à la condition toutefois que l'expédition projetée s'accomplirait. Le brevet fut mis sous pli cacheté ; Laclos ne devait rompre le cachet qu'en mer 2.
C'était un bon billet qu'on donnait à l'auteur des Liaisons. L'expédition n'eut jamais lieu. La mer étiit cependant pour Laclos le seul asile qui lui devint sûr, car, au delà des frontières de France, l'ancien conseiller de Philippe d'Orléans eût été écharpé