‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 113 sur 168 · Garât. De la Conspiration d'Orléans · texte numérisé non relu

Garât. De la Conspiration d'Orléans

ses dém<irches, retardé par « la versatilité des projets » qu'on formait pour Tlnde », celui-ci avait saisi tout d'iibord le poste que lui offrait Servan. Muni de sa nouvelle lettre de service, il adressa ses adieux, le 40 décembre, à la Société des Amis de la Liberté, de l'Égalité et de la République, la remerciant de « son accueil fraternel » et l'assurant du regret avec lequel il s'éloignait des bons patriotes de la cité de Toulouse. Servan arriva et remplaça Laclos par Lacuée. Le 43, Laclos assistait en même temps que Servan et Carnot à une représentation donnée au théâtre de la ville. Un arbre de la liberté fut planté pendant un ballet patriotique. « A la vue de cet » arbre auguste, tous les cœurs furent remplis de » cette ivresse qu'il est si doux d'éprouver et si diffi- » cile de peindre. » Après plusieurs danses et évolutions militaires, on chanta des couplets, « dont le » public répétait les refrains avec une effusion tou- » chante, qui aurait éhîctrisé les cœurs les plus gla- » ces. » Laclos eut les siens :

De tous les braves que voila, Amis, Laclos s'en va déjà.

Il va, au delà des mers, Faire aux peuples divers Danser la carmagnole.

Vive le son (bis) Du canon.

Il est auteur, guerrier, Français, Que de titres à nos regrets î Partout on l'aimera, Car partout il fera Danser la carmagnole.

Vive le son [bis) Du canon * .

1. Journal unwernel et impartial de la Haute-Garonne, 15 décembre 1792. Charavay, I, p. 307.

A Paris, il s'occupa de presser son départ. La guerre avec l'Espagne ne lui suffisait plus ; le précurseur de Talleyrand à Londres voulait maintenant la déclarer à FAngleterre et la Hollande. 11 rêvait, comme plus tard Bonaparte, d'attaquer les Anglais dans Flnde et de reprendre contre eux les plans glorieux de SuflVen. 11 lui fallait, raconte Dumouriez dans ses Mémoires, 45.000 hommes et 45 vaisseaux de guerre. « Il s'agis- » sait, dans cette expédition de Laclos, de s'emparer » du cap de Bonne-Espérance et de Ceylan pour en- » suite se joindre à Tippoo-Sahib et tomber sur le » Bengale.^ » Tippoo-Sahib implorait les secours de la Convention, comme jadis ceux de Louis XVI et plus tard ceux de Napoléon. 11 avait fondé un club des Jacobins et planté un arbre de la liberté à Seringapatam, sa capitale. Laclos se serait bien chargé de lui faire danser la carmagnole. En attendant, il étonnait ses amis par la hardiesse et la fermeté de ses desseins et travaillait avec ardeur à rassembler tous les moyens de réussir. Le 43 janvier 4793, la Convention ordonna l'armement immédiat de 30 vaisseaux et de 20 frégates, la mise en chantier de 45 navires, et lança un appel aux volontaires de la flotte.

11 n'y avait qu'un malheur, c'est que la Convention n'avait plus en réalité ni flottes, ni armées ; elle n'avait que des généraux, qui s'arrachaient ses dernières troupes. Dumouriez était arrivé à Paris le 4*'" janvier et y soutenait impérieusement ses plans sur la Hollande ; il voulait toute l'armée de la République pour le suivre en Belgique. Aussi parlait-il avec dédain devant le Conseil Exécutif et le Comité de Défense Générale d'unServan, qui voulait

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