Aulard. Uist. politique ^ p
duchesse d'Orléans et que les orléanistes envahissaient toutes les places. On affirmait couramment que le duc était en France, tantôt à Rennes, tantôt à Paris, que son agent Tex-constituant Voidel allait être nommé ministre de la police. Le Thé attribuait tous les crimes à « ce parti toujours renaissant. » Jean de Bry dénonçait la faction du haut de la tribune des Cinq-Cents, et la proclamation du 19 fructidor, faisant écho aux anciens débats de la Convention, menaçait de mort « ceux qui rappelleraient d'Orléans ». M™° de Genlis, qui ne sut jamais se taire, écrivit de Hambourg, où elle vivait assez méprisée, à son ancien élève, une lettre qui fit grand bruit, pour l'engager à ne pas écouter le \\itvW qui voulait rélever au trône. Les rapports de police donnaient Sieyèset Servan comme orléanistes. Les journaux les citaient comme membres de la faction avec Barras, Tallien, Talleyrand et naturellement Laclos. « Cet homme dangereux existe », écrivait Barruel- Beauvert ; « mais où est-il ? que fait-il ? » Nommant les premiers auteurs de la Révolution, il citait « le » pendable auteur des Liaisons dangereuses. » Les Nouvelles politiques montraient Laclos organisant des clubs avec Sieyès. Le Thé donnait le tableau des emplois dans la future monarchie orléaniste : Bonaparte, grand connétable; Sieyès, primat de Gaules ; Laclos, ambassadeur à Saint-Pétersbourg. L'Europe prétendait que Laclos avait refusé le Ministère de la justice, n'espérant pas égaler Merlin en scélératesse, mais qu'il se flattait de devenir le premier ministre de d'Orléans. « En attendant, gens de bien, ralliez- » vous, serrez-vous :
Léo rugiens circuit quœrens qtiem devort. ^
1. Cf. Aulard. Paris pendant la réaction thermidorienne et les
'i24 LE GENERAL CHODERLOS DE LACLOS
Pendant ce teni])s, Laclos vivait assez mal d'une place obscure. Il cheirliail toujours, comme en 93, des occasions de se justifier; il aurait adressé à ReA\l)ell un mémoire sur la faction d'Orléans*. Mais son renom de conspirateur orléaniste lui collait à la peau, comme une tunique de Nessus. Le silence était encore sa meilleure sauvegarde. Plus tard, écrivant à sa femme, il fait allusion à la <( disjrrace », où le tenait le gouvernement du Directoire.
Pourtant, ces cinq années furent vraisemblablement parmi les plus heureuses de son existence. Il >ivait en travailleur, en philosophe et en bourgeois: il adorait sans entraves sa femme et ses enfants ; sa santé se rétablissait ; après tant de malheurs et de tourments, son ambition s'était endormie dans une heureuse médiocrité. Le poète spirituel, le brillant <»t «calant causeur des salons d'autrefois se contentait de quelques amitiés sûres et dévouées. Le malheur des temps, le fAcheux renom, que sa politique et son roman laissaient toujours planer sur son caractère, l'oblijreaient à restreindre ses relations à un petit cercle d'intimes. 11 avait conservé au général Servan u un inaltérable attachement ». Le vaillant ministre du 10 août, échappé comme Laclos à la Terreur, se faisait oublier, comme lui, dans des emplois modestes. Il fut question sous le Consulat d'en faire de nouveau un Ministre de la guerre. Il avait entrepris quelques affaires financières, et y était aussi malheureux qu'en politique. Laclos, après s'y être associé quelque
journaux du temps. — « Le public rogreUc, >» dit une note de police, » que le duc d'Orléans n'ait pu cire roi après Varennes et la déchéance » de Louis XVI ; c'était l'avis de Mirabeau )>.