‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 137 sur 168 · Mahon. op. cit · texte numérisé non relu

Mahon. op. cit

matique, pour y finir sa vie. Peut-être en avait-il conservé l'espoir quand il y fit, grâce à la protection de Talleyrand, entrer son fils Etienne, d'abord élève à Fontainebleau, au pensionnat de l'École Centrale, chez M. de Billy, maintenant attaché à la Légation de France, près du citoyen La Rochefoucauld, ministre plénipotentiaire de la République française, auprès de S. A. S. l'Électeur de Saxe. Ce jeune homme, âgé de dix-huit ans, ne montrait pas grand goût pour l'étude, ni pour le labeur solennel des chancelleries. Il manquait même des notions les plus élémentaires. Le général Laclos ayant été s'enquérir de son fils près du ministre, M. de Talleyrand lui montra une lettre du citoyen La Rochefoucauld, expédiée par son jeune attaché, et dit d'un ton scandalisé : « Comment est-il possible qu'un fils de M. de » Laclos mette l'orthographe comme une cuisinière. » Ces lettres sont vues par cinq ou six personnes et le premier Consul peut les lire. Le reste passerait, mais cette malheureuse orthographe ! Il y a pis. Etienne fait des dettes et il ne peut les payer. Ce n'est pas d'un homme d'honneur, lui écrit son père. Tu ne sais pas, lui dit sa mère, jusqu'à quel point ta dépense nous réduit. Cependant le général s'enquiert paternellement si ces dettes ne seraient pas dues à « des chagrins intérieurs ». Que le jeune homme en ce cas n'hésite pas à les lui confier. Pouvait-il en effet mieux s'adresser ! Qu'il s'exerce assidûment à la langue allemande et qu'il s'efforce de surmonter la gêne qu'il éprouve dans le grand monde, où l'on acquiert tant d'expérience, malgré le vide apparent des conversations ;

C'est avoir profité que de savoir s'y plaire. Mais Etienne était une mauvaise tête qui n'avait

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d\eux à Dresde que pour les soldats saxons, frèn*> desnôtres, ctil sesauvait de lachanccUerie pour admirer leurs manœuvres. Une demande qu'un livre et ce sont les Liaisons dangereuses. Il voulait courir les champs de bataille et les aventures, comme son pèn* et son oncle Dupcrré. Avec la protection de Marmon! . il entre à l'École Militaire à la fin de 1803, et esl promu sous-lieutenant de dragons, six mois après- Dès lors il chevauche joyeusement à travers TEurope, fait toutes les campagnes de 1804 àl8l2,à Boulogne, en Prusse, en Autriche, en Pologne, en Espagne et en Portugal, assiste à la plupart des grandes batailles. C'est» un excellent officier, qui a parfaite- « ment bien fait la guerre », disent ses notes. Lt' 18 mars 1814, il est tué d'un coup de feu à Taffain* de Bac-en-Berry,dansrétat-majordu ducde Ragusr, qui, en souvenir de son père, l'avait pris pour aide de camp. Ce brave soldat était le digne fils d'un soldat K

Soldat! l'auteur des Liaisons dangereuses devait le demeurer jusqu'à la mort. Avec le printemps de 1803, l'aurore de la paix semble se lever sur la France. Le grand drame révolutionnaire va peut-être se terminer par une apothéose incomparable de gloire, d'ordre et de justice. Comme Laclos eût désiré, dans une France aussi belle, vivre ses dernières années en citoyen sage, goûtant le calme du foyer, heureux d'avoir fait le bonheur des siens et d'avoir contribué à celui de son pays. « La paix, écrivait- » il à sa femme, nous réunira pour la vie. » Il croit que le traité d'Amiens va fermer le temple de Janus. <( Nos victoires, seront pacifiques, tandis que » nos défaites éterniseraient la guerre. » Illusions

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