A. 0. Archi
2. Lespa^nol ( FoiiU»ii»e (Ardcin sViig^ag^ea à Ui fait <i campnpnoîl Laclos le choisît' en 1812, à lu dôl fut retraité, en I
uiuio; ce laisiuib tsue exiutaiif une g^ioire et c'était son droit. Mais le jugement de i* demie française a une tout autre portée : I primordial et définitif, il constitue une ce oration natiionale.
Laclos juge cette consécration imméritée ban n'est pas un ^and homme et la génê.i actuelle ne lui doit pas de reconnaissance, certes montré beaucoup de talent dans 1 ait des places, dont aucime ne lui a résisté. Ma n'a pas su les défendre. Il n'a en effet riea venté pour rendre les citadelles imprenable^ n'eût été trouvé avant lui. N'a-t-îl d'ailleurs repris sans difficulté des places qu'il avait :< fiées lui-môme? Enfin les forteresses cor^' tes par lui exigent pour leur défense d'énc garnisons, et elles ont coûté des sommes coi dérables : 1,400 millions, gaspillés sans ré affirme Laclos.
Tels sont les jprincipaux arguments de ce
âuisitoire qui étonna tous les milieu? et sou!^ ans les sphères militaires, en particulier du le corps royal du génie, une violente indignatii
Ce germe de discorde tombait il est vrar ^1 un terrain préparé. Déjà la querelle de Guii^ et du chevalier de Folart sur les avantages l'ordre profond et de Tordre mince avait écha ! les cerveaux. Et sur le sujet plus spécial qui i occupe, le marquis de Montalembert, ancien r i ci^er de cavalerie, homme d'esprit cultivé, sii depuis quelques années posé en réformateur J doctrines de Vauban. Il avait mis en balance '. mérites de la fortification perpendiculaire e' insuffisances de la fortification bastionnée. P cette raison il avait été vivement pris à pà: par l'inspecteur du çénie, M. de Fourcroy.
Or, le capitaine Choderlos de Laclos avait ' dès 1790, l'occasion de travailler sous les or' du marquis de Montalembert. Sous sa direcl il avait participé à la construction et à Tar : ment d'un fort dans l'île d'Aix. Il n'avait eu c se louer des procédés de son chef et il â' trouvé dans le commerce de cet homme inîgent et passionné, marte à une femme agrt.. et instruite, de sérieuses raisons de s'alla.. à lui.
Fut-ce la reconnaissance qui l'en^affea à p : en guerre, à la suite de son bienfaiteur^ cci.' la renommée de Vauban? Fut-ce seulenieiu désir de ce grand ambitieux de faire une î de plus parler de lui? Fut-ce un jeu d'ho: de lettres d'essayer la souplesse de sa dialeri: et la perfide habileté de son style contre y. gloire indiscutée jusqu'alors? Sans doute y eir un peu de tout cela.
Il est pourtant difficile de ne pas reconn-:: sous la plume de Laclos l'influence des idt--- 'S de Montalembert, lorsque,après avoir t, véritable fortification doit suppléer ce qui est une vérité indiscutAh'.
de poste de Milan à Chambéry pour la voir quelques hev*res. Cette fois, il ne résiste pas à lui consacrer un post'Scriptum : « J'écris par ce courrier à la » petite M™® Lespagnol, qui sans doute ne sera pas )) au désespoir de ce retour inattendu. Je me fais » une fête de la rosser pour des reproches mal fon- » dés qu'elle m'a faits dans quelques-unes de ses » lettres et qui m'ont faits de la peine. » Ainsi se termine, par quelle suprême ironie de l'amour et de la vie, la dernière lettre de Choderlos de Laclos.
Mais Paris est trop loin pour le malade ; il faudra se contenter de Naples, oii M™® de Laclos pourra rejoindre son mari. Justement Alquier vient d'adresser à son vieil ami de La Rochelle « une » lettre charmante, avec toutes les propositions de » l'amitié, depuis celle d'asile et des soins, jusqu'aux » offres pécuniaires ». Laclos mourant veut lui dicter ses remerciements et l'on retrouve encore dans sa lettre la grâce raffinée et la sombre amertume de Tauteur des Liaisons : « tel à peu » près, » écrivait il jadis, » au monument élevé par » Pigalle, on ne voit point sans effroi sous une » draperie moelleuse le spectre de la mort fortement » prononcé. »
Le général Laclos y Inspecteur d'Artillerie^ à Son Excellence le citoyen Alquier, Ambassadeur de la République Française près Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles.
« Si j'avais seulement une main hors de la fosse, » je m'en servirais avec empressement, mon cher » Ambassadeur, pour répondre moi-même à votre » tant aimable lettre ; mais croyez-moi, quoiqu'on » publie à ]\aples que j'en suis dehors jusqu'aux
» talons, j'y suis bien encore au moins jusqu'aux » coudes, ou peut-être même jusqu'au cou. Dans » ces circonstances, c'est le citoyen Lespagnol, » capitaine d'artillerie à cheval et mon aide de » camp, qui veut bien me prêter la main en écri- » vant sous ma dictée, et c'est aussi lui que j'accrédite » auprès de vous, pour le cas où je ne pourrais ni » dicter, ni sifrner.
» Dans le triste état oii je suis, je ne croyais » ^uère être susceptible d'éprouver un plaisir vif. » C'est pourtant ce qui m'est arrivé, en trouvant » dans votre lettre tant de marques d'amitié, pré- » sentées avec tant de grrâces. Je n'ai à ma disposi- » tion qu'un seul moyen de vous prouver ma » reconnaissance de toutes vos offres obligeantes, » c'est de les accepter toutes, depuis l'asile jusqu'aux » offres pécuniaires, mais avec les modifications que » les circonstances devront y apporter.
» Si par exemple, et ce qui me paraît le plus pro- » bable, mon séjour à Naples devait se prolonger » plusieurs mois, je vous prierais de me trouver » pour ma femme, ma fille et moi, un logement » modeste, qui nous sauve de l'auberge, et une cui- » sinière, qui sait faire du bouillon, du rôti et du » grillé ; si au contraire, je ne passe a A'aples que » peu de jours, il en sera coumie vous voudrez.
» Si jamais nous nousrevoyons, je vous soumettrai » les raisons qui m'ont empêché de vous écrire » depuis ma destination pour le royaume de Naples : » vous les jugerez. Mais, bonnes ou mauvaises, elles » sont bien étrangères à notre ancienne et inalté- » rable amitié, car elles sont toutes purement diplo- » matiques. J'écris par le même courrier à M™* de » Laclos et je lui fais connaître en gros le contenu » de votre lettre et celui de ma réponse. Je la prie
»> de s'entendre avec vous. Je souhaite bien vive- » ment qu'elle et ma fille viennent me retrouver à » ISaples. Être réuni aux objets de ses affections » n'est assurément pas un moyen pour ne pas » mourir, mais au moins c'est celui, et c'est le » principal, de vivre jusqu'à la fin de sa vie.
» Adieu, mon cher Alquier, je finis sans autre » protocole que l'assurance bien sincère de mon » inviolable amitié.
« D'après ce que je vous mande relativement au » citoyen Lespagnol, je l'invite à joindre dans cette » lettre sa signature à la mienne.
Laclos. Lespagnol.
Saisi par la mort, Laclos ne prononce pas le nom de Dieu. 11 n'a connu le devoir que par les inspirations d'une conscience droite. Au lieu de s'épouvanter tout seul devant l'avenir mystérieux, il se retourne vers la vie, comme vers la seule réalité. Ainsi qu'en prison, à la veille de la guillotine, il ne veut penser qu'à ceux qu'il aime, et leur faire encore un peu de bien. Il dicte pour sa femme des conseils détaillés sur l'administration de sa petite fortune et l'avenir de ses enfants. Il espère, dit-il, la revoir bientôt. Un souci ronge et désespère ce chef de famille si économe, c'est qu'il laisse les siens sans ressources et chargés des dettes, qu'il a contractées pendant son voyage et sa maladie. C'est pour demander l'aumône, que le général Laclos, qui jadis distribuait les trésors du duc d'Orléans, dictera ses deux dernières lettres ^
1. Laclos, qui se débattit toute sa vie dans la gène, avait acquis à Anzin des terrains carbonifères, qui enrichirent ses descendants.
C'est d'abord à Mannont, à son plus sûr protecteui qu'il s'adrt*ssc :
» Général,
» Je suis si près du désespoir absolu et ma situa- » tion est en effet si affreuse que je crois avoir une » sorte de droit à vous importuner, non comme » Premier Inspecteur, mais comme général Mar- » mont, bon et sensible, ayant de Tamitié pour moi » et les miens.
» Vous savez déjà, comme quoi le comman- » dément que vous m'avez fait avoir, et pour le quel » vous pouvez vous souvenir que ma seule condition » était que ce fut pour faire la guerre, vous savez, » dis-je, qu'il est devenu tel que, sans aucune espé- » rance de gloire ni d'avantage d'aucune espèce, il » se borne à tenir garnison à 550 lieues de ma » famille et de mes amis, dans le climat le plus » malsain de l'Italie, pour être considéré ensuite » comme n'ayant |>as servi activement dans la » gu(»rre présente.
» Dans les nombreuses victimes qu'a déjà faites » l'insalubrité du pays, je suis compris pour une » maladie telle, que les médecins espèrent seulement » me mettre en état d'aller respirer l'air de France, » sans lequel ils prétendent que je ne puis me » rétablir entièrement, et où je prévois qu'il me » faudra des soins longs et coûteux.
» Déjà ces médecins ont fait leur rapport au » général Saint-(]yr, et celui-ci est disposé à auto- )) riser mon départ quand j'en aurai la force, mais » voilà ma situation :
» Après avoir mangé dans ce voyage environ » 6.000 francs de mon argent, tant en frais de poste » qu'en achat de chevaux, établissement de maison,
LA MOKT DU G£3ŒKâL LâdjOS %^
» etc.. je me trouve ici, Tb-à-vi5 d'une trenUùno » de louis, au courant de nie> appointements^ ayant » à payer les frais d'une maladie qui iront au moins » h 3 ou 4.000 francs, en payant mal tout et tout le » monde; de plus, ayant à faire une route de £>0 >i postes dans laquelle les médecins assurent que je » ne pourrai faire plus de 10 à là lieues par jour, » ce qui fait la dépense de 60 à 70 jours d'auberge, » en sorte qu'il faut que je meure à Tarente, si je » n'y reçois pas un secours de 12.000 francs au » moins.
» Quel autre que le Premier Consul peut me » rendre ce service ? Quel autre que vous peut le » lui demander pour moi ? J'ai laissé à Paris ma » femme chargée de ses trois enfants et sans res- » sources pécuniaires; elle vendrait tout son mobi- » lier qu'elle n'en retirerait pas de quoi me tirer » d'ici... Je ne croyais pas en partant de Paris que >• l'issue de ce voyage serait de venir à Tarente pour » y demander l'aumône.
» Je suis bien malheureux; les larmes nie »> gagnent : Adieu, Général, je me recommande à » votre amitié pour moi.
Laclos.
En même temps qu'il adressait à Marmont cette lettre déchirante, le général Laclos faisait parvenir au dieu de ce monde, à Bonaparte, cette dernièn» prière :
u Au quartier général de Tarcntc, 15 fructidor, an XL
» Général Premier Consul,
« Je profite des quelques inst;mts qui me restent » encore à vivre pour dicter les derniers vœin de
» mon cœur. Je désire, général Premier Consul, » qu'ils vous soient connus.
» Le bonheur de ma patrie, le succès de tos » armes, le sort de ma malheureuse famille, voilà » ce qui m'occupe au moment où tout va finir pour » moi.
» La triste position de mon épouse et de mes trois » enfants, que je laisse absolument sans ressources, » m'afflige; mais Tespoir dans lequel je suis que » vous les secourerez me fait mourir plus tranquille.
» Cette consolante idée, qui me ranime un instant, » me donne encore la force de vous assurer de toute » la sincérité du dévouement et de Tadmiration que » j'ai eus et que je conserverai pour vous jusqu'à » mon dernier soupir.
» J'ai l'honneur de vous saluer très respectueu- » sèment ^
Laclos.
Le général Laclos mourut le 5 septembre 1803 (18 fructidor an XI) après une maladie de 54 jours. « Le sang froid et la patience avec lesquels il a vu » approcher son dernier moment, » écrit au Ministre le clief de bataillon et de l'Etat-major de l'artillerie d'Anglemont, « ne peuvent qu'ajouter à » l'idée a>antageuse qu'on avait déjà de son carac- » tère et de sa fermeté... toute Tarmée est très » affectée de la perte qu'elle vient de faire du » général Laclos. » Le chef de brigade Deyssautier, directeur du parc d'artillerie de campagne, fut désigné pour le remplacer -,
1. A. G. Dossier Laclos. Cette lettre, contenue en copie dans la correspondance de famille, se trouve en original, Je la main de Lespagnol, aux Archives de la Guerre.