Tilly, Ibid
3. A. Houssaye, Galerie du XVIII* siècle, t. III. — Son article sur Laclos est presque entièrement de pure fantaisie.
Egarements du ^ cœur, de Crébillon* fils,* ou des Aventures du chevalier de Faublasi de Louvet. Les auteurs graves évitaient de les citer et se dispensaient de tout autre examen. Les écrivains braillards ou truculents de Técole romantique, rebutés par urie langue pauvre et sans couleur, trouvaient Laclos bien pâle et presque timide. Musset, en délire, disait dédaigneusement du Don Juan de Molière; »> . ...
/ C'est rombre d'un roué, qui ne vaut pas Valmont.
> Le croirait-on ? Les' Liaisons n'ont pas retenu l'universelle curiosité de Sainte-Beuve ; il a presque ignoré Laclos, comme il a méconnu Stendhal. Monselet a fait de même. Janin et ÎSodier ont dédaigné sans lire. Louis Blanc les appelait « le plus profond des livres impurs. » Les analystes de l'école contemporaine devaient reconnaître dans l'œuvre de Laclos un, rare document d'anatomie morale. « Livre de )) moraliste aussi haut que les plus élevés, aussi ». profond que les plus profonds », écrivait Baudelaire dans des notes malheureusement trop courtes * ; Tauteur des Fleurs du mal, comme en témoigne sa correspondance avec son éditeur, désirait ardemment consacrer une étude à Tauteur des Liaisons. Les Concourt ont marqué de ce livre « admirable et exécrable », la dernière étape d'une société finissante -. Taine était frappé, m'^â^t-on dit, de sa profondeur psychologique. M. Paul Bourget n'a pas craint de l'appeler « le chef-d'œuvre, peut-être,'
1. Ces notes fort curieuse ont été publiées avec le manuscrit de VEducaiion des femmes, par M. Ed. Champion. Paris, Vanier, 1903.
' 2. De Concourt, L'amour au XVI 11^ siècle. .
du roman d'analyse'' ». 11 exerce maintenant sur toute une école de romanciers une influence considérable, presque analogue à celle de Stendhal, et née, semble-t-il, de la même raison, le retour à l'observation rigoureuse du petit fait moral, à l'analyse scientifique du cœur et de l'amour. Des jeunes gens, aveuglés par un enthousiasme qui louche à la hantise, ont voulu trouver dans les Liaisons dangereuses^ comriie dans le Rouge et le Noir y une glorification de' l'énergie qui n'y est pas. Mais il n'est plus besoin.de parti pris pour admirer Laclos. A travers «l'immense production littéraire du xviii® siècle, l'œuvre a décidément surnagé. Qui lit, à présent, la Religieuse, de Diderot, qu'on lui a comparé ? Qui peut surmonter l'ennui des dix-huit volumes de Clarisse Harlowe, de Richardson, dont Lficlos s'est inspiré? Qui n'est rebuté par les interminables digressions de ÏHéloïse et par sa chimérique éloquence ? Lovelace et Clarisse, Saint- Preux et Julie gisent maintenant comme de froides abstractions, auxquelles l'éclatante imagination de leui's auteurs n'avait donné que les apparences de la vie. Merteuil et Valmont ont conservé pour nous leur vivante horreur: un pinceau sobre et sûr en a tracé les traits définitifs. Le roman de Laclos est parti d'un pied léger pour la postérité : hélas ! il est humain.
• 3. P. Bourget, Sensations d'Italie, p. 293.