Dictionnaire d'Histoire et de Conversation. Art. Laclos
ressemblait à un homme qui, faute d'avoir ses mouvements libres, tire en Fair deux coups de feu. Maintenant le premier prince du sang, Tennemi le plus populaire et le plus puissant de la cour, lui ouvrait sa maison. Adieu les vers frivoles et la vaine prose ! Ce froid analyste à Tâme de soldat courut à la politique, à ses fièvres, à ses intrigues, à ses espoirs, comme un brave à son premier combat.
Son nouveau maître, Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, — plus connu dans Thistoire sous le nom de Philippe-Egalité, — était Thomme le plus riche de France. Sa fortune, grossie par des héritages, doublée par unmariage,atteignaittroismillionsde revenus. Elle suffit entièrement à expliquer le rôle mystérieux joué pendant la Révolution par ce prince dont le nom de Laclos allait devenir inséparable. Le duc d'Orléans n'avait d'extraordinaire que sa fortune et sa condition. C'était un Bourbon obèse et rouge, de haute taille et d'une très noble allure, que ne déparait ni la gaucherie deLouisXVl, ni l'effronterie du comte d'Artois, ni l'air pédant et sournois du comte de Provence. Magnifique dans son costume, adroit à tous les sports, endurant à tous les plaisirs, borné mais spirituel, ignorant mais friand de nouveautés, il était familier et bon avec les humbles, adoré de ses gens, et savait conserver jusque dans un souper de filles la hauteur de manières des princes français; c'était lui ([ui avait fait de l'anglomanie «le suprême bon ton» de la cour; on lui doit l'introduction en France des courses de chevaux, des clubs, des cabriolets et du frac anglais. Avant que le .peuple l'acclamât, les filles de l'Opéra le chérissaient et prenaient le deuil le jour de son mariage; les jeunes gens le copiaient comme un roi de la mode et allaient jusqu'à s'épiler pour imiter sa calvitie.
Il avait été à dessein très mal élevé « U n'y eut „ffuèieentresesbonneset8espremiersnist.tuteursque
.,1a différence de la faiblesse des femmes alacompla.- „sance des hommes. Mais on disait: s .In est pas bien „ élevé, dumoinsil sera bon. Les d'Orleanssont bonsi>K Dès quinze ans, on l'aiguilla vers If Pla'sirs. Ceta t
sous l'ancien régime une ««"""^^^ g""^^!" "Tj^,, Les princes du sang étaient ceu^ ^c leurs sujets que les rois de France redoutaient le plus. Il semblait qu'à l'exception du trône, il n'y eut pour un descendant de Henri IV d'autre emploi utile que la débauche. C'est vers la débauche qu'Anne d'Autriche et Mazarin avaient dirigé le frère de Louis XU et a maison d'Orléans, souillée dans son origine, continuait de porter la marque du libertinage. Le premier duc d'Orléans et son fils, qui fut le Régent, perdirent dans le désordre les plus brillantes qualités, le Régent eut pour fils un bizarre cénobite, et i)Our petit-fils un voluptueux bonhomme, amant, puis mari docile de M™° de Montesson, qui jouait les pièces de Collé sur son théâtre de Bagnolet. Sa première femme, Louise-Henriette de Bourbon-Conti, vécut et mourut dans le scandale. Louis-Philippe-Joseph en naquit en 174i. Il eut vingt ans pendant la vieillesse de Louis XV. , ,
S'il fût né en Prusse, la rude discipline des Hohenzollern eût fait de ce brave et bel homme un utile et brillant soldat de second ordre. En France, il ne put que se débattre contre son éducation princiere. « Suis-je donc, écrivait-il, condamné à une éternelle ,. oisiveté?... » 11 rêvait d'être le premier prince français qui combattît sur mer. En 1778, il obtint non MUS peine, de monter sur le Saint-Esprit, commande