‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 43 sur 168 · M"* Elliott. Mémoires sur la Révolution française · texte numérisé non relu

M"* Elliott. Mémoires sur la Révolution française

commune du Palais-Royal, Marie-Antoinette passait, sous un roi faible, pour être la source de toutes les faveurs et M™® de Coigny ne lui pardonnait pas le cordon bleu refusé à son père, Biron, le commandement des gardes françaises donné h M. du Châtelet. Marie-Antoinette avait des préféi-ences ; elle se mêlait à toutes les querelles de société ; un mépris, une ironie légère sur ses lèvres perçait le cœur, et le ressentiment dévorait ceux qu'elle n'invitait pas à Trianon. « Vraiment cette Marie-Antoinette est trop » insolente et vindicative pour ne pas prendre plai- » sir à la remettre à sa place et à l'ôter de celle du » Roi, qu'elle voudrait usurper », écrivait à Biron M™* de Coigny*. Enfin la Reine était coquette et fière ; elle repoussait par le dédain ceux qu'elle attirait par sa grâce. Le dépit des hommes était aussi cruellement acéré contre elle que la jalousie des femmes. Sous un roi chaste, bien des courtisans avaient espéré que le règne des amants succéderait à celui des maîtresses. Quelle perspective pour les ambitions de cour ! Quelle gloire et quel profit pour des roués comme Tilly, Besenval, Biron, Ségur, que d'inscrire dans leurs bonnes fortunes la Reine de France ! Biron, dont la famille devait à la grande Mademoiselle le duché de Lauzun, fut longtemps la ressource et l'espoir des Choiseul pour une défaillance de la Reine. Talleyrand, qui rêvait d'être un Mazarin, dut se rappeler d'Anne d'Autriche. De combien de calomnies se payèrent l'intérêt et la vanité déçues ! C'est du Palais-Royal surtout, que partirent, après l'affaire du collier, ces pamphlets infâmes qui traitaient la Reine de France de voleuse, d'empoisonneuse, de catin et de pire encore. Ce sont

Page 1