‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 7 sur 168 · Ibid., t. H, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. H, p

De ces messieurs Paris abonde.

On ne voit qu'eux dans le grand monde.

Bien scélérats, bien séduisants,

Petits despotes de tendresse,

Un peu français par la faiblesse,

Mais bien turcs par les sentiments.

Voilà l'auteur des Liaisons qui perce et qui ramasse déjà le fouet de la satire. Il tournait fort joliment le j>etit vers ironique, tendre ou badin, à la manière lie Voltaire. Je regrette de ne pouvoir montrer qu'il excellait dans le conte grivois et dans la chanson à boire, tant aimés de nos pères. Mais sa muse légère répugnait à hausser le ton. Nous avons de lui une Épitre à la mort et des Ai^is aux Princes qui sont des modèles de platitude. Il ne réussit pas mieux dans le genre lyrique. Son imagination manquait d'envolée'.

Le 19 juillet 4777, on représentait, à la Comédie Italienne, Ernesline, opéra-comique en trois actes, tiré d'un petit roman fort tendre et touchant de M"* Riccoboni. - La reine, qui en aimait le sujet, soutenait la pièce. La musique était de Saint-Georges et les paroles de Laclos. Saint-Georges était un jeune mulâtre, connu dans tout Paris pour ses nombreux

1. B. N. Ms. Fr. 12.845. La procession; Les Désirs contrariés ; Épitre à la mort. Cette dernière pièce fut publiée par l'Almanack des Muses fa 1777. Les At^i* aux Princes le furent en 1774.

2. M*" Riccoboni, née Laboras de Mézières (1713-1792), épousa on ITJ5 Antoine Riccoboni, acteur italien, dont le père dirigeait à Paris la Comédie Italienne. Elle obtint x>eu de succès à la scène et, plus malheureuse encore en ménage, demanda des consolations auK lettres. Son succès comme romancier fut éclatant. Elle jouissait, an »on temps, de la plus grande célébrité. Ernestine passait pour *uii clief-d'oeuvre. M*** Riccoboni a beaucoup de goût et de délicatesse, mais son style parait à présent bien ptUe et ses livres ne sont plus *ruêre lus.

talents; il dansait à ravir, passait pour un maître en équitation et n'avait pas d'égal à reserime, ce qui ne rcmpêchait pas de jouer fort bien du violon et de composer de la petite musique pour les concerts. La protection de la reine, la réputation tapageuse de Saint-Georges, tout annonçait une «première» à sensation. Marie-Antoinette, Madame et la Comtesse d'Artois s\ rendirent avec toute la cour. Ilélas ! ce fut un succès, mais un succès de ridicule ; la salle siffla d'un bout à l'autre ; les vers furent jugés plus méchants encore que la musique. L'accident le plus comique fut celui d'un courrier qui arrivait pour faire le dénouement et criait, en claquant son fouet : ohé ! ohé ! Tout le parterre en joie se mit à crier ohé ! ohé ! La reine, en descendant l'escalier, criait aussi ohé ! et en montant en carrosse, elle dit à son cocher : « A Versailles, ohé ! » Ernestine tomba pour ne plus se relever et le crieur Arlequin, en annonçant la pièce du lendemain « fit son lazzi d'ohé ! » ^

Qu'on aimerait à connaître les amours de l'auteur des Liaisons dangereuses !

C'est à Grenoble que Laclos passa les plus vives années de sa jeunesse; il s'attendrissait plus tard en y pensant. Dans tout le Corps royal de l'artillerie, Grenpble avait la réputation justifiée de la garnison où l'on s'amuse. « Cette ville est très coù- » teuse et très dangereuse pour le jeu et pour les » femmes », écrivait le sage Lepelletier *. Les officiers d'Italie déclaraient à la table de Moncey, de-

1 Bnchuumont. Grimm. Laharpe. — Laclos composa un nuire opéra comique, la Matrone^ dont je n'ai pu trouver trace. De son propre aveu, ia Matrone ne valait guère mieux qu'Ernestine. «Ce n'est pas. dit-il dans une lettre, que ces ouvrages soient bètes, mais je ne les crois pas coupés pour le thédtre. )>

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