M™' Eliotl, op. cit
léanisme » les sympathies de ropinion '. C'est un de ses meilleurs morceaux. Jamais Valmont ne prit avec plus de naturel des airs de petit saint. Dans cet écrit, qu'il n'avait d'abord composé que pour lui seul, et pour ses enfants, le prince se présente modestement comme Tamant naturel de la liberté ; elle fut toujours d'instinct son « goût dominant ». « Je la ché- » rissais, dit-il, bien avant de la connaître. Je la » cherchais en vain autour de moi ; je n'étais pas » place pour la rencontrer si facilement. Je crus en » apercevoir l'image dans ces grands corps de ma- » gistrature qui, au moins, en avaient, en quelque » sorte, conservé les formes et le langage. Au défaut » de la réalité, j'embrassais le fantôme et je lui » consacrais mes premiers vœux. Trois fois j'en ai » été la victime et trois fois ces traverses passagères » ont augmenté le goût, que, par elles, on cherchait » à détruire ». De quels frais ombrages est sorti, à quelle source pure s'est nourri ce disciple ingénu de Rousseau, arrivant si vertueux à la cour corrompue du despote?
C'est son inclination naturelle qui le conduisit en Angleterre, « cette terre natale de la liberté ; c'est » elle qui lui fit deviner les vœux de la nation dans » ces Instructions que je faisais, dit-il, rédiger à » mesure par l'un de mes secrétaires des comman- » déments, en y joignant un ouvrage du plus fort de » nos publicistes. » Laclos ne manque pas de s'indiquer ici lui-même, à côté de Siéyès. Il savait aussi se dissimuler à l'occasion. Avant la Révolution, fait-il observer au duc, « il est bien vrai qu'on me » dirigeait d'une manière conforme à mon goût,
1. Exposé de la conduite de M. le duc d'Orléans dans la Résolution de France, rédigée par lui-même à Londres. 1790.
» mais enfin on me dirigeait, et je ne puis pas dire » que la conduite que je tins alors fut réellement » ma conduite. Livré à moi seul, eût-elle été meîl- » leure ou pire? C'est ce qu'il ne me convient pas » d'examiner. » Ainsi se présente le règne impérieuv de M™® de Genlis, sa grande rivale ; celui de Laclos avait été autrement actif et scabreux. « Depuis, » continue le duc, ma conduite fut entièrement le )) résultat de mes idées et l'effet de ma volonté. » Et voilà Laclos hors de cause sous couleur de flatter son maître ! Accuse-t-on le duc d'avoir acheté les gardes françaises ? Laclos trouve une réponse admirable : « On ne peut acheter que ceux qui sont » à vendre... C'eût été si les gardes françaises se » fussent conduites autrement que j'aurais été tenté » de croire que sans doute on leur avait payé chère- » ment leurs services. » Le duc assure enfin qu'il fut récompensé de sa conduite par l'amour du peuple. A Boulogne, notamment, « retenu par une » foule innombrable, on eût dit que j'emportais avec » moi le salut de toute la France ; la résistance ne » se manifestait qu'au milieu des louanges et des » bénédictions; il était difficile de ne pas être impa- » tienté, mais il était impossible de ne pas être )) attendri. » L'exposé finit par un appel à la conciliation : « Que le Comte d'Artois revienne jouir de )) la partie la plus précieuse de son héritage : Taniour » que la nation la plus sensible et la plus aimante » a voué aux descendants de Henri IV.... » Quant au duc, chargé d'une importante négociation, si les événements continuent de s'opposer aux efforts de son zèle, il reviendra prendre sa place à l'Assemblée. Un seul vœu est dans son cœur: « celui de vivre » libre et heureux au milieu de la France heureuse » et libre, enfin celui de voir la nation française
» jouir du degré de puissance, de gloire et de bonheur, » que depuis si longtemps la nature lui destinait en » vain. »
Si Tauteur des lettres de Valmont à M"** de Tourvel ne se dévoilait à de pareils traits, le dt^[ûl de sa rivale, M™" de Genlis, le désignerait assez jmur l'auteur de cette pièce. Elle écrivait peu après au duc d'Orléans : « Je suis charmée, dear frU^ud^ » qu'on vous ait dit du bien de mon journal..., on » vous y voit toujours sous les traits les plus aima- » blés de la bonté, de la douceur et de l'indulgence ; » enfin, constamment le meilleur des pères^ et » depuis deux ans, le plus patient des maris. Aussi » ai-je eu le plaisir d'entendre dire à tous ceux (|ui » l'ont lu, que rien au monde ne pouvait vous louer » mieux que ces faits contés avec tant de simplicité. » Ah ! si vous m'eussiez chargée de faire la brochure » qui précéda votre retour d'Angleterre! Elle aurait » eu aussi un bien grand succès. Comme cet écrit » était maladroit et manqué... ! * » Le public n'en jugeait pas ainsi. La « Confession » de Philippe d'Orléans, charmait sa sensibilité et flattait sa vertu. Un historien même, s'est laissé prendre à tîiiit de grâce honnête. « Cet écrit, dit Dulaure, ofTrc! un » mélange de candeur et de dignité et s'il n'amiiuî » pas une pleine conviction, il inspire de l'intérêt » pour son auteur. » « M. de Laclos ne l'aurait pas » mieux fait, dirent en souriant les connaisseurs, » mais il semble, ajoute Grimm, que, dans une cir- » constance aussi grave, un Bourbon devait parler » à la fois avec plus de franchise et de dignité ^. >•
1. Correêpondance de L. P. J. d'Orléans, édit. 1801, II, p. 70.