Bûchez et Roux, X., p
rassemblement de citoyens ». A ce moment, sunint un député de l'Assemblée nationale : il apprit qu'à 9 heures du soir, avait été votée une proposition de Desmeuniers, qui supprimait toute équivoque et reconnaissait formellement Louis XVI comme Roi. Désormais la loi avait parlé ; persister dans le projet de Laclos, c'était prendre ouvertement parti pour les factieux. La pétition fut supprimée, Timpression interrompue, les signatures défendues. Laclos avait perdu la partie. Danton s'éclipsa *.
La dénonciation de Sillery, le 16 au matin, n'eut donc aucun effet en ce qui concerne Laclos, qui, le soir, n'avait plus de raison de s'associer aux événements qui suivirent. On sait que, le 17 juillet, une nouvelle pétition, purement républicaine cette fois, fut déposée sur Tautel de la Patrie, que des attroupements s(î formèrent, qu'une répression brutale, sanglante fut provoquée par l'Assemblée, exécutée par La Fayette, applaudie par la bourgeoisie légitimiste, qui se défiait de la république comme de l'orléanisme, et sentait le moment venu d'arrêter la Révolution pour la confisquer à son profit, par cette même bourgeoisie, qui, quarante ans plus tard, devait porter au trône le duc de Chartres, sous le nom de Louis-Philippe V\
M'"** de Genlis, tout en préparant des embûches h son rival, luttait d'ingéniosité avec lui pour séduire Topinion. Elle lui était inférieure en ceci, que la vanité chez elle s'alliait à l'ambition et que, désireuse de réussir, elle était encore plus pressée de briller. Laclos lance une petite phrase en se cachant. M"* do Genlis écrivit deux gros volumes afin de se faire voir. Pour faire suite aux Conseils sur l'éducation
1. Il se réfugia iiTroyes, puis alln passer plusieurs jours ù Londres.
du Dauphin y elle publia les Leçons d'une Couvernante. Le premier ouvrage contenait les préceptes, le second l'application. C'était jour par jour le tableau de la vie de ses élèves ; mais elle v était constamment en scène prêchant le civisme et la vertu, dirigeant et dominant le duc de Chartres, qui, le jour de son serment civique, rayait tous les titres, hormis celui de citoyen, et disait que ce qu'il aimait le mieu\ au monde, c'était la nouvelle constitution et sa chère gouvernante. Voici qui peint entièrement cette femme. Son livre était précédé d'une préface, composée, disait l'éditeur, quinze jours avant la fuite du Roi, mais qu'il faisait cependant paraître telle quelle. M"® de Genlis s'y répandait avec affectation sur la bonté de Louis XVI, sur la solennité de ses engagements, auxquels certes il ne pourrait manquer sans être infâme, parjure, traître et déserteur. Mais qui pourrait le prévoir d'un si grand roi et seulement y penser ? Brissot, qui se laissait également jouer par les deux rusés intrigants du Palais-Royal, ne comprenait pas ce détour et y admirait tout bonnement un don de prophétie. Ce « mâle et sévère » républicain envoie, dans ses mémoires, le pavé de l'ours l\ la M™* de Genlis repentie de la Restauration. « Qu'on lise » la préface de ses Leçons d'une Gouvernante,., ^ l'on » verra s'il étiit possible d'invoquer avec plus d'art, » je dirais presque avec plus de perfidie^ si ce mot » pouvait être juste pour un acte de loyauté, la » Constitution que le dernier Roi avait juré... ; s'il » était possible enfin de traduire ainsi plus directe- » ment Louis XVI devant le tribunal de la Nation, » dans le cas où il violerait la loi, le jour même où, » en fuyant à Varennes, il venait de la violer ; c'est » dans cet écrit qu'on trouverait peut-être, comme >) par une inspiration prophétique^ le premier mot
» qui semblait provoquer la déchéance, mot que » d'autres n'ont hiit que répéter ^ » Mais toutes les intrigues orléanistes s'étaient effondrées devant les fermes résolutions et le loyalisme de TAssembléc. Quelques semaines après les événements de juillet, M™* de (jenlis partit pour TAngleterre avec M"** d'Orléans, accompagnée de deux bons patriotes, Pétion et Voidel.
LkIcIos voyait l'opinion toute entière cette fois se soulever contre lui. En vain, dans la séance du 17 juillet, aux Jacobins, comprenant que tout était perdu, il opina pour que la Société cessât de s'occuper de la pétition et qu'elle fut considérée comme nulle et non avenue. C'était marquer un repentir tardif, dans le moment même ou chacun Taccusait. Au lendemain du 17, il y eut un violent mouvement de réaction dans l'Assemblée ; une petite terreur régna dans Paris. Ephraïm et Rotondo furent arrêtés ; Laclos passait pour leur complice. Les royalistes, qui ne prononçaient jadis son nom qu'avec exécration, le prononcèrent désormais avec menace. Le 18 à rAssemblée nationale, Petion qualifiant de funeste à la liberté un décret de répression qu'on allait voter, on entendit les députés de gauche s'écrier euxmêmes : « Oui, funeste à Marat, Brissot, Laclos, Danton. » Une instruction était ouverte. Robespierre tremblait; Marat, Legendre et Desmoulins se cachaient; Danton était en Angleterre. L'accusateur public mettait les Jacobins hors de cause, mais rendait responsable du vote de la pétition « l'attroupement de 8,000 individus sortis du Palais-Royal », qui avaient envahi la salle, le 15 au soir. Laclos, qui en était l'instigateur, était encore accusé faussement par l'opinion