‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 97 sur 168 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Laclos est-il le véritable vainqueur de Valmy ? — Dans l'entourage de Servan. — La délivrance nationale et la défense de Paris. — Le maréchal Luckner. — Laclos à Chàlons. — Ses plans en cas de défaite. — La position de Suippe. — Les volontaires parisiens. — Le commissaire et le maréchal. — Laclos organisateur de l'armée de seconde ligne. — Laclos travaille à la jonction. — Surprise générale après Valmy. — Mérites et déconvenue de Laclos.

Laclos esl-il le véritable vainqueur de Valmy ? Voilà sans doute un titre de gloire qu'on ne songeait pas à revendiquer pour Fauteur des Liaisons dangereuses. Il lui fut découvert par quelques admirateurs étonnés et ravis, après la publication dans r Intermédiaire des Chercheurs et Curieux des lettres qu'il écrivit de Châlons pendant le mois de septembre 1792. M. Chuquet discuta cette opinion dans la Revue critique. Quelle belle occasion de réconcilier en la personne de Laclos l'analyse et l'action ! Le plus subtil des vivisecteurs de Tamour serait donc aussi le vainqueur de Brunswick et de

1. Les sources de ce chapitre sont presque entièrement contenues dans les archives du Ministère de la guerre (campagne de l'Argonne 1792). Les lettres de Laclos ont été publiées en 1885 dans V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux ^ par M. Henri Céard.

l'armée prussienne, Témule de Kellermann et de Dumouriez. On pensera qu'il n'est pas sans intérêt d'éclaircir un aussi piquant problème.

« Vous ne devez pas ignorer », dira plus tard à Philippe-Egalité le président du Tribunal Révolutionnaire, « que Servan n'était qu'un ministre de » nom et que c'était Laclos, votre affidé, qui diri- » geait le Ministère * ». C'est en effet aux côtés de Servan que Laclos s'installa, dès que celui-ci eut été rappelé au Ministère de la Guerre. Jusqu'aux premiers jours de septembre, il ne cessa de travailler avec acharnement à ses côtés, et dans son bureau même. « Vous le connaissez, lui écrira Servan, pire » qu'une place publique». « L'opinion de Servan, » écrit dédaigneusement Dumouriez, « était fortifiée par » celle d'un colonel d'artillerie nommé Laclos, au- » teur d'un affreux roman intitulé le Danger des « Liaisons-. »

Servan s'était entouré de quelques officiers de l'armée royale, comme lui ardents et expérimentés, comme lui haïssant l'Ancien Régime et l'étranger, et mettant les anciennes traditions militaires au service de la Révolution. C'étaient Meusnier, membre de l'Académie des Sciences, le futur défenseur de Mayence, Grimoard, maréchal de camp, l'ancien chef d'état-major de Bouille, écrivain militaire renommé, auquel on avait offert, avant Dumouriez, le commandement de l'armée du Nord, Mathieu Dumas, ancien aide de camp de Rochambeau puis de La Fayette, plus tard intendant général sous l'Empire, Lacuée surtout, le futur comte de Cessac, si estimé

1. Hue, Procès de Louis AT/, </<• Man'e-A ntoineliCj de -V™* Eli^ aabeth et de Philippe d'Orléans,

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