‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 99 sur 168 · Moniteur. Séance du 18 aoiU de l'Assemblée nationale · texte numérisé non relu

Moniteur. Séance du 18 aoiU de l'Assemblée nationale

miers généraux ». On était encore plus prussien dans les clubs qu'à Tarmée. Cependant le vieux reître, toujours rapace et madré, devenait, avec l'âge et les circonstances, larmoyant et pusillanime. Par crainte ou politique, il jurait fidélité à tous les partis. Ne concevant pas d'autre régime possible que la royauté, il pensa s'abriter derrière La Fayette, dont les manières d'homme de cour et l'assurance lui imposaient. Après Forage du 10 août, il se déclara Jacobin, tout en reculant devant l'ennemi. Son vieux prestige opéra encore sur les Commissaires de l'Assemblée, dont l'ignorance arrogante était superstitieuse. Servan, qui le connaissait, voulait le destituer. Ils l'en empêchèrent. Pour ménager l'opinion et sur le désir de Kellermann, le Conseil exécutif provisoire décida de le « charger, en qualité de généralissime des ar- » mées, de concourir par ses conseils aux opérations » et mouvements des armées françaises». Le Conseil pensait aussi l'utiliser, en l'empêchant de nuire. Servan, le sachant peu enthousiaste et mal entouré, ne lui ménagea pas les avertissements. « C'est, M. le » Maréchal, lui écrivait-il, une guerre à mort. 11 » faut que les Prussiens nous subjuguent, ou que nul » d'entre eux ne puisse se vanter d'avoir mis le pied » sur la terre de la liberté. C'est là, M. le Maréchal, » l'esprit de tous les Français. Imprégnez-en tout ce » qui- vous entoure. Eloignez de vous tout ce qui est » suspect. Ainsi vous serez le héros des Français ». Mais ne pouvant s'assurer lui-même qu'il était écouté, il jugea plus sûr d'y envoyer Laclos. Le 5 septembre, il annonçait à Luckner son arrivée. « L'importimce de la mission dont vous êtes chargé, » la multitude et la variété des objets qu'elle com- » prend, l'étendue et la nécessité d'une correspon- » dance très active ont déterminé le Conseil à éta-

» blir auprès de vous un bureau^ qui, vous facilitant » Texécution des détails, vous permettra de \oiis » livrer tout entier auv conceptions militaires pour » lesquelles la nature et Texpérience vous ont éga- » lement formé. Le Conseil a placé à la tète de ce » bureau, M. Choderlos de Laclos, dont les talents » et le civisme également connus vous rendront cer- » tainement, M. le Maréchal, les rapports qu'il aura » avec vous aussi utiles qu'agréables. Le Conseil lui » a donné le titre de commissaire. Il part demain » pour vous rejoindre. ))M. Choderlos, ajoutait-il plus loin, « avec qui j'ai conféré sur nos moyens et sur la » manière de les employer vous développera mes idées, » qui toutes sont tournées vers la défense de la Capi- » taie. M. Labourdonnaye part ce soir pour Reims. 11 » est à vos ordres comme Commandant de Farmée de » rintérieur ». — «J'attends avec impatience, » répondit Luckner, lelendemain, « les personnes que vous » m'annoncez devoir concourir à me seconder, et » particulièrement M. Choderlos de Laclos, d'après » le bien que vous m'en dites. Il me communiquera » plus particulièrement vos intentions et les moyens » d'organiser promptement les différents corps de » réserve * ».

Luckner n'était plus qu'un masque imposant, mais c'est justement la manière de Laclos de se dissimuler pour agir. Jadis il poussait devant lui un prince du sang, faible et débauché, maintenant il prend position derrière un généralissime incapable. Les pouvoirs qu'il emportait de Paris étaient tels qu'ils permettaient à un homme de son

1. Scrvnn ù Luckner, 5 sept. — Luckner à Scrvon, 6 sept. — Le général Grimoard insinue que Laclos était également chargé de transmettre à Dumouricz un mémoire de lui sur les opérations. [Tableau historique^ II, p. 54).

expérience et de son caractère de s'emparer, au milieu du désordre, de tout Tessentiel du commandement.

« Le Ministre de la guerre, » dit sa lettre de service, « ayant observé que la distance qui sépare » Paris et le théâtre de la guerre fait souvent perdre » des moments et des occasions précieuses; qu'il )) est impossible au Ministre de se rapprocher du » lieu où les armées agissent, que Châlons, désigné » pour être le quartier général des armées fran- )) çaises et la résidence présumée du généralissime » serait véritablement le point d'où il serait à » désirer que les ordres ministériels partissent; » qu'il est important que le Ministre soit suppléé, » autant que cela est possible, pour une multi- » tude d'objets instants à terminer et sur les- » quels on ne pourrait prendre sa décision sans » que la chose publique ne périclitât; qu'il ne » peut être choisi pour suppléer au Ministre qu'une » personne également connue pour ses talents et » son patriotisme; qu'il est indispensable que le » Ministre ait une connaissance exacte, régulière et » entière de tous les grands mouvements, qui seront » ordonnés par le généralissime; conformément à » la délibération du Conseil exécutif provisoire, » nomme M. Choderlos de Laclos pour remplir » l'emploi de commissaire du Conseil exécutif pro- » visoire auprès du généralissime.. J. »

Laclos devait donc établir près de Luckner un bureau destiné à l'aider dans tous les détails de sa correspondance, veiller à la traduction des ordres, que ce singulier généralissime ne pouvait rédiger qu'en allemand, et se mettre en rapports avec

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