‹ Un admirable inconnu [microforme]Chapitre 2 sur 45 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce. modeste travail n'a point la prétention d'être un livre qui mette en avant quelques idées fortes et neuves, ou qui jelte un peu de lumière sur quelques points obscurs de l'histoire. Il ne cherche donc pas la grande publicité philosophique et litléraire. On a cru pourtant qu'il pouvait paraître au jour, pour la raison très bonne qu'il pouvait faire du bien. En ce temps où les travaux historiques prennent vraiment beaucoup de place et font revivre beaucoup de personnages mauvais ou médiocres, pourquoi laisser dans l'ombre certains hommes dont la valeur et la vertu méritent de n'être pas ignorées ? Nous avons eu le bonheur de rencontrer l'un de ces hommes et de mettre la main sur de précieux documents qui permeltent de constater sa grande valeur et sa grande vertu. L'homme n'était pas absolument ignoré, car le P. Étienne de Carheil est cité dans les annales du Canada. Les documents n'étaient pas ensevelis dans la poussière d'une bibliothèque ou d'un grenier, car ils étaient gardés avec un soin jaloux dans le salon d'honneur d'un château de Brelagne; mais, pour être bien connus et vénérés de la noble famille qui les possède, ils n'en restaient pas moins inconnus, et nous avons le droit de les regarder comme une heureuse trouvaille.

En septembre 1886, ayant à prêcher la consécra-

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tion d'une très belle église au pays du P. Étienne, nous pensâmes qu'il élait juste de glorifier cette généreuse et chrétienne paroisse, féconde en vocations divines. Mais si le présent nous élait bien connu, le passé, sur plusieurs points, nous apparaissail obscur, et nous étions réduit à supposer, non sans droit, que les vocations sacerdotales ou religieuses n'étaient pas moins fréquentes autrefois qu'aujourd'hui. « Tenez, nous dit, quelques heures » plus lard, Madame de Carheil, voici des lettres qui » vous donnent raison. Autrefois Carentoir four- » nissail des prêtres, et même des Jésuiles. » Nous avions les lettres du P. Étienne de Carheil, et nous apprenions que celle noble famille avait ses plus belles traditions dans le sanctuaire et dans les couvents. Lorsque Madame de Carheil ajouta que le Père Étienne était mort avec la réputation d'un saint qui fait des miracles, elle prouva que les précieuses lettres lui étaient familières. Nous voulions emporter ce lrésor ; mais Monsieur de Carheil les tenait en si grande estime que jamais il n'a voulu les confier même à des mains très sûres, de peur que ce trésor de famille ne fût égaré. Seulement, il permit de bon cœur que les lettres fussent copiées par les Filles du Saint-Esprit qui donnent l'instruclion chrétienne dans la maison fondée par son eæcellent père, Monsieur Victor de Carheil, si gentilhomme et si catholique. Monsieur l'abbé Le Claire, vicaire à Carentoir, à qui nous devons plusieurs renseignements trés utiles, surveilla de près cette copie, faite d'ailleurs avec un soin scrupuleux.

Si notre copie ne laisse d'ailleurs aucun doute, nous avons toutefois le vif regret d'avouer qu'elle est

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seulement la réproduction d'une autre copie. L'au-

tographe a disparu. Les missionnaires n'avaient-ils que du papier médiocre? Les accidents que subissaient les correspondances, alors si difficiles, l'avaient-ils délérioré au point qu'une copie devint nécessaire? Peut-être. Toujours est-il qu'en 1783, Mademoiselle Jeanne-Thérèse-Françoise de Carheil de la Guichardaye copia les lettres du Missionnaire. La copie, faite sur un cahier d'un papier très fort, accuse une seule main et la même encre. L'authenlicilé des lettres n'est pas douteuse. Nos efforts el les recherches de Madame de Carheil, pour retrouver l'original, ont été et devaient être inutiles. La famille du P. Étienne a toujours conservé la copie ; elle n'eût jamais supporté que l'autographe ne demeurüät pas au château de la Guichardaye ; ou bien les de Carheil qui eussent emporté ce trésor l'auraient gardé précieusement, et nous l'aurions découvert. L'original est donc perdu; mais la copie, faile soigneusement par une de Carheil, a toute l'autorité voulue et ne laisse pas d'être précieuse.

Quand on a lu pareilles lettres, il est difficile de ne pas aimer el de ne pas étudier le missionnaire qui les écrivit. Nous fümes amené à faire des recherches, à parcourir les écrits qui concernent les missions du Canada, à lire spécialement l'intéressante Histoire de la Nouvelle France, par le P.de Charlevoix, et les curieuses Relations des Jésuites de la Nouvelle France publiées en 1858 aux frais du Gouvernement canadien. Quelle ne fut pas notre joie d'apprendre que le Père Étienne passait pour un saint et pour un homme de génie ! Nous aurions voulu prouver abondamment que cet éloge du P. de Carheil par le

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P. de Charlevoix n'est pas une exagération. Les documents nous font défaut pour que la preuve soit éclatante. Néanmoins nous croyons que, dans les lettres de la Guichardaye, dans les quelques lettres ou fragments des Relations, notre missionnaire apparaîtra comme un homme d'un grand talent et d'une vertu singulière.

Dans une première partie nous racontons, d'après nos documents, la vie du P. Étienne, ou du moins les événements de cette vie que nous avons pu découvrir. Il nous semble que ce récit ne manque point d'intérêt. Dans une seconde partie, nous donnons les documents, non comme des pièces justificatives que l'on puisse contrôler ou négliger, mais comme des preuves éloquentes qu'il faut lire. Les écrits des Saints et des Missionnaires n'offrent pas de lettres plus édifiantes. On nous pardonnera, si notre récit manque d'ampleur : malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de trouver des matériaux plus riches, et, d'autre part, nous n'avons pas cru devoir céder à la tentation de nous enrichir en puisant à pleines mains dans l'histoire du Canada. Nous espérons que ce travail excitera les Canadiens à publier les écrits de leurs missionnaires, à continuer surtout la publication des Relations des Jésuites, et que leurs efjorls nous donneront des renseignements plus précis ou plus étendus.

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