VOCATION DU PÈRE DE CARHEIL
Étienne de Carheil naquit dans le diocèse de Vannes, probablement le 20 novembre 1633. Les catalogues de la Compagnie portent qu’il est Vannetais, et le font naître à la date du 20 novembre 1633 ou du 10 novembre 1634. Le Père de Carheil, qui eut plus tard recours à son père pour savoir s’il n’était pas né le 18, a pu donner au noviciat des renseignements inexacts, et les secrétaires ont pu faire des erreurs de chiffres. Une chose est certaine: c’est qu’il fut baptisé le 83 novembre de l’an 1633 ; car les registres de la paroisse, retrouvés non sans peine, ne laissent aucun doute. Les papiers de famille, qui ne parlent que du fils aiñé ou des enfants qui furent présents à son mariage, ne mentionnent pas Étienne, et l’on pouvait croire qu'Étienne était sorti d'une autre branche. Mais l’extrait de baptème nous apprend que « Estienne de Carheil,
escuyer, » est bien « le fils de seigneur François de Carheil et de damoiselle Jeanne de la Bouexière, sa compagne, seigneur et dame de la Guischardais. » I] naquit donc au château de la Guichardaye en la vieille paroisse de Carentoir, sur les confins des diocèses de Rennes, Vannes et Saint- Malo. Sa famille tirait son origine des Castello, illustre famille du Piémont, d’où sont sortis les comies de Sauffraye et les Bouëxel, alliés aux comtes de Cornouailles. Elle est en Bretagne, vers 1400, dans la paroisse de Genrouet, évèché de Nantes, où le premier seigneur de Carheil porte le nom de Macé. C’est après 1545 qu’elle s'établit à Carentoir, dans la seigneurie de la Guichardaye qu'Ollive Le Bourg, dame de Villeneuve, apporte en dot à François de Carheil.
Leur devise est absolument bretonne : Plutôt la mort que le déshonneur; Potius mori quam fœdari. Les lettres du P. Étienne prouveraient, à elles seules, que la piété, qui donne la force de préférer la mort à la souillure, était héréditaire au manoir de la Guichardaye.
C’est là, dans cette noble et chrétienne famille, dans ce château qui domine au loin les gracieux coteaux de Carentoir, c’est là qu'Étienne fut élevé pieusement. Quel chrétien que son père! et quelle chrétienne que sa mère! Nous en avons la preuve dans les paroles du missionnaire : il ne sait comment les remercier pour la pieuse éducation qu’il a reçue. « Oui, mon père, je vous en » remercie de toute la force et de toute la
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famille, racieux ut élevé et quelle preuve ne sait lucation ous en oute la
» substance du cœur que j'ai reçu de vous et de » ma chère mère. » (Lettre de 1673). « Je me » sens obligé de vous remercier ici, mon aimable » père, avec ma très chère mère, de ce que vous » ne m'avez jamais donné, ni l’un ni l’autre, » aucun mauvais exemple qui pùt me détourner » de l’amour de mon Dieu... La tendresse de la » reconnaissance me fait couler les larmes des x yeux en écrivant ceci. » (Lettre de 1675). L’admirable piété d’Étienne fut puisée à bonnesource.
On aimerait à savoir en quelle ville Étienne fit ses études. À Vannes et à Rennes, les Jésuites avaient des collèges florissants, à égale distance de Carentoir, avec égales difficultés pour les voyages. Une lettre du P. Étienne diminue un peu nos doutes ; elle nous apprend que René, son frère, était au collège de Rennes. Ce détail n’est pas insignifiant, car la vocation d’Étienne en est éclairée. Il est vrai qu’il hésita entre la Compagnie de Jésus qui dirigeait le collège de Rennes et les Bénédictins établis, tout près de Carentoir, dans la célèbre abbaye de Redon. Mais son choix s'explique ; on comprend qu’il n'ait pas suivi son oncle Guillaume, bénédictin dans l’abbaye de Prières, quand on le suppose dans ce collège où les Jésuites comptaient en 1641 près de 1500élèves, quand on songe que ce collège était encore tout ému et tout embaumé du passage d’un missionnaire à moitié martyr. Le P. Isaac Jogues venait de traverser Rennes en janvier 1644 : on avait entendu, non sans frémir ni pleurer, son héroïque
et terrible histoire; on avait contemplé et baisé les cicatrices de ses mains, la trace des morsures faites par les sauvages du Canada; et l’enthousiasme était dans les âmes autant que la pitié dans les cœurs. Étienne, qui avaitdix ans passés, a-t-il vu ce touchant spectacle? Au moins pouvonsnous dire qu’il en a plus d’une fois entendu l’éloquent récit, qu’il en a, par contre-coup, ressenti les émotions, et que sa jeune âme a trouvé, dans cet heureux collège, la première idée du Canada, le premier mouvement de la grâce apostolique. Cinq ans plus tard, le Père de Brébœuf était horriblement massacré par les Iroquois. Etienne avait quinze ans; il était à Rennes; nul doute qu’alors le Canada n'ait apparu à son âme ardente comme le Calvaire où son Dieu le conviait à mourir. Quoi qu’il en soit, la vocation religieuse dans la Compagnie de Jésus se manifesta de bonne heure et le désir d’être missionnaire au Canada ne tardera pas à se montrer impérieux.
Étienne n’avait pas encore atteint sa vingtième année qu'il s’en allait à Paris, non pour y faire, avec son frère aîné Gervais, les exercices, (sans doute, les études), que rèva d’abord son père, mais pour s’y livrer seul à « d’autres exercices que ceux auxquels on le destinait ». Les curiosités de Paris n’arrêtèrent pas longtemps ce breton dédaigneux des frivolités humaines, cette âme élevée « qui ne souhaitait que la maison du « Noviciat. » Malgré les catalogues de Rorne, nous croyons, d'après les catalogues de Paris
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PER CSP
et le Répertoire du Clergé Canadien par le Père Martin, qu’il fut admis, non le 3 octobre 1653, mais le 30 août 1652; la preuve en est que, d'après sa troisième lettre, ses premiers vœux datent du 1°" septembre. « Je fus présenté par un » de nos Pères au nombre des novices comme » parmi des anges visibles, près desquels j'oubliai » tout ce qu'il y a sur terre pour n'être plus uni- » quement qu’à Dieu. » (Lettre de 1673). La grâce ne saisit pas à demi cette énergique nature, ni lentement et comme pas à pas : avec une grande force et d’un seul bond, semble-t-il, elle prit toute sa proie, et cette noble proie n’a pas l’air de s'être débattue : « Dès le moment que je me » donnaï à Dieu, il sembla aussi se donner tout » à moi. Il répandit ses grâces sur moi avec tant » d’abondance et me donna un mépris si uni- » versel de tout ce que les hommes estiment le » plus, que je n'ai jamais eu la moindre pensée » de retourner au monde et de reprendre ce que » j'avais quitté. » Nous ne savons si les autres novices méritaient bien d’être appelés des anges visibles ; mais le Frère Étienne parle déjà, pour sa part, comme un chérubin tout enflammé d'amour, et cette flamme, au lieu de s’éteindre ou de s’amoindrir, ira grandissant et ne cessera de devenir plus ardente.
Le Frère de Carheil n’eut pasle temps d'achever au noviciatses premières épreuves. Un professeur de‘cinquième, ou, comme on disait alors, un Régent de Cinquestre, vint à mourir au collège
d'Amiens. Il fallait un talent tout prêt pour le remplacer, et c’est le Frère Étienne qui fut choisi: on avait eu le temps de le deviner, ou bien les notes, venues d’un collège de la Compagnie, avaient fait connaitre ses aptitudes. Six mois plus tard, il faisait ses premiers vœux. Nous ne voulons pas déflorer ses lettres par trop de citations; mais nous ne résistons pas au plaisir de citer cette belle période où le professeur de rhétorique ne cache pas trop l'écrivain : « Je fis mes » vœux de toute l’étendue de mon cœur, de toute » la plénitude de ma volonté et de toutes les » forces de mon âme, en m’engageant irrévoca- » blement à une pauvreté, chasteté et obéissance » perpétuelle dans laquelle je veux vivre et » mourir, afin qu'étant privé de tous les biens » temporels par la pauvreté, de tous les plaisirs » par la chasteté, de toutes mes inclinations par » l'obéissance, je n’aie que Dieu pour mon unique » bien, pour mon unique plaisir, et pour unique » objet de ma volonté. »
Après une autre année de grammaire au collège d'Amiens, le Frère de Carheil enseigna deux ans la grammaire et deux ans les humanités dans le collège de Rouen « avec plus de » succès, dit-il, et de satisfaction publique de » toute la ville que je n’en pouvais souhaiter. » On voit le talent qui perce et se fait remarquer. La vaine gloire a déjà de quoi se repaitre, surtout à cet àge où sa vanité n’est pas connue, parce qu’elle n’est pas sentée. Le Frère de Carheil,
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au contraire, sentait vivement la louange qu'il trouvait exquise et délicieuse. Lorsqu'il eut fait sa troisième année de philosophie à la Flèche, étant professeur de rhétorique au collège de Tours, il éprouva plus forte cette redoutable tentation, et se persuada, selon ses aveux au P. de Charlevoix, qu’il risquerait de se perdre par les succès qu’il pouvait se promettre sur un théâtre plus éclatant. Il faut que son talent ait jeté un vif éclat pour que sa vertu s’en soit effrayée à ce point. Les preuves nous manquent ou ne sont pas suffisantes. La confiance de ses supérieurs qui le chargent des classes les plus difficiles, ou le nomment, pendant sa philosophie, préfet des pensionnaires philosophes, est un signe de valeur, surtout au milieu du grand siècle, mais ne donne pas la mesure de cette valeur. Les applaudissements du public, sans doute aux séances littéraires qu’organisait le jeune professeur d’humanités et de rhétorique, font soupçonner un mérite au-dessus du commun, mais restent suspects, comme les jugements de la foule en pareille circonstance. Les écrits du missionnaire permettent mieux de croire que les supérieurs et le public n'avaient pas tort de lui trouver un talent plus qu'ordinaire.
Il nous reste pourtant une pièce de vers latins d'après laquelle nous pouvons apprécier l'esprit du P. de Carheil et le goût de ses amis ou supérieurs. Il ne la composa pas au collège de Clermont (comme l’a pensé le P. Martin qui le
suppose professeur à Paris, parce que c’est à Paris que la pièce fut imprimée), mais au collège de Tours, et c’est lui qui nous l’apprend : « De la
Flèche j'allai à Tours pour y enseigner la
rhétorique, et j'y fis un poème, sur la naissance
du Dauphin, qui naquit pour lors, que mes
supérieurs ayant jugé digne d’être imprimé à
Paris, je ne doutai nullement que je ne fusse
obligé de vous l’envoyer comme un fruit de
tout £e que vous ont coûté mes études, afin que
vous eussiez la consolation de voir que vous
ne l’aviez pas employé tout à fait inutilement. » La phrase est embarrassée ; mais elle est comme traversée par un rayon de gloire et un naïf sentiment de complaisance filiale. Un poème, jugé digne d’être imprimé à Paris, et chez l’imprimeur ou l’architypographe du roi, Sébastien Cramoisy! Un poème qui prouve que les études n’ont pas coûté trop cher! Nous l'avons vu à la Bibliothèque nationale : l’impression en est belle et sur beau papier ; c’est un in-folio de douze pages! On dirait un petit chef-d'œuvre... Il y avait de quoi flatter l’'amour-propre d’un jeune auteur qui n'avait pas vingt-neuf ans et qui se contemplait magnifiquement imprimé, pour la première fois. Les bouffées de vapeur et les bouffées de gloire portent facilement à la tête, et facilement, quand la tête est jeune, on s’en grise. Le P. de Carheil eut cette impression, bien connue des poètes naissants, fussent-ils latins, et, douze ans plus tard, du fond des forêts iroquoises, il en écrivait à son père
> c'est à 1 collège : « De la igner la aissance que mes primé à ne fusse fruit de afin que [ue vous ment, »
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dans les termés convaincus que nous avons rapportés.
Or, à vrai dire, son poème n’est pas un chefd'œuvre, ou c’est un chef-d'œuvre de professeur de rhétorique, de cette époque et de cet âge. Nous sommes en 1661 : la France et l'Espagne ne sont plus en guerre, parce que Louis XIV a épousé l’infante Marie-Thérèse d'Autriche, et la paix est assurée, parce que Marie-Thérèse vient de mettre au monde le grand Dauphin. Là-dessus, grand émoi par toute la France et dans tous les collèges. Comment célébrer ce joyeux événement si plein d'espérance ? Le jeune professeur de Tours ne veut pas rester au-dessous de pareil sujet; il cherche, il interroge, il voit ce qu’on a fait en de semblables circonstances, et ne trouve qu’allégories et métamorphoses, comme au beau temps du P. Le Moyne... Et nous avons une Métamor-
phose!
» Par l’heureuse naissance du Serénissime » Dauphin, le lys de France, parmi tant de » batailles souillé du sang des ennemis, est » rendu à sa blancheur, où sa couleur est rendue » au lys. Métamorphose etc. »
Le poème contient 260 hexamètres précédés d'un argument en prose. Les vers ont bonne allure et bonne coupe ; ils ne manquent ni d’harmonie ni d'élégance et, pensons-nous, peu de professeurs de rhétorique de notre temps et de cet
âge auraient cette verve abondante et nerveuse, ce latin pur et correct. Mais le fond reste médio-
cre. « Chaque peuple a sa fleur ; le lys est donné à la France par la bienveillance des dieux. Une si belle fleur excite la jalousie d’un peuple voisin, et ce peuple entend la couper par la racine ou du moins lui ravir sa blancheur éclatante. De là, une bataille où le sang coule à flots. Le sang est bu en partie par la terre, en partie par le lys; à cela rien d'étonnant. Mais le lys en devient rouge, et c'est la merveille! Merveille douloureuse ; mais qu'importe ? La France est sûre de vivre, tant que la racine du lys ne sera pas coupée. Donc le vainqueur n’a pas besoin d’être inquiet ; il peut se contenter de sa brillante victoire. Louis ne s’en contente pas, lui qui volontiers consentirait à ce que son sang devint lait pour en blanchir le lys. Hélas! c’est impossible, car « une » pourpre commune à teint leurs veines, » c’està-dire que son sang et le lys sont également
rouges. Oui, la besogne est trop grande pour un :
mortel. Heureusement que l’amour triomphe de tout. Marie-Thérèse donne à Louis un enfant admirable qui boit son chaste lait et qui aime dès son berceau le lys royal de France... La paix est faite, et le lys redevient blanc. »
Ce genre païen et faux plaisait alors au public et triomphait dans les collèges. Le Père de Carheil s’y distingue, mais il en est victime. Son ferme talent, une fois hors du séjour des muses pédantes, s’en serait débarrassé, pour devenir naturel et demeurer chrétien à la façon de Bossuet. Avec ces lauriers et ces louanges, il arrive à Bourges vers
st donné ux. Une e voisin, cine ou e. De là, sang est e lys; à t rouge, ureuse ; e vivre, coupée.
inquiet ; e. Louis Jnsentin blanr « une » c’estlement
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PTE: : pers
la fin de 1662 et mürit sa pensée dans les saines et fortes études théologiques. La grâce divine, qui ne l’a point délaissé mème en ses faiblesses de vaine complaisance, inconscientes ou involontaires, le poursuit et le reprend avec plus de vigueur. « Comme cette ville (Bourges) est sous la protection de mon cher patron saint Étienne, » aussi je reçus pendant quatre ans des faveurs » du ciel que je ne dois pas vouloir déclarer, et, » quand je le voudrais, je ne saurais les expli- » quer, puisqu'elles sont infinies et que la moin- » dre est préférable à tout ce que le monde fournit » de plus aimable à ceux qui se donnent éternel- » lement pour son amour. » On sent que Dieu s'est montré plus aimant et plus aimable que toute créature et tout rêve ; on devine qu’il s’est passé, entre Étienne et Jésus, des familiarités ravissantes, de « ces familiarités qui jettent jus- » qu’à l'excès dans la stupeur, » comme parle l’Imitation. Le résultat de ces rares faveurs, c’est la vocation, chaque jour plus forte, plus impérieuse, qui le pousse au Canada. Il s’en ouvre à ses supérieurs qui le découragent ou voudraient le décourager ; l’appel est toujours le mème. Il en écrit à son Général qui ne consent pas, parce que les supérieurs ont besoin de son talent : la voix divine appelle toujours. « J'avais toujours » été refusé, dit-il, et on me destinait toujours à » des emplois plus éclatants... » Mais quoi!
» Ïl ne pouvait éteindre le feu qu’il sentait brûler » dans son cœur, et tout ce que l’on faisait pour
» l'éteindre ne servait que pour l’allumer de plus » en plus. » Quel beau combat! Les supérieurs ont de fortes raisons pour garder en France un talent qui promet tant de fruits ; ils vont jusqu’à lui montrer les emplois éclatants qu'on lui destine; et la vaine gloire, dans l'esprit du Père de Carheil, combat rudement avec eux : d'autre part, la crainte de périr à jamais dans l’orgueil, l’amour divin qui réclame d’héroïques sacrifices, je ne sais quelle vague vision d’un beau martyre, Dieu enfin ! et c’est Dieu qui l'emporte.
Il est bien regrettable que l’on n'ait pas conservé les lettres du Père de Carheil, dans lesquelles son âme ardente suppliait qu'on lui donnât les Missions, la sanglante Mission du Canada : comme elles devaient être éloquentes ! Le 2 mars 1666, le Très Révérend Père Général, enfin vaincu, écrivait à Bourges au P. Étienne de Carheil :
« Le zèle très enflammé, que marque votre » lettre du 17 janvier, me plait extrèmement. » Aussi ne puis-je vous refuser la Mission du » Canada que vous me demandez avec tant d’ins-
» tance. Par lettre, aujourd’hui même, j'avertis.
» le Père Provincial de la permission que j'ac- » corde à votre Révérence. Il reste à vous » entendre avec lui du moment qui paraitra le » plus opportun pour le départ. Que Dieu très » bon, par l'abondance de sa grâce puissante, » confirme et perfectionne en Votre Révérence ce qu’il a déjà daigné faire si heureusement! »
de plus Jérieurs ance un jusqu’à lui des- Père de d'autre orgueil, crifices, nartyre,
AS CONans lesdon lui sion du uentes !
énéral, enne de
ie votre nement.
sion du nt d’ins-
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e j'acà vous aitra le eu très issante, vérence ent! »
sis UE mes
Le même jour, le P, Jacques Bordier, Provincial, recevait l’ordre de fixer le plus tôt possible le moment du départ; €ar, disait le T. R. Père Général, « je n'ai certainement pas pu refuser la mission canadienne à son zèle très ardent. »
Non, l’homme ne peut pas refuser ce que Dieu réclame, et la France dut céder au Canada le P. de Carheil qui était de taille à lui faire humainement tant d'honneur. On a vu des Religieux que la nouvelle d’un prochain départ pour les Missions faisait trembler et pleurer ; écoutons les transports d’un Saint : « Que ne puis-je verser » dans votre cœur, mon très cher père, la joie » que je sentis, lorsqu'on m'apporta cette heu- » reuse nouvelle, pour vous consoler ! Quelles » actions de grâces ne rendis-je point à mon » Dieu de ce qu’il m'avait choisi pour aller porter » les lumières de son Évangile aux nations » infidèles, parmi lesquelles je pouvais espérer » de mourir pour lui et remplir par ma mort le » nom du premier de tous les martyrs qu’il m'a » fait donner par son Église dans mon baptême! » Je courus aussitôt à notre chapelle ; je me » prosternai devant le Très Saint-Sacrement ; je » lui dis, pour le remercier, tout ce que le trans- » port de joie et un vif sentiment de reconnais- » sance me put suggérer; je me consacrai à lui » en qualité de victime, afin qu’il m'immolât au » salut des peuples pour la conversion desquels » il m'avait choisi; je lui offris mon cœur, pour » les aimer du même amour dont il les a aimés,
» mourant en croix, et pour ne craindre aucun » des dangers auxquels il faudrait que je m’expo- » sasse ; je lui offris ma langue, pour lui servir » d’organe dans la publication de toutes ses » vérités, ma tête, pour être hachée d’un coup » de hache selon leur coutume, mes veines, pour » verser toutleur sang jusqu’à la dernière goutte, » tout mon corps et toute mon âme pour tout » faire et tout souffrir jusqu'à la mort, dût-ce » être, s’il m'en jugeait digne, pour être brûlé » tout vif au milieu des feux dont je savais qu'ils » faisaient mourir ceux qui les instruisaient ; » enfin je m'offris de toutes les manières possibles » et sans rien excepter de tout ce qui était en » moi.» On peut s'offrir aussi absolument et aussi joyeusement ; mais est-il possible de mieux s'offrir? C'estle langage enthousiaste des premiers martyrs qui volaient à l'arène. Si le professeur avait gardé très vif le souvenir de ses triomphes, le missionnaire n'avait pas oublié les ardentes émotions du jour où fut connu son apostolat.
Quand mème cette première lettre à son père nous eût fait défaut, nous aurions néanmoins quelques renseignements sur sa joie apostolique; car on a conservé, à la Bibliothèque de l’école Sainte-Geneviève, une lettre à Maitre Frémont, scolastique de la Compagnie, dans la maison de Bourges. Elle est du 23 mars, au lendemain de l’ordination, et contient des révélations du plus grand prix. Le Père de Carheil annonce qu’il est prêtre. Après la décision du T. R. Père Général,
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on s’est empressé de l’élever au sacerdoce et de préparer son départ. Il est ordonné, à Paris, le jour même du P.de Brébœuf, donc le 16 mars.
Cette lettre, qui nous fait pénétrer dans son âme et l’éclaire d’une lumière si vive, nous prouve, encore plus, que le Canada est son rêve, que le martyre lui sourit, et qu’il ne porte pas en vain le nom du premier des martyrs. Mais le secret de cette ardeur nous est livré : le P. de Carheil aime l'Eucharistie d’un amour ardent et la veut «comme le caractère de son éternité ». C’est bien l’usage, en effet : quand le sang de Jésus-Christ, victime et martyr par excellence, est bu avec amour, il donne au sang chrétien des ardeurs héroïques, des impétuosités indomptables et comme l'instinct et le besoin du sacrifice. Le P. de Carheïl aimait tendrement et ardemment la sainte Hostie et voulait qu’elle fût mieux aimée, fallüt-il, pour cela, trahir les mystérieuses faveurs dont il était comblé et qu'il aurait désiré tenir dans l’ombre. Son beau secret se dévoile en cette lettre si cour:ie, si pleine, si précieuse. Car on devine les confidences faites au P. Frémont. Après les premières paroles, il est visible qu’en ce dernier entretien des deux amis, il a été question du Canada, du prochain départ pour la terre où l’on a chance d’être martyrisé. Les paroles qui suivent nous font soupçonner que le P. de Carheil goûtait des joies délicieuses à la Table-Sainte et qu’il avait peut-être des clartés extraordinaires, certainement des grâces peu communes, puisqu'il
et QE eus
permettait à son ami de les révéler, dans l’espoir que l'amour de l’Eucharistie y trouverait de l'accroissement. Ainsi nous voyons que la Communion, faite avec une rare tendresse, a été la force et la lumière du P. de Carheil : elle l’a arraché au monde où sa naissance et son talent lui promettaient des triomphes, à la France où sa destinée, même religieuse, eût été brillante. Mais donnons cette lettre qui mérite d’être méditée.
JT M. J.
» Très cher Frère en Jésus-Christ,
» La Paix du Christ.
» Je suis prêtre, j'ai reçu le sacerdoce, le jour » mème du Père de Brébœuf, l’apôtre des Cana- » diens, dans la chapelle de Saint-Josse. C’est à » la Rochelle que pour la première fois, je sacri- » fierai le corps de Jésus-Christ : plaise à Dieu » qu’un jour je sacrifie le mien et que j'imite le » sacrifice du grand Prètre, le Seigneur Jésus, LA » qui fut prêtre et victime ! Souvenez-vous de la 4 » nuit où je vous ai quitté et des choses que je : © » vous ai confiées. Obtenez-moi la vie, la mort, » l'éternité, le nom, l'office eucharistique. Que » ce soit le caractère de mon éternité. Si quel- » qu’une des choses que vous avez entendues » vous semble de nature à pouvoir augmenter
espoir
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)mmu- \ force ché au *ometstinée, )nnons
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le jour Cana- C’est à e sacrià Dieu mite le Jésus, s de la $ que je a mort, e. Que Si quelendues menter
» dans les autres l'amour de la très sainte Eucha- » ristie, je ne vous empêche aucunement d’en » parler. Adieu, et recommandez-moi à Notre- » Dame de Lorette.
» Très cher, tout vôtre en Jésus-Christ et » Marie et Joseph.
ÉTIENNE DE CARHEIL
des Scolastiques de la Compagnie de Jésus.
» Tours, 23 Mars.
» Recommandez-moi au P. Ministre, à MM. de la Thuillerie et Potier, et saluez-les de ma part. »
On remarquera que l’Eucharistie est bien le tout du P. de Carheil et que pourtant cet amour ne va pas seul, mais qu’il est accompagné d’une grande dévotion pour la Sainte Vierge Marie et pour saint Joseph. La vraie piété ne sépare pas ces trois noms que le P. de Carheil a soin d’unir dans sa signature.
Prêtre le 16 mars, il est étonnant qu’il n’ait célébré sa première messe que plus tard à la Rochelle où son vaisseau l’attendait. Était-ce l'usage que la première messe ne suivit pas l'ordination, afin que la préparation fût plus fervente ? Est-ce que le P. de Carheil agit de la sorte par respect pour le Très Saint-Sacrement et pour imiter son bienheureux père saint Ignace? Il a une tendance au bien qui permet de croire
Tres .
que la perfection des autres le stimulait à mieux faire. C’est ainsi qu’il imite l’apôtre des Indes, l’admirable Xavier, lequel passait presque au seuil du château deses pères, sansle franchir. Lui aussi ne passe pas bien loin de la Guichardaye ; mais il faudrait un détour, et le missionnaire s’en va droit à la Rochelle d’où il part le 12 mai 1666. Si les relations avaient alors été faciles comme aujourd'hui, il est probable que les supérieurs, par pitié pour son vieux père et sa pauvre mère, lui auraient enjoint de ne point s’en aller si brusquement. Mais il est certain que le P. de Carheil, avec son tempérament héroïque et sa vertu toute d’une pièce, aurait demandé qu'on lui permit de sacrifier, pour lui-même, cette joie si douce, pour les siens, cette consolation suprême. On avait, à la Guichardaye, et, généralement, on avait, en ce temps-là, une fermeté d'âme dont notre mollesse est effarouchée. Le fils se contenta d'écrire, le père ne reçut point la lettre et ne se plaignit point. Voilà des sacrifices pour lesquels Dieu reste comme endetté. Le père manifestera plus tard le désir bien pardonnable de revoir un tel fils ; mais son désir, d'ailleurs soumis à la volonté divine, ne fera que donner au religieux l’occasion d'écrire une page admirable.
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