RELATION DE
Le nombre des baptisés cette année est de cinquante-cinq : onze adultes et quarante-quatre petits enfants, parmi lesquels treize ont reçu le baptème dans notre chapelle avec toutes les cérémonies de l'Église. Je n'avais encore pu jusqu’à cette année conférer ce Sacrement que très secrètement et sans que personne en eût connaissance, sinon ceux à qui, à cause de leur âge, je ne pouvais le cacher. J'étais contraint d’en agir ainsi pour ne pas donner lieu aux calomnies que l'enfer inventait contre nous et contre le saint baptème ; car l'ennemi du genre humain avait répandu dans l'esprit de ces
(1) Cette lettre est tirée des relations inédites du P. Félix Martin. Elle est annoncée, p. 54.
pauvres sauvages la pensée que ce Sacrement, le premier et le plüs nécessaire de tous, n'avait pas les effets avantageux qu’on leur disait, mais
d’autres tout opposés qu’on leur cachait et dont
les principaux étaient une mort prochaine et une captivité éternelle après la mort sous la domination des Français. Comme la rage des démons ne pouvait rien imaginer de plus contraire au salut des âmes que cette fausse pensée, aussi ne pouvais-je espérer rien de solide, pour l’établissement et l'avancement de la foi en ma chère Mission, qu’en détruisant cette fausse persuasion o" pour le moins en la diminuant peu à peu dans
s esprits. Mais tous les moyens que j'avais pris pour y parvenir les années précédentes, n'avaient obtenu aucun succès, et cette année même j'en devais encore moins espérer, parce que les maladies et la mort avaient été plus fréquentes que jamais. Je ne sais néanmoins comment la Providence a agi; mais elle m'a fait la grâce, malgré tous les faux bruits qui ont couru contre moi plus que de coutume, de glisser dans le vœur de quelques mères des dispositions que je ne pouvais attendre de mes soins. Treize d’entre elles m'ont demandé pour leurs enfants ce qu’elles ne voulaient pas encore demander pour ellesmêmes. Elles les ont apportés dans notre chapelle et m'ont prié de les baptiser. Cette prière ne pouvait que m'être infiniment agréable : c'était un commencement pour effacer des esprits toutes les fausses impressions contre le baptème, pour
en ôtel et l'ami faut rie le char différai fète pro ment, d que je accordé baptisai l'Église qui en rogatioi Sacrem
Plusie le bapt:
promis rimenté baptisés
s'ils ne de les y
pour se
en ôter l’aversion et pour en produire l'estime et l'amour que je souhaitais. Mais comme il ne faut rien précipiter, je ne leur accordais pas sur le champ ce qu'elles me demandaient. Je les différai de quelques jours et les renvoyai à la fète prochaine. Je me proposais, par ce retardement, de leur faire apprécier davantage la grâce que je leur voulais accorder et que je leur ai accordée en effet au jour marqué. Car alors je baptisai leurs enfants avec les cérémonies de l'Église et j'exigeai même que ceux d'entre eux qui en étaient capables répondissent aux interrogations usitées dans l'administration de ce Sacrement.
Plusieurs autres mères me demandent encore le baptème pour leurs enfants. Je le leur ai promis pour un temps peu éloigné, car j'ai expérimenté que les infidèles dont les enfants sont baptisés ont beaucoup plus de respect pour le Missionnaire, qu'elles ont elles-mêmes plus de disposition à la foi que les autres, d'autant qu’elles se croient obligées, selon que je le leur ai dit, de porter à la prière leurs enfants baptisés, s'ils ne sont pas en état d'y venir eux-mêmes, ou de les y envoyer, quand ils ont l’âge de le faire.
Pour les onze adultes que j'ai baptisés, ils sont tous morts, car je n’en baptise encore aucun qu’en danger de mort : hors de cette extrémité, je n’en trouve guère qui soient susceptibles de toutes les dispositions nécessaires. La licence pour se marier et se démarier comme ils veulent,
l'esprit de meurtre et le respect humain les empêchent de se rendre dociles aux instructions. Des enfants baptisés, il en est mort dix-huit, qui, joints avec les adultes, font en tout vingt-neuf. Mais ce qui m'a le plus consolé cette année a été la mort édifiante d’un jeune guerrier âgé de vingt-cinq ans. Une maladie qui l’a fait languir pendant plusieurs mois m’a donné le loisir de l’instruire peu à peu et assez solidement. Il m’écoutait d’abord sans me rebuter, mais aussi sans donner aucun signe d’approbation et comme une personne qui veut examiner par elle-même si ce qu’on lui dit est raisonnable, Il demeura dans cet état assez longtemps; enfin, le voyant diminuer tous les jours, je crus qu’il le fallait presser davantage. Je le fis toutefois de telle manière à l'obliger doucement, par une simple représentation de l'importance des vérités du salut et conformément à son génie, à me demander lui-même le baptème. En effet, il me le demanda, et je le baptisai avec d'autant plus d'assurance de sa disposition que j'avais eu plus de temps à le préparer et que je savais qu’il avait mieux examiné ce que je lui enseignais. Il vécut quelques jours après son baptème, sans que sou mal parûts’augmenter notablement; »t je tombai moi-mème dans un épuisement de forces qui m'obligea de m'aliter. Mais le mème jour, mon malade se sentant beaucoup plus oppressé qu'à l'ordinaire, et ne doutant point que ce ne fût le dernier de sa vie, m’envoya
prier su visiter à d'abord
était pro faire tou à son ba de cette « désir, à paux my d'eux de:
l'interr og aVoir cor que, s'il r ceux qu’i fallait ma lui serait qu'avant d véritable :
persévéra de tous c baptème.
laquelle il Sa mort, prier, co jusqu’à q Pendant respirer e il m’avert consolait ne pouvai malgré s
prier sur les neuf heures du matin de l'aller visiter à sa cabane. J'y fus incontinent, et d'abord il me déclara qu'il sentait bien qu'il était proche de la mort, qu’il me suppliait de faire tout ce que je savais pouvoir contribuer à son bonheur éternel dans le ciel. Je fus ravi de cette disposition, et je commençai, selon son désir, à lui répéter sommairement nos principaux mystères et lui faire exercer sur chacun d'eux des actes de foi en forme de prières. Je l'interr vgeai ensuite sur les péchés qu'il pouvait avoir commis depuis son baptèine, et je l’avertis que, s’il n'avait pas conçu un véritable regret de ceux qu’il avait commis avant le baptème, il fallait maintenant le concevoir ; autrement, qu’il lui serait inutile d’avoir été baptisé. Il m'assura qu'avant que je le baptisasse, il avait formé un véritable acte de douleur de ses péchés et qu'il persévérait dans cette mème douleur à l'égard de tous ceux qui avaient précédé ou suivi son baptème. Je lui donnai ensuite l’absolution, après laquelle il me pria de ne pas le quitter jusqu'à sa mort, afin de prier toujours ou de le faire prier, comme je fis depuis neuf heures du matin jusqu’à quatre heures du soir qu’il mourut.
Pendant tout ce temps, si je voulais un peu respirer et prendre quelques moments de relàâche, il m'avertissait aussitôt de recommencer et me consolait infiniment par cet empressement qui ne pouvait procéder que du Saint-Esprit, lequel, malgré son mal, l’appliquait fortement aux
prières que je faisais tout haut en son nom, parce qu’il ne pouvait plus le faire lui-mème. Il ramassait de temps en temps ses forces ponr m'interroger sur le paradis, et il voulait que je .e confirmasse dans l'espérance qu’il avait d’y aller, et que j'’augmentasse la consolation qu'il en recevait. Il eut, vers la fin, des moments de douleur si pressante qu'elle le fit éclater dans quelque parole d’impatience que j'arrètai aussitôt en lui disant que cette impatience déplaisait à Dieu et qu'il devait supporter le mal pour satisfaire à ses péchés passés. Il acquiesca facilement, il témoigna du regret de son emportement, et je lui en donnai l’absolution, après laquelle il demeura paisible jusqu’à la mort, sans donner le moindre signe d’impatience, quelle que grande que fût la douleur que son mal lui causât. Je lui fermai les yeux et ne pus m'empêcher de l’embrasser et de le baiser après sa mort; tant ma joie était grande et tant était ferme l’assurance qu’il prierait fortement pour moi devant Dieu, selon la promesse qu’il m'en avait faite.
soumis