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ciel éternellement et durant tous les siècles des siècles, de sorte que le ciel est notre second et notre dernier lieu, notre lieu éternel, où nous serons immuables et immobiles en Dieu. Cependant quelque différents que soient ces deux lieux, il veut qu’on le serve en l’un comme en l’autre et que ceux qui vivent sur la terre y fassent ce qu’il veut, comme on le fait au ciel : Fiat voluntas tua sicut in cælo et in lerra.
C'est là, ma sœur, ce que nous avons à faire, vous et moi; nous devons servir Dieu sur la terre de la manière qu’on le sert au ciel, et vous savez que dans le ciel on ne pense uniquement qu’à lui, on n’estime que lui, on n’est que lui par transformation, comme ses trois per-
sonnes ne sont que lui par identité. Ne penser qu'à Dieu et n’estimer que lui, c’est là le service de l’entendement; n’aimer que Dieu et ne vouloir que Dieu, c’est là le service de la volonté. C’est ainsi qu’on sert Dieu dans le ciel et c’est ainsi que nous devons le servir sur la terre. Ç'avait été pour moi une grande consolation d'apprendre que la Providence vous avait ménagé un heureux mariage avec M. de Peulan et je prenais toute la part à votre bonheur que la tendre amitié que j'ai pour une sœur si aimable m'y pouvait faire prendre. Mais hélas! ma consolation a été de courte durée:
la nouvelle de sa mort, que vous m'avez écrite, me l’a Ôtée tout à coup et l’a changée dans les sentiments fraternels que je devais avoir de votre :
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douleur, sur la plus sensible de toutes les pertes qui devait vous arriver. Mais quelque grande que soit votre perte et quelque affliction qu’elle vous puisse causer à vous et à moi, il ne faut pourtant pas la regarder tant de notre côté que du côté de Dieu qui en est le principe. Si vous ne regardez cette mort que de votre côté, vous n’y verrez en effet que la perte d’un mari, qui vous aimait et que vous aimiez tendrement ; mais si vous la regardez du côté de Dieu qui l’a voulue, et si vous considérez les raisons pour lesquelles il l’a voulue, bien loin d’y trouver de la perte, vous y trouverez un bien infini. L'état de mariage était un état qui partageait votre cœur en deux amours, en l’amour de Dieu et l’amour de votre mari que vous deviez aimer avec lui et qui demandait une partie de vos complaisances ; il était difficile que le devoir d'aimer votre mari s’accordât si parfaitement avec le devoir souverain d'aimer Dieu, que vous gardassiez toujours les justes mesures de l’un et de l’autre, sans jamais donner ou autant d'amour ou même plus d’amour au mari qu’à Dieu. C’est là cependant ce que vous étiez obligée de faire et ce que peutêtre vous n’eussiez pas fait, si Dieu ne vous eùt délivrée de cette difficulté par la mort de celui qui pouvait lui ôter quelque partie de l'amour que vous lui deviez.
Vous voilà maintenant delivrée, vous n'avez plus de mari à aimer et vous êtes réduite à n'’aimer que Dieu, qui n’a pas voulu que vous eussiez
des enfants à aimer. O ma sœur, Ô ma très chère sœur et très chère filleule, quel bonheur que de n'avoir plus que Dieu à aimer! C’est là l'effet que la mort de votre mari doit produire en vous, et la véritable raison pour laquelle vous devez croire que Dieu l’a voulu ; aussi c’est ce que vous croyez et marquez dans votre lettre en ces termes si consolants pour moi: « Je vois bien que par là Dieu m’a voulu entièrement détacher des créatures pour m’attacher uniquement à lui. Je vous prie de lui demander cette grâce-là pour moi. » Ne doutez pas que je la lui demande de la manière la plus efficace qu’il me sera possible. Mais c’est assez que vous voyiez quel a été le dessein de Dieu dans une mort d’ailleurs si fâcheuse, pour ne pas manquer de fidélité à lui correspondre. N'aimez que lui, puisqu'il veut que vous n’ayez plus que lui à aimer; sa volonté d’être l’unique qui soit aimé de vous sans partage demande de votre côté une volonté réciproque qui s'engage pour toujours, par un engagement éternel, à n’aimer uniquement que lui: ce n’est plus un homme qui veut que vous l’aimiez... (1)
(1) Cette lettre paraît inachevée comme la précédente.
Loi. »
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