RA
n'ai rien à vous dire là-dessus, je vous laisse à vos propres lumières et à la sage conduite de celui que vous avez choisi pour directeur de votre conscience.
Je me contente seulement de vous dire que nous n'avons point de propre et véritable lieu sur la terre, que Dieu seul est notre unique lieu, qu’il est tous nos biens, tous nos plaisirs, toutes nos joies, notre béatitude, par la simple unité et la plénitude, qu'il faut que nous allions à lui, que nous demeurions dans lui éternellement pour le posséder et n’être avec lui qu’une même chose : c’est là notre dernier terme où nous devons tous nous réunir. Plus nous approchons de la mort, plus nous devons sentir de tendance vers lui et le regarder comme notre propre et véritable lieu, où nous allons entrer pour jamais sans que nous en puissions vouloir sortir.
C’est là, mon très cher et très honoré père, l'unique chose que j'aie à vous dire; c’est la manière dont je regarde Dieu, et afin de vous le faire voir, j'ai cru qu’il ne vous serait peutêtre pas inutile, si je vous marquais quelquesunes des propositions dont je me sers comme autant d'oraisons jaculatoires pour lui parler. Elles sont séparées les unes des autres et chacune d’elles a un sens achevé; afin qu’il n’y en ait aucune qui ne puisse arrêter l’âme à en comprendre toute la vérité et à la goûter avec plaisir, j'y renferme toutes les perfections qui
Dieu est notre lieu.
Théorie du lieu.
Ses synonymes.
peuvent nous rendre un lieu aimable et nous engager à y demeurer avec attachement, parce qu’encore qu’il n’y a point de lieu en ce monde où elles se rencontrent toutes ensemble, il est certain que celui auquel nous espérons d'arriver après la mort les rassemble toutes dans son unité.
C’est à dessein que je répète une même chose en plusieurs manières et souvent en termes synonymes, non seulement parce que l'esprit de Dieu réduit ordinairement les âmes les plus élevées à l’état de ne pouvoir lui dire qu’une seule chose où elles trouvent beaucoup à connaitre et beaucoup à aimer, ni aussi seulement parce que cette diversité de termes synonymes nous devient inutile et superflue, si nous nous contentons du premier qui se présente à notre esprit, sans employer les autres pour le même usage; mais c’est encore parce que les termes, quelque synonymes qu'ils soient en effet, ne laissent pas toutefois d’avoir quelque différence, du moins matérielle qui, occupe l'esprit, qui le rend fécond et l'empêche de tomber dans la stérilité des pensées et dans les distractions. C’est parce que l'âme, animée d'amour, étant insatiable d’exprimer à son Dieu de toutes les manières imaginables ce qu'il lui est et ce qu’elle lui est, ne trouve point pour cela de terme qu’elle ne mette en usage ; elle les ramasse, elle les dévore tous, elle les digère, elle en fait son aliment, sa substance et son embonpoint ; semblable aux abeilles
qui, ne trouvant quelquefois dans un jardin que des fleurs d’une mème espèce, ne laissent pas néanmoins d'aller à toutes successivement et d’en tirer le miel qu’elles y cherchent. C’est ainsi que l’âme, dans les entretiens qu’elle a avec son Dieu, emploie tous les termes synonymes et les fait entrer dans l’unique action d'exprimer une même chose, ne pouvant souffrir qu'il y en ait aucune qu’elle n’applique & Dieu et dont elle ne tire quelque suc d'amour. Voici donc quelques propositions où vous pourrez voir ce que je vous dis:
Vous êtes, Ô mon Dieu, vous même votre lieu.
Vous êtes, Ô mon Dieu, le lieu de tous les êtres. Vous êtes, à mon Dieu, le lieu de tous les biens. Vous êtes, à mon Dieu, le lieu de l'univers.
eilles
Vous êtes, Ô mon Dieu, le lieu de tout le monde.
Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes,
Vous êtes, Ô
Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes, Vous êtes,
Ô mon Dieu, le lieu de tous les mondes.
à mon Dieu, le lieu de tous les lieux.
à mon Dieu, le lieu de tous les anges.
à mon Dieu, le lieu de tous les hommes.
à mon Dieu, le lieu de tous les saints.
ô mon Dieu, le lieu des esprits saints.
Ô mon Dieu, le lieu des âmes saintes.
Ô mon Dieu, l'unique lieu des saints.
à mon Dieu, le lieu de mon essence.
ô mon Dieu, le lieu de tout mon être.
Ô mon Dieu, le lieu de tous mes sens.
ô mon Dieu, le lieu de mon esprit.
Ô mon Dieu, le lieu de mes pensées.
ô mon Dieu, le lieu de mes regards.
Ô mon Dieu, le lieu de mon amour.
à mon Dieu, le lieu de mes désirs.
Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, Ô mon Dieu, Vous êtes, Ô mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, Ô mon Dieu, Vous êtes, Ô mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu, Vous êtes, Ô mon Dieu, Vous êtes, à mon Dieu,
le lieu de tous mes biens.
le lieu de mon trésor.
le lieu de mes tendances.
le lieu de ma demeure.
le lieu de mon séjour.
le lieu de mon repos.
mon véritable lieu.
mon vrai lieu de plaisance.
le vrai lieu de mon âme, le vrai lieu de mon corps.
le vrai lieu de mon cœur.
mon unique tout lieu.
O mon Lieu, je suis sorti de vous. Ve
O mon unique Lieu, je m’en retourne à vous.
O mon unique Lieu, je veux rentrer dans vous. A O mon unique Lieu, je suis mal hors de vous. le di O mon unique Lieu, je languis hors de vous. reçu O mon unique Lieu, je gémis hors de vous. pren
O mon unique Lieu, je soupire après vous. notr« O mon unique Lieu, que vouloir hors de vous ? rédu O mon unique Lieu, qu’espérer hors de vous ?
O mon unique Lieu, que chercher hors de vous ? O mon unique Lieu, que trouver hors de vous ? O mon unique Lieu, je me voudrais en vous. deux
mon unique Lieu, tous mes biens sont en vous. : où mon unique Lieu, mon trésor est en vous. not mon unique Lieu, mes désirs sont en vous.
O mon unique Lieu, je ne me veux qu’en vous. der O mon uäique Lieu, je ne pense qu’en vous. Vivd O mon unique Lieu, je ne songe qu'à vous. puis O mon unique Lieu, mon âme n’est qu’en vous. | O mon unique Lieu, mon esprit n’est qu’en vous. Mic: O mon unique Lieu, tout mon cœur n’est qu’en vous. Li O mon unique Lieu, mon amour n'est qu’en vous. ce O
A Michillimakinac, le 25 Août 1700.
Ma très chère et très honorée sœur,
Vous devez présentement avcir reçu la réponse que j'ai faite à votre lettre, dont vous m’envoyez le duplicata, appréheadant que je ne l’eusse pas reçue. Je vous suis fort obligé du soin que vous prenez de m'inforrser exacternent de l'état de notre famille et des tristes changeinents qui l'ont réduite à nos Aeux seules personnes. Nous voilà donc sans père, sans mère, sans nos autres frères et nos autres sœurs, et il 1e resie plus que nous deux de toute notre maison; nous sommes jes derniers à mourir et les derniers À aller au ciel, Vivons donc encore quelque temps su ierre, puisque Dieu veut que nous y vivicas et qu'il ne nous veut pas encore dans le ciel.
La terre n’est pas moins à lui que le ciel, ce sont deux lieux qu’il a faits pour nous et où il veut que nous le servions. La terre est notre premier lieu : ii veu’ que tous les hommes le servent, :vant de parvenir au ciel, mais après a’: ils l’y ont servi fidèlement tout le temps qu'il voulait, il les en retire pour le servir au
La terre et le ciel.
Service de Dieu.
Unique amour de Dieu.