LETTRE DU P. DE CARHEIL A M. DE CALLIÈRES
La lettre suivante, que nous a signalée le P. Jones et qui se trouve à Paris aux Archives nationales (Manuscrits, carton M. 204), nous est arrivée trop tard (1), pour
que nous ayons pu nous en servir contre M. de Lamothe. On verra que, outre son extrème importance, elle justifie pleinement le P. de Carheil.
Il y avait lutte acharnée, surtout depuis 12 ou 15 ans, entre les hommes d'argent, voyageurs de commerce, coureurs de bois, soldats,commandants, et les Serviteurs de Dieu. Le P. de Carheil était là au fort de la lutte: il avait combattu sans relâche, il n’avait cessé d'écrire au gouverneur, M. de Calliéres, pour lui dénoncer, sur sa demande, les désordres et les scandales dont il était le spectateur de plus en plus impuissant et désolé. Quelle énergique peinture il nous fait de la traite d’eau-de-vie, des traiteurs, des garnisons, des commandants et de leurs occupations si peu militaires et encore moins chrétiennes! Les détails qu’il donne, afin de convaincre M. de
(1) Cette lettre devrait se trouver après la page 186 et se lire après la page 95.
Callières, sont trop vifs et trop réalistes, pour que nous leur fassions une place en ce travail, qui veut rester édifiant. Nous changeons même quelques mots et nous supprimons deux pages, laissant aux historiens du Canada le soin de publier en entier les phrases vigoureuses du P.de Carheil, apôtre de la pureté. Si les lettres des missionnaires canadiens ne sont imprimées qu’en partie, si l'on parait avoir coupé court à cette publication si grave, u’est-ce point parce que les fautes et les
vices de certaines gens y sont fiétris avec trop d’élo-
quence et d'autorité ?
Sans nous arrêter à commenter cette lettre qui en dit long sur pareille matière, nous nous contenterons de constater que M. de Lamothe est clairement accusé de s'enrichir, comme les autres commandants et soldats, aux dépens de la santé et de la vertu des sauvages, aux
dépens de la colonie, de son honneur et de sa prospérité. Car il fut l’un de ces commandants qui passèrent à Michillimakinac et n’y firent pas le bien; il est même cité nommément comme accusateur des missionnaires, protecteur des traiteurs d’eau-de-vie et fauteur de désordres, comme l’un des sugcesseurs qui n’imitèrent pas la conduite de M. de la Durantaye. L'accusation que porte le P.de Carheil contre M. de Lamothe est confirmée, comme on l’a vu plus haut, par les témoignages que citent les historiens du Canada. On comprend, dès lors, la haine du commandant, traiteur d’eau-de-vie, contre le zélé missionnaire, qui entendait n'être serviteur de personne contre Dieu, mais qui se disait et se montrait servileur de Dieu contre tout le monde, y compris le sieur de Lamothe.
Vers la fin de sa lettre, le P. de Carheil donne quelques
éclaircissements sur l’affaire du Détroit et confirme nos.
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conjectures. Les sauvages avaient des raisons fort considérables pour ne pas goûter le projet favori de M. de Lamothe, et le P. de Carheil en avait rendu compte à son supérieur, un peu sans doute afin de se défendre contre la calomnie. Il avait même écrit plus loin et plus haut, à Sa Majesté Louis XIV, pour se plaindre des calomnies et des violences de ce commandant, qui continuait à le persécuter : il ne lui avait pas fallu moins de treize articles pour condenser les plaintes des missionnaires. M. de Callières, paraît-il, n’avail pas envoyé cette lettre et le P. de Carheil en est peiné. N'est-ce point que la lettre n’arriva pas au gouverneur ? Ne serait-ce pas cette lettre que M. de Lamothe arracha au sieur de Tonty * Quoi qu'il en soit, les correspondances du P. de Carheil avec le gouverneur et même avec le roi montrent la considération dont il jouissait et l'influence qu'il avait.
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