‹ Un admirable martyre sous la TerreurChapitre 9 sur 13 · X. F^i.Norfi · texte numérisé non relu

X. F^i.Norfi

Il fut condamné séance tenante à mourir sur l'échafaud. et entendit son arrêt avec une imperturbable sérénité. \ oici cet arrêt dans toute sa sinistre et grotesque emphase, avec son cortège de textes de lois et son hypocrite apparence de légalité. [ On remarquera qu'il est en contradiction flagrante avec l'interrogatoire ].

(i) Archives de la Cour d'Appel.

(( Commission militaire établie près l'armée de l'Ouest par les représentants du peuple Irançais.

Séance publiquetenueà Angers le 3 ventôse. an II de la République I- rançaise une et indivisible.

Sur les questions de savoir si Xoël Pinot, né à Angers, ci-devant curé du Louroux- Béconnais. prêtre rétractaire. est coupable :

I ■ D'avoir eu des correspondances et intelligences intimes avec les brigands de la ^'endée :

2" D'avoir refusé de se soumettre à la loi du serment et à celle de la déportation relative aux prêtres non assermentés :

3" D'avoir, étant caché au Louroux et environs, secoué impudemment et constamment toutes les torches du fanatisme, pour allumer le feu de la guerre civile et faire couler des flots de sang ;

4" Et enfin d'avoir provoqué au rétablissement de la Royauté et à la destruction de la liberté, de l'égalité, bases fondamentales du bonheur et de la gloire de la République Française :

no —

Considérant qu'il est évidemment prouvé que Noël Pinot est coupable de tous les délits ci-dessus à lui imputés ;

Considérant aussi que ce n'est qu'à l'instigation hypocrite et perfide des prêtres non assermentés que sont dûs tous les malheurs de la Vendée et la mort de plus de cent mille républicains dans cette contrée ;

Considérant que. par l'ensemble de ces délits, il a provoqué au rétablissement de la Royauté, a l'asservissement du peuple français, et a la destruction de la République ;

La Commission militaire le déclare atteint et convaincu de conspiration envers la souveraineté du peuple Irançais ;

Et, en exécution de la loi du 9 avril 179^ portant : « Article i". La Convention nationale met au nombre des tentatives contrerévolutionnaires la provocation au rétablissement de la Royauté ».

l'^t encore en exécution de la loi du 19 mars I793 portant : •( Article i''. Ceux qui sont ou seront prévenus d'avoir pris part aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires qui

auraient éclaté ou éclateraient à l'époque du recrutement dans les différents départements de la République, et ceux qui auraient pris ou prendraient la cocarde blanche ou tout autre signe de rébellion, sont hors la loi. l-]n conséquence ils ne peuvent profiter des dispositions des lois concernant la procédure criminelle et l'institution des jurés. »

(( Article 6. Les prêtres, les ci-devant nobles, les ci-devant seigneurs, les émigrés, les agents et domestiques de toutes ces personnes, les étrangers, ceux qui ont eu des emplois ou exercé des fonctions publiques dans l'ancien gouvernement ou depuis la Révolution ceux qui auront provoqué ou maintenu quelquesuns des attroupements des révoltés, les chefs, les instigateurs, ceux qui auront des gardes dans ces attroupements, et ceux qui seraient convaincus de meurtre, d'incendie ou de pillage, subiront la peine de mort. »

La Commission militaire condamne Xoël l'inot. natif d'Angers, prêtre non assermenté, à la peine de mort.

Et sera le présent jugement exécuté dans les vingt-quatre heures.

I^t enlin. en exécution de la loi du 19 mars i79)V article 7. portant : « La peine de mort prononcée dans les cas déterminés par la présente loi. emportera la confiscation des biens, et il sera pourvu sur les biens confisqués à la subsistance des pères, mères, femmes et enfants ».

La Commission militaire déclare les livres du dit Xoél Pinot acquis et confisqués au profit de la République.

Et sera le présent jugement imprimé et affiché.

xAiinsi prononcé d'après ces opinions par Joseph Roussel, vice-président, Jacques IIudoux. Gabriel .Morin. Marie Obrumier et Charles \ acheron. tous membres de la Commission militaire établie prcs de l'armée de l'Ouest par les représentants du peuple, en séance publique, tenue à Angers le trois ventôse, Fan second de la République l'rançaise une et indivisible et démocratique.

Signé à la minute : Félix, président, Hudoux, .Morin. Obrumier fils et \'acheron. »

Xous n'ajouterons pas un mot de commentaire à ce long et abominable arrêt qui se suffit à lui-même : nous ne l'avons cité en entier que pour rappeler à quel oubli de tous les droits, de toutes les garanties, à quel mépris de toute justice en était arrivée cette Révolution irançaise faite contre les abus de l'ancien régime, et de quelle hypocrite phraséologie ces bourreaux habillaient leur impiété sanguinaire.

'- Le contesseur de la foi entendit la lecture le sa condamnation avec une parfaite sérérite.

f « Ses juges, dit .M. (jruget. pour donner pis d'appareil à son supplice, lui demandeitnt s'il ne serait pas bien aise d'y aller en habts sacerdotaux : Oui. leur répondit-t-il. ce sra une grande satisfaction pour moi. Eh bien lui répondirent les bourreaux, tu en serasrevétu et tu subiras la mort dans cet accou^ement.

« Dâs le jour du jugement on ne manqua

pas de le revêtir de sa soutane, d'un amict, d'une aube, d'une étole. manipule et bonnet carré. 11 lui manquait un calice, mais, comme il avait les mains attachées derrière le dos, cela n'aurait pas été possible. On s'était contenté de le lui donner à porter quand il fut conduit pour la première fois dans la prison. Le saint prêtre du Seigneur, ainsi revêtu, part de la prison. ))] h^t le sinistre cortège, tambours en tête, se met en marche pour se rendre du siège du tribunal au lieu de l'exécution. On voit que si les arrêts étaient longs, les délais d'exécution étaient courts Suivant leur usage, les juges accompagnaien la victime pour voir sa tète tomber sous e couteau de la guillotine. Pour ces hommesie sang, ce n'était pas assez de condamne à mort, il fallait voir mourir. On prit par la^ue Saint-Laud pour allonger le parcoure et donner ce criminel insigne en spectacle une plus grande partie de la population (ij

[(I) La prison du Pilori, ou Basse-Chartre (ci'^^r, prison), se trouvait (d'après une carte d' Angers de73^> 'V^^ nous avons sous les yeux) à l'angle formé par l.'rue de la

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(( Le martyr, dit M. Gruget. témoin oculaire, dont nous ne pouvons mieux faire ici que de reproduire le touchant récit, le martyr priait dans un profond recueillement. Sa ligure était calme, et son Iront serein rayonnait de la joie des élus. On suiva-it pour ainsi dire sur ses lèvres les cantiques d actions de grâces qui s'échappaient de son cœur, et les fidèles en le voyant passer, se rappelaient en versant des larmes qu'ainsi, dans les premiers siècles de l'Eglise, les martyrs insultaient par leur joie céleste à la férocité de leurs bourreaux. Les révolutionnaires les plus exaltés, en contemplant ce spectacle, ne pouvaient refuser

Chartre et la rue Saint-Etienne (direction de la place des Halles), à l'endroit qu'occupent les maisons Boisard et Secouet - Quittât. De là, le cortège gragna la place du Pilori, et au lieu d'aller directement à la place du Ralliement par des rues qui, malgré des contours, répondaient à peu près à la rue Lenepveu, il inclina vers la droite par la rue des Poêliers, parcourut la plus g-rande partie de la rue Saint- Laud et remonta vers la chaussée Saint- Pierre. L'échafaud se trouvait, d'après M. Gruget, à la place de l'autel de l'église collégiale Saint-Pierre (détruite au mois de mars 1791;. Et, d'après une carte de 1736, cet autel était au point de jonction d'une perpendiculaire partant de la porte centrale du Théâtre avec la ligne de la rue des Deux-Haies : c'est là que l'échafaud demeura dressé pendant une année (fin de 1793 ^ octobre 1794.) ]

leur admiration et s'éloignaient en maudissant les tyrans qui faisaient mourir de pareils hommes. »

Arrivé au pied de l'échalaud, au moment de poser le pied sur le premier degré, le saint prêtre eut une inspiration sublime. La vue des ornements sacerdotaux qui le revêtaient encore lui rappela le sacrilice de la messe, si semblable, dans son sens mystique, à celui qu'il allait accomplir. Elevant donc les }eux au ciel, il s'écria : « Introibo ad altarc Dci : je monterai vers l'autel du Seigneur o. Puis, dépouillé de sa chasuble qu'on lui enleva, mais conservant ses autres ornements, il gravit d'un pas ferme et as.'-uré les marches de l'échafaud. 11 se laissa attacher à la planche fatale, comme Jésus -Christ son bon Alaître s'était laissé attacher à la croix. Ace moment, les membres de la Commission militaire qui l'avaient condamné poussèrent le cri de : \"ive la République; c'était le signal ordinaire de l'exécution. Le couteau tomba, etl'àme du martyr monta triomphante dans leciel.

« Lt le dit jour, trois ventôse an second de

la République l^rançaise, porte à la suite l'arrêt de mort de Al. IMnot, nous président et membres composant la Commission militaire établie près l'armée de l'Ouest, nous sommes transportés sur la place du Ralliement de cette commune, pour être présents à l'exécution du jugement à mort rendu contre Xoël Pinot, prêtre réfractaire, laquelle exécution a eu Heu à quatre heures de relevée » (i).

D'après le récit de M. (iruget. i' n'était pas encore quatre heures, mais seulement trois heures un quart, l'heure précise où Notre- Scii^neur Jésus-Christ expira sur la croix. On

[d; r.e jour mène. 21 février 1794, le citoyen B. A. écrivait, d'Angers, à la Commission militaire :

« je suis ici d'hier soir, et déjà je me suis aperçu que vous et la sainte g^uiliotine faisiez votre devoir. Je viens d'assister au supplice d'une espèce de Père éternel, couvert de chasubles, de soutanes et de crimes. Vive la République ! Il ne damnera plus personne. Ce scélérat n'est pas le seul qui vous reste à expédier »

Essdi sur la Tt'rrenr en Anjou, par BOURCIER.

Le i" mars 1704, le Comité révolutionnaire d'Angers écrivait au Couiilc de Sûreté Générale, à Paris : « Nos nobles vont à la mort avec caractère et nos charlatans de prêtres pieusement et en habits sacerdotaux >•

Archives de la Cour u'A/pel. ]

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porta le corps du martyr au cimetière, et. sous ses vêtements dont on le dépouilla, on trouva un rude cilice. On présume, sans en avoir la certitude, qu'il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Laud.

C'était le 21 lévrier 1794. Ainsi mourut à l'âge de quarante-huit ans, le ciel dans les yeux, la joie sur les lèvres et Dieu dans le cœur, l'abbé Xoël Pinot, curé du Louroux- Béconnais. modèle des prêtres de son temps et de tous les temps, dont l'Kglise, en lui donnant l'onction sacerdotale, avait fait un vrai ministre de Jésus-Christ, et dont l'impiété révolutionnaire fit un confesseur de la toi. puis un martyr.

« 11 faut espérer, dit M. l'abbé (iruget en achevant le récit de son supplice le jour même où il venait de le voir s'accomplir sous ses yeux, il faut espérer que rr^glise un jour le mettra au rang de ses martyrs, et que les fidèles de ce diocèse auront en lui un puissant protecteur auprès de Dieu qu'il a tant aimé pendant sa vie et pour lequel il s'est glorifié de soufiriret de mourir. ))

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