‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 11 sur 171 · CAÏIIKRIXE H ET LA PAIX DE BALE · texte numérisé non relu

CAÏIIKRIXE H ET LA PAIX DE BALE

Sans-Souci, lautre de Brunswick et c'est avec bien de la satisfaction que j'y ai retrouvé les mêmes sentiments et les mêmes principes-qui ont fondé et si bien justifié la confiance avec laquelle je lui ai déféré la démarche dont Elle a bien voulu s'acquitter auprès de Sa Majesté Prussienne. Quoi qu'elle n'ait pas produit l'efTet que j'en désirais, je n'en sais pas moins un gré infini à Votre Altesse de son empressement à déférer à ma demande

Les idées, que Votre Altesse me suggère dans sa dernière lettre sur ce qu'il y aurait à faire après l'événement fatal et la paix entre la Prusse et les factieux de la France, sont assurément dignes de sa sagesse et de sa perspicacité. Mais l'inutilité même de la tentative que nous avons faite vainement nous laisse-t-elle quelque espoir de les voir se réaliser? Votre Altesse sait mieux que personne queje n'ai rien négligé pour faire pressentira toutes les Cours, et notamment à celle de Berlin tous les dangers auxquels elles s'exposeraient en se désunissant entre elles et tout l'avantage qu'elles donneraient par là à leur ennemi en ouvrant une vaste carrière à ses intrigues pour leur nuire et pour les perdre peut- être les unes après les autres. Mais aussi sourde à mes représentations précédentes qu'à celles dont Votre Altesse a bien voulu être l'organe, celte dernière Cour, après avoir rompu tous les liens qui l'attachaient à la Coalition des Puissances, semble ne vouloir donner toute son attention qu'à ces mêmes objets secondaires dont il était essentiel de remettre la discussion et l'arrangement à un autre temps pour ne s'occuper que de la conservation générale. Ce système, conçu depuis longtemps, a semé la méfiance dans tous les Cabinets. Comment la ramener à un rapprochement de vues et à un concert de mesures pour travailler à une pacification générale telle est malheureusement

la position des principales Puissances qui peuvent le plus influer sur l'issue de cette guerre funeste? Cependant, quelque fâcheuse qu'elle soit, je ne me refuserai à aucun soin pour la faire disparaître et lui faire succéder un ordre de choses plus salutaire et plus convenable à leurs intérêts respectifs.

Votre Altesse n'ignore pas que je leur ai offert de les seconder de toutes mes forces dès que je verrai rétablie parmi elles l'union intime dont le défaut seul a causé tous les revers ainsi qu'il a produit les succès de ses atroces adversaires. Je persévère dans les mêmes intentions qui me guideront dans tout ce qui concerne les intérêts de la Cour de Berlin, non seulement par suite de ma liaison avec cette Cour, mais aussi sous le rapport de mille convenances politiques qui me dictent une telle conduite. Elle ne sau-

rait douter d'une pareille disposition de ma part pour faire présumer qu'il lui importe d'affecter des doutes pour se livrer à des plans et à des vues inconciliables avec la tranquillité générale. C'est de quoi à mon tour je ne veux point la soupçonner et je me flatte que, si Elle ne prête pas son concours et sa coopération à ce qui reste à faire pour assurer le salut de l'Empire, Elle n'y mettra pas du moins des entraves capables de compromettre et de fa^h-e manquer ce grand but.

Quelque chose qui arrive, je suis convaincue que Votre- Altesse Sérénissime ne se départira pas des principes sains et généreux qu'Elle a adoptés dans une cause qui intéresse non seulement tous les Souverains, mais aussi l'humanité tout entière et qu'Elle y consacrera tous ses soins et les efl'orts dont ses grands talents la rendent susceptible.

Je continuerai h recevoir avec intérêt tous les avis qu'Elle voudra bien me donner et parmi les avantages que je compte en retirer, j'attache un grand prix à celui d'avoir de fréquentes occasions de Lui réitérer les assurances de l'estime sentie et de la considération distinguée avec laquelle.

Je suis, Monsieur mon Cousin, de Votre Altesse,

La bien affectionnée Cousine.

Catherine.

Bien que la fin de la campagne de 1795 eût été moins heureuse que son début, bien que nos armées de Sambre-et- Meuse et du Rhin eussent été ramenées au-delà du Rhin, où nous ne conservions plus que Mannheim, Neuwied et Dusseldorf^ malgré les avantages qu'avait procurés à nos adversaires la trahison de Pichegru, la Coalition, réduite à l'Angleterre et à l'Autriche, bien faiblement soutenue par quelques petits princes d'Allemagne et d'Italie, épuisée par ses efl'orts, avait un urgent besoin de trouver de nouveaux appuis. Catherine II était, il est vrai, toujours disposée à prendre une part active à la lutte contre la République Française; mais elle était bien éloignée, et, plus que jamais, pour avoir chance d'amener la Convention à subir la loi du vainqueur, il s'agissait de décider la Prusse à reprendre les armes. G^est dans ces circonstances que nous allons, pour la première fois, voir Stamford jouer le rôle qu'il ne cessera de rem-

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