PREMIÈRE MISSIOX DE STAMFORD A BERLIN
plir avec une inlassable activité pendant près de dix ans et s'acquitter d^unede ces missions, auxquelles il se consacrera avec toutes les forces de son intelligence et de la haine qu'il a vouée aux idées nouvelles.
Berlin, i 5 janvier 1796.
Ses premières démarches à Berlin, son entretien avec lord Elgin, son entrevue avec Hardenberg et KalitchefF, les réponses de Haugwitz, le zèle de Kalitcheff et les difficultés de sa mission.
J'ai eu un second entretien avec lord Elgin (2) qui m'a prié de faire une démarche vis-à-vis de M. de Haugwitz afin de le porter à en faire une vis-à-vis de la France en faveur de la Hollande, ce qui convaincrait l'Angleterre des intentions favorables de la Cour de Berlin. Il me pria cependant de faire cette démarche comme de mon propre mouvement. Je lui dis que je ne m'y refusais pas, mais que j'étais convaincu que rien de vigoureux n'était à obtenir de cette Cour aussi longtemps qu'elle ne serait pas assurée sur les conséquences qu'elle croyait avoir à craindre dans le cas où elle se prononcerait trop ouvertement en faveur de la Hollande. A quoi lord Elgin me répondit que l'Angleterre mettait une telle importance au rétablissement des affaires dans ce pays que pour peu qu'elle parvînt à porter la Cour de Berlin à s'expliquer vis-à-vis de celle de Londres d'une manière à prouvera cette dernière que l'autre était plutôt anglaise que française, il était persuadé que la bonne intelligence entre les deux Cours serait aussitôt rétablie. De plus, il m'informa dans cette conversation que la Russie se donne de son côté beaucoup de mouvement pour ce rapprochement.. .. Mylord Elgin m'a recommandé le plus grand secret sur ce dernier article. *'
Il y a tout lieu de penser que Stamford adressa ces lettres au prince d'Orange.
Le prince d'Orange avait quitté la Hollande avec sa famille, le 18 janvier 1795, et avait été s'installer à Kew.
Cf. ZiiNZiiNDOHF. Dofail de sa vie, 1.31G. « Haus, Hof und Sia;ii<-Archiv., 60 ».
(2) Elgin (Thomas), 7' comte d'Elgin, 11" comte de Rincardine (1766- 18il). entré dans l'armée en 1785, y parvint rapidement au grade de Ma-
Je parlai aussi à lord Elgin des exigences que paraît avoir la Russie dans le cas où elle aurait repris les armes, les autres belligérants faisant une paix sans son concours pour se venger de ce qu'elle en avait agi ainsi elle-même. Il me répondit que la Russie se joignant à la Triple Alliance, le but de l'Angleterre était de l'y admettre en quatrième, en cas qu'elle fût déterminée à agir en faveur de la Coalition. Une des choses à laquelle lord Elgin paraît attacher une grande importancû, c'est un changement dans la conduite de M. Jacobi qu'il considère comme un habile homme.
Après avoir rendu conipte de l'entretien qu'il a eu avec Haugwàtz qui ne lui a dit que des choses très vagues, il ajoute : « J'ai eu occasion de m'entretenir avec Hardcnberg (1), qui
jor-Général et débuta en 1785 dans la diplomatie par une mission auprès (ie l'Empereur Léopold. Envoyé extraordinaire à Bruxelles (1792), à Berlin (1795), Ambassadeur près la Porte (1799j. il obtint en 1801 le firman l'autorisant non seulement à prendre les moulages des frises et des basreliefs du Parthénon, mais à en emporter des fragments. C'est ainsi qu'il forma et transporta en Angleterre la fameuse collection desElifin Marbles. Il quitta la Turquie en 1803, mais retenu prisonnier en P'rance par suite de la rupture de la paix d'Amiens, il ne rentra en Angleterre qu'en 1806 et céda en 1814, au British Muséum, pour 35.000 livres, la collection des marbres, dont la formation et le transport ne lui avaient pas coûté moins de 74.000 livres.
On connaît assurément les stances dans lesquelles, dans Childe-Harold, lord Byron flétrit l'action, sacrilège selon lui, que lord Elgin commit en portant la main sur le Parthénon.
« Le Ministre d'Angleterre à Berlin, M. Elgin, écrit Reinhard, est à « peu près la copie assez fidèle de M. Fraser, Ministre anglais à Ham- « bourg. Son secrétaire. M. Garlike, qui est avec lui depuis peu, a beau- « coup plus de talent et de connaissances que ce Ministre. C'est ce même « Elgin qui, lorsqu'il et \it question du caractère et des qualités de M. Ka- « litcheff. Ministre de Russie à Berlin, a dit que : « C'était une bête « malicieuse, pans esprit, sans foi et sans honneur ». (Prusse, vol. 9. Mémoires et documents, l" 27.28. Dépêche, n° 22 de Reinhard, d'Altona, 21 nivôse, an VII (10 janvier 1797). Mémoire sur le Corps diplomatique, signé Gkorgks Ki;bneii)
« Pour dédommagement, écrivait de Londres le l" décembre 1798, le « duc d'Harcourt au comte de Saint-Priest, on envoie lord Elgin à Cons- « tantinople porter des présents, en recevoir, figurer en ambassadeur « extraordinaire et revenir avec le bénéfice* de sa mission. >' Cf. F(inds Bourbons, 612/259, note 27, f 823.
Pour plus de détails relatifs à la conversation de lord Elgin avec Stamford et aux passages concernant la Hollande, voir Dropmore Papers, III, 1-3. Lord Elgin à lord Gi^enville. Berlin, 24 décembre 179.5).
(t) « M. de Hardenberg est gouverneur des principautés d'Anspach et « de Bayreuth. Il y domine en Roi. On lui attribue de grands talents, « beaucoup de lumière et de l'esprit ; mais on lui reproche une fierté « excessive, qui est aussi la cause qu'il veut tout fàre par lui-même et « rien par daulres personnes. La suite nécessaire en est qu'il ne choisit « pas bien son monde. Il se croit supérieur aux autres Ministres et son