‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 134 sur 171 · LORD GRENVILLE AU DUC DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LORD GRENVILLE AU DUC DE BRUNSWICK

Londres^ .23 avril 17 98.

« M. de Luc, en retournant à Berlin, aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Altesse Sérénissime. Elle me permettra, j'espère, de profiter de cette occasion pour Lui offrir l'hommage de mon respectueux dévouement et pour La solliciter d'employer encore Son intervention pour le succès de la grande cause de tous les Gouvernements.

« M de Luc aura 1 honneur d'expliquer à Votre Altesse Sérénissime la nature de la commission, dont Monseigneur le prince

d'Orange a chargé le général de Stamford auprès des Cours de Vienne et de Berlin. La démarche du prince d'Orange servira, je pense, en elle-même à écarter des obstacles qui s'opposeraient encore à la réunion de ces deux Cours. Elle y contribuera encore plus en donnant à une personne telle que M. de Stamford l'occasion d'approcher ces souverains et de leur taire voir le danger qui les menace et les moyens qui se présentent aujourd'hui pour la dernière fois pour y parer.

(( Jamais l'occasion ne fut plus favorable pour faire sentir au roi de Prusse ses véritables intérêts. Votre Altesse pardonnera au zèle qui m'anime ainsi qu'à la connaissance que j'ai depuis longtemps de Ses sentiments et de Ses vœux pour le bien, si j'ose La solliciter à y contribuer encore par le poids de Ses conseils. Je fais cette démarche non seulement au nom du Roi, mais aujourd'hui au nom de toutes les Cours qui paraissent n'attendre qu'une détermination favorable à Berlin pour agir de la manière qui seule leur convient. Je puis même Lui dire que la Cour de Vienne en sent tellement l'importance et la nécessité que le Ministre Impérial a reçu l'ordre de me communiquer qu'on savait à Vienne de quelle utilité ont été les conseils de Voire Altesse Sérénissime dans le commencement du règne actuel à Berlin et qu'on désirerait beaucoup que Votre Altesse Sérénissime voudrait S'employer encore pour maintenir le roi de Prusse dans des sentiments favorables à l'union des deux Cours. Voire Altesse Sérénissime, qui est plus que personne persuadée de la nécessité de cette union, ne Se refusera pas à cette demande. En y acquiesçant, Elle aura peut-être la satisfaction de sauver l'Europe, s'il en est encore temps » (1).

Ad pièce XXI.

COMTE PANIN (Notice biographique).

Panin(Nikita-Petrovltch, comte) (1771-1837). Son père, renommé comme le « premier hâbleur » et comme « offenseur personnel » de Catherine II, inspira à son fils de l'attachement pour l'Héritier présomptif, et quand le Grand-Duc Paul partit pour la Finlande faire campagne contre les Suédois, il l'envoya avec lui comme volontaire. Revenu avec le rang de brigadier, raide, cassant par

(V) Dropmore Pape?'s, IV 175-17C. .

suite du milieu dans lequel il avait été élevé, d'un amour-propre démesuré, d'un caractère glacial, un grand corps sec un masque impassible, un regard dur et froid inspiraient souvent de l'antipathie. Aussi entré au service de la Cour du Grand-Duc Paul en 1791, il n'y resta pas longtemps II n'avait pas tardé à se disputer avec le Grand-Duc, qui n'avait guère meilleur caractère que lui. 11 ne plut sans doute pas davantage à Catherine II. Après l'avoir nommé chambellan en 1793, (die ne voulut pas l'afïecter au service diplomatique, comme il le désirait, et en 1794 l'envoya à Grodno comme Gouverneur et Commandant de brigade. L'Empereur Paul à son avènement le nomma Membre du Conseil des Affaires Etrangères et en août 1797 Ministre Plénipotentiaire à Berlin. Il avait pour mission de travailler au rapprochement de la France et de la Russie. Panin fit preuve à Berlin de capacités peu communes; mais personnellement hostile à la France, il y fit sa politique à lui. Ce fut lui qui empêcha les pourparlers d'aboutir pour travailler par contre de toutes ses forces au rapprochement de l'Autriche avec la Prusse. La « médiation » de Panin n'eut d'ailleurs aucun succès et on le rappela à Pétersbourg, où on le nomma Vice Chancelier en 1799, au moment de la rupture avec la France. La tournure, que prirent les événements, obligea l'Empereur à se retirer de la Coalition et même à menacer de la guerre ses anciens alliés. Bien plus, sous l'influence de Rostoptchine, un rapprochement s'établissait entre la France et la Russie.

Ardent partisan de l'alliance avec l'Autriche et l'Angleterre, Panin, nommé au commencement de 1800 Conseiller Privé actuel, resta entièrement à l'écart des affaires. Ce fut alors qu'il commença à faire de l'agitation. Il noua des relations avec l'Ambassadeur d'Angleterre Whitw^orth et de concert avec lui et le Vice- Amiral de Ribas, il eut l'idée de mettre à profit le mécontentement de la société pour obliger l'Empereur à renoncer au trône en faveur du Grand-Duc Alexandre. A l'automne de 1800, la direction du complot fomenté par Panin fut prise par le comte Pahlen. Vers le milieu de novembre, Panin fut destitué de ses fonctions de Vice-Chancelier et nommé au Sénat et puis en décembre envoyé dans ses terres de Douguino (Gouvernement de Stnolensk). Il ne tarda pas cependant à être autorisé à habiter aux environs de Moscou.

L'Empereur Alexandre, aussitôt après son avènement, le fit venir à Pétersbourg et le nomma membre du Collège des Affaires Etrangères. Mais l'entourage du jeune Empereur ne partageait pas les vues de Panin et l'Impératrice-Mère condamnait tout haut

son attitude pendant l'année qui avait précédé la fin de l'Empereur Paul. Le 30 septembre 1801, Pania donna sa démission et partit pour l'étranger. A son retour en Rissie, il sévit interdire le séjour de la capitale et lorsqu'à la fin de 1806, la noblesse de Smolensk l'élut chef de la milice locale, le Gouvernement ne confirma pas l'élection. La disgrâce de Panin ne cessa pas sous le règne de l'Empereur Nicolas.

Porté vers tout ce qui touchait au surnaturel et au merveilleux, il s'occupa au fond de sa campagne de diverses sciences occultes et de magnétisme.

Grand-Duc Nicolas MiKHAïLoviTCH. Portraits russes (1,3,31)

« Le jeune Empereur, nous apprend de son côté Czartoryski [Mémoires, l, 231-235), revenu de son premier et terrible saisissement, avait senti une aversion croissante, invincible pour les chefs de la conspiration, surtout pour ceux dont les représentations avaient réussi à lui persuader qu'en accédant à leur dessein il ne mettait nullement en danger la vie de son père et qu'il s'agissait uniquement pour sauver la Russie de le déposer et de l'engager lui-même à se démettre du fardeau de l'autorité souveraine en faveur de son fils. L'Empereur Alexandre m'a conté que ce fut le comte Panin qui lui en parla le premier et jamais il ne le lui a pardonné. Ce personnage semblait destiné plus que tout autre à jouer un rôle important dans les affaires de l'Empire. 11 avait pour cela tout ce qu'il fallait : un nom célèbre en Russie, des talents peu communs et beaucoup d'ambition. Encore jeune, il avait déjà fait une carrière brillante. Nommé Ministre de Russie à Berlin il fut rappelé de ce poste par l'Empereur Paul pour être placé comme Membre du Collège des Affaires Etrangères sous les ordres du prince Alexandre Kourakine, son oncle maternel, le fidèle ami de Paul, son compagnon d'enfance et de jeunesse, qui seul entre toutes les personnes marquantes de l'Empire, avait pu échapper aux caprices de son maître et conserver auprès de ce prince une sorte défaveur constante. L3 comle Panin, qui entrait alors en scène, était fils du général de c i nom, dont la mémoire était fort honorée et qui pendant les premières années de Catherine II retint, tant qu'il vécut, toutes Si3S places et ne perdit rien de son influence. Le j 3uae comte Panin ne pouvait manquer de tirer parti de ces antécédents et d'acquérir de bonne heure de l'aplomb et de l'importance. C'était un homme long, froid, qui maniait à merveille la langue française. Ses dépêches étaient sous tous les rap ports parfaites et pour leur écriture et pour le style. Il jouissait

généralement parmi les Russes de la réputation d'un homme de beaucoup de talent, d'énergie et de sens, mais d'un caractère sec, impérieux et peu liant Au bout de quelques mois de ses fonctions au Département des Affaires Etrangères, il déplut à l'Empereur Paul, qui lui ôta sa place et le renvoya à Moscou. Mais, comme on le verra plus loin le comte avait su profiter de ce court espace de temps et influer d'une manière décisive sur les destinées de son pays II apprit la nouvelle de la mort de l'Empereur Paul avec une joie extrême qu'il ne put contenir et accourut aussitôt à Pétersbourg plein des plus flatteuses espérances. Il fut en effet nommé immédiatement Ministre des Affaires Etrangères. Pendant mon séjour précédent à Pétersbourg, je n'avais jamais rencontré le comte Panin, car lancé de bonne heure dans la carrière diplomatique, il n'y venait que très rarement. Sa femme, née comtesse Orloff", personne douce, bonne, aimable, qui m'avait témoigné de l'amitié, voulut absolument, à mon retour à Pétersbourg, me rapprocher de son mari et se donna beaucoup de peine pour nous lier. Mais ses soins, quelque aimables qu'ils fussent, ne pouvaient réussir. Si d'autres raisons n'avaient été un obstacle à cette intimité, l'extérieur du comte aurait, je crois, suffi pour la rendre presque impossible. J ai été souvent frappé de l'expression glaciale du comte, dont le visage impassible, sur un corps droit commiun piquet, dans un salon rempli de monde, dominait de loin toutes les têtes et n'engageait pas en vérité à l'accoster (1)..:

« Le comte Panin et le général Pahlen, les promoteurs de la conspiration, étaient assurément dans ce temps les deux plus fortes têtes de l'Empire, du Gouvernement et de la Cour. Leurs regards voyaient plus juste el plus loin que ceux des autres membres du Conseil de Paul, dont tous les deux faisaient alors partie. Ils se concertèrent et entreprirent de faire entrer le Grand- Duc Alexandre dans leurs desseins ...

Le général Pahlen qui, comme militaire et gouverneur de Pétersbourg, pouvait facilement aborder le Grand-Duc, obtint de lui une audience secrète pour le comte Panin. Leur première entrevue eut lieu dans un bain. Panin fit au jeune Grand-Duc le tableau des milheurs de la Russie et de ceux qui allaient encore l'accabler si l'Empereur Paul continuait à régner... . Le premier discours de Panin ébranla le jeune Grand-Djc, mais ne le décida

(1) « C'est un homne capable de belles actions publiques, lit on dans « le jugemeni que Rostoptchine portait sur lui en novembre 1799; et qui « a l'écorce de l'honnear, mais qui mit di l'intrigue en tout. Nous « avons des croyances diff.îrentei^. «

pas. Il fallut plus de six mois pour que ses tentatives parvinssent à lui arracher son consentement à ce qu'ils allaient entreprendre contre son père. Panin, comme je l'ai dit, fut envoyé de Pétersbourg à Moscou sans qu'on eût pénétré son secret, mais par un de ces caprices soupçonneux, fréquents, inattendus, qui caractérisaient Paul I", Pahlen resta seul à son poste et à sa besogne et finit par arracher à Alexandre le fatal consentement à l'entreprise projetée

Un peu plus loin (pages 277 et 278) Czartoryski consigne dans ses Mémoires quelques curieux renseignements sur les circonstances qui amenèrent et accompagnèrent la disgrâce définitive de Panin,

« Pendant l'été de 1801, le Conseil secret continuait à se rassembler. Une seule mesure avant le voyage de Moscou pour le Couronnement sortit enfin de ses délibérations. Ce fut le renvoi du comte Panin.

« L'Empereur avait une grande envie de s'en débarrasser et le Général lui était odieux et suspect. L'Empereur n'était indécis

que sur la manière et le moment Il fut enfin décidé que le

comte Panin recevrait son congé du portefeuille des Affaires Etrangères et qu'il serait remplacé par le comte Kotchoubey. Il fut convenu que provisoirement Panin aurait la permission de rester à Pétersbourg. Tant qu il y resta, il fut entouré d'espions, qui ne le perdaient pas de vue. L Empereur recevait chaque jour et à plusieurs reprises des bulletins de la police secrè'e qui détaillaient tout ce que Panin avait fait. Ils ne contenaient au fond rien de remarquable. Mais l'Empereur était excessivement inquiet et tourmenté de la présence du comte Panin ; il supposait toujours des trames de sa part. Il neut ni paix, ni repos qu'après son départ. Poursuivi par des espions qui étaient continuellement à ses trousses, et averti de l'effet que sa vue produisait sur le souverain, le comte Panin prit le parti de s'éloigner de Pétersbourg. Bientôt après il reçut l'ordre positif de ne jamais se trouver dans l'endroit où serait l'Empereur. Cet ordre ne fut plus révoqué et Panin se relira à Moscou et à la campagne, où. il vécut depuis lors fort retiré ».

« Ce n'est pas M. d'Alopeus", mandera le 7 novembre .801 Beurnonville à Talleyrand {Prusse. Vol. 230, N" 13, F" 80 81), mais M. de Kotchoubey qui remplace Panin. Tout ce qui n'aime pas l'Angleterre se réjouit de la chute de Panin, dont la prédilection pour cette Puissance et l'asservissement à ses vues étaient

poussés jusqu'à la bassesse. Le Minisire disgracié a ordre, où, ce qui est synonyme dans le pays, la permission de voyager pendant trois ans. On pense que les Zoubofî pourront bien au premier jour recevoir une semblable permission L'Impératrice-Mère a, diton, pour le moment, beaucoup d'ascendant sur son fils et elle s'en sert pour l'encourager à sauver son propre honneur et h prouver son innocence par la punition de tous les hommes présumés avoir trempé dans le meurtre de son père. Aujourd'hui que, bien persuadée de la part que le Gouvernement Britannique a eue à cet affreux événement, Elle est très mal disposée pour celte Puissance, ce pourrait être une occasion favorable pour la République de travailler à afïaiblir l'influence anglaise à Pétersbourg et à y reprendre quelque considération».

Voici enfin le portrait que traçait de Panin vers 1800, le chevalier (devenu plus lard le baron) de Bray qui, en sa qualité de représentant de la Bavière près de Paul I"", était bien placé pour porter un jugement sur le caractère de l'homme, pour se rendre un compte exact de ses qualités et de ses faiblesses ctmme du degré d influence qu'il exerçait sur la marche des aff"aires.

« Leeomte Panin est un homme systématique, plein d honneur, de délicatesse et de probité, qui sous un abord froid cache l'esprit et le caractère les plus aimables. Il voit avec un profond chagrin la Russie perdre sa considération et son crédit, violer ses engagements, exposer ses alliés les plus fidèles et marcher par secousses au milieu des événements qui exigeraient le plus de suite et de système.

Le comte Panin est partisan de la Coalition et aussi du système d'union avec la Prusse. Comme il est très grand travailleur et qu'il a des connaissances réelles, une probité à toute épreuve et une grande considération personnelle, il a une sorte de crédit passif, dont les effets peuvent s'étendre sur les objets de détail relatifs à son Département. Du reste, il n'approche point l'Empereur et toutes les affaires passent par le comte Rostoptchine ». (Coup d'œil sur ta Cour, l' Empereur et les personnages les plus influents de la Russie).

Ad pièce XXII.

PRINCE REPNIN (Notice biographique}.

Repnin (Nicolas Wassilévitch, prince), (1734-1801), fît à l'âge de 14 ans une campagne avec son père qui, envoyé avec une armée au secours de Marie-Thérèse, y trouva la mort. Il vécut ensuite quelque temps à l'étranger et reçut une solide éducalion allemande. Puis il alla à Paris, d'où il fut rappelé par l'Impératrice Elisabeth, inquiète de voir Nikolacha sombrer dans la débauche et les dérèglements de la moderne Babylone. Il fit alors la guerre de Sept Ans, puis fut nommé Ambassadeur à Berlin. Directeur du Corps des Cadets en 1763, il fut au bout de quelques mois seulement envoyé à Varsovie comme Ministre Plénipotentiaire, chargé de défendre les intérêts des dissidents, en faveur desquels il obtient en 1768 un traité garantissant leur liberté de conscience et leurs droits civils. Ces actes lui attirèrent la haine d'une partie de l'aristocratie polonaise, mais le Roi le prévint à temps du danger qui le menaçait.

Pendant la première guerre de Turquie, il se distingua à la têie d un corps détaché à Larga et à Kagoul, prit Ismaïl et Kilia, puis en 1773 à l'armée de Valachie défît les Turcs sous Bucarest et fut en 1774 à la prise de Silistrie. La guerre terminée, il alla comme Ambassadeur à Constanlinople et fut nommé en 1776 Gouverneur Général de Smolensk et d'Orel. Investi du commandement des troupes envoyées en Allemagne en 1779, à la suite des difficultés provoquées par la Succession de Bavière, il réduisit l'Autriche à signer la paix de Teschen et fut décoré de l'ordre de Saint-André. Gouverneur Général de Pskoff en 1781, il prit lors la deuxième guerre de Turquie le commandement de l'armée après le départ de Potemkine pour Pétersbourg et remporta la victoire de Matchine qui hâta la conclusion de la paix. Gouverneur Général de R'ga et de Revel en 1792, puis de Vilna et de Grodno en 1794, il cessa d'être en faveur dans les dernières années du règne de Catherine II, rnécontenle de ses relations avec NovikofF et les Martinistes.

Paul I" le fit Feld-Maréchal, inspecteur de l'infanterie des divisions de Lithuanie et de Livonie et Gouverneur militaire de Riga. Envoyé en 1798 à Berlin età Vienne pour entraîner la Prusse

et l'Aulriche contre la France, il échoua dans sa mission. C'est alors qu'il encourut la disgrâce de l'Empereur. Révoqué, il se fixa à Moscou et mourut le 22 mai 1801 dans sa propriété de Woronlzovo.

Le Sénateur Loubianovsky, qui avait servi sous ses ordres, le considère comme le type de l'homme dEtat, abdiquant complètement sa personnalité pour l'amour de la patrie. « Pour moi, dit-il, «je n'ai jamais rencontré et je ne connais personne comme lui ». Et il consacra dans ses Mémoires de longues et intéressantes pages à la carrière et au caractère du prince. « Depuis son « veuvage (survenu presqu'en même temps que sa disgrâce) il menait une vie calme, mais toujours large... Sur son visage, même dans sa vieillesse, la majesté le disputait à l'agrément. En société il savait entretenir une intéressante conversation sans jamais rien dire qui impliquât le mépris, sans jamais parler, ni laisser parler du Gouvernement. Ne parlant jamais de lui, ni de ses services, il aimait dire du bien de tous les autres et rappeler les hommes marquants du passé ».

Repnin était tenu en haute estime par ses contemporains. C'est ainsi que Lopoukhine voulut ajouter à ses armes : « H fut ami de Repnin ». Il avait de l'esprit, de la noblesse, de l'intrépidité, un bon caractère, malgré son emportement, et beaucoup de désintéressement. Possesseur d'une grosse fortune, il refusa les 3. 000 tètes de paysans et les 50 000 roubles que voulait lui donner Catherine II. II faisait de grandes largesses dans son entourage, poussant même la générosité jusqu'à la prodigalité. La disgrâce, où il passa ses clernières années, ne l'empêcha pas d être consterné de 1 événement du 11/23 mars. « Avec son air de majesté et son altitude fière, c'était, dit un contemporain, une âme de courtisan », Afïectant la hauteur avec les grands, il était avec les femmes d'une extrême amabilité ; il avait un faible pour le beau sexe et aurait été, dit on, à Varsovie, intime de la mère du fameux prince Adam Czartoryski.

(Grand Duc Nicolas Mikhaïlovitch Portraits russes^ IV, 2.120 et V, 1.61).

Ad pièce XXII 1,

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