‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 146 sur 171 · PRINCESSE FRÉDÉRIQUE-LOUISE · texte numérisé non relu

PRINCESSE FRÉDÉRIQUE-LOUISE

Berlin, 21 nivôse an VII 1 0 janvier 1799).

SiÉYÈS A TaLLEYRAND.

« Il faut bien que je vous parle de la princesse Frédérique-

Louise, sœur de la Reine et veuve d'un frère du Roi, puisque c'est depuis huit jours le sujet de toutes les conversations. — La princesse se trouvant grosse de sept mois, a confié le cas à sa sœur. La douleur a été extrême. Le galant est le jeune prince de Solms, major dans les Gendarmes de la Garde. Le Roi a été instruit. On a délibéré, et finalement au lieu de punir le jeune homme, comme les duègnes et tous les préjugés du Nord semblaient le conseiller, on l'a marié. Il avait déjà 1.000 thalers de revenus. On lui donna un escadron qui lui en vaudra 2.000 de

(1) Frédérique-Louise-Garoline-Sophie-Alexandrine de Mecklembourg- Strelifz (1778-I8'il) sœur de la reine Louise de Prusse, veuve d'abord du prince Louis de Prusse, puis du prince Frédéric-Guillaume de Solins- Braunfels, épousa par procuraMon le 29 mai et en personne le 20 août 1815 Ernest-Augusie, duc de Cumberland, qui devint roi de Hanovre, sous le nom d'Ernest-Augusîe le 20 juin 1837. « La fatalité voulut, raconte CussY [Souvenirs, I, 11) que le jugement de séparation avec le prince de Solms fut prononcé, lorsque le prince était déjà mort depuis un ou deux jours. Cette circonstance a suffi pour que la vieille Reine douairière n'ait jamais voulu recevoir sa belle-fille, ce qui a décidé le duc de Cumberland à venir s'établir à Berlin. Je possède une caricaiure anglaise devenue fort rare, le gouvernement de Londres ayant donné l'ordre d'en détruire tous les exemplaires. On y représente un bal à la Cour d'Angleterre : on y voit la foule dansant dans un salon éloigné. La vieille Reine, assise à la porte, murmure quelques moîs et a l'air de s'être constituée la gardienne de cette porte, enfin dans l'antichambre le duc et la duchesse de Cumberland vîilsent ensemble. »

plus et on l'envoya avec son épouse habiter le beau château d'Anspach.

« La princesse, qui a déjà signé de son nouveau nom une lettre que j'ai vue, est déjà partie. Le Roi, dit-on, n'a pas voulu la voir. Elle avait pour elle et ses enfants l'apanage de son premier mari, c'est-à-dire 60.000 écus. On l'a réduit d abord à 20.000, puis à 13.000. Mais le Roi lui paye séparément ses gens et son écurie. D'ailleurs elle aura des prestations en nature dus par les sujets d'Anspach. Elle avait eu aussi d'abord la permission d'emporter tout son mobilier. Ensuite on lui a observé que le château d'Anspach étant très bien meublé, elle pouvait se dispenser d'y transporter d'autres meubles. Elle laissa son fils et emmena sa fille.

« Voilà toute l'histoire. J'ajoute qu'elle est fort jolie, jeune encore et qu'elle entretenait une correspondance amoureuse avec le prince Adolphe d'Angleterre, qui l'avait vue à Pyrmont, Cette petite particularité sort de la bonne règle.

« Le pauvre prince a dû partir, dit-on, avec M. Grenville pour venir l'épouser.

« Or M. Grenville n'est pas encore arrivé. On croit qu'il se rendra d'ici à Vienne après avoir jeté ici en passant ou offert quelques-unes de ses guinées. Il doit revenir après pour travailler à loisir à compromettre les intérêts de la Prusse. Car je maintiens toujours que si elle prend une mauvaise détermination, ce sera tant pis pour elle ! »

{Prusse, volume 224, Dépêche chiffrée, n° 36, f° 238-259).

« J'ai dansé avec la sœur de la Reine, la princesse Frédérique- Louis à un grand bal donné par Alvensleben, Elle est charmante , cause fort bien, plus gaie et plus vive que la Reine, mais elle est évidemment quelque peu coquette, écrit de Rerlin le 27 janvier 1798 Lord Grenville Leveson Gower à lady Bessborough {Private letters, I, 201-203).

Ad pièce CLXXKVII, ARMFELDT (Notice biographique)

Armfeldt (Gustave-Maurice, baron d'), né à Fuva (Gouvernement d'Abo), le P"" avril 1737, devint comme jeune officier, et dès l'année 1773, l'ami et le compagnon du roi Gustave III qu'il servit avec un entier dévouement. Le Roi, qui avait fait de lui le premier

gentilhomme de sa Chambre, le maria en 1785, l'envoya à Copenhague en 1786, le nomma en 1787 Colonel-aide de camp général. Après avoir à deux reprises sauvé la vie au Roi, au cours de la guerre contre la Russie, d'Armfeldt, envoyé en Dalécarlie, repoussa les Danois et les contraignit à faire la paix avec la Suède (1788). L'année suivante, il se distingua en Finlande, fut grièvement blessé au combat de Savitoïpol. Promu Général-major et nommé Grand-Croix de l'Ordre de l'Epée, il signa, le 19 août 1790, la paix de Varela. En juillet 1791. il suivit Gustave III à Aix-la-Chapelle et s'occupait avec lui des préparatifs de son expédition contre la France, lorsque le Roi fut assassiné par Anckarstroem. Bien que Gustave III l'eût désigné pour faire partie du Conseil de Régence pendant la minorité de Gustave IV, le duc de Sudermanie (Charles XIII), que sa présence aurait gêné, se débarrassa de lui en le nommant ministre à Naples Accusé de trahison par le Régent, dont il contrariait les projets en les dévoilant aux Cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Berlin, prévenu à temps des démarches que le Régent se préparait à faire auprès de la Cour de Naples, il se réfugia en Russie (1794). Condamné à mort par contumace et mis hors la loi, il ne rentra dans son pays qu'à la majorité de Gustave IV, qui lui rendit ses biens, ses dignités et le combla de faveurs. Un moment ministre de Suède à Vienne en 1804, il commanda en 1805 la gauche de l'armée suédoise en Poméranie, et défendit, en 1806, Stralsund où il fut blessé. Quoique nommé Grand par Charles XIII, il se retira en 1810 dans sa patrie, la Finlande, annexée à la Russie. Ennemi acharné de la France et de Napoléon, initié aux projets d'Alexandre V^, il le suivit pendant la campagne de 1812, l'accompagna à la conférence que le tzar eut avec Bernadotte à Abo et mourut presque subitement le 19 août 1814, à Tzarskoe- Sela.

Voici d'ailleurs quelques détails curieux et peu connus sur la façon dont d'Armfeldt fut prévenu du danger qui le menaçait. C'est d'abord un billet d'un certain B. Mori à Piranesi, agent (ou consul) de Suède à Rome, en date de Naples, le 4 février 1794: « Milady Anna est arrivée. Milady Monck a envoyé quatre billets au baron et en a reçu autant de réponse. » Un autre, en date du 8 février: « Dans la journée, vers 3 heures, iMllady Monck se rendit chez le baron et le fît appeler en bas. Elle lui remit une lettre que le dit baron lut en sa présence. Il démontra beaucoup d'agitation. Cette lettre avertissait Milady du départ du cutter suédois de Livourne. Le cutter avait à son bord le baron de Palm-

quist, chargé par le Régent de Suède de réclamer d'Armfeldt, accusé du crime de haute trahison envers l'Etat... [R Archivio di Stato de A^ap /es. Affaire dArmfeldt. 4.345. Années 1794-1795.)

Il convient d'ajouter que d'Armfeldt passait à ce moment pour avoir inspiré une très vive passion à la très jolie lady Elisabeth Aramintha, femme de Henry Monck et fille du 2® comte d'Arran.

Cf. pour plus de détails sur toute cette affaire les lettres de Marie- Caroline au marquis de Gallo, des 11 et 15 février et du 4 mars 1794 (Correspondance inédite de Marie-Caroline avec le marquis de Gallo, t. I), et Lord Grenville Leveson Gower. Private Correspondance, l, 88.3737. 49811, 44.249.288.

Voir aussi la notice que le Grand Duc Nicolas Mikoaïlovitch consacre à d'Armfedt dans ses Portraits russes, IV, 3, 174.

Enfin il convient de noter ici que le départ d'Armfeldt de Vienne à l'automne de 180 i, n'eut rien de spontané. « M. d'Arnifeldt, ministre suédois à Vienne, mandait Champagny à Talleyrand, de Vienne le 21 vendémiaire an XIII (13 octobre 1804), est rappelé d'après la demande réitérée qu'en a faite Sa Majesté l'Empereur et Roi. Sa conduite, ses discours publics, peut-être ses rapports secrets et le délire de son maître, qu'il partage s'il ne l'inspire, ont déterminé cette démarche de l'Empereur que M. d'Armfeldt a offensé presque autant que ses ministres. Il doit cependant revenir pour prendre congé et arranger ses affaires » {Vienne,

vol. 576, dépêche chiffrée, n» 135, f' 65).

Ad pièce CLXXIVII.

GÉNÉRAL COMTE BENNIGSEN (Notice biographique)

Bennigsen (Léonce-Léontiévitch, comte) (1745 1826), originaire du Hanovre, page à dix ans, lieutenant à la Garde à pied à quatorze, prit part à la guerre de Sept Ans et, en 1773, alors qu'il était déjà lieutenant-colonel, passa au service russe comme major au Régiment des Mousquetaires de Vialka II fit les deux guerres de Turquie et, au cours de la deuxième, il se distingua à la tête du régiment de cavalerie légère d'izioume par son énergie et son sang-froid. Brigadier en 1790, il prend part à la guerre contre la Pologne, qui lui vaut le grade de Général-Major, la croix de Saint- Georges de 3® classe, une épée d'or et 1.080 paysans. Envoyé en Perse, il se distingue à la prise de Derbent et est promu Général-

Lieutenant en 1797. Paul I*', d'abord bien disposé à son égard, le mit à la retraite en 1798, mais le réintégra bientôt dans les cadres et l'envoya à la ligne du Caucase. En 1801, il répondit à l'appel de Pahlen et vint en secret à Saint-Pétersbourg, prit une part active au complot et joua le rôle d'assassin dans tout ce quHl a de hideux et de répugnant. Cynique, sans morale et sans principes, il eut dans la suite l'audace de prétendre effrontément que le but véritable de la conjuration lui était inconnu et qu'il n'avait pas à rougir d'avoir trempé dans la tragédie du 11 mars. Alexandre I" le nomma en 1801 Gouverneur militaire de Vilna et, en 1802, général de cavalerie. Il fît avec son corps la campagne de 1806, livra la bataille de Pultusk, mais sans pouvoir tirer un parti sérieux de sa victoire qu'il représenta dans son rapport comme la défaite de l'armée française tout entière, commandée par Napoléon en personne et qui lui valut la croix de Saint-Georges de 2' classe et le titie de Commandant en chef. Peu après à Eylau, il se rencontra f.vec Napoléon lui-même. Bien que victorieux, il battit en retraite et donna ainsi à Napoléon la possibilité de s'attribuer la victoire. Pourtant son rapport fit sensation. On l'appela le Vainqueur de V Invincible et il reçut le cordon de Saint-André avec une pension de 12.000 roubles. Ses opérations ultérieures ne furent pas couronnées de succès; puis vint la défaite de Friedland et sa mise à la retraite. Rappelé en activité en 1812, il fut pris comme Chef d'Etut-Miijor par Koutouzoll, se distingua à Borodino, remporta la victoire de Taroutino et quitta peu après l'armée. Il ne se lassait pas de critiquer les actes du général en chef, ne reculaut ni devant la délation ni devant la calomnie jusqu'au jour où Koulouzoff, mis au courant par l'Empereur qui lui communiqua un de ces rapports, exigea le renvoi de son Chef d'État-Major.

Commandant une des armées d'opération en Allemagne en 1813, la bataille de Leipzig lui valut le titre de comte, et le siège de Hambourg, la croix de Saint-Georges de 1"^^ classe. Commandant en chef la 2' armée en 1814, il fut relevé de ses fonctions en 1818 à la suite d'une inspection où P. D. KisselefT le déclara vieux et affaibli, peu familiarisé avec la langue et les lois russes et bon par suite à servir de jouet à des mains expertes. Il se retira en Hanovre dans son domaine familial de Banteln, où il mourut le 22 septembre 1826.

Bennigsen fut un des derniers représentants des mercenaires étrangers, genre Condottieri. Après quarante-cinq ans de service en Russie, comblé de faveurs par le Tzar, possesseur en Russie d'immenses propriétés, il resta Hanovrien jusqu'à son dernier

STAMPORD 47

jour, résistant à la fusion avec sa seconde patrie, refusant même d'apprendre convenablement le russe : « Rester éternellement dans la nationalité russe n'a jamais été mon intention ei le serment ne m'y oblige pas », aote-t-il lui-oaéme sur ses états de service. Grand-Duc Nicolas Mikaïlovitch. Portraits russes, IV, 1, 5.

Ad pièce CLXXXVIL GÉNÉRAL DE PHÛLL (Notice biographique)

« Le Roi s'est déterminé, mande de Berlin le 2 décembre 1805 Laforest à Talleyrand (1), à cause du silence et de l'absence, prolongée de M. Haugwitz à envoyer à Sa Majesté Impériale le général de Phtill, qui est parti cette nuit. Il est porteur d'une lettre du Roi en date d'avant-hier, dont M. de Hardenberg m'a donné lecture hier. Il est subordonné aux directions de M. de Haugwitz, s'il le trouve encore à Vienne, et à prendre ses instruc • lions, s'il le rencontre en route.

« Sa mission a pour objet d'annx)ncer la concession de deux points que Sa Majesté l'Empereur avait demandés à Briinn, comme condition préalable à l'acceptation de la médiation de la Prusse : de prévenir le retour d'une armée dans le Nord de l'Allemagne et de négocier les arrangements que le Roi désire avant de prendre le Hanovre en dépôt.

« Le général de Phtill est quartier maître général et un des meilleurs officiers de l'armée prussienne. Il est récemment revenu d'une mission militaire auprès de l'Empereur Alexandre. J'ai lieu de croire que ses dispositions personnelles sont parfaitement en harmonie avec les sentiments pacifiques du Roi ».

Il est tout au moins curieux de faire remarquer que le ô décembre Hardenberg avait rédigé au nom et avec le consentement de son Roi un ordre de Cabinet auquel j'emprunte les passages suivants : «.... C'est pour préparer celte intelligence si rare entre les Coalisés dans le cas d'une inévitable rupture que je viens d'envoyer le colonel de Phiill au camp des deux Empereurs. Dans l'intervalle nos troupes vont en avant ; mais leur marche n'a rien d'hostile jusqu'au moment oià mes propositions auront été rejetées (2)

(1) Prusse, volume 237. n" 57. f 303-303.

(2) Baillku. Preussoi U:u} Frstnkreich, etc., etc., lÉ, 41&.

APPKNDICE 739

Celte Noie de Cabinet ne fut du reste pas expédiée, parce qu'on reçut à Berlin, encore à temps pour l'arrêter, la nouvelle d'Austerlitz.

PnûLL (Charles-Louis-Auguste de) né à Ludwigsburg le 6 décembre 1757, était le fils d'un général-lieutenant wurterabergeoîs d'une famille d'origine suédoise, dont le nom s'écrivait indistinctement Phïill et Pfilh!.

Entré en 1777 au serrTice de la Prusse, passé dans l'Etatmajorenl78l, il fît la campagne de 1793 sirr le Rhin, qrri lui valut l'Ordre pour le mérfte. QTtartier-Maître général en 1805 et très apprécié par le Rai, il ne put prendre sur lui de cacter le mécontentement que lui inspirait la direction déplorable qu'en dépit âe ses efÏGrts et de ses avertissements on s'entêtait à donner d'abord à la préparation, puis à la condiirfe des opérations de l'armée prussienne. Envoyé auprès d'Alexandre I*"" après léna, il entra à son service avec son grade de général-major. Invité par le tzar à lui exposer ses idées en matière d'art militaire, il gagna bientôt toute sa confiance. Admirateur du génie de Napoléon, se rendant un compte exact de la supériorité de l'armée française, il conçut et prépara en sa qualité de quartier-maître général le plan de campagne, qui consistait à refuser la bataille, à battre en retraite jusqu'au moment où on aurait, en faisant systématique- Hftent le vide derrière soi, attiré sur \m terrain préparé et fortifié à l'avance l'ennemi qu'il se croyait alors &4r de battre et de ruiner matériellement et moralement.

Bien qae ce plaua n'eût été exéeuté que fort incomplètement (Camp^ de Drissa) pour des raisons qu'il n'y a pas lieu de rappeler ici, bien que le résultat final eût prouvé que Phull ne s'était pas trora.pé,. Alexandre, cédant à la pression de l'opinion pablique, n'en fut pas moins contraint à l'éloigner de l'armée, à le renvoyer à Saint- Péler&bo.urg. Les menaces, dont il était l'objet de la part de la population,, ne permirenait même pas à PhuJl d'y denaieurer et il ne l'allut même rien moins que la protection du tzar pour assurer son départ. Réfugié d'abord en Suisse, il passa ensuite en Angleterre avant d'aller s'établir à la Haye.

«L C'est vous, lui écrivit Alexandre le 12 décembre I8.13y qui avez conçu le plan qui, avec l'aide de la Providence, a eu pour suite le salut de la Russie et de l'ÉurOjpe. «

L'Empereur, qui savait le cas que le nouveau roi de Hollande Guillaume 1" faisait du général l'accrédita en juin 1814 comme Ministre à la Haye et lui eonféra aw mènae monnoent le Saint- Wiadimir de f"* classe. Pfiull e^eerça ses fonctions jusqiTe vers la

740 LE (;:'XÛ',AL DE STAMF(.RD

fin de l'année 1820 où, brisé par le coup que lui avait porté l'état de sa femme qui venait d'être atteinte d'aliénation mentale, il rentra dans la vie privée et se retira à Stuttgart (1).

« Le général de PhuU et le colonel de Massenbach, lit on dans les Papiers de Lucchesini, étaient parmi les officiers de l' Etat- Major de l'armée prussienne ceux qui donnaient le plus d'espérance et annonçaient en même temps le plus de prétentions d'influer, soit sur les plans de campagne projetés, soit sur leur exécution, en s'attachant au général, auquel le commandement serait déféré. Tous deux avaient servi avec distinction dans les campagnes de 1792 et 1793 contre les Français. Tous deux s'étaient occupés de méditer et d'écrire sur les événements remarquables des guerres de la Révolution. Les succès constants des armées françaises avaient excité moins d'élonnement et d'enthousiasme dans le général de PhuU que dans le colonel de Massenbach (2) »

Ad pièce CLXXXVll.

COMTE PAUL STROGANOW (Notice biographique)

La vie et la carrière du comte Paul-Alexandrovitch Stroganow présentent, ^écrit avec juste raison le Grand-Duc Nicolas MikqaïloviTCH, nombre de particularités instructives et originales. Fils de l'un des premiers seigneurs du Siècle de Catherine II, unique héritier de l'anarchiste Romme, ami de l'Empereur Alexandre I", adjoint du Ministre de l'Intérieur, officier général et acteur de toutes les guerres qui eurent lieu de 1807 à 1814, le comte Stroganow mourut en pleine éclosion de sa force à l'âge de 43 ans (le 10 juin 1817). Il laissait derrière lui le souvenir excellent d'un homme bon, distingué et accessible. Le vœu du précepteur français s'était entièrement réalisé et le comte Stroganow fut effectivement un homme dans la meilleure acception du mot. Par son âme droite et pure Paul-Alexandrovilch, qui ne craignit jamais de dire la vérité en face, même aux puissants de ce monde, tranchait nettement avec ses contemporains.

Une vive sensibilité pour les besoins du prochain, le sentiment de son devoir poussé jusqu'au scrupule, l'amour de son pays sans

(1) Cf. PoTEN. Handbuch der Miliiàv Wissenschaften, VL

(2) Bailleu. Preussen und Frankreich, etc., etc., II, 639.

aucune déclamation, tels étaient les principaux traits de son caractère. Les entraînements de ses jeunes années se manifestèrent assurément dans ce rôle que le sort l'avait prédestiné à jouer durant les premières années du règne d'Alexandre I^"" ; mais, à aucun degré, l'on n'y remarqua soit desseins de carrière, soit bas d'esprit d'intrigue ; bien, au contraire, le comte se voua à la tâche pour le service de l'idée en y apportant tout son cœur, en y employant toutes ses facultés. En parcourant les copieux documents laissés après lui, on éprouve un sentiment d'admiration pour celte délicatesse de conscience, avec laquelle il remplit les différentes missions et emplois dont il fut chargé. Le journal des séances du Comité Secret nous offre un exemple de l'application la plus sérieuse aux multiples réformes qu'on examinait à cette

époque Lorsque les idées de son impérial ami commencèrent

à prendre une autre orientation, le comte Stroganow, bien qu'il eût accepté pour une courte durée la mission dont on l'avait chargé à Londres et qu'il remplit avec la plus grande attention malgré son défaut de préparation pour une fonction de ce genre, le comte Stroganow craignit que le Souverain ne voulût le reléguer définitivement et avec honneur dans la carrière diplomatique et il changea brusquement de service.

La correspondance du comte Stroganow avec son intelligente compagne Sophie Wladimirovna fait assister heure par heure à la transformation en soldat de l'adjoint au Ministère de l'Intérieur, du diplomate qui ne s'était jamais intéressé jusque-là aux choses de l'art militaire.

Depuis lors, en effet, c'est à- dire depuis 1806,1e comte Stroganow prit une part active à toutes les guerres en Prusse, en Finlande, en Turquie, à la Guerre Patriotique et aux campagnes de 1813-1814, qui en furent comme la continuation et cela jusqu'à la bataille de Craonne, où périt son fils unique, le comte Alexandre Pavlovitch. Cette perte cruelle interrompit sa carrière militaire et finit par le conduire lui-même au tombeau.

Il est hors de doute qu'il ne prit cette décision qu'après un violent combat intérieur avec lui-même, qu'il éprouva une grande désillusion à l'égard de son impérial ami et que le chagrin de constater la nouvelle tournure d'esprit de l'Empereur Alexandre eut un écho douloureux dans le tempérament impressionnable du comte Stroganow. Mais la conduite du comte ne trahit aucune hésitation.

Sans même attendre son incorporation dans l'armée, il s'engage comme volontaire avec son titre de Sénateur et sa

dignité de Conseiller privé sous les ordres de l'atauian Platoff, et plein d'entrain, il se lança avec les Cosaïques dans d'audacieuses escarmouches contre les Français. Paul Âlexandrovitch se trouvait dans un état d'esprit tel qu'il voulait, pour ainsi dire, oublier le passé et chercher une diversion dans la poésie des cambats, ce qui était si peu en rapport avec son caractère philantropique. Quoiqu'il en soit, le comte Slroganow s'adonna avec un entrain parfait au métier de la guerre en s'eflbrçant de l'apprendre de son mieux. La métamorphose lui réussit complètement et son nom restera à jamais dans les Chroniques des guerres de Napoléon ù côté de celui de ses frères d'armes, surtout, pendant la guerre patriotique de 1812. L'archimandrite Philarète, parcourant dans son Oraison funèbre toute la vie du comte P. A. Stroganow, remarque justement qu'il fut : « un citojen qui se donna la gloire du soldat et un soldat qui ne dut pas au temps ses titres et ses honneurs, mais qui les acquiJ; par ses exploits inlassables. »

Dès avant d'avoir obtenu son passage dans l'armée, nous apprend un peu plus loin le Grand-Duc Nicolas Mikhaï'lovitch, en insistant sur la carrière militaire du comte Stroganow, Paul Alexandrovitch était, nous l'avons va, entré comme volontaire dans le détachement de Platofi avec son rang de conseiller priré et sa qualité de sénateur, conjoncture peu fréquente, originale et qui caractérise parfaitement l'état d'âme de l'ex-adjoint au Ministre de l'Intérieur au moment où en mars 1807 il partit avec le cortège du Souverain pour aller combattre les Français

On sait que le comte Stroganow était un fougueux adversaire de tout rapprochement avec Napoléon. Ce sentiment s'était encore plus affirmé chez lui depuis son dernier voyage en Angleterre. 11 passait, et non sans raison, aux yeux de ses contemporains pour le partisan d'un rapprochement avec l'Angleterre et on allait jusqu'à lui reprocher son anglomanie. Dans les rangs de l'armée active où il venait d'entrer, le comte Stroganow devait mettre en. œuvre ses convictions politiques.

L'aLaman PlatofF, qui commandait l'avant-garde, confia au comte un de ses régiments de Cosaques. Le 24 mai, un raid audacieux fut accompli près de l'Aile, entre Guttstadt et Allenstein, Un détachement mixte, sous les ordres de Stroganow, attaqua les bagages du corps du maréchal Davout, L'ennemi, dont une forte escorte protégeait le convoi, se défendit avec opiniàlrelé, mais il fut défait en fin de compte et laissa sur le terrain 300 morts et blessés ; le reste du détachement frauiçais fut fait prisonnier : le colonel Mou-

rier, commandant àGuttstadt, 46 officiers, 491 hommes de froupeg et tout le convoi. La cliancelierie du maréchal Davout, ses éqai*pages et ses effets tombèrent aux mains des Russes. Les trophées de ce raid, comprenant l'uniforme du maréchal, son chapeau et l'étui de son bâton de maréchal, sont conservés jusqu'à nos jours chez les descendants du comte Stroganow. Quant au bâton luimême, on sait qu'il se trouve à Notre-Dame de Kazan.. ..

Dans cette campagne, le comte Stroganow eut presque toujours à opérer à l'avant-garde et il prit une part importante au combat sous Heilsberg. Les premiers faits d'armes de sa carrière militaire lui méritèrent la 3^ classe de l'ordre de Saint- Georges et le remplacement de se« titres de Conseiller privé et de Sénateur par le grade de général major, dont on fit remonter l'ancienneté au !•' novembre 1803, c'est-à-dire à la campagne d'Austerlitz.

Le 27 janvier 1808, le comte Stroganow fut nommé au commandement du régiment de Grenadiers de la Garde Impériale. Lorsqu'éclata la guerre de Suède, on confia d'abord au coratA Stroganow la réserve qui avait été concentrée à Willmanstrand ; plus tard, on le rersa au corps du prince Bagration, qui était chargé d'occuper les îles d'Aland et après les avoir occupées, de pénétrer en Suède par l'Aland's Haf.

Les troupes de Bagration étaient divisées en cinq colonnes. Elles quittèrent Abo le 26 février 1809 et le 2 mars elles atteignirent sur la glace la petite île de Kumbinze. De ce point, quatre colonnes furent dirigées droit sur la grande Aland. La cinquième, sous le comte Stroganow devait tourner l'île sur la glace par le côté sud, occuper le détroit séparant le Sud-Ouest d'Aland de la petite île de Signais Kere et couper à l'ennemi le chemin do la retraite. Le comte Stroganow justifia pleinement les espérances du prince Bagration.

Lorsque le prince eut occupé Aland, l'avant-garde du comte Stroganow, sous les ordres de Koulniew, réussit à envelopper l'arrière garde suédoise, lui enleva ses canons et s'arrêta à Lemland, car on veoait d'entanaer des pourparlers. Pendant ce temps, la colonne de Slrogaaow poursuivait son cheminsurde» blocs de glace inégaux et elle dut passer la auit en mer. Lefl mars, Stroganow parvint à atteindre les Suédois à Signais Kere. Quant à Koulniew, il les avait poursuivis jusqu'aux côtes de Suède, s'étaii emparé de la petite place de Grisselbam et voulait pousser droit sur Stockholm. Mais un ordre du eommaadiement en chef arrêta les troupes russes : Les Suédois demandaient la paix et le 8 mars, on évacuait Aland pour refaire la route en sens iaverse. L'af-

744 LE (ihXÉRAL DE STAMFORD

faire s'était bornée à une marche pénible des troupes sur la glace.

A peine les opérations contre la Suède étaient-elles terminées, que la guerre avec la Turquie commença. Le prince Bagration reçut le commandement en chef de l'armée du Sud et le comte Stroganow fut autorisé à le suivre sur le nouveau théâtre de la guerre. Il fit d'abord partie du corps du général Markowqui assiégeait Matchin. Après la reddition de cette forteresse, Stroganow eut pour la seconde fois à opérer à lavant-garde de Platoff, avec laquelle le 30 août il occupa Kustendje. Pendant la bataille sous Rassivat le comte Stroganow fit plusieurs charges heureuses à la tête des Cosaques contre les Turcs qu'il poursuivit après le combat jusqu'à Silistrie, exécutant à la lettre les ordres que lui avait donnés Platofï". — Une épée en or, portant l'inscription « Pour la Valeur » fut la récompense de cette action.

Lorsqu'on entreprit le siège de Silistrie, Stroganow se trouvait dans le détachement de Platoff. Le 23 septembre, le grand vizir s'avance avec le gros de ses forces pour délivrer Silistrie ; mais il se heurte aux troupes de Platofï, qui avait disposé en première ligne le régiment de Cosaques sous les ordres du comte Stroganow, en les appuyant avec de la cavalerie et de l'infanterie. Les Turcs ne soutinrent pas le choc et prirent la fuite poursuivis pendant quinze verstes par les Cosaques. Le comte Stroganow^ reçut la l""^ classe de Sainte-Anne en récompense de cette action.

Au commencement d'octobre, le grand vizir se porta de nouveau au secours de Silistrie. Le prince Bagration alla à sa rencontre et défît les Turcs le 10 octobre. Plusieurs charges déterminées des Cosaques, conduites par le comte Stroganow, contribuèrent grandement au gain de cette bataille connue sous le nom de Tataritza.

Bientôt le prince Bagration fut rappelé et remplacé à la tête de l'armée par le comte Kamenski II, l'un des jeunes héros de la campagne de Finlande, qui reprit le siège de Silistrie. — Le comte Stroganow prit part à tous les combats livrés en juin et juillet 1810 et se distingua surtout dans une chaude affaire contre les Turcs, pour laquelle il reçut les insignes en brillants de l'ordre de Sainte-Anne. La bataille de Tataritza lui avait déjà valu la 2*" classe de l'ordre de Saint-Wladimir.

A partir du moment oti le prince Bagration quitta l'armée du Danube, le comte Stroganow eut assez de peine à s'entendre avec le nouveau général en chef, qui, malgré ses incontestables qualités d'homme de guerre, avait un carractère très intraitable et

envieux. Le résultat de ces relations lut le départ du comte Stroganow qui quitta l'armée et retourna à Pétersbourg

Au mois de septembre 1811, le comte Stroganow perdit son vieux père qui lui laissa une situation fort embrouillée. Il y avait urgence à s'occuper de remettre en ordre une fortune colossale. Grâce aux avances consenties par la Banque d'Emprunt de l'Empire, l'équilibre fut assez promptement rétabli, bien qu'en raison de la gravité des événements le comte Stroganow n'eût donné personnellement que bien peu de soins au règlement de ses affaires personnelles ....

Au printemps de 1812, Stroganow se dirigea sur la frontière méridionale, où il prit le commandement d'une division de marche, qui faisait partie du 3" corps sous les ordres du général Toutchotn. Cette division comprenait six régiments. Le régiment des Grenadiers de la Garde, le régiment du comte Araktchéieff, le régiment Pavlovskyi, les régiments de lékatérinovslaw, de Saint- Pétersbourg et de Tauride. Une partie de la division donna au combat de Loublino, au delà de Smolensk ; mais ce fut surtout à

Borodino que ces troupes se distinguèrent Borodino valut au

comte Stroganow le grade de général lieutenant.

Après la mort du général Toutchoff", qui ne survécut pas à ses blessures, le comte Stroganow, en sa qualité de plus ancien des généraux restants, prit au camp de Taroutino le commandement du 3* corps. Le 11 octobre, l'armée s'ébranla de Taroutino vers Malo-Jaroslavets et les troupes du 3® corps prirent une part glorieuse à cette sanglante bataille.

Le 5 novembre, Stroganow se distingua par l'habileté de ses manœuvres sous Krasnoié et avec le concours de D. V. Galitzine, il aida puissamment le général Miloradovitch à anéantir le corps du Maréchal Ney.

Les énergies dépensées à la guerre avaient gravement compromis la santé du comte Stroganow et après la bataille de Krasnoié on l'autorisa à aller se soigner à Pétersbourg. Vainement sa famille l'exhortait à se ménager ; attiré vers le champ de l'action, il rejoignit de nouveau l'armée d'opération, accompagné de son fils unique Alexandre, jeune homme à peine âgé de dix huit ans. où ils arrivèrent à temps pour la bataille de Leipzig et combattirent dans les troupes du général Bennigsen. Le jeune comte Alexandre Pavlovitch eut un cheval tué sous lui. Pendant la dernière période de la campagne de 1813, le comte Stroganow se trouva dans l'armée du prince héritier de Suède qui nettoya le Hanovre. 11 réussit alors à enlever la place de Stade, au dessous de Hambourg

746 LE (IKNKliAL DE STAMFOlilt

et à chasser l'ennemi des bouches de l'Elbe et du Weser. Bennigsen entreprit le blocus de Hambourg, où le maréchal Davout s'était enfermé. Les divisions du comte Slroganow et du comte Michel Séméniovilch Woronzow y firent un long séjour ; mais au commencement de février 1814, elles furent placées sous les ordres du général Winzingerode et réunies aux troupes qui opéraient en France. Le comte Stroganow s'y battit à Champaubert, à Montmirail et à Vauchamps.

Le (23 février 7 mars), à la bataille de Craonne, qui devait lui être si funeste, Stroganow était en réserve derrière les deux premières lignes de Woronzow qu'il appuyait avec des troupes fraîches. Des deux côtés, on se battait avec rage. Soudain une terrible nouvelle parvint à Stroganow. Son fils vient d'avoir la tète emportée par un boulet. La perte de cette chère existence fut un coup de massue pour le père (1). Malgré la sympathie universelle qui l'entoura dans son malheur, il ne tarda pas h tomber malade pour ne plus se remettre désormais. Malgré la profonde secousse qu'il venait d éprouver, Stroganow, cherchant vainement la mort sur le terrain, prit encore part à la bataille de Laon. — Après y avoir été autorisé par l'Empereur qui lui avait conféré sa dernière récompense pour faits de guerre, la 2* classe de l'ordre de Saint-Georges, Stroganow, le cœur et l'âme brisés, retourna en Russie avec les précieux restes de son enfant. Maintenant tout était détruit pour lui ; sa sanlé était irrémédiablement ébranlée; sa poitrine celait une affection mortelle qui se développa rapidement.

Nommé le 18 août 18i4membre d'un comité spécial que 1 Empereur avait constitué « en vue de rechercher tous les moyens de venir en aide aux soldats estropiés et nécessiteux », Stroganow se dévoua à cette œuvre avec tout son cœur et sa délicatesse de conscience.

Mais sa maladie s'aggravant d'instant en instant, on résolut de l'envoyer hors de Russie, par la voie de mer, à Lisb(3nne. Vers la mi-mai 1817, on mit à la voile de Cronstadt ; mais lorsqu'on eut touché à Copenhague, le mal du comte prit en mer un caractère désespéré et le 10 juin il s'éteignit comme une lumpe. Sou corps

{l) Pendant que les troupes russes en reîrui'e se reformaient à Cerny, les régiments de Woronzow rendaient, sous le feu même des batteries françaises, les derniers homieurs au fils du général Stroganow, jeune officier de dtx-huit ans, qui venait d'èire tué aux côtés du général Wassiltchikolï et qu'on enterra à Cerny (Rapport de Woronzow).

(CoMMA^^DANT Weil. La campagne de iSli. tome III. p. 183. note 1).

APl'KNDJiCK m

futrameuéà Pélersbourg et inhuméle 5 juilktàcôté de son fils au ccwiTent d'Alexandre Newski. L'Empereur, les deux Impératrices, les Grands-Dues assistèreM aux obsèques (1) »

Bien que je me sois déjà dé me sûrement étendu sur les particularités de la vie et de la carrière du comte Paul Alexandrovitch Stroganow, je crois cependant devoir suivre l'exempie qui m'est donné par le Grand- Duc INicolas Mikhaïlovitch. Non content de consacrer trois volumes à l'histodre détaillée de « ce diplomate qu'une force irrésistible fait entrer dans l'armée à l'âge de 33 ans^ » le Grand-Uuc a en eftet jugé à propos de retracer les traits les plus saillants de son existence dans sa magnifique publication : Les Portraits Russes. » J'ai d'ailleurs d'autant moins hésité à reproduire ici les quelques lignes tirées de cet ouvrage qu'on y trouvera certains faits qui ne figurent pas dans les emprunts que j'ai faits à la Monographie de Paul Stroganow.

« Le comte Paul-Alexandrovilch Stroganow (1774-1817), écrit le Grand Duc (2), était le fils unique du comte Alexandre Serguéiévitch, Président de l'Académie des Beaux-Arts, qui confia son éducation au Français Romme.

Enrôlé dès sa naissance au régiment de la Garde i cheval, promu lieutenant au régiment Préobrajenskyi, en qualité d'aide de camp de Potemkine, il put de la sorte aller achever son éducation à l'étranger Partis directement pour la Suisse, le jeune comte et son précepteur se ren-dirent presque aussitôt, au commencement de 1789, à Paris où tous deux, seigneur russe et précepte-ar français, furent entraînés dans la tourmente révolutionnaire Des plas assidus aux séances de Versailles, ils y prirent même part aux débats. Bien plus, le jeune Stroganow devint membre, non seulement du Comité des Amis de la Loi fondé par Romme, mais de celui des Jacobins.

Sur les in«tances de Catherine II, son père lui fit quitter Paris. Parti de France en 1790 avec N. Novosillzofl, il fut envoyé, dîès son arrivée en Russie, par ordre de l'Impératrice, au bourg de Bratzovo, près de Moscou, oîi il épousa la princesse Sophie Wladimirovna Galilzine et eut son fils unique Alexandre.

A la fin du règne de Catherine II, il put rentrer à Pétersbourg oti de lieutenant il devint gentilhomme de la Chambre et sous Paul I", Chambellan.

Il fit une vive impression sur le Grand-Duc Alexandre et

(1) Gn.4XD-DuG Nicolas Mikhaïlovitch. Le comte Paul Stroganow. I, XLV-XLYI, 105 et suiv., 130 et suiv.

(2) Portraits Russes, Y, 170.

bientôt l'élève de Laharpe et celui de Romme se prirent d'une étroite amitié et à l'avènement d'Alexandre P^ le comte Paul Stroganow fut le premier de ses amis, auquel il daigna faire part de ses projets de réformes. On sait que c'est également lui qui lui donna l'idée du célèbre Comité Secret, on sait enfin l'ardeur toute particulière qu'il déploya aux séances, ses idées arrêtées sur l'émancipation des serfs, ses vues en matière d'Instruction publique, ses travaux à la commission scolaire, etc, etc..

Lors de la fondation des Ministères, il fut fait Ministre adjoint de l'Intérieur. Avec le temps cependant les intérêts et les opinions de l'Empereur changèrent et ses liommes de confiance furent remplacés En 1803, Araktchéiefï revenait à Pétersbourg et en décembre de la même année, le Comité Secret avait cessé d'exister.

Le comte Paul Stroganow n'attendait plus que l'occasion de quitter un poste que pendant trois années encore il n'occupa plus que nominalement.

En mars 1807, il résignait enfin ses fonctions de Ministreadjoint. Sans doute, il n'avait rien perdu encore de sa faveur près de l'Empereur, lorsqu'il l'accompagnait pendant la campagne de 1805, lorsqu'en 1806 il allait à Londres en mission diplomatique, lorsqu'en 1807 il était aux côtés de son Souverain en campagne. Mais dès cette époque la confiance de l'Empereur s'était déplacée et le comte Stroganow, encore Ministre adjoint. Sénateur, Conseiller privé, s'engagea comme volontaire et comme, nous l'avons vu^ le 26 mai 1807 il recevait le baptênie du feu sur l'Aile ; toute sa carrière militaire ne fut plus dès lors qu'une suite de brillants exploits et de preuves éclatantes de ses talents.

Le comte Paul Stroganow à l'époque de la campagne de 1803, était, au dire de Langeron {Russie, volume 22, Mémoires et docum,ents) fort jeune encore, mais il avait l'aplomb d'un homme fait. Il était doux, honnête, aimable, probe, modeste, instruit et attaché à son souverain et à sa patrie. Il était alors adjoint au Mi nistère de l'Intérieur. Il était déplacé dans ce poste. Il a pris depuis la carrière des armes et s'y est distingué

Ad pièce CXCVII.

Extraits des rapports du Correspondant engagé par Jackson et note du général "Walpole.

Dépêche n" i {Citron). Berlin, 10 mai i 806 (1).

La Reine et sa Cour se prononcent sans réserve contre la

France, mais malheureusement cette sage Princesse perd chaque jour de son ascendant sur le Roi (2).

(1) R. O. F. 0., 333, 80. Jackson Papsrs.

[2) Le correspondant se trompait. En tous cas, quelques semaines plus tard, lors de son retour de ^^•rmont, l'influence de la reine Louise était plus grande que jamais.

« Je suis loin de croire, mandait en effet Laforest à Talleyrand le 16 août 1806, que la Reine soit revenue de Pyrmont aussi convertie que M. de H îugwitz s'en est flatté et j'ai plutôt soupçonné qu'elle daignait descendre aux soins qui lui donnerait sur ce Ministre l'influence qu'elle a sur M de Hardenberg. Cependant je vois régner autour d'elle une circonspection qui annonce qu'elle ne pense pas encore à risquer une seconde fois de S'j br uiller avec le Roi. » Cf. Baillku. Preussen und Fra)ikreich, etc., etc,. II, 528).

A propos de l'atti'.ude de la reine Louise pendant son séjour aux e.iux de Pyrmont e. des conséquences des manifestations au.xquelles elle n'avait pas craint de se livrer, on lira, je pense, avec quelque intérêt le passage que Liii'KBvnE (Histoire des Cabinels de l'Europe, II, 317) consacre à des faiîs, secondaires en eux-mêmes, mais qui, comme il le fait remarquer très judicieusement « eurent dans les circonstances présentes une portée très significative. »

« L'agitition à Berlin était exrrme, la Cour, la noblesse et l'armée ne voyaient plus qu'une issue pour sortir de la honte et de la servitude : c'était la guerre. La Reine était le chef passionné et vénéré de ce grand parti. Elle était allée passer quelques semaines avec la Grande-Duchesse héritière de Weimar, sœur de l'empereur Alexandre, la princesse de Gobourg, femme du Grand-Duc Constantin et la princesse Electorale de Hesse, toutes les trois, fougueuses ennemies du nom et de la gloire de la France. N'étant plus contenue par la présence du Roi et le frein de l'étiquette, la I^eine s"ét-iit abandonnée a louie l'expjnsion de ses douleurs et de se.5 espérances. Les traits les plus amers, elle les avait lancés contre l'homme qu'elle devait le plus craindre d'offenser, contre l'empereur Napoléon. Le Roi lui avait écrit pour la prier de mettre plus de retenue dans son langage ; mais le mal était fait. On n'avait rien ignoré aux Tuileries de ce qui s'était dit dans les conciliabules de Pyrmont. Si la Reine était restée étrangère à la direction de l'Etat, l'Empereur n'eût pas daigné se préoccuper des témérités de ses paroles. Mais elle prenait une part très active aux affaires. Elle état initiée à toutes les pensées secrètes de l'Empereur Alexandre; elle domiaait sans partage le cœur du Roi. La Cour, une partie des Min'stres, le bouillant prince Lmis mettaient leur

Par les mesures récemment adoptées quant au Commerce, les caisses de l'Etat perdent une somme de 6 millions d'écus. On prétend que M. de Beyme, Membre du Cabinet, est l'auteur de l'extension de ces mesures. Mais on n'en est pas sûr. Cette incertitude est la preuve de la désorganisation et de la confusion qu'on remarque depuis quelque temps dans plusieurs Départements.

N° 2 {Citron). Berlin, il mai 1806.

Le comte de Haugwitz, dégoûté par fa prudence du Roi et le mauvais accueil de la Reine, veut se retirer. Il a commencé par demander un congé. Ce Ministre doit avoir eu un entretien très vif avec M Laforest qui l'a accablé de reproches. La veille du départ du baron de Hardenberg, il a conjuré le Roi de se soustraire h la dépendance de MM. Beyme et Lombard.

Note adressée à MM. George Dorries et C°,

Londres.

N° 5 . Berlin, 1 9 mai 1806.

Les affai^res de Suède ont motivé l'altercation entre MM. de Haugwitz et Laforest. Après l'embargo mis sur les vaisseaux prussiens, Haugwitz avait assuré que les troupes marcheraient le lendemain. Laforest en informa son Gouvernement. Des démarches conciliantes étant survenues, Laforest se plaignit d'une manière très forte d'avoir été induit en erreur (1). Nous pensons tous

vanité à suivre presque dans les écaris de sa pensée leur belle et hardie souveraine. Les discours de cette princesse avaient donc dans les circonstances présentes une portée très significative. »

(1) Gustave IV Adolphe avait publié le 27 avril 1806 une espèce de manifeste contre la Prusse et ordonné de mettre un embargo sur les bâtiments prussiens qui se trouvaient dans les ports de Suède et le 13 mai, il avait notifié le blocus des ports prussiens de la Baltique.

Le roi de Prusse avait cru devoir rétmrr sur les frontières de la

Pomérarïie un corps de troupes commandé par le général Kalkreuth ; mai-s on évita tout acte d'hostilité et le 8 mai, le roi de Prusse gavait au eontraire adressé à (rustare IV Adolphe une lettre, par laquelle il l'invitait à lai faire connaître « quelles étaient ses intentions à son égard ». — Il s'en, suivit une correspondance qui. en raison des craintes que la toTirnure des affaires et le caractère des relations avec la France inspiraient au Cabinet de Berlin, se termina le 1"" septembre par une lettre de Frêdérie-Gruiliaume III qui cédait au roi de Suède, déclarait ne plus s'opposer h l'oecupittion par l^s Suédois, au nom du roi d'Angleterre, du duché dB Lau-enbouTg, occupation qui avait eu lieu sans i-ésistance le 27 août et à la suite de laquelle la Suède leva, le 3 septembre, le blocus des ports prus.siens de la Baltique. » Cf. Garben. Histoire générale des traités de

très souvent à cet égard comme Laforest, mais nous ne le disons pas, car Haugwilz n'en serait pas corrigé. Le mécontentement de celui-ci est augmenté par le fait qu'il vient d'apprendre, que le Roi entretient une correspondance très suivie avec Hardenberg par l'intermédiaire des Directeurs des Postes, sans la participation de ceux qui se croyent autorisés à savoir, non seulement l'existence de cette correspondance, mais les objets qui la motivent.

N" 9 (Citron). Berlin, 7 juin i 806

Le comte de Goltz (i) à Saint-Pétersbourg avait été chargé de porter plainte contre 1(3 refus de M. d'Alopeus (2j de traiter d'af-

puLx, etc. IX. 83-99. — Bf. Prusse, volume i23S, îdépèches n" 40 et 42, f" 413, 415, 439. Laforest à TaUeyrand. Berlin. 10 et 17 mai 180G).

(1) Goltz (Auguste-Frédéric-Ferdinand, comte von der)(17(i5-183'2) entré dans la diplomatie en 1787 sur la recommandation du comte de Herzberg avec le titre de Conseiller de Légation, envoyé par lui en 1788, au moment où la Prusse redoublait d'activité en l^ologne, d'abord à Lissa auprès du comte Sulkuwski, puis à Varsovie où, grâce à ses relations de famille, il rendit des services si précieux qu'il fut d'abord promu Conseiller Intime de Légation, puis en 1793 chargé de gérer la Légation pendant l'absence de Lucchesiui. Lorsque celui-ci retourna à son poste après la fin du Congrès de Sistova, Goliz fut ver.s la fin de 1791 nommé Ministre à Copenhague. Il y resta jusqu'en 1794, où on l'envoya à Mayence auprès de l'Electeur. Les difficultés de sa "situation financière, contre lesquelles il se débattit pendant la plus grande parl^ie de sa vie, l'empêchèrent d'accepter le poste de Madrid. Il fut alors (1797) chargé à deux reprises de missions ^éciales temporaires à Stockholm. Les années qui suivirent, Goltz les passa presque exclusiveDQ.ent dans la Prusse-Orientale, où il essaya vainement de sortir de ses embarras d'cirgent qui. en octobre 1801, l'obligèrent à renoncer à aller prendre possession de la Légation de Munich. A partir de septembre 1802, on le trouve à Pétersbourg, où il représente la Prusse à l'entière satisfaction des deux Cours. En 180;;, c'est par lui que Frédéric-Guillaume III entame avec Alex.uidre les négociations qui lui ont été suggérées par Hirdenberg et qu'il poursuit à l'insu de son Ministère. Eu 1807- il accompagne le Roi au Quartier-Général russe et Napoléon, ayant refusé de traiter avec Hardenberg. c'est lui qui est chargé de défendre les intérêts de la Prusse au cours des négociations de Tilsit. En 1H08, il remplit une mission du même genre à Erfurt. En sa qualité de Ministre des Affaires Etrangères, il négocie en 1812 le traité qui fixe les raiiports entre la France et la Prusse. Président de la Commission Supérieure de Gouveruemeiii eu 1813, lors du déivart de Berlin de Frédéric-Guillaume III et de H-irdenberg, il se voit reprocher, lors de la retraite des Fraii'-ais, son attitude, jugée troi» conciliante. Il n'en conserve pas moins son portefeuille jusqu'en août 1814, où Hardenberg rei>rend la direction des affaires. Il esL alors nommé Maréchal de la Cour. En 1815. il reparaît sur la scène politique, remplace Guillaume de Humboldt comme représentant de la Prusse près la Diète Germanique et reste à Francfort jusqu'en août 1824 où, à l'arrivée de Nagler, son successeur, il reprend sa ch;irge de Maréchal de la Cour.

(2) « Nous ne pouvons que nous féliciter d'avoir ici M. d'Alopeus pour Ministre de Russie, écrivait de Berlin le 10 octobre 1802 Bignon à Tal-

752 LE G.'-NÈI'.AL DE STAMl-Olil)

faires avec M. de Haugwilz, de demander son rappel et de proposer la nomination de (illisible).

II a été répondu que M. Laforest n'ayant pas été blâmé d'avoir

leyrand. Il est impossible d'être plus anti-aulrichien que cel Envoyé. Par contre, il est entièrement dévoué à la Prusse, comme disait un jour M. de Hiugwitz : « Etre Prussien maintenant, c'est être Français. » (Prusse, volume 231. Dépêclae chiffrée, n* il, f° 4fi).

Il n'en était plus tout à fait de même, quatre ans plus tard. Le 12 août 1806, Laforest mandait en effet à Talleyrand. « M. d'Alopeus, qui vient d'arriver et qui, dans les terres coalilionnaires, s'est mon'ré l'homme le plus consommé en intrigues, n'a encore vu personne..... »

Alopkus (Maxime-Maximovitch, baron) (1718-18-22). Le comte N. Panin se l'attacha comme homme de confiance et lui donna la direction de sa Chancellerie. Ministre Président à la Cour du Prince-Evèque de Lubeck à Euten, il y servit d'intermédiaire au tzarévi*ch Paul Petrovitrh pour sa correspondance secrète avec Frédéric II et Frédéric-Guillaume II. Il allait souvent à Berlin et s'y lia avec des hommes d'Ettit prussiens, entre autres le comte de Herzberg et le favori du jeune Roi, Bischofswerder. Lors de la seconde guerre de Turquie, la Cour de Berlin, d'accord avec celle de Londres, prit une position hostile à la Russie et fît alliance avec la Pologne et la Turquie. Alopeus, de passage à Berlin (é:é de 1789) fut reçu p.-tr le Roi et par ses ministres et à son arrivée à Pctersbourg, exprima la conviction qu'il suffirait d'explications amicales pour détacher la Prusse de l'alliance et rétablir les bons rapports avec elle. Catherine II, mécontente de son représentant près la Prusse, le comîe de Nesselrode, envoya Alopeus qui, arrivé à Berlin (automne de 1789) en qualité de simple voyageur, y resta six ans. Le poste d'Ambassadeur fut toujours occupé par Nesselrode, puis à partir de 1794 par Kalitcheff, mais c'était Alopeus qui entretenait les relations avec le Gouvernement prussien.

Ses efîoris ne furent pas immédiatement couronnés de succès. Mais quand l'Angleterre eut renoncé au projet de déclarer la guerre à la Russie, le comte de Herzberg entama des négociations avec Alopeus pour un arrangement avec la Russie sur la base de la cession des villes ]iolonaises de Danzig et de Tnorn. Les armements de la Pologne contribuèrent encore à ce rapprochement et le résultat fut en janvier 17931e second partage entre les parties engagées dans la négociation, à l'exclusion de l'Autriche., Alopeus prit une part active aux négociations. Il avait en 1792 accompagné Frédéric-Guillaume II dins la campagne de France,, qui aboutit <à un échec complet. La paix de Bàle, au printemps de 1795, jeta un froid entre Pétersbourg et Berlin et le troisième partage (oc'obre 1795) ne put empêcher le rappel d'Alopeus persoaa grafissima h la Cour de Berlin. Bezborodko et les frères VVoronzow l'accusèrent alors de connivence avec la Prusse et le soupçonnèrent même de sacrifier les intérêts russes au profit de cette Puissance.

Après un court séjour à Rati.-bonne comme Résident près la Diète germanique, il fut nommé, le 3 J novembre 1796, Meml)re du Collège des Affaires Etrangères et chargé des pourparlers avec la Cour de Schweria pour le mariage du Duc Héritier avec la Grande-Duchesse Hélène Pavlovna. Mais l'arrivée à la Présidence du Conseil du comte Rostoptchine, qui la considérait comme Pi-ussien d'âme et de corps, le fit relever de ses fonctions en 1800. Nommé à Cassel en 1891, il devint l'année suivante Envoyé extraordinaire près le roi de Prusse et se remit à travailler au rapprochement de la Russie avec la Prusse. Ses elTorts aboutirent au voyage d'Alexandre I" à Berlin et aux serments d'é,ernelle amitié échangés avec Frédéric-Guillaume lil sur le tombeau de Frédéric le Grand

osé se permettre de dooner l'exclusion de ses communications à M. de Hardenberg, la démarche de M. dÂlopeus n'est pas répréhensible. L'Empereur, malgré son éloignement de s'attacher aux exemples, avait pourtant cru qu'on pouvait tout aussi bien charger le comte de Keller {i) de traiter avec M. d'Alopeus, d'autant qu'aucun Ministre de Russie ne pourrait jamais traiter avec le comte de Haugwitz.

N° 10 (Ci/ron). Berlin, i 4 juin 1806.

On m'écrit que Talleyrand^voyant que la Prusse n'entre pas tout à fait dans les vues de la France au sujet de l'Allemagne, a cessé d'en parler à Lucchesini et que tout se traite sans sa participation C'est aussi la raison pourquoi la nomination du Cardinal Fesch à la Coadjutorerie de Ratisbonne (2) a été inattendue à Berlin. Haugwitz voudrait nous faire accroire que ceci est peu important, mais cet événement peut avoir des suites très graves et semble annoncer le bouleversement de la Constitution germanique.

Berlin, 15 juin 1806.

(Lettre emportée par Madame Jackson).

Laforest a communiqué avec aftectation à quelques personnes une dépêche de Talleyrand du 30 avril, lui enjoignant de faire très sévèrement des reproches au Cabinet de Berlin sur le mode très impolitique employé pour occuper le Hanovre. Il doit lui dire qu'il est faux que la Prusse ait été forcée par la France à occuper ce pays et faire remarquer à Haugwitz que si le Cabinet prussien avait fait tout ce que lui, Laforest, avait Ordre de lui dire, il ne serait pas aussi embarrassé dans quantité d'autres ques-

ainsi qu'au traité d'alliance conclu à Potsdam. — La paix de Tilsit marqua la fin de la carrière diplomatique de ce fougueux adversaire de la France. De 1808 à 1813, il vécut dans la retraite en Allemagne. L'issue victorieuse de la guerre patriotique et la guerre entreprise par l'Empereur Alexandre I" pour la délivrance de l'Allemagne et de l'Europe amenèrent, un nouveau rappel d'Alopeus aux affaires; mais il prit définitivement sa retraite en 1815 et passa les dernières années de sa vie dans l'Allemagne du Sud et à Francfort sur-le-Main, où il mourut le l(j juin 1822 (Grand-Duo Nicolas MikhaÏlovitch. Portraits Russes, III, 51).

(1) Le comte de Keller venait peu de temps auparavant d'être adjoint à Haugwitz.

(2) Cf. Lettre de L'Electeur Archi-Chancelier (Dalberg) à Napoléon. Ratisbonne 19 avril 1806 (Thiers, VI, 475-477). — Correspondance, XII, 10, 239. Au cardinal Fesch. Saint-Cloud, 16 mai 1806.

8TAMF0RD 48

tiiOBS.'*. Oq ne conçoit pas comment la Prusse supporte avec indiffépense toiates les injupes qirbmïui dit de ïous côtés. (Allusio'Q à uœ scelle assez vive eoitre Fox e* Jacobi).

Le correspondant insiste ensuite sur la désorganisation de plu» en plus grande des divers Départements et il aio-uïe :

« bombarda dit éernièrenaent que « le R&i avait àétiaré quû cm ne pourrait jamais le forcer à rendre le JJanovre ; que aï la SiUsie avait coûté trois guerres, le Hanovre en valait bien une. »

Bonaparte, tout en s'ocerupant beaucoup de l'Orient, trouve encore du temps pour préparer la Constitution qu'il veut donner à l'Allemagne.

W ii%. Berlin, 2i juin 1S06.

M. d'Alopeus a de nouveau eu l'ordre de sa Cour de ne pas avoir (Je conférences avec liaugwitz.

La prestation d'homniage au roi de Prusse k Hanovre n'aura pas lieu.

Downing Street, 3 septembre i 806.

Note du général "Walpole (1) à Jackson, approuvant le projet d'organisation d'un service de renseignements, dont le projet résumé ci-dessous avait été remis à Jackson par son correspondant, le chef de ce service.

L Chaque lettre sera numérotée et le numéro sera toujours inscrit en Noir.

II. Chaque lettre sera datée, mais il faudra faire attention à la place où cette date sera inscrite.

in. Si la date est portée sur la même ligne que le Numéro d'ordre, la lettre ne contiendra rien de secret. — Si, au contraire,

(1) WalpoIiE (Êreorge) (tT5i8tl825), frère cadet d'Horaee Walpole, cornette att tl' régiment de dragons (t777), lieutenant au 9= dragons (1780), capitaine-lteutenant à son ancien régiment, le 12° de dragons (1781), passe au 8° Ligàtr.iragoons (1782), Major au 13" Liglit-dragoons (178.5), lleutenanit-CG-i lonel au corps (1792), prend, en 17'.)6, une part active à la répression de rin.surreclion des nôgres-marpons à la Jamaïque. Promu colonel (1796), il quitte le service à la fin de 179S. Entra au, l^arlemeiit en 1797, il représente Derby jusqu'en 180t». Chaud partisan de Fox, il servit de témoin à Tiernay dans son duel avec Pitt (27 m ù 1798). Sous-Secrétaire eii Êévïier 180f),lo«sq;ue. Wo^ devint Secrétaire aux Affatres-Etrangèras, il déaj-issiomia peu après Ui, i^ort de Fox e! représenta Dungarvan de 1807 »• 1H20. époq:U6 à laquelle il renonça à la vie publique.

la dalee^t placée- à la fi'n de la lettre, elle coatiend'ra albrs^des communications écrites au citron dans les parties la4ssé<?s en blanc sur chaque page.

IV. L'écriture du corresponxiant ne devra paraître sur aucune de ces lettres. Ces lettres seront copiées et écrites par quelqu'un qui ne sait pas le français. Que^uelois, mais exceptionnellement seuleHQÊiil, ces lettres seront transmises par Wynn (1), à Dresde, et par Gebhard, à Londres. Il faudra, pour assurer la. corcesponque Jackson indiqfue au correspondant une adresse à Londres. Il le munira de trois lettres, l'une pour Gebhard, à Londres, une autre pour Lawitz, négociant danois à A.ltona„et.p>our un certain Klopstock, à Hambourg, frère du célèbre savani,, un« ancienne connaissance de feu son père et de sa faimille. C'est lui qui. autrefois a saigné sa. correspondance avec ArdienJiolz,. quand il lui faisait insérer dans son Journal des pièces littéraires sur la Russie. Lui et. LawUz sont des. hoiiajmes très sans. Ils se doulerojit biea de la naiur.e du contenu de ces lettres, mais- net sauroni. paa qu'elles sont adressées '^ Jackson et à son Gouvernement Usera donc sage de na pas leur remettre personnellement les lettres ;, il' vaudra mieux pour cela les confier à la première poste au-deU'u de la frontière de la Prusse..

Signé :. Walpole.

A ce projjet était joint le billet suivant.

« Vous êtes parti' hier de si bonne tieure que je n'ai pu vous, parler.. J'avais le papier ci-joint sur moi et comptais vous le communfq uer. A mon avis, il ne manque plus rien, au secret de notre affaire.

Mais il' faut absolument que vous me donniez avant de p^irtlp votre adresse à Londres. J aurai l'hoaneur de dîner avec vous demain chez Le comte de Goertz (2). Je vous y apporterai mes lettres. Gardez le billet ci-joint pour vous.

(Il Wy.\x (Sir Henry Watkin Williams) (1783-1850), entra au Foreign Office en 1799. alors que son oncle, lord Grenvilie éLiit à la tcîe du dépariement, et devint, en îSOï, son secrétajre g.ir.liculiai; &l pracis wriLer. KTinistre auprès de IKlectsur de Saxe, d'avril 1803 à avril 1807, on reconnut ses services en lui allou int une- pension annuelle de 1.500 livres. Ministre plénipoteiitiaire en Suisse en 182-2, il fut à la suite des débats. qui eurent lieu à ce sujet au Parlement, déplacé et envoyé d'abord à S.uttg;irt (1823), puis, en 18-M, à Gopenliague, où. il resta jusqu'au commencemeat d'e ÎS'j'S.

(•2) GoEirrz (Jean, -Eus aclie, comte (le Schlilz. dit comta der) (1.737--1811), premier plénipotentiaire prussien au Congrès de Rastatt, termina sa carrière diplomatique comme représentant de la Prusse à Ratisbonne.

Peut-être pourrai-je dès samedi prochain commencer la correspondance (1).

Voire très humble et très obéissant serviteur. Venez me prendre pour aller chez Goertz.

Ad page 723.

BUTLER (Jacques-Pierre-Charles-Patrice, comte de)

Bulletin du 19 novembre 1806. — M. Bourrienne assure que Butler a été arrêté à Hambourg le 7 de ce mois. Le sénateur ministre l'avait signalé à ce ministre le 6 février 1806. Voici les notes qui existent à la police générale sur cet individu.

Il est d'origine irlandaise, capitaine de dragons au service de la France avant la Révolution. Il a été pendant 11 à 12 ans l'agent des Princes, l'adjoint ou le secrétaire de Dutheil. Sa première mission en France a eu pour objet l'évasion de MM. de Choiseul, Montmorency et Vibraye, naufragés détenus à Calais (2). Il vint dans cette ville sous le nom de Kilkash (3), fit sans succès diverses tentatives et beaucoup de dépenses. D'Auerwick l'accompagnait sous le nom de Louis. Il établit à Dunkerque un moyen de correspondance en achetant un petit bateau américain ou réputé tel, dit Jungfrau Elisabeth (4). Des caches étaient pratiquées jusque dans les avirons pour assurer le transport des lettres. Le bâtiment paraissait destiné à divers objets de commerce. Le sieur Coffin, consul d'Amérique à Dunkerque, était son correspondant. La maison de M""® Cormier, sa sœur à Paris, était l'entrepôt des lettres, l'asile de Butler, lorsqu'il venait dans cette capitale et le rendez vous des agents. — Butler dirigeait encore en personne cette correspondance en l'an VIII dans l'inirigue de Hyde ; il s'était établi dans la maison du baron d'Ordre entre Boulogne et Calais ; c'est chez lui que se sauva La Maisonfort en floréal an VIII, lorsqu'il

(1) Cette correspondance se compose de 45 lettres (du 10 mai au 17 octobre 1806) toutes datées de Berlin et adressées, soii à F. J.Jackson, soit comme suit :

par George Dorries et C

Londres,

(2) Sur les naufragés de Calais, voir Archives Nationales F. 7. 6194. Dos. 2526.

(3) Ou Kilkerch (F. 7. 6.275 à 6.252).

(4) F. 7. 6iC9.

fut assailli par une patrouille la nuit au moment de son débarquement dans un des bâ.timents de la correspondance Dulheil. C'est dans cette même maison que, peu de jours avant, Georges, accompagné de Hyde et de La Carrière Méricourt, avait logé quand il se rendit de Paris à Londres. Butler lui procura le passage à Douvres. Le mois suivant, le ministre, d'après des indications précises, donna des ordres pour cerner la maison et Butler n'échappa que de quelques minutes aux recherches de la police. — A la fin de 1805, il a escroqué 800 louis à un émigré sous le prétexte de le faire naturaliser anglais. Quoiqu'il fût depuis longtemps l'agent apparent des princes près du cabinet britannique par la retraite réelle ou simulée de Dutheil, il a été chassé de Londres avec éclat malgré les vives et pressantes sollicitations du cpmte d'Artois et de ses alentours. Il se réfugia à Hambourg ou Altona et s'est tenu caché pendant plusieurs mois. Le sénateur ministre, en ayant eu avis, a invité M. Bourrienne à le faire rechercher en lui observant qu'étant mécontent et sans moyen d'existence, il serait possible d'en tirer parti. Pendant longtemps M. Bourrienne n'a pu le découvrir et croyait même qu'il était demeuré en Angleterre. Son arrestation peut être intéressante, s'il consent à faire des déclarations franches et sans réserve.

Bulletin du 21 novembre i 806. — Les papiers de Butler ont été examinés ; on n*y a rien vu d'intéressant. Doit-on le faire partir pour Paris? Son Excellence le sénateur ministre a ordonné de l'interroger sur tous les faits et intrigues où il a figuré, d'après une note adressée à M. Bourrienne. Cette note montrera à Butler que toutes ses manœuvres sont connues et qu'il ne peut espérer d'indulgence que par les déclarations les plus franches et les plus étendues.

Bulletin du 7 janvier i 807. — Le sieur Butler, émigré, ancien agent des princes et adjoint de Dutheil, ayant été chassé de Londres pour escroquerie par ordre du ministère britannique, s'est réfugié à Altona. Le sénateur ministre en ayant eu avis a invité M. Bourrienne à le faire arrêter. Il l'a été à Hambourg le 7 novembre. Le 29 du même mois, son Excellence a écrit à M. Bourrienne de l'envoyer à Paris avec les précautions convenables pour qu'il ne pût s'évader en route. Son Excellence a fait part de cette mesure à M. le maréchal Moncey et l'a invité à donner les ordres les plus précis pour que les gendarmes qui seraient chargés de Tescorter jusquau ministère, ne lui permissent aucune com-

758 LE GKXKr.AL DE STAMFORD

mnnication. Voici l'extrait de la réponse de M. Bourrienne en date du 29 .décem.br,e: « Rutler est ipaxti a.vaEt-ihier pû\ir Paris- .J'.ai « cru inutile de le .faire escorter, p.ax.ce que dans, les .nombreuseB « jconv.exsatioDS .q.uey'ai eues avec lui,, je me siuis convaincu q.u'U « .élaiit disposé à .servir la poJice .et à se venger de .ses.emnertLis .à « Londres. Il .a demandé pavir pouvoir être utike d'être coiaduil au « Temple i son anrivée A Paris. J'ai chargé JLe commandant de « Valrnciennes de le faire escorter .par un gendarme ».

Noda. — Le sénateur minisire avait adressé .à M. Bourrienne une note des prinei,paux faits sur lesquels J3.utler devait êfj-e interrogé. M. Bourjienne a, cûjûQJûiuaaiqué .à. Soji Excellence la décJajation que Buller Jui a remise ipar écrit. On m'y voit que des fait« anciens et sans intérêt que Butler .savail êtrevconnus depuis longtemps. Il a dit que sa der,nJère mission .avaii consisté dans son voyage à Boulogne e«i liSOO pour .remettre des i&nds à M., de .Gojgjiy et activer la correS|pQudance tenue par l'.aibbé d'Egrigny.; qu'il était retournié en Angleterre au mois de juillet 1800 et -que deipuis .cette .ép.oque il =ne i^'était exaicteja;>ent mêlé de rien. Il en résulterait quil n3 .peut être d'aucu,Q.e utilité. On sait au 'Contraire qu'il a servi jusqu'à son ex^pulsion d'Angleterre et on ne peut attribuer qu à son activité le zèle avec lequel le comte d'Artois a 4e.man,dé qu'on ,1e laissât en ÂBigJ«ter.re,. llest pl«us que pro^bable q:u'.il a conservé à ce prince l'attachement qu'il lui avait ioiu jours jQiont.r.é,, lui devant jaaêtme de la re.conn.aissan.ee. On est donc porté à croire qu'il n'a cherché qu',à obtenir sa iiberté à Hamibourg Le résultat sera bientôt connu.

Baltetin du 27 j<invier 1S07. — Butler s'est rendu avec exactitude, il a été déposé au Temple. Il a subi plusieurs interrogatoires, a donné avec franchise tous les renseignements qui lui ont été demandés et offert de remplir fidèlement i.a mission qui lui serait confiée- Son Excellence le fit mettre en liberté et a ordonné ostensiblement son expulsion de France comme mesure utile pour assurer le succès de la mission secrète dont il serait chargé s'il y a lieu.

d'Halterive, la Police Secrète du Premier Einpire, WWhi'f, 152, 482, 345.

Page 1