‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 145 sur 171 · MEHÉE DE LA TOUCHE · texte numérisé non relu

MEHÉE DE LA TOUCHE

Ad pièce CXXXIV.

Le nom de Mehée est si intimement lié avec le drame d'Ettenheim que je n'ai pas cru pouvoir me dispenser d'insister ici sur certaines particularités de l'cviitence, d'ailleurs si mouvementée, de ce triste personnage.

Mehée delà Touche (Jean-Claude Hippolyte) (1760-1826). Secrétaire greffier adjoint de la commune de Paris en août 1792 fut accusé et se défendit toute sa vie d avoir favorisé les massacres de Septembre. Collaboruleur de Réai à la rédaction du Journal des Patriotes en 17S9, mis sur les listes d'élection en octobre 1795, il ne fut pas nommé et obtint en dédommagement, d'abord une place au Ministère de la Guerre, puis le i*"" décembre 1795 le poste de Chef de la 2® Division aux Affaires Etrangères ; mais poursuivi par l'accusation d'avoir pris part aux massacres de Septembre, il démissionna le l^"" décembre 1796. Compromis dans la conspiration de Babœuf, il ne revint à Paris qu'après l'espèce de révolution du 30 prairial an VII (18 juin 1799), rédigea alors le Journal des hommes libres avec Vatar. Arrêté après l'attentat de la rue Saint-Nicaise, envoyé en surveillance à Dijon, puis déporté à l'île d'Oléron d'où il s'échappa en 1803, passé en Aufïlelerre après un trè- court séjour à Guernesey, il offrit et fit accepter ses services, au Cabinet de Saint-James et aux Royalistes. Envoyé de Londres à Sir Francis Drake à Munich pour préparer et combiner avec lui son action contre le Gouvernement français, h peine arrivé à Paris, il alla rendre compte à la police de son voyage vraisemblablement arrangé avec elle. Continuant de recevoir de la police impériale des subsides qui paraissaient bien maigres, h un homme qui avait d'aussi grands besoins que lui, il ne fît guère que végéter pendant toute la durée de l'Empire et n'essaya de sortir de l'oubli et de la misère que lors de la Restauration en se mettant au service des Bourbons. Attaqué vivement par le Journal Royale il n'en réussit pas moins ù faire condamner ceux qu'il n'avait pas craint de poursuivre comme calomniateurs.

Plus audacieux et plus cynique que jamais, il se lança dans de nouvelles intrigues, si bien que compromis pour la part qu'il prit en 1815 aux manœuvres qui préparèrent le retour de l'Empereur

714 LE GÉNÉr.AL DE STAMFOUI)

il fut compris dans l'ordonnance d'exil du 21 juillet 1815 so léfugia d"abord en Allemagne, puis à Bruxelles et h Liège, d'où expulsé par la police néerlandaise en 1818, il se rendit à Konigsberg qu'il quitta l'année suivante, lorsque la police de Louis XVIIl l'auforisa ?i revenir à Paris où il mourut en 1826 dans la misère, oublié de tous et méprisé de ceux qui se souvenaient de lui (1).

Tels sont les grands traits de la vie de Mehée ; mais ces quelques aperçus ne sauraient donner une idée du caractère, des avatars, des intrigues de l'individu.

Fouché, qui venait d'adresser aux citoyens français la proclamation par laquelle il leur aniionçail iavèncmenl délluiiifdc Bonaparte, [Monileutf) du 26 frimaire, an VUl) « Fouché, nous apprend Louis Madelin (2), avait 'm journaliste ayant acheté. le Journal des Hommes libres, h la. iéle duquel se trouvait up des plus grands Jacobins de la pre^sse, Mehée, et la Gazette, payée par le Ministre, ne parla que des crimes des royalistes et des dangers de la contre-révolution (3) »

« Une. lettre de Roederer fi Joseph Bonaparte, du 5 nivôse an IX, ajoute un peu plus loin Madelin (4), nous révèle qu'en geripinal an Vil le Premier Consul avait fait supprimer le Journal des Hommes libres, organe du Jacobin Mehée et organe officieux du ministre de la Police. Bonaparte avait fait à celte occasion une. sortie violente contre les « Septembriseurs >^ qu'il voulait chasser. Fouché s'y opposa, ajoutant : « Général, je réponds d'eux. » Trois jours après, ajpute Roederer, le Journal des Hommes libres reparut plus andaciieux qi^e, jamais.

« Après l'événement du ^l;nivôse, Mehée se trouve au nombre des personnes arrêtées par, ordre du Pr,éfet de Police (o). 11 ne tarda pas à, être remis en liberté, à bénéficier de rarrèté du 17 nivôse « mettant en surveillance spéciale (par simple mesure administrative) un certain nombre de citoyens, dont Mehée (6). »

« l^e gouvernement a mis en surveillance à Dijon le citoyen

1) Cf. pour plu. s (le déiails. Xouvolh' ht'. ''onternporains.

[1) Madklin. Fouché, I, 277.

(3) Idem in Ibidem, 1, 277, note. Roederer récusait violemment Fouché de fnirq fabriquer sous ses ordres, ;;iix dépens de l'Etat, par des auteurs de son ch()ix lo « Journal des Hommes lihrcs.)^. Cf. Roederer à Fouché. Roi:DKREii Œuvres, III, 372. « L emploi de Mehée par Fouché ôtaiLde noiorié.é publique ». Fauriel, Les derniers jours du Consulat, 126.

(4) Idem in Ibidem, I. note 315-316.

(5; AuLAKp. Paris sous le Consulat, lY, 99. Rapport de la Préfecture de Police du 7 nivôse an IX (28 décembre 1800). Correspondance, VI. 5.239 Paris 12 nivôse an IX (1"' janvier 1801).

(t)) Di.str; M.. Les déportations du Consulat et de. l'Empire, 14.

APPKNDICK /I."')

Hippolytii MoUée, nn d«>..s collahoraleurs <iti Joxirnnl des PiHnoies de 89 et en defiiier lieu Hé(i;icli;ur du Joursat des tIoinr\\es libres lorsqu'il cessa d'èlre dans les maios de Valar. Cet hpmrae de lettres paraît vivre d.'iine manière 1res isohio, mais il .a;. trouvé dans sa retraite des consulaLions p.-trnrncllos. Sun p^rn ef^î, inr-decin des hôpitaux jnililaires (1)

Quelques mois ])lus (iwd, !<> 't{ tlurmidor au lX,10avril 1801), on lisait ce qui suit dans le Monileur: » Un Journal, qui s'appelait VAnlidole, a été suppri;mé.par le Premier Consul. Contrc-signé de Meliée, le même qui avait signé les massacres de septembre, ce journal était plein do ces inaxirr;es iiiïtousos qui ont, produit tant de ruines et qui ont pour jamais cessé de régner en i rance (2), »

« !)epuis le 18; brumaire, ainsi s'exprime le comte Houlay de la Mp-UitTUio (3u les articles de Mehée dans le Journal des Hommes libres et dans VAntidotasléplareid au l*remier Consul, qui le mit sur la liste des Jacobins proscrits à l'occasion de la machine inCernale et le fit plusieurs l'ois éloigner ou arrêter malgré la protoclion de Fouché.

l)éi»orté à File d'Oléron, ayant eu vent dans les derniers jours d'octobre des préparatifs qui se laisaient en vue de leui\ envoi dans les lieux plus éloignés, Lamberthé, Toulotte, Mehée et Félix Le Peletier disparurent successivement i4). Mehée, pour son compte, s'était échuj)péle2 décembre 1802. ,11 semble bien, quelque invraisemblable que cela puisse paraître, qu'il s'évada sans la moindre connivence de la police. On est d'autant plus fondé à le croire que le 8 nivôse au XI (29 décembre 1802) le préfet de a Charente-lnlérieure adressait aq Grand-juge une note citée par IJ^vSTREM (page 170; qui serait sans cela absolument inexplical^le: « Le sous-préfet de Marennes, que j'avais chargé, en exécution de a Ittlre que vous m'avez [ait Ihonneur de m'écrire le 20 du mois dernier (11 décembre 1802), de faire délivrer un passeport au citoyen Mehée placé en surveillance à l'île d'Oléron pour, se rendre dans la commune de Saint-Jeand'Aqgely, m'écrit que le maire du

(i) AuLAiiD. P.'iri.s souH le. Consuhd, III, 15G. Gazelle de France du 16 pluviôse an IX (15 février 18)1).

i;2) Idem in lindern, IH,. iGl.

(.!) Correspondance du duc dU'Jnghien, I, 3'22, note.

(i) Di;sTai:M. Los déporlalions du Consulat et de l'Empire, 173 .« L'évasion des citoyens Mciiéo... donne lieu de penser que quelques-uns de CCS dô'.enus ont; à\é instruits des mesures prises par le (gouvernemon pour leur dépori.a'iiqu dans, un lieu plus éloigné... » Guillernardet, préfi-!tle la Chan^nlo-Inféricure iiu Gra)id-JuQi\ 30 pluviôse an Xl(194"évricr 18 l'S).

7 16 LE GÉNÉRAL DE STAMFOIîD

Château vient de lui apprendre l'évasion du citoyen Mehée ce qu'il attribue aux dettes qu'il avait contractées dans l'île »

« M. Caudrillier qui a publié dans la Revue Historique (février 1902) une curieuse élude sur Mehée croit, fait remarquer le comte Boulay de la Meurtue (I, 322, note) que pendant sa captivité à Oléron il eut connaissance de la société occulte des Philadeiphes. Des deux idées, qui allaient servir de base h son intrigue, celle de la réunion des Jacobins aux royalistes et celle d'un mouvement dans l'Est, il leur aurait emprunté au moins la seconde. Le fait est possible, mais quant à la première, elle avait germé déjà dans plus d'une tète. »

Ce qui semble certain, c'est qu'au sortir de l'île de Ré, Mehée passa plusieurs jours en janvier 1803 à Paris où il arrêta la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre. Bientôt, sans ressources, d'après les renseignements recueillis par le comte Boulay de la Meurthe (1), désespérant de trouver en France des moyens d'existence, tels qu'il les voulait, il s'embarqua, toucha à Jersey et débarqua peu après à Guernesey. A peine à terre, il écrivit, le 3 février, au général Doyle, Gouverneur de l'île, lui proposant de : « faire lever en France simultanément avec les amis du Roi un parti républicain, dont les chefs seraient secrètement mis dans les intérêts du Roi et même de faire admettre dans le comité de Direction secrète des hommes indiqués par le Roi. » (Lettre citée par M. Caudrillier) « Pourvu par le crédule général des moyens de passer en Angleterre, Mehée arriva à Londres, le 12 février.

La version donnée par Ihistorien consciencieux qu'était mon cher et regretté ami Henri Welschingi^r, prématurément enlevé à la science et à l'affection des siens et de tous ceux qui ont eu le bonheur et l'honneur de le connaître, difïère quelque peu de celle adoptée par le comte Boulay de la Meurtre. « Le citoyen Mehée de la Touche, l'homme de Septembre, qui avait été déporté a l'île de Ré, écrit-il (2), s'était échappé le 7 décembre 1802 et avait gagné l'île de Guernesey. On lui fait savoir que, s'il se met en qualité d'espion à la disposition du gouvernement consulaire, il obtiendra son retour en France (3). Aussitôt, avec cet esprit d'in-

(1) Comte Boulay di: la Mkurthe. Correspondance du duc d'Enghien, 322, note.

(2) F. AVicLSGHKNGKiî. L'enlèvement et l'exécution du duc d'Enghien, 377 et suiv.

(3) S'il en a été réellement ainsi, force est de reconnaître que l'affaire avait été remarqu.iblement bien conduite el le secrel admirablement gardé, puisqu'à peu près au même moment on signalait au Ministère de la Justice (note du 5 ventôse an XI. 21 février 1803) les propos tenus pnr la

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Irigiie qui le caractérisait, il se rend à Londres, parvient auprès du Ministère anglais et lui oITre les services du parti jacobin contre le Premier Consul. Le Ministère hésite d'abord à l'employer. Mehée va trouver Bertrand de Molleville (t) ot lui présente comme un plan destiné à réussir, l'alliance des Jacobins et des Royalistes contre l'ennemi commun. Celui-ci goûIe son idée, puis tergiverse et remet à un temps plus ou moins éloigné l'accomplissement de ce dessein. C'est seulement lorsque la paix d'Amiens est rompue que Bertrand de Molleville, trouvant l'occasion meilleure, entre en conférence avec Mehée qui lui propose : 1° de soulever la Vendée et la Bretagne avec les Royalistes : 2" d'agiter l'Est avec les Jacobins; 3" d insurger la Suisse. Quant à lui, il se rendra directement à Paris pour y nouer des intrigues - de là, il ira en Allemagne s'entendre avec les agents anglais de Munich et de Stuttgart. Le plan fut accepté en principe.

Mais pendant ce temps, tandis qu'il multiplie ses démarches, il est de plus en plus pressé par la misère. Il est depuis trois mois à crédit dans son hôtel. Dans l'espoir de se procurer des ressources dont il a si grand besoin, il offre ses services au Gouvernement français. Le Grand-Juge ne répond guère à ses avances. Peut-être même croit-on à quelque nouveau mensonge, à une ruse, grâce à laquelle il engagera la Police sur une fausse piste, puisque le 4 messidor an XI (25 juin 1803) le Minisire adressait la Note suivante à la Préfecture de Police: « Je suis informé que le citoyen Mehée est de retour de Londres où il est allé intriguer auprès de l'administration contre notre Gouvernement et la personne du Premier Consul. 1\ doit être présentement à Paris. Je vous prie de le faire rechercher et d'employer tous les moyens pour vous assurer de sa personne et de ses papiers » (2).

« Lorsque le général Moreau consentit à entrer dans la conspiration de Georges, nous apprend encore Wklschingër (3), Mehée de la Touche reçut l'ordre d'aller à Munich se mettre en relations avec Sir Francis Drake. « — Parti de Londres le 22 sep-

femme de Mehée : « L'épouse de Mehée, évadé d'Oléron, dit que son mari s'est embarqué à Bordeaux pour la Nouvelle-Anglelerre et qu'il s'èstime heureux d'avoir pu se souslraire à la puissance (sic) du Gouvernement français. « (Aulauo. Paris sous le Consulat, 111, G9'0.

(1) Ancien Ministre do la Murine du 2 ociobre 1791 au i mars 1792, la dupe la plus persévérante de Mehée, dit de lui le .comte Boulay di; la Meurihi:. CorresiJondance du duc d'Sng/iiea; I, 320,' noté et introduction XXVI. . ' ,

(•2) Dkstrkm. Les DéporlMions du Consulat et de l'Empire, iôi.

(3) H. Wklschinoku. L'enlèvement et l'exécution du duc (l'Enghien, 378.

718 LE GKNÈUAL DE STAMFOi;!)

tembre 1803 et débarqué à Husum le 28, il avait commencé à procéder à l'exécution du plan qu'il avait ôlucubré à Paris et à Londres en préparante la fois une liUtre pour le Cabinet de Louis XVIII (1) et un aperça du plan qu'il destinait d'abord à Reinhard. Ayan* rencontré une ancienne connaissance, La Chevardière, devenu agent commercial en Basse-S ixe (2), il le pria le 2 octobre de transmettre cet aperçu directement à Talleyrand et se fît délivrer un récépissé comme preuve qu'à peine Sorti d'Angleterre il avait oflei-t ses services au gouvernement consulaire (3).

Mehée arrive ensuite- à Municli, surprend sans peine la confiance d(! Sir Francis Drake 4), obtient de lui son passeport pour rentrer on France, se dirige sur Kehl, fournit do là par lettre au préfet de Strasbourg des explications qui paraissent tellement satisfaisantes à ce fonctionnaire qu'il le fait partir presque aussitôt pour Paris sous l'escorte de son Secrétaire général.

Il y arrive au moment opportun. On l'écoute, on accepte ses services et par ordre du Grand- Juge qui a reçu des Instructions détaillées du Premier Consul, on prescrit à « l'auteur des rapports

(1) Audi é.issy é('ri\ ..;t le '.\'i ;ii»û 18),; ;ri (iiMite-.lii .'V.is le n(iin de l;i 'tuurlu' os «.iicorr ici. Il es venu intriLiih u d'un Mémoire qu'il pré end il \i;ii- î'u dos buro.ii>x do je nu : Minisicre. Il COinptnil >UP ([!1''1i[:îo ,ii- -• • ^ (\'i"i\ n'.( |';is o'u >.

En effet, ;ij 11 e lo cmhiIc i;i,ri..\Y D!. la Mi.r.iiviu: {Op. cil., J. ■î.l'i) le remu;inl et besogneux Mihn' o,:ii; aux abois e; en ni.ii il fui emprisonné pour deties à la requ^'b- do • -u hôielic. Il a raconté \ Ailinace, \\\) conimeni il parvin à >c laii'i' lil.ioroi' o '; r ire romo. 1 1; .iu .Miii;s:re anglais un plan où il pri'[iosaii le coiuajnrs du;i [i:- i^ Md'i ooiniLé de Jacobins et d'un général imaginaire pour l'aire in-arjor ic- ii'MVinros do ri*]st...

Ce fut, paraît-il, sut- rindic:ti"n d.î \ ilv. nu: , ■, ■■,{ :-\\<-. idé ;'i lord Pelh.'DU connue //oj;(c Sccrchirij «[ueMeliée «djiiu de p-'iUi- U; l'i septembre pour Municii. Ses poches et tion bien garnies ei il se II .it il de les tenir bien reni)dies, a.ux dopons rlos deux guuverncmenls anu-Lais et français (Alliance, l'.'>). il ('•tait muni tic dicux passepurt^ an;^dais, l'un sous son nom vériîtiblc, rau;rc sous celui de Jablenski.

(2) l^assani par Hambourg. Mehée informe un agent fr.tnç lis qu'il allait coniploier avec les Anglais, mais dans le seul but d'éire utile à sa pairie et de découvrir les prujols do ses eimcmis. D'un au:re cô é, il écrivi: au duc de (ilramom, mini-;re de Louis XVI II .a V'arso\itt (/u'.i était [)roi, à servir le Roi et qu'il accepiait par avance ses inslruclions, car il avait à se pl.aindre. disait-il. des Anglais et des i^rinces qui ne le comprennent pas. On voit à quel poinl le misérable était passé maitre en ruses c en mensonges ».

(H. W'KLSCHiNGEJi, Oy*. rit, 378).

(3) BoULAY i)K LA MKUuiHi;, Oy<, cil , II, es. Note.

(i) Sir Francis Drake se laissa circonvenir ])ir Mchéc dans son dernier poste, celui de Résident d'Angleterre à Municii. >> (Kaulkk. Papiers de Barlhélcmy, VI, no;e ISO). La làciie éiail d'autant plus facile pour Mehée que le Minisière anglais lui-même s'étai^ laissé prendre aux combinaisons qu'il avail eu le liilent f l l'audace de lui présenler.

qui ont paru intéressants » d'écrire ù Drake et, jiour lui'donner confiance en attendant que le grand coup puisse être porté, de lui promettre de faire prendre sur la llible du Premier Consul dans son Cabinet secret des actes de sa propre main, des notes relatives à la grande expédition et tout papier important que cet

espoir est fondé sur un huissier du Cabinet qui, ayant été rïiembre des Jacobins, ayant aujourd'hui la garde du Cabinet du Premier Consul et honoré de sa confiance., se trouve cependant dans le Comité secret (1) »

Drake félicita Mehée de son zèle et lui envoya de l'argent.

Quelques mois plus tard le 28 février 1804, deux jours après l'arrestation de Moreau, à la suite des bruits signalant les mouvements (supposés) des émigrés sur le Rhin, Shee reçut Tordre de s'assurer de ces faits et d'envoyer Mehée en mission. Le jour même, il partait pour Ofîehburg où il voyait M. de Musset, ancien officier de l'armée de Condé. « Celui-ci lui aurait appris — c'était un mensonge de Mehée — que les généraux dé la Saulais, de Maltet et de Mauroy arrivaient avec d'autres officiers pour s'entendre avec le duc d'Enghien et agir conformément aux instructions de l'Angleterre. Il transmit ces informations à" Shee, qui les adressa au Premier Consul. On sait ce qui arriva et comment Real fut amené à faire une enquête sur les prétendus agissements du duc d'Enghien (2). »

Presque au même moment, un des observateurs de Desmarets, qui signe Candide, lui adressait le 11 ventôse an XII (2 mars 1804) une Note tellement étrange qu'elle mérite d'être reproduite.

« Les malinsprétehdent que cette infernale machination est amenée depuis trois mois, que le chevalier de Mehée, à Londres depuis quelques années et à Paris depuis 20 à 22 jours, en est le principal agent, le dénonciateur et qu'il se tient caché. Ils ajoutent que l'agent principal, que le Grand-Juge entretenait à Londres et qui a servi à tout découvrir avec Mehée est arrêté on Angleterre (3). »

Éh dépit des dires de Candide et des malins « on continuait si bien à se servir de Mehée, on savait si bien ce qu'il faisait, où il

(1) Con'est)on(l;iitco, TX. 7.210. Au citoyen Ih'gnier, Graad-Jkqo, Ministre de la Justice. S:iint-Cloud. 9 bruliiaiie .-in' XII (l-» noveitibre 1K()3) « Ecrire ji Drnko oti h Londres comme ragent le jngerail. L-i condition seruii d'avoir 100. OiO livres à Paris ou de conn;iître les banquiers qui doivent payer c' cnlin les agen's du parti Myaiisie el les maisons où

l'on pourrait se réfugier pour gagner les pays élrangcrs » oi Ibidem,

'l'il. Noie annexée à la pièce précédente.

(2) H. Wi:lschinqi:u. Op. cit., 179.

(3) AuL.\ni). Paris sous le Consulat, IV. 703.

était, que le 1^1 mars le Premier Consul prescrivait au Ministre de la guerre de faire tenir des Instructions nouvelles à Caulaincourt, son aide de camp et de lui ordonner de se rendre à Strasbourg : « Il y prendra des renseignements près du Préfet et du citoyen Mehée pour faire arrêter les agents du gouvernement anglais, notamment la baronne de Reich, si elle n'est pas déjà arrêtée (1). »

Ad pièce CXXXVl.

Frédéric-Guillaume III au marquis de Lucchesini.

Berlin, 9 janvier 1801.

« Avant de passer au contenu de votre dépêche, je vais vous communiquer ce que j'ai 4326 et ce qui s'est récemment passé sur les affaires entre la Cour de Londres et les Puissances du Nord. Vous connaissez déjà en substance la réponse de lord Grenvillo au comte Rostoplchine, dans laquelle loin de faire la première avance pour un rapprochement, TAngleterre insiste sur la levée de l'embargo comme 1670 essentiel au rétablissement des missions respectives et de toute discussion ultérieure.

« Le secrétaire d'Etat a écrit à la vérité une nouvelle lettre au Ministre russe, laquelle a passé par les mains de lord Carysfort et dont celui-ci prétend ignorer le contenu, mais 3830 qu'elle ne se rapporte qu'au sort des matelots anglais détenus en Russie. Quant au fond du différend, l'Angleterre affecte de confondre l'alïaire de l'embargo avec celle de la neutralité maritime, dont la négociation paraît lui causer un extrême chagrin. Elle vient défaire au Danemark une déclaration hautaine et menaçante. Elle lui reproche d'avoir manqué à sa parole et désigne les arrangements pour la neutralité maritime sous le nom de Convention injurieuse à la dignité du Gouvernement anglais et contraire aux traités de 1336, 4881 expression qui se trouve également dans la réponse du Ministre anglais au comte Rostoplchine. Il n'y a pas de doute qu'une déclaration semblable a été faite à la Suède, puisque je viens d'apprendre que le roi d'Angleterre refuse toute discussion sur les vaisseaux amenés dans ses ports avant d'avoir reçu une réponse satisfaisante sur l'objet en question.

(1) Con'i'-^pondance. IX, 7613. Ordre. Le Ministre de la Guerre au citoyen Caulaincourt, I*aris, 21 ventôse an .XII (12 mai 180i), Cf. H. Wkls- CHiNGER. Op. cit., 381.

« Le Ministre d'Angleterre vient de s'acquitter ici d'une ouverture verbale plus 4842 à la vérité, mais toujours de nature à donner beaucoup à penser sur les projets de sa Cour. Après avoir déclaré que le Roi, son maître, ne pouvait rester plus longtemps dans l'incertitude sur quelques-uns des objets d'intérêt les plus précieux pour son Empire, il a demandé si la Prusse était efl'ectivement entrée, soit par déclaration, soit par traité, dans la ligue du Nord, ou si elle voulait continuer avec l'Angleterre les anciens rapports d'amitié et de bonne intelligence. Il a témoigné que Sa Majesté britannique était déterminée à soutenir à tout risque les droits de son Empire et le système des lois maritimes, tel qu'il avait été reconnu par les tribunaux de l'Europe avant l'époque de 1780 ; qu'il était persuadé que je n'approuverai pas les démarches de la Russie et était fort éloigné de confondre mes dispositions avec celles dans lesquelles pouvaient se trouver la Suède et le Danemark.

« Dans la réponse également verbale qui vient d'être faite à lord Carysfort, on lui a fait sentir, d'abord la nécessité de distinguer le différend particulier de l'Angleterre avec la Cour de Saint- Pétersbourg de ce qui pourrait avoir trait à l'établissement des principes commerciaux conformes à la justice et à l'équité. On a manifesté surtout une extrême surprise de ma sensibilité de me voir interpellé d'une manière si présomptueuse sur mes relations politiques, en ajoutant que mes ordres exprès défendaient à mon Ministre de s'expliquer en aucune manière sur cette demande si inattendue. Il faudra voir si le Ministre anglais n'y reviendra pas par écrit... Dans tous les cas, il est fort à désirer qu'elle puisse s'accommoder et ne pas nous conduire à des extrémités qui dans les circonstances présentes seraient plus que jamais à déplorer. En attendant, IWngleterre poursuit très sérieusement ses projets sur l'Egypte (1) ».

Ad pièce CXXXVII.

DUTHEIL (Notice biographique)

DuTïïEiL (Louis-Jean Daniel) ancien Secrétaire de l'Intendance de Paris, Commissaire des guerres des Gardes d'Artois avec le rang de Colonel, ce qui lui procura un mariage avantageux avec

'1) Prusse, volume 228, n° 1, chiffre nouveau, f tlO-'U.

SrT.AMFORD 46

M"^ Banville Sainte-Anne. L'Intendance étant supprimée par la Révolution, Dutheil continua son travail à la Mairie sous Bailly. Ed 1792, il se rendit à Coblentz avec la fortune de sa femme, qu'il plaça à Francfort.

L'armée des Princes s'organisait. Il se présenta aux Commissaires des guerres qui le rejetèrent, tant à cause de son travail à la Mairie que parce qu'il était venu trop tard. Mais le comte d'Artois lui laissa reprendre son service de Commissaire des guerres de sa Garde. En cette qualité, il fit la campagne de 4792. Au licenciement de l'armée à Liège, les princes étant assaillis d'une foule de créanciers-fournisseurs, Dutlieil fut chargé de la liquidation par la protection de d'Avaray. Il commença par tirer parti de faux assignats qui se trouvaient dans les papiers de l'Administration de l'Armée. Il s'arrangea avec Eteville pour les vendre en Hollande. De Hamme, où il avait ébauché son travail^ il passa à Londres sous le prétexte de le continuer avec plus de sûreté. Il y monta des bureaux auprès du duc d'Harcourt, attira à lui une partie des affaires de cet envoyé vieux et impotent et se fit présenter au Ministère anglais. Goûté de MM. Windham et Woodfort et initié dans les afïaires politiques, diplomatiques et administratives des Princes, il commença à entrer dans celles des Chouans et établit ses correspondances en France. L'arrivée du comte d'Artois en Angleterre avec l'évèque d'Arras remit quelques instants Dutheil dans une position secondaire. Mais ses formes et ses principes ayant convenu à l'évèque, il reprit le travail direct et la correspondance avec les Chouans et ses agents à Paris par Boulogne, le Tréport et les îles de Sainl-Marcouf. En 1799, l'expédition russe, qui devait amener le comte d'Artois en Normandie, ayant été dirigée en Hollande, Dutheil et l'évèque d'Arras (i) rallumèrent la guerre des Chouans, qu'ils continuaient avec une agence à Paris, dont le chevalier de Coigny et Hyde de Neuville étaient les chefs.

L'arrivée du Premier Consul au pouvoir fit ajouter à leur plan l'idée de traiter avec lui et sur son refus, de s'assurer de sa personne. Ils tentèrent l'année suivante d'exécuter ce dernier moyen (3 nivôse).

Dutheil cessa d'être en nom l'intermédiaire du Prince avec le Ministère anglais. En 1801 (2), à la demande de notre ambas-

(1) M»» de Goiïzié (Marre-Hilaire) (1732-1805). « prélat prolixe et hautain qui, dit 1& iruc de Lbvis dans ses Souvenirs ei Portraits, ne fit qne du mal à son parti. »

(2) « J'ai vu lord Hawkesbury, écrivait Otto à Tallegrand, le 20 gernainal an IX (10 avril 1801), pour lui demander conformément à vos ordres l'extradition ou du moîns le renvoi en Amérique de Dutheil...

sadeur, Butler lui succéda ostensiblement jusqu'en janvier 1803 que M. d'Escars fut patenté de Varsovie, le comte de Lille, ayant ôlé à son frère Je choix des agents. Le comte d'Artois engagea même alors Dutheil d'aller à la campagne pour ôter tout ombrage et tout prétexte. Butler resta chargé seulement des affaires personnelles du Prince jusqu'à la nouvelle administration de Pitt, Alors Dutheil reparaît dans les bureaux, en apparence pour les mêmes objets personnels, mais en réalité pour des relations confidentielles Il se maintient dans cette situation (1807). Il a toujours sur le Continent quelques correspondances, dont profitent les Ministres, mais qui ne sont regardées par les amis du Prince que comme des tripotages.

Dutheil a le grade de Maréchal de camp. 11 passe pour être fort riche, ayant fait des spéculations sur les fonds secrets qu'il envoyait en France et mêlé la contrebande avec sa correspondance. Il a souvent été dénoncé. On l'a même accusé d'être vendu au Gouvernement français. Il est très mal vu de la plupart des émigrés, notamment de tous les agents du comte de Lille et de la mai son de Condé. Mais il est bien auprès du comte d'Artois, avec les bureaux anglais et avec les femmes, qu'il a toujours eu soin de favoriser et d'obliger (1). »

La correspondance du duc d'Enghien publiée par le comte Bou- LÀY DE LA Meurtre contient sur Dutheil quelques détails intéressants* qui confirment et complètent les données qu'on vient de lire, les renseignements qu'on soumet à Louis XVIII en 1810. C'est d'abord une Note de lord Hawkesbury à l'évêque d'Arras, en date du 18 avril 1801, l'informant que « le Gouvernement français ayant désigné par une Note officielle M. Dutheil comme ordonnateur de l'attentat commis à Paris le 24 décembre de l'année passée, le Gouvernement de Sa Majesté se trouve dans la) nécessité de décliner toute communication avec M. Dutheil, jusqu'à.ce que les soupçons formés à son égard soient éclaircis et^le prie de faire part à Monsieur du contenu de ce billet (2). »

Je ne puis vous rendre l'extrême agitation de ce ministre en relisant votre Note « Je n'ai jamais vu Dutheil, m'a-t-il dit.. Quand on fait une insinuation aussi grave, on doit l'accompagner de quelques pièces probantes. Vous en a-t-on envoyé ? »... Je lui ai dit que non, mais qu'à l'égard de Dutheil, il se trouvait dans sa correspondance interceptée des expressions tendant à faire croire que cet émigré était autorisé à tramer en France les plus horribles complots, que le Gouvernement anglais y était désigné sous le nom de la Bourse » {Angleterre, volume 594, n' 43, f" 3C8-309).

(1) Fonds Bourbon, 620/267. Supplément 14. Statistique des agents. Registre remis à Sa Majesté le l'" septembre 1810).

(2) BouLAYDK L.\ Mkubtiie. Correspondance du duc d'Engliien, I, 174.

Sans renoncer pour cela aux services de Dutheil, le comte d'Artois, comme on l'a marqué plus haut, se vit obligé de le remplacer dans ses rapports avec le Gouvernement anglais et à partir du 11 mai 1801 employa à cet effet le comte de Butler. « Dutheil, écrivait Olto à Talleyrand, le 28 prairial (17 juin 1801 j, n'est plus regardé ici comme le ministre du Prétendant. Il a été remplacé par un nommé Butler, mais il dirige toujours les grandes opérations de la clique »

Le 26 janvier 1802, dans une lettre adressée de Londres à M. de Thauvenay, on confirmait les renseignements donnés par Otto sept mois auparavant. On y disait en effet en parlant du bureau des affaires de Louis XVIII : « Quoique ce soit M. de Butler qui y soit la personne de parade, c'est toujours M. Dutheil qui en est 1 àme. »

Quelques jours plus tard, le 12 messidor an IX (l^"^ juillet 1802) Talleyrand remettait à Andréossy ses instructions et lui prescrivait de réclamer : « 4" enfin et comme chose capitale l'expulsion immédiate de l'évêque d'Arras, de Dutheil »

Moins d'un an plus tard, il est encore question de lui dans un rapport secret de la Préfecture de Police de Paris le 17 mai 1803. « C'est à Edimbourg où est la Cour des ci-devant Princes que se tient le Conseil composé du comte d Artois, du duc de Sérent, de l'évêque d'Arras, du baron de Roll et de Dutheil, qui s'y rend fréquemment. Celui-ci rapporte les ordres à Londres et travaille avec M. de la Chaussée, ancien officier d'artillerie. Dutheil a h la tète de son bureau un nommé Butler, irlandais, anciennement au service de la France. Il est chargé de la correspondance pour Edimbourg. On n'a pas en lui une extrême confiance. Il est même assez mal avec Dutheil qu'il cherche à supplanter il) ».

On trouve encore dans la correspondance de Poix (Archives Nationales) la note suivante sur Dutheil (en date de Londres vers 1809) : M. Dutheil accrédité auprès du Gouvernement britannique par S. M. Très Chrétienne, alors Régent du royaume, avait établi en 1794 une correspondance Correspondance d'Abbeville) pour établir entre M. le Régent et les royalistes de l'intérieur de la France des rapports aussi nécessaires qu'utiles. C'était à lui en conséquence qu'était adressée cette correspondance, dont il communiquait aux ministres de la Grande-Bretagne, conformément aux instructions de Sa Majesté Très Chrétienne, tout ce qui pou-

(i) BouLAY DE LA Meurthe. Correspondance du duc d'Enghien, I, 311, 312.

vait intéresser le gouvernement de Sa Majesté britannique. En 1803, lors du renouvellement des hostilités, le Ministère britannique, qui avait été souvent à portée de connaître l'utilité de celte correspondance, dont les circonstances avaient forcé de diminuer l'étendue, témoigna le désir qu'elle lût relevée comme elle avait subsisté dans la guerre précédente.

Mais alors M. Datheil, qui s'était retiré des afïaires politiques, ne se trouvant plus dans le cas de communiquer officiellement avec le Ministère britannique, proposa à S. A. R. Monsieur de permettre, que M. Lemoine (1) fut indiqué à M. Hammond pour recevoir cette

correspondance et la transmettre au Ministère britannique

M. Dutheil ignorait à cette époque que M. Lemoine ne devait qu'à des indiscrétions multipliées les persécutions, auxquelles il avait été en butte et qui depuis ont été une des causes de la perte de la correspondance. ... »

(BouLAY DE LA Meurthe. Correspondance du duc d'Enghien, I, 359-360).

On lit enfin, dans un rapport de Don Bouchet à Talleyrand, de Paris fin 1804 (Archives des Affaires Etrangères) cité par Boulay DE LA Meurtue {Ibidem, II, '280) les lignes suivantes relatives à Dutheil « .. .. Je ne puis parler de Dutheil qu'en répétant le dire public. Ainsi que le baron de RoU et l'évêque d'Arras, il est entièrement disgrdcié à Varsovie »

Ad pièce CXLV.

WICKHAM (Notice biographique)

WiCKHAM (William) (1761-1840; se lia à Oxford avec Charles Abbot, le futur lord Colchester et plus intimement encore avec celui qui devint quelques années plus tard lord Grenville et alla de 1782 à 1786 compléter ses connaissances juridiques à l'Université de Genève, où il se consacra plus particulièrement à l étude du droit civil. En 1793, Grenville, devenu Secrétaire aux Affaires Etrangères, le chargea de missions secrètes à l'étranger et ses rapports, qu'il voulait tenir soigneusement cachés au Département, lui parvinrent par le canal de lord Rosslyn. En octobre 1794, Wickham est, toujours h Tinsu du l'oreign Office, envoyé en mission iiltra- confidentielle en Suisse et ce fut seulemeut au bout

(1") L"abljé Raîel, dit Lemoine.

726 LE GÉNÉRAL DE STAMFOIiD

de quelques mois que le secret fut éventé. L'événement fît grand bruit. Lord Robert Fitzgerald (alors Ministre de la Grande-Bretagne en Suisse) fut rappelé et Wickham chargé de gérer les affaires pendant son absence.

Lorsque en juillet 1795, Fitzgerald fut appelé au poste de Ministre à Copenhague, Wickham fut nommé Ministre auprès des Cantons Suisses. Sa correspondance très suivie et très nourrie, abonde en renseignements très curieux, surtout en ce qui a trait à l'état des esprits en Provence et aux mouvements royalistes en Vendée. Il était eu réalité le chef et la tète de l'espionnage de son Gouvernement sur le Continent et il rendit alors de si grands services, déploya une si remarquable activité qu'en 1797 le Directoire demanda son expulsion en se basant sur le fait que, loin d'être un agent diplomatique, il était, à vrai dire, le fauteur des insurrections (Cf. Mallet du Pan Correspondance avec la Cour de Vienne, II, 355). Invité officieusement à épargner au Gouvernement helvétique les désagréments qu'allait lui causer sa présence, il crut sage de quitter la Suisse en novembre 1797 et se rendit à Francfort. Rentré en Angleterre en janvier 1798, il ne tarda pas à être nommé Sous Secrétaire d'Etat h l'Intérieur, correspondit activement avec Castlereagh pendant l'insurrection de rirlande, servit en outre de Secrétaire particulier au duc de Portland et tout en conservant son poste de Sous Secrétaire d'Etat, retourna en 1799 en Suisse, y rejoignit les armées austro-russes et faillit tomber entre les mains des Français lors de la bataille de Zurich. Employé sur le Continent, i Vienne et h Munich jusqu'en 1802, il fut alors sur la demande d'Abbot nommé Chief Secretary pour rjrlande, puis peu de temps après. Membre du Conseil Privé avant d'entrer au Parlement pour Haytesbury. En 1804, il se démit de ses fonctions. Il avait été en 1802 et 1803 question de lui pour les postes de Berlin ou de Vienne. Mais aucune de ces Cours n'osa donner son agrément à sa nomination à cause des objections qu'on prévoyait de la part de la France qui n'avait rien oublié de son action en Suisse, en Bavière et en Autriche. La vie publique de Wickham si l'on en excepte la période de février 1806 à mars 1807 où il fît partie du Treasury Board sous lord Grenville et oij il remplit en Allemagne quelques missions relatives aux subsides, piit fin à cette époque.

Pourvu d'une pension de retraite de 1800 livres, il se retira ^ la campagne en 1807 {Dictionary of English Biography).

« Wickham, l'envoyé anglais qui distribue des fonds sur le Continent aux agents royalistes, semble n'avoir jamais souhaité de

bonne toi la restauration de la monarchie et néanmoins il a poussé jusqu'aux dernières limites la crédulité dans leurs promesses... » (FoKNERON. Histoire générale des Emigrés, II. 105).

« Pitt envoya en Suisse, en octobre 1794, un de ses meilleurs agents, Wickham, ami de collège de lord Grenville, nous dit SoREL L'Europe et la Révolution Française IV. 209-210. C'était un homme d'action, de ressources et d'intrigues. Il aimait les complots, il en aimait les moyens, — l'espionnage le passionnait. C'était un conspirateur autant et plus qu'un diplomate zélé, d'ailleurs, d'un zèle tout personnel pour sa mission, un Anglais dans ses desseins, émigré de tempérament et portant dans la cause des Bourbons la passion d'un Jacobite travaillant à la restauration des

Sluarts Wickham emportait des pouvoirs très étendus et des

crédits presque illimités pour agir à l'intérieur de la France. Il

était homme à user amplement des uns et des autres Wickham

avec ses bons de caisse allait faire de sa Légation la terre promise

des brouillons Il paya tous les agents qui s'offrirent à lui et

crut tous les agents qu'il payait. C'était sa grande faiblesse. Comme tous les agitateurs politiques, il était dupe de la corruption qu'il nourrissait Persévérant, d'ailleurs plein d'expédients et de ressort, invulnérable aux déceptions, inépuisable en espérances. » Et un peu plus loin (pages 411-412) Sorel reprend: « Wickham continuait (on est alors en 1795) de faire la joie et la fortune de tous les entremetteurs politiques de Suisse et de Paris. Il acceptait sans contrôle tous les marchés ; il payait à caisse ouverte tous les billets. Il n'était pas un républicain de marque, y compris les Membres du Comité, qu'il ne crût avoir acheté deux ou trois fois et pour lequel il n'eût payé largement commission. Il fut bien forcé de reconnaître au bout de peu de temps que ces prétendus gagistes ne faisaient jamais, à l'échéance, honneur à leurs engagements. Alors il se retourna vers le prince de Condé et faute de pouvoir provoquer un soulèvement dans l'Est, il chercha, d'accord avec ce Prince, à combiner la défection d une des armées républicaines. « Les correspondants d^s émigrés leur signalaient l'évolution jjui s'accomplissait dans les armées françaises et le rôle qui se préparait aux Généraux dans la République. Wickham le crut d'autant plus aisément que l'événement était dans les habitudes du vieux monde et dans l'ordre des Révolutions. Mais, en quoi il se trompa, et nombre de ses contemporains avec lui, c'est quand il imagina qu'un général parvenu par la Révolution pourrait usurper la Révolution autrement qu'en absorbant et en magnifiant la Révolution dans sa personne. »

728 LE GÉNÉRAL DE STAMFOnD

Ad pièce CLVIII.

MARKOFF (Notice biographique)

« Le nouveau ministre de Russie désigné pour Paris, M, de Markofï est, à ce que me dit le général de Sprengporten, aussi ardent, aussi actif que M. de Kalitchefï était froid et lent, lit on dans une dépèche de Beurnonville à Talleyrand, de Berlin le 6 juin d801. C'est un homme à surveiller et qui pourrait être très dangereux. Le baron de Bonde (1), qui l'a connu à Stockholm m'en a parlé comme d'un homme, dont le feu roi de Suède se méfiait beaucoup (2) » .

« Markofï, homme d'esprit intrigant, un véritable roué, lit- on dans les Notes sur les Ministres qui composent le collège des Affaires Etrangères du Cabinet de Pétersbourg et sur le degré d'influence qu'ils possèdent^ n'aimait pas les Français et surtout la Révolution qu'il déteste et dont il ne parle qu'avec mépris C'est de tous les Ministres celui qui a le plus influencé les déterminations de rigueur que l'Impératrice a prises envers la France. On vante son intégrité. Cela veut dire qu'il est plus fin el qu'il serait cher. On ne saurait trop s'en méfier comme ami ou comme ennemi. Du reste peu aimé de tout ce qui est en place el haï et méprisé du Grand Duc.

On peut croire ce que j'en dis C'est de tous les Minisires celui que je connais le mieux. Je l'ai vu très souvent et ai eu des rela lions particulières dans sa maison (3). »

« M de Markofï, écrit à son tour Talleyrand {Mémoires 1. 279) avait débuté dans les affaires sous le règne de l'impératrice Catherine et avait été envoyé plus tard à Paris comme un des plus habiles hommes d'afïaires de liussie. Il me parut un homme d'humeur, sans instruction, mais spirituel. Son humeur portait alors sur son propre gouvernement, ce qui est fort commode pour le Ministre des Affaires Etrangères d'un aut e pays. Tant que l'Empereur Paul vécut, les communications d affaires étaient faciles et même agréables, mais à l'avènement d'Alexandre, Markofï devint arrogant el insupportable. C'est avec lui que je traitai la grande affaire des sécularisations en'Allcmagne. »

(]■) Premier gentilliomiue de la ciiaïubre du rui de Suède.

(•2) Prusse, volume 329. n° 76, cliiffrée.

(.3) liussie, \o\ume 3i. Mémoires et Vocuments, f" 35. Russie an 11(171)4).

AIM'KNDK.K 729

« Il n'y a peut-être pas de Cour aussi pauvre en hommes habiles que celle de Russie, écrivait de Valençay, le 15 août i805, Talleyrand à Ghampagny, M. de Markoff est un aigle (1) »

Czirtoryski n'est guère plus indulgent que Talleyrand dans les jugements qu'il porte à deux reprises, d'abord en 1804, puis un peu plus tard dans ses Mémoires sur Markoff:

« Le comte Markoff avait été envoyé ;\ Paris. C'était aux yeux des Russes l'homme habile par excellence, le prototype et en quelque sorte le dernier souvenir vivant de l'ancienne diplomatie de Catherine. Disgracié sous le règne de Paul, il avait été relégué en Podolie sur une terre confisquée à son père. Après l'avènement d'Alexandre, le comte Markoff était accouru à la Cour. Il y fît peur au comte Panin, ministre des Affaires Etrangères. Ce dernier comprit qu'il pouvait être dangereux pour lui d'avoir à ses côtés dans l'inactivité un homme de l'intelligence du comte Markoff, sur lequel l'Empereur pouvait d'un moment à l'autre fixer son choix et sa faveur. Il songea à l'éloigner. Rien ne pou* vait être alors plus important que de renouer les bonnes relations interrompues avec la France II fallait donc envoyer auprès du Premier Consul un ambassadeur capable de contrôler sa politique, de la contenir et de soutenir la dignité de la Russie. Cette mission importante fut confiée avec empressement au comte Markoff, qui fut très heureux de s'en charger. Il avait deviné le peu d'attrait qu'il inspirait à Alexandre et compris que son ambition ne pouvait être satisfaite à Pétersbourg. Par contre, il lui plaisait de revoir Paris après sa métamorphose et d'y jouer une rôle marquant auprès de Bonaparte et d'autres personnages déjà célèbres.

Le comte Markoff n'avait pas toujours justifié la réputation d'habileté qui lui est faite. Sa légèreté fut la cause du malentendu incroyable qui fit manquer le mariage du roi de Suède avec l'aînée des Grandes Duchesses et qui hâta la mort de Catherine. Malgré son aversion pour le Premier Consul et ses Ministres, le comte Markoff ne put empêcher le démembrement que subit l'Allemagne pour indemniser les princes qui avaient perdu une partie de leurs domaines et pour favoriser l'avidité de la Prusse. Ce travail fut envoyé tout rendu à l'Empereur pour recevoir son approuvé. 11 était trop tard pour y rien changer. 'Voilà ce qu'il eût fallu prévoir, empêcher »

« Le comte Markoff, ancienne créature des Zouboff était une

incarnation de la raison d'Eial, de la diplomatie sans justice, ni

(1) Vienne, volume 377, folio 2)7.

pitié. Le comte était grand dépensier et très dur en affaires d'argent. 11 aimait les cadeaux, mais n'en recevait que lorsqu'il était sûr que son orgueil n'en souffrirait pas. On doit reconnaître que le choix du comte Markoff n'était pas de nature à cimenter la

la bonne harmonie entre les deux Gouvernements Son visage,

lacéré par la petite vérole, exprimait constamment l'ironie et le dédain ; ses grands yeux ronds et sa bouche, dont les coins étaient abaissés, tenaient du tigre. Il avait adopté le langage et les grands airs de l'ancienne Cour de Versailles en y ajoutant beaucoup de hauteur (1). Il n'y avait dans ses manières que peu de politesse et aucune aménité. Il s'exprimait parfaitement en français; mais sa parole était en général acerbe, tranchante et désagréable. Ce fut donc ce diplomate-là, la perle de ses diplomates que la Russie envoya à Bonaparte en témoignage du désir qu'elle avait de rester en bonne amitié avec lui. Il fut d'abord reçu avec beaucoup d'empressement et satisfit le Premier Consul par la manière dont il laissa s'engager la négociation des indemnités et terminer h Paris le partage de l'Allemagne. Au bout de quelque temps néanmoins, les formes dédaigneuses et les sarcasmes, que se permettait volontiers le comte Markoff dans les salons, lui attirèrent de la part du Premier Consul d'abord de la froideur, puis de véritables scènes (2). Autant le comte Markoff possédait tout ce qu'il fallait pour soutenir, aux dépens même d'une rupture éclatante, la dignité et le crédit de son gouvernement, autant il était peu fait pour se concilier les esprits

et rétablir la bonne harmonie

« J'ai, ajoute un peu plus loin le prince Adam Czartoryski, lors du changement qui le plaça à la tête du Département, déjà parlé du comte Markoff qui, ayant appris la retraite du chancelier Woronzow, n'en fut probablement que plus décidé à quitter la carrière (3). Nommé membre du Conseil, il alla se reposer sur

(1) Le comte Markoff, dit de lui le Gka.nd-Dug Nicolas Mikiiaïlovitch (Le comte Paul Stroganow. Inlvoduction, XL), s'était fait remarquer par une politesse rafïinée et des manières qui sentaient l'ancienne Cour, on l'appelait le Marquis russe.

(2) Le Premier Consul demanda et obtint le rappel de Markoff (juillet, août i.S03).

(3) A propos de Woronzow voici ce qu'écrivait Talleyrand dans sa dépêche du 15 août 1805. « Les Woronzow sont bien connus pour être anglais. Celui qui s'est établi à Londres y a placé des fonds considérables, y a acheté de grands biens, a ouvertement annoncé qu'il voulait y finir sa vie. Les Woronzow ne sont plus Russes et depuis longtemps cette faction britanni(}ue avait cherché à vendre au Cabinet de Londres les intérêts nationaux de la Russie »

APPEXDICK 731

ses lauriers diplomatiques et se rendit dans la terre située en Podolie, qu'il avait reçue de Catherine. Là il se borna à donner issue à son fiel en traînant ses voisins dans d'interminables procès.

Je me fis un devoir, tantqu'il resta à Pétersbourg, de le consulter sur les affaires courantes. Il daigna ne pas me refuser ses avis donnés toujours d'un air de supériorité froide et dédaigneuse et partit, je crois, avec la conviction du désarroi dans lequel allaient tomber les affaires de la Russie à la manière dont elles étaient conduites.

Il ne cachait pas toujours ses impatiences et faisait voir le peu de cas qu'il faisait de la personne d'Alexandre, ce qui ne l'empêchait pas de se prosterner devant un mot du maître... Je crois que M. de Markoff mourut avant la campagne de 1812 (1). •>

« Chez M™^ LwofF (née comtesse Boulourlin), écrivait lady Bessborough ci lord Grenville Leveson Gower. de Paris le 6 janvier 1803 (2), mon amour-propre national a failli m'amener à me prendre de bec avec Markoft, l'ambassadeur de Russie. 11 était assis h côté de moi et ne cessait de répéter : « Les Anglais, les Anglaises. » — Je trouvai cela assez impertinent et le regardai quelque peu surprise. Il me dit : « Madame, votre Ambassadrice ne vous ressemble pas. »

Il dit alors que lord Whilworth et la Duchesse (3) étaient arrivés une demi-heure en relard k dîner chez le Premier Consul. » — Il reprit : « Point du tout. Je n'ai vu de ma vie plus de sangfroid, ni plus d'assurance. » Je sursautai à ce mot : Il dit « Oui, d'assurance, pour ne rien dire de plus. Elle s'est placée de la manière la plus extraordinaire. Certainement, sans le moindre embarras, auprès du Premier Consul. » — Bien que trouvant la chose absurde, je me sentis offensée en ma qualité d'Anglaise et répondis fort sèchement : « Assurément, elle savait que la première place était réservée pour elle. » — Il s'écria : « Voilà, voilà la fierté anglaise, même dans les plus douces. Milady, on la souffre de votre part, mais de votre nation — non, il faut songer un peu que les autres en ont aussi. »

Lady Bessborough reconnaît du reste que Whitworth et la Duchesse se rendent de parti pris très impopulaires même vis-àvis de ses compatriotes. Elle ajoute : « C'est probablement par

(1) CZA.HTOJIYSKI, Mi-moires, 1, 35(3 ot suiv.

(2) Lord Ghenvillk Levkson Gower. Pnvale lelters, I, 302.

(3) Lady Whitworth, née duchesse de Dorset. Elle était parente de lord Hawkesbury.

ordre, mais, tant que nous aurons un Ambassadeur ici, il serait plus digne et plus convenable de lui recommander de se conformer à l'étiquette, ayant bonne tenue de maison, tout en étant ferme lorsqu'il s'agit de questions importantes. »

Ad note 3 de la pièce CLX.

Duc de Bruns^ck au citoyen Reinhard.

Brunswick, 3 juin 1803.

Monsieur,

Je crois ne pouvoir adresser mieux qu'à Votre Excellence une demande que les circonstances présentes rendent très intéressante pour ce pays-ci.

Ma confiance dans la loyauté du Premier Consul et dans ses sentiments pacifiques envers l'Empire germanique, manifestés en dernier lieu par l'organe de son Ministre à Ratisbonne, ne me permet de concevoir aucune inquiétude sur l'approche des troupes de la République Française et me laisse la certitude que ce paysci continuera de jouir du bénéfice d'une parfaite neutralité, tant en qualité d'Etat de l'Empire que sous la protection de Sa Majesté Prussienne,

Cependant, Monsieur, l'extrême voisinage et le mélange du territoire de l'Electoral de Hanovre pouvant donner lieu à quelques difficultés, j'ai recours à Votre Excellence pour qu'EUe veuille bien interposer ses bons offices auprès des généraux de l'armée française, afin qu'ils donnent les ordres nécessaires, pour que le territoire ainsi que tous les habitants de ce pays ne soient pas exposés.

J'aurai soin que la ligne en soit exactement marquée par des poteaux portant les mots : « Territoire neutre appartenant au duc de Brunswick » et j'ai donné des ordres très précis dans les lieux voisins des frontières pour que les habitants observent, non seulement la neutralité la plus stricte dans leur conduite, mais encore les procédés dus aux troupes d'une Puissance amie et protectrice des Etats de l'Empire germanique.

J'ose me flatter que Votre Excellence ne se refusera pas à ma

demande et qu'elle y verra ane preuve de ma confiance dans les sentiments dont Elle a bien voulu me faire parvenir l'assurance.

Je suis avec une considération très distinguée

de Votre Excellence

le très humble et très obéissant Serviteur,

Charles duc de Brunswick.

{Hambourg, volume 54, P 126).

Ad pièce CLXXXVI.

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