‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 2 sur 171 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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PRÉ FA rE

\'ll<: DU GÉNÉRAL DE StAMKORD

Qui est le général de Stamford ? D'où vient- il ? Qu'a-t-il fait ? Quel Gouvernement a-t-il servi ? Où a-t-il passé sa vie?

Voici ce qu'on ne manquera pas de se demander, rien ([u'en jetant les yeux sur le titre de ce livre. — J'ai en effet tout lieu de penser que le nom du général de Stamford n'est guère connu... et, en tous cas, rien que fort approximativement, par ceux-là seuls de mes lecteurs qui auront consulté certaines publications anglaises, telles que, par exemple, les Dropmore Papers.

Quelque étrange que cela puisse paraître, puisqu'il s'agit ici d'un personnage qui a été pendant tant d'années si intimement mêlé aux principaux événements de cette mémorable époque, aucun de nos grands historiens de la Révolution et de l'Empire n'a fait mention de Stamford. Il n'est question de lui ni dans la Correspondance de Napoléon P\ ni dans l'Europe et la RécohUion française d'Ali$ERT SoREL, ni dans l Avènement de Bonaparte de Vandal. 11 n'est cité dans aucun des nombreux Mémoires de ce temps et Madelin lui-même, dans son magistral travail sur Fouché, n'a pu s'occuper d'un personnage, dont le nom n'apparaît dans aucun des rapports du fameux Ministre de la Police générale.

Seuls, quelques-uns de nos représentants à l'étranger,

8 LE g^;néhal i»e stamford

comme on pourra le constater plus loin, ont été amenés à plusieurs reprises à rendre compte dans leurs dépêches à Talleyrand, du rôle joué par Stamford, de la nature des missions dont il est chargé.

Parmi les historiens allemands on doit à Bailleu, entre autres, la publication, dans son livre : Preussenund Frankreich von 1795 bis 1807^ de deux intéressantes dépêches du prince de Renss à ïhugut, dans lesquelles le Ministre de l'Empereur à Berlin appelle l'attention sur l'activité et les talents de Stamford. D'autre part, le géiséral DE Bas, le savant et aimable directeur des Archives de la Guerre de la Haye, insiste plus d'une fois dans son beau livre : Prïnz Fredenk der Nederlanden en sei/n iïjd, sur la part considérable prise par Stamford aux événements dont il écrit l'histoire.

La Biographie universelle de Michaud consacre seule au Général quelques lignes tirées de VAllgemeine Deiitscfte Biographie et du Biographisckes Woordenhok der Neerlanden de van der A a ; mai*; pas plus que VEnglish General Biography^ la Grande Encyclopédie ei le Dictionnaire de Larousse n'ont jugé à propos d'ouvrir leurs colonnes à un homme qui a cependant été l'un des artisans les plus actifs de la Coalition. Enfin, c'est uniquement grâce au concours de mon incomparable ami Hubert Hall, le savant et aimable Directeur du Public Becord Office, ainsi qu'''a la bienveillance du général de Bas, que je me trouve aujourd'hui en mesure de combler quelques lacunes et ^\}:^ j'ai eu la bonne fortune d'avoir communication de quelques pièces relatives à la carrière militaire de Stamford.

'On ne s'intéresse guère en général aux faits «t gestes de personnages qu'on connaît à peine, aussi m'a-t-il paru iffdispensable de faire précéder la correspondance qu'on va lire d'une notice que je me suis efforcé de faire aussi complète et détaillée que pfossible.

l'Iil FACK

Obligé en quelque sorte par la nature même du sujet de demeurer plus que jamais fidèle à la méthode que j'ai suivie dans mes précédentes publications, j'ai d'autre part cru bien faire en venant cette fois encore en aide à la mémoire de mes lecteurs, en leur épargnant des recherches souvent malaisées et pénibles, grâce à l'adjonction d'un certain nombre de pièces ou au renvoi à l'Appendice (à cause de leurs dimensions) des notes destinées à les éclairer sur des noms inconnus ou tombés dans l'oubli. En raison de la multij)licité et du degré de gravité des événements auxquels Stamford s'est trouvé mêlé, des opinions qu'il émet ou qui ont été émises par ses correspondants ou ses interlocuteurs, des projets qu'on le charge d'établir ou dont il a pris l'initiative, des jugements qu'il porte sur les princes et les hommes d'Etat avec lesquels il entretient des rapports plus ou moins suivis, j'ai également cru devoir essayer de remettre les choses au point, de procéder à maintes reprises à un exposé des questions les plus importantes, des faits les plus essentiels dont Stamford parle dans sa correspondance. Je n'ai même pas craint d'aller plus loin et de joindre parfois aux notices biographiques des personnages qu'il met en scène les portraits que tracent, les appréciations que formulent sur leur caractère et leur rôle, d'une part leurs contemporains les plus autorisés et les plus en vue, de l'autre, les historiens qui leur ont consacré des études approfondies et soigneusement documentées.

Mais avant d'aller plus loin, d'aborder la biographie même de Stamford, je voudrais appeler tout particuhèrement l'attention sur un point essentiel à mon avis.

Tout en étant un agent, et un agent des plus actifs de la Coalition, Stamford n'a rien de commun dans sa manière de faire et d'agir avec la plupart des agents royalistes. Seules ses convictions, son attachement, son dévouement l'ont poussé à se vouer corps et ame au ser-

jO \.K GÉNKHAL DE STAMFORD

vice de la Maison d'Orange et, à cause d'elle, à celui de la Coalition.

Il est d'une autre trempe, d'un autre tempérament que les d'Antraigues, les Vernègues, les Fauche-Borel, les la Maisonfort, les Dutheil, les Mallet du Pan, que la plupart des émigrés qui forment le Conseil, le Cabinet du Roy et que Mallet du Pan appelle si justement et si spirituellement des Marat à cocarde blanche.

Jl comprend son rôle, sa mission autrement que les agents anglais, tels que Drake, par exemple, qui ne se plaît que dans l'intrigue, qui ne fait qu'ourdir des complots et recruter des gens de toute espèce et qui sèment l'or à pleines mains.

Il n'est pas non plus comme Wickham, un diplomate doublé d'un conspirateur qui entraîne, grise et déroute presque toujours la diplomatie (1).

Quelle différence encore entre lui et un d'Armfeldt que M. L. PiNGAUD appelle avec raison « un intrigant, besogneux et sans scrupules » ou un Gentz qui ne faisait servir son talent et sa plume qu'à la satisfaction de ses passions, de son amour du jeu et de ses insatiables besoins.

Aussi, quel que soit le jugement qu'après avoir lu sa correspondance on sera amené à porter sur les opinions, sur le rôle, sur l'action de Stamford, on ne pourra s'empêcher de rendre justice à son caractère, à son désintéressement. Sa vie entière commande en effet le respect, parce que jamais à aucun moment d'une existence que les circonstances ont rendue si difficile, si pleine de tentations et d'embûches, il n'a transigé avec ses principes, ses convictions et sa conscience. Souvent déçu dans ses espérances, jamais découragé, toujours inaccessible à la . corruption, ce fidèle serviteur de ses souverains détrônés, cet infatigable artisan des Coalitions, cet ennemi irré-

(1) Albert Sorel, Préface de V Angleterre et l'Émigration française,

IT.ÉFACE 11

conciliable des idées et du système de la Révolution française a laissé, ses adversaires eux-mêmes ont dû le reconnaître, une réputation sans tache, parce qu'en réalité, il n'a jamais cessé de s inspirer de cette admirable devise du Taciturne, que chacun de nous ne saurait trop méditer : , « Point n'est besoin cïespérer pour entreprendre, ni de « réussir pour persévérer. »

Stamford (Henry-Guillaume de) (1710 ? — 16 mail807) descendait, s'il faut en croire ses biographes, de la famille anglaise de Stamford. Lorsqu'en 1046 1e roi Charles F"" se réfugia en Ecosse, deux membres de la famille Grey de Groby, Anchitel et Léonard, passèrent sur le Continent (1). Us étaient l'un le deuxième, l'autre le quatrième fds du baron Grey de Groby élevé en 1628 à la dignité de comte de Stamford. L'un de ces deux frères fut assassiné

(1) L'auteur de l'article consacré au général de Stamford par VAlUjemeinc Deutsche Bio(jraphie commet là une grave erreur qu'il lui aurait été cependant assez ficile d'évi'er. L'un des deux frères Grey de Groby n'a pu être a^^sassiné à Amsterdam pour la bonne '.'t simple raison qu'il n'y vint jamais, qu'il est mort et qu'il a été enterré en Angleterre.

Le premier comte de Siamford, Henry (irey de Groby, mort en 1673, eut quatre fils et cinq filles.

Son fils aîné, Thomas, mourut en Angleterre bien avani son père, en 1657 et son fils unique, Thomas ( 16.5 i 1720;, devini deuxième comte de Stamford. Il mourut sans laisser d'cnl'anls e' le litre de comte passa h son cousin Henry, petit-fils du premier comte e; (ils de son troisième fils, John, (A de sa seconde femme Catherine. Mile aînée de lord Edward Ward.

Anchitel, le deuxième fils du premi'jr comte, né au plus tôt en 16'24 (puisque son frère aîné Thomas naqui en 16"23;, mourut en 1702 et fut enterré à Risley. Il n'alla pas s'établir sur le Continent, puisqu'en 1664 il fut élu Membre du Parlemen pour Derby et pourvu du siège devenu vacant par le décès de Roger Alles;ry. Il n'eut qu'un fils Willoughby. mort célibataire en 1751 c: une fille Elis.ibeth, ([ui mourut en 17-21 et qui n'était pas mariée.

Le quatrième fils du comte de Str.mford. Léon-ird, sur lequel on ne trouve de renseignemen s ni dans ÏEnglish General Bioqraphy, ni dans Il Peerage de Collins, ni dans le Genealogical and lleraldical Dictionnary of the Peerage, etc., d.: Buukks, est donc le seul des membres de la famille Grey de Groby qui ait pu passer sur le Go.itineiit en 1646. Mais il res'e toujours à trouver, et la chose me parait impossible, celui de ses frères (jui aurait été assassiné à Amsterdam.

iV Amsterdam (?). C'est de Tautre que seraient issus et Henry Guillaume de Stamford, et les Stamford, qui se réfugièrent en Allemagne et qui y vivaient encore il y a une vingtaine d'années. C'est de cette branche que descendrait le lieutenant-colonel au service de l'Electeur Palatin, qui s'établit et mourut à Heidelberg. Un de ses tils entra également au service et ari'iva dans les contingents de Sarrebrtick et de Nassau, lui aussi, au grade de lieutenant-colonel. Son fds, Jean-Charles Frédéric fit ses études à Heidelberg et resta au service de la Hesse de 1758 à 1803. (^omme son cousin Henry-Guillaume, il appartenait à la quatrième génération de la branche de la famille de Stamford établie sur le continent et ces deux Stamford étaient par suite l'un le grand-oncle, l'autre le bisaïeul du major von Stamford qui vivait encore en 1893 à Cassel et entre les mains duquel se trouvaient les titres de noblesse de la famille.

Pour ce qui a trait plus particulièrement à Henry- Guillaume, il paraît que, loin de naître en Angleterre comme on l'avait prétendu, il vint au contraire au monde en France vers 1 740, si ce n'est à Bourges même, du moins dans les environs de cette ville. D'après la version enregistrée par l'auteur de la notice biographique et qui se fonde sur les dires des membres allemands de la famille Stamford, le père d'Henry-Guillaume aurait servi dans la marine française avant d'entrer au service de Deux-Ponts.

En raison même de l'obscurité qui règne sur le lieu où Henry-Guillaume vit le jour, on a été jusqu'à vouloir faire de lui un enfant trouvé, recueilli par l'officier de marine. Il paraît toutefois à peu près certain que sa mère, originaire duBrisgau, portait le nom, fort roturier, de Pirnhammer et que son mariage ne fut célébré que postérieurement à la naissance de son fils. Celui-ci passa sans aucun doute la plus grande partie de sa jeunesse en France, car le français resta, si ce n'est sa langue mater-

Pl'.KFACI-: i\i

nelle, à eoup sûr sa langue de prédilection, la seule môme dont il fit usage dans sa correspondance. A-t-il réellement débuté dans la carrière militaire en France, comme certains l'ont avancé? Rien ne permet de l'établir et tout porte môme à en douter.

11 est en revanche absolument positif que, protégé et guidé par le Conseiller prussien de Guerre et des Domaines Louis de Stamford, le jeune Henry-Guilluume entra dans la Légion britannique^ dans les rangs de laquelle il prit part à la guerre de Sept-Ans. Licencié lors de la cessation des hostilités en 1 762 avec le grade de lieutenant, il termina ses études à Brunswick et à ^^'Qlfenbuttel avant d'cdler suivre les cours de l'Université de Gœttingue.

Dès ce moment, il commença à se faire connaître par quelques poésies : Fin Mddchen holder Mienen. — Ic/f môc/de nlclit der Konig sein. — Nac/it und sidl i.sfs um mic/i lier. — Wenn die Nacht mil silsser Rulie et Au/ des Mondes sanftem Strahk. — Ce fut seulement en 1808, un an après sa mort, qu'un de ses intimes amis, le docteur Marcard, médecin des eaux de Pyrmont, publia à Hanovre les Poésies posthumes de Stamford qu'il fit précéder d'une notice biographique, qui est d'ailleurs loin de briller par l'exactitude.

Depuis le mois d'octobre 1772 jusqu'au 10 avril 1775, Stamford enseigna le français aux élèves du couvent d'Ilfeld (dans le Harz méridional) en même temps qu'il donnait une série de poésies à V Almanach des Muses de GôcKLiNG (à Gœttingne) et au recueil du même nom que faisait paraître Burger.

Quoique le chanoine Gleim, d'Halbeistadt, fut loin de partager et d'encourager les idées et les tendances Ubérales de ces deux publications, il n'hésita pourtant pas à recommander au prince héréditaire de Brunswick, Charles-Guillaume-Ferdinand, qui commandait le régiment prussien stationné à Ilalberstadt, le jeune professem'

14 LK GKNÉliAL DE STAMFORD

de français, dont les poésies avaient eu l'heur de lui plaire. Il insista même auprès de lui pour qu'il le fît venir et le*" chargeât de faire des conférences aux officiers subalternes de son régiment.

Stamford ne s'éternisa d'ailleurs pas à Halberstadt (1775). Appelé quelques mois plus tard à Potsdam par Frédéric II, placé par lui à la suite de l'Etat-Major, il fut déplus chargé par le grand roi de Prusse de développer les connaissances militaires de celui qui devait devenir plus tard Frédéric-Guillaume II.

Mais, quoiqu'il fut loin d'être mécontent du zèle et de l'enseignement du professeur qui n'était guère plus âgé que son royal élève, Frédéric II ne lui témoigna sa satisfaction que par de belles paroles. Dans ces conditions le séjour de Potsdam ne pouvait avoir beaucoup d'attraits pour Stamford qui s'empressa d'accepter en 1 785 l'olïre que, du reste sur la recommandation du Roi, le Stathouder lui fit tenir d'entrer à son service et de se charger de l'éducation militaire de ses deux fils. Environ à la même époque, il commença à Berlin, en collaboration avec le lieutenant de Massenbach,la publication de la Militdrische Monatschri/t. 11 y fit paraître alors une série d'ai*ticles qu'il remania, remit au point et développa quelques années plus tard pour en faire en 1794 le volume intitulé : « Essai cï instruction pour apprendre au cavalier en temps de paix le sei-vice en campagne par H. G. de Stamford, général-major et aidede-camp général des Provinces-Unies (1).

Frédéric II ne se doutait assurément pas que sa recommandation allait décider du sort et de la carrière d'un homme. Ces quelques mots du Roi devaient en effet suffire pour faire de l'officier de fortune qui cherchait sa

(1) Mnlgré le style un peu sec et la forme peu attrayante du travail, les principes posés par Stamford dan, ses articles et dnns son livre avaient, inêp.ie après les guerres de l'Empire, si peu perdu de leur valeur qu'ils furent repris par un officier prussien qui s'en inspira presque exclusivement lorsq"'':i publia un ouvrage sur le même si'j-^',

PHKFACK 15

voie lo soutien le plus utile, le plus fulèle elle plus dévoué de la Maison d'Orange.

Un an à peine après son arrivée à la Haye, Stamford est de\enu persona grata auprès du Stathouder. On a déjà eu le temps d'apprécier son caractère et son activité, de se rendre compte de sa rare intelligence; on estime à leur juste valeur les services qu'il a déjà rendus ; on escompte déjà ceux qu'il est appelé à rendre dans l'avenir. Le prince d'Orange est bien. décidé à se l'attacher et, en septembre 1 786, le précepteur militaire des jeunes princes figure déjà sur la liste des Chambellans de Guillaume V^ (1).

Moins d'un ah plus tard, il remplit la première de ses missions diplomatiques. On l'envoie à Berlin peu de temps avant l'entrée en Hollande des 25.000 Prussiens sous les ordres du duc de Brunswick que Frédéric-Guillaume II, cédant aux instances de sa sœur Frédérique-Sophie- W'ilhelmine, femme du Stathouder, chargeait de rétablir l'autorité quelque peu compromise de la Maison d'Orange (2).

Que devint Stamford ? A quel service fut-il affecté ? Quelles fonctions remplit-il à son retour de Berlin et lorsqu'il eut achevé l'éducation mditaire du prince héréditaire (le futur roi Guillaume 1"'" de Hollande) et du prince Frédéric ? Il y a là une lacune de près de quatre ans que

(I) (JÉMÎHAI. DK IJas. Prinz Frcderih di Nederlanden seija lijd : 1-76'.

(•2) « Piiiir .'irnicher une résolution à son frère Frédéric-Guillaume II, Williolniine envoya à Berlin le précepteur de ses fils. l'e.Y-capitaine prus- « sien Slaniford qui déclara au Roi, que : « L'Angleterre cherche à se « créer dcu.x liaisons sur le continent. Si la Prusse n'accepte passes pro- « positions, elle cuncluera un accord avec l'Autriche. Grâce à ses sub-' « sides, elle attiier.i à elle Hinovre. Brunswick et d'autres petits Etats « allemands qu'elle ne tardera pas ensuite à liguer sous ses auspices.

« Ce langage devrait, plaire aux vues du Roi sur rAllcniagne. On ne « faisai" ainsi que continuer le travail commencé par Harris. Mais Stam- « ford eut l'imprudence de laisser deviner des velléités belliqueuses, l'ar- « riére-pensée d'une guerre, dont le Roi no voulait à aucun prix »

(WiTTicHK?^. P/'cusson und England in der Europàischen Politih, 178T-178S. pages 81-8'2). On sait que. le 15 août 1788, on signa à la Haye ;ine convention de protection en'iie la lloUjinde. la Grande-Bretagne et la Prusse.

i6 W. GENERAL DE STAMl'OliD

malgré tous mes efforts et toutes mes recherclies je n'ai pu parvenir à combler. En revanche, il est absolument cer^ tain qu'il fit dans les rangs de l'armée hollandaise la campagne de 1793 contre la Révolution française. La première des lettres, qui figure dans sa correspondance au Record 0/fice, n'est rien autre en effet que l'exposé des considérations qu'à la suite de la Conférence d'Anvers il a cru indispensable de rédiger : « Sur les. positions de r armée de la République de Hollande, telle quelle a été jusquau Î8 de mai i79S. » Cette pièce porte la date du t*' juin 1793.

Quelques jours plus tard, le 24 juin, le prince Fréiléric rencontrait dans la grande auberge de Spijk (1) le colonel de Stamford, que le Stathouder. inquiet et désireux de voir plus clair dans la situation, avait fait revenir de Brunswick. Le prince apprit par lui la reddition de Gertruydenberg qui l)ouleversait le plan projeté d'opérations (2).

En avril 1794, le prince Frédéric recourt à son to^ir à l'expérience et aux lumières de son ancien précepteur. Redoutant par dessus tout pour ses troupes les conséquences fatales de la discorde qui menaçait de se mettre entre les Alliés, il invita Stamford à se rendre d'urgence au Quartier-Général du prince de Cobourg (3;).

S'il faut en croire l'historien si bien renseigné et si bien placé pour l'être qu'est le général de Bas, le prince aurait fait venir Stamford de Brunswick pour lui confier cette mission. Or, quelque grande que soit l'autorité, la valeur de tout ce qui sort de la plume du savant

(1) Pr,)bablemen: Spijk, Miisso dnns la pi-oviiico do Hullau<l(:- Méridionale, près de la rive ov,u,-he de l'Oude Maas. h 15 km. environ de Brielle. dans l'ile de VooiTie,

{T' Gk.nkiîal d:: Bvs. f^'iiiz Fi-ciJcrih der XederLinden en f^eijn tijd T, 171.

(3) (iKMCRAï, d:: Bas. Pria: Fre<le)'ik der Nederlanden en s-'j/n tijd. ï, 171. •*

Directeur des Archives de la guerre de la Haye, il me semble difTicile d'admettre que Stamford fût déjà rentré à Brunswick k la fin d'avril 1794. 11 existe en effet parmi les pièces du Record Office un Mémoire, sans date il est vrai, mais que Stamford rédigea au plus tard après Fleuras, donc en juillet 1794. Examinant dans ce travail le rôle qui pourrait être éventuellement réservé à l'armée de la République, il se plaint de « n'avoir en (( ce moment auprès de lui aucun de ses généraux, alors « qu'il lui en faudrait au moins huit, non seulement pour « être employés en cas de sièges, mais auss-i pour le <( service de campagne. »

En revanche, il est plus que problable que le général de Stamford quitta l'armée dans le courant, et vraisemblablement vers le miheu de l'année 1794. C'est en effet à Brunswick que le prince Frédéric lui adresse les amères réflexions que lui suggèrent les négociations de Baie. « Nous serons, lui écrit-il, à ce propos, les dupes de leur « finesse et je vois cette négociation avec une répugnance « extrême. (1) »

Stamford a su d'ailleurs se faire une telle réputation, acquérir une telle importance, on tient son caractère et ses talents en si haute estime que vers la même époque il est déjà en situation de pouvoir soumettre au roi de Prusse «■ les relisons pour lesquelles la France^ pas plus << que r Angleterre j ne saurait songer sérieusement^ loyale- « ment^ à une paix générale^ » raisons qui font par suite à la Prusse, comme à la Hollande, un devoir de resserrer leur union avec la Grande-Bretagne.

Quelques semaines plus tard, au moment où le prince d'Orange quittait la Hollande et allait chercher un asile à Kew, l'ex-Stathouder n'avait plus d'espoir que dans l'influence personnelle du duc de Brunswick, que dans le

(1) Idem in ibidem, l. 3G9.

Stamfoud 2

dévouement du général de Stamford resté sur le Continent et auquel il confiait la défense de ses droits et de ses intérêts (1).

Si, en raison même de la rareté des pièces datées de 1795, on peut à bon droit s'abstenir de rechercher quelle a pu être l'action de Stamford pendant ces douze mois, dont il passa vraisemblablement la plus grande partie à Brunswick, il importe en revanche de faire remarquer qu'on le voit pour la seconde fois, en janvier 1796, apparaître sur la scène, sur laquelle il déploya pendant près de dix ans une infatigable activité ; c'est à ce moment, lors de son premier contact avec lord Elgin, Kalitchefî, Hardenberg et Haugwitz, que commence à proprement parler, sa \ie politique. C'est au cours de ces conférences, dont il rend compte au prince d'Orange dans un remarquable rapport, qu'il livre sa première bataille diplomatique.

En 1796, quelque étrange que cela doive sembler, le nom de Stamford figure pour la première fois sur l'un des Etats du Wa?^ Office dans le Dossier 1/928 (1796) : Officiers Attachés à Varmée qui ne tiennent à aucun régiment ou corps en particulier (2).

. . <( N° 706 : Baron de Stamford. — A l'Armée.

« Général-Major et Adjutant [sic) — Général de S. A. S. « le prince Stathouder est placé sur la liste par S. A. « le prince Frédérik comme Colonel d'Infanterie. »

11 convient en outre de noter à ce propos que Stamford, ainsi que quelques autres officiers, prennent rang à la gauche d'une longue liste d'officiers hollandais qui, annexée à une dépêche que le colonel George Don adresse de Brème à George Rose, Secrétaire de la Tréso-

(1) Généiial de Bas, Prin: Frederïk der Nederlanden en seijn tijd, I. 381.

(2) Stamford ne figure en effet sur aucun des états de l'armée anglaise de 1760 à 1801 pas plus que sur ceux des corps de troupes étrangères.

PRÉFACK 49

rerie, était destinée à servir de pièce justificative pour les comptes de la Trésorerie. Ces états devaient, semblet-il, être fournis environ toutes les six semaines. Quant à cette première liste, elle était une liste exceptionnelle « donnant les noms des officiers enrôlés dans le Nassau (( avant que Vordre de cesser le recrutement n'y est [sic) « arrivé. » — Stamford y figure sous la rubrique suivante :

'( N° 136. Colonel de Transport Infanterie Ordinaire « de Stamford, Général-Major, 26 semaines à partir de « novembre 1795 Livres 217-9-0. »

Ces états furent régulièrement fournis à partir de 1796 (1) et le nom de Stamford y figure sur la liste des généraux jusqu'au 18 juin 1800.

Les autres généraux étaient Bentinck, employé comme Stamford à Berlin, Van der Duijn à Hanovre ou Munster, et de Constant Villars à Brunswick. Il leur était alloué une solde journalière de 7 shillings 6 pence.

A partir du 18 juin 1800, de Constant Villars est seul porté sur les états ; mais une note annexée à ces états informe la Trésorerie que les généraux Duijn et Stamford, faisant fonction de colonels de régiments hollandais à la solde de l'Angleterre, cessent d'avoir droit aux allocations au titre du Rassemblement. 11 appert en elîet des recherches que le général de Bas a eu la bonté de faire à ftion intention dans les dossiers des Archives dont il a la direction, que Stamford figure en qualité de commandant le 2^ régiment de Foot Duich Troops sur le Paylist N*»

(1) Ces étuis, qui soui classés dans les dossiers Wur Office, In leltcrs (W. 0. 1/928-940) proviennent du Colonial Office, du temps où Portland était Secrétaire de l'État. Ajoutés à la liste des documents du War Office, ils ont pour titre : Dutch Rassemblement et vont de décembre 1795 à 18)7. Le premier fascicule, celui de mai à décembre 1795 manque. Le fascicule l/9i0 contient des données fort intéressantes sur la réorganisation des troupes hollandaises et leur incorporation dans l'armée anglaise en 1799-1800 sous le nom de Légions étrangères et de Corps étrangers (Renseignements dus à la bienveillance du Professeur Hubert Hat.l, directeur du Public Record Office).

H719 (du 25 décembre 1799 au 24 décembre 1800) (1).

Stamford ne rejoignit jamais son régiment qui, stationné à nie de Wight et commandé par le lieutenant-colonel voa Schwarz faisait partie de la Dutc// Brigeule dont le chef était le prince liéréditaire d'Orange. Comme le prouve une lettre (citée plus loin, Pièce XCVl) de la princesse héréditaire Louise de Brunswick, fille du Stathouder Guillaume V et sœur du prince héréditaire d'Orange, en date de Brunswick, le 18 août 1800, ce régiment était la propriété de Stamford qui, absorbé par les importantes missions dont il était chargé, ne pouvait songer h quitter le Continent.

Avant d'aborder un sujet bien autrement vaste et délicat, d'essayer de faire connaître au lecteur le caractère de Vbomme en résumant l'œuvre qu'il a accomplie, les missions qu'on lui confia, l'espèce de croisade qu'il meiia sans faiblir pendant près de dix ans et dont on pourra suivre les phases et les péripéties dans sa correspondance, les regrets mêmes, que me cause l'impossibilité où je me suis trouvé dfe reconstituer plus complètement la vie militaire de Stamford,. m'obligent à revenir un peu en arrière. J'ai tenu en effet à terminer cette partie de ma Notice en relevant un fait qui montrera combien grande et aussi combien méritée était, dès les premiers mois de 1798, la réputation dont il jouissait en Angle tt^iv.

Bien qu'on n'en trouve pas trace dans les quekfiies notices biographiques qu'on a consacrées à Stamford^ toujours est-il que, quelques semaines après La signature du traité de Campo-Formio, George III, alarmé de la tournure que lui semblaient prendre les affaires, avait sérieu-

(l) hsi Dulch Brigade, au service e! à ki sulde de l'Angleierre. se euiiiposait do quatre régiments stationnés à l'ili' do Wight, ai the disposition of His Highness whose troops Ihey are wken ever the Priace of Orange may claim thera. (Archives- de la Guerre de l;i Haye\

Moteilisée &« Hanovre en 1799, lors de ['(.'xpédition des AngL '-Busses la B}i,uade hollandaise n'entra pas en aciion.

sèment songé à <;0nfier au Général le commandemeat des troupes hanovriennes.

« Vous pouvez dire au prince (d'Orange) , écrit Stam- « ford au commencement de l'année 1798, qu'effective- « ment le roi d'Angleterre m'avait donné le commande- « ment de cette partie des troupes hanoYviennes qui join- « dra les Prussiens ». Et l'homme sage, réfléchi, clairvoyant qu'il est, d'ajouter aussitôt : « Le tout me paraît '< très décousu. »

Même s'il n'eut pas été malade, Stamford aurait décliné une pareille commission, parce qu'avec le grand sens politique dont il était doué et dont sa correspondance nous fournira tant de preuves, il avait, dans cette Note, insisté s.ur l'impossibilité de « faire entrer la Cour de Berlin dans « la Coalition dans ce moment où les succès des Français (c paraissent donner à lEmpereur plus que jamais des « idées pacifiques (t ) . »

L'officier général, l'homme d'Etat, dont les papiers, qui dormaient jusqu'ici dans les arcanes du Record Office, vont me permettre d'apporter une intéressante contribution aux annales d'une des péi^iodes les plus agitées et les plus glorieuses de notre histoire, l'homme, dont la princesse d'Orange, presque dès son arrivée et alors qu'il n'était encore que le précepteur militaire de ses fils, devine et découvre les grandes qualités et la rare intelligence, l'homme, auquel en 1787 elle avait fait confier sa première mission diplomatique à Berlin : l'homme aux lumières duquel le duc de Brunswick (2) avait

(1) Le Congrès de Rasladt venai! de s'ouvrir ; les Franrais étaient à Mayence ; les sécularisations devaient indemniser les princes dépossédés ; enfin, le Coup d'Etat du il janvier avait profondément modifié la situalion on Hollande.

(2) " Si Votre Altesse Sérénissimc. écrivait Stamford de Berlin le 10 « mars 1798 au duc de Brunswick, rejette mon avis (Stamford le priait (.< d'agir auprès de l''rédéric-Guillaume JII) je n'insisterai plus, mais je me <( garderai bien alors de lui consacrer davantage mon temps, mes peines '( et mes voilU s, comme je l'ai fait pendant prés de six ans sr.ns recaeil- « lir d'autres fruits que des dégoû's sans nombre ».

fait appel dès l'année 1792, était déjà, môme avant la signature du traité de Campo-Formio, tenu en estime toute particulière par George 111 et par ses ministres. — Dès le commencement de l'année 1797, en présence de la gravité de la situation, George 111, se rangeant à l'avis de Pitt et de lord Grenville, reconnaissant la nécessité de faire sonder le cabinet de Berlin, avait recommandé à ses ministres de mettre tout en œuvre pour décider» legéné- « rai de Stamford à se rendre au plus vite à Berlin. Il sera « autorisé à mettre à la disposition du roi de Prusse, « si ce prince s'engage à défendre le Nord de l'Allemagne « contre les Français, les subsides dont lord Gren- « ville et M. Pitt auront à fixer le montant (1)... »

A partir de ce moment et pendant presque tout le reste de sa vie, Stamford ne cessera plus d'être sur la brèche. On ne se bornera plus désormais à voir en lui un simple, conseiller militaire, dont les avis étaient déjà d'autant plus appréciés que, dès que l'intérêt général lui semblait l'exiger, il ne craignait pas d'aller au devant des questions qu'on tardait à lui poser, de préparer de son propre mouvement et de proposer des plans d'opérations. On a d'ailleurs reconnu entre temps la nécessité de faire plus complètement appel à sa remarquable intelligence, à ses qualités de tout premier ordre, à son infatigable activité, à son dévouement à toute épreuve. On a décidé de lui confier le soin d'entamer et de suivre à Berlin des négociations diplomatiques de la plus haute importance. C'est sur ce terrain mouvant, si dangereux môme pour un vieux routier familiarisé avec toutes les finesses et les dessous des Chancelleries, mais d'autant plus perfide pour lui qu'il y arrive tout nouveau, que le général, s'il y consent ou s'il s'y résigne, sera appelé à manœuvrer et à livrer bataille.

(1) Dropmore Papn-s, 111, 293. George III à IjrJ GrenvU'.e. Windsor. 1 1 janvier 1797.

La tache est d'autant plus ardue et ingrate pour un débutant tel que lui qu'il lui faudra faire ses premiers pas dans des circonstances particulièrement difficiles. Frédéric-Guillaume 11 n'a plus que peu de jours à vivre. Il s'agit d'agir au plus vite sur l'esprit du prince qui, d'un moment à l'autre, peut être appelé à monter sur le trône. Le prince d'Orange, cédant vraisemblablement aux représentations, aux sollicitations de la Princesse, avait, en conséquence, dans le courant du mois d'octobre 1797, fait tenir, parla voie du Prince Héréditaire, ses instructions à Stamford, qu'il pressait de se rendre à Berlin pour y défendre ses intérêts (1).

Quelques semaines plus tard, l'idée que le prince d'Orange n'a fuit qu'ébaucher, qu'esquisser vaguement et incomplètement, va être reprise avec plus de force et développée par des voix plus autorisées que la sienne (2), dans des conditions et avec un programme qui donneront à Stamford le droit de tenir un tout autre langage, de plaider devant le nouveau roi de Prusse non plus seulement la cause de la maison d'Orange, mais celle de la Coalition.

Les derniers mois de l'année 1797 nous amènent en effet au tournant décisif de la carrière de Stamford. La venue et le séjour de do Luc (3) à Brunswick contribuent'

{i) <c 11 va sans dire que vous saisirez toutes les occasions pour recona- « mander au fu'ur Roi les inîérêts de la République et les nôtres, pour • rappeler les engagements que le Roi, son pcre, contr.icta à cet égard « et combien les projjres intérêts de la Prusse p.ir.ussent liés à la con- « servation de la République ^k {Prince d' Orange au Prince Ilérédilairc. Hampton Courf, 31 octobre 1797. Archives particulières du Prince d'Orange : cité par le gis.néral de Bas. Prinz Frederih der Nederlanden en seijn tijd, II, lv'9).

('2) En touî premier lieu la princesse d'Orange elle-même qui, bien autrement énergique, active et intelligente que l'ex-Stalhouder, adressa, le "2 novembre, au duc de Brunswick une lettre aussi éloquente que fortement raisonnée pour le convaincre de la nécessi'é d'offrir et de faire accepter ses conseils au futur roi de Prusse e' lui prouver qu'il faudrait bien peu de choses de sa part pour amener les ;iff lires au point où on les désirerait (La princesse d'Orange au duc de Brunswiok. Hampion Court, 2 novembre 1797. Dropmore Papcrs, IV, 19-21, e^ Lord GrenmllQ à de Luc, Londres, 14 j mvier 1798, ibidem, TV, 57-5S)..

{'>) Cf. No'ice piécédanl la pièce X.

à précipiter la solution que le cabinet de Saint-James recherchait depuis quelque temps déjà. La mission, dont l'homme de confiance de George ITl n'avait pu refuser de se charger, lui paraît trop lourde pour les épaules d'un (( professeur d'histoire naturelle et de géologie ». 11 ne se cix)it pas de taille à triompher des hésitations, de légoïsme, des tergiversations du duc de Brunswick, à pouvoir s'orienter au milieu des intrigues et des écueils de la Cour de Berlin. 11 ne voit qu'un homme capable de le guider, de le remplacer même avantageusement, son ami Stamford, sur la loyauté duquel îl sait pouvoir compter. Et dès lors, tant par affection pour le Général que dans son intérêt personnel et aussi pour le grand bien de la cause qu'il sert, il poursuivra, dès son arrivée sur le continent, un double but : décider Stamford à quitter l'asile où il est venu chercher avec le calme et le repos le rétal)]isseraent de sa santé pour se consacrer tout entier au service de la Coalition, faire partager à George III, h Pitt, à lord Grenviîle, la haute et juste idée qu'il a du caractère et des talents de l'homme sur lequel on a déjà jeté les yeux à Londres.

V'oici d'ailleurs en quels termes de Luc s'exprimait sur le compte de Stamford dans la dépêche qu'il adressait au Roi lui-même, de Brunswiclv le 27 novembre 1797.

(( Plus je suis instruit des détails de la conduite de M. le « général de Stamford avant et depuis le commencement (( de cette guerre, plus j'éiudie les moyens que ses dispo- « sitions naturelles, ses tab^nts et son expérience ont accti- « mules chez lui, l'usago qu'il en a toujours fait et la « nature des obstacles qu'il a rencontrés auprès du Duc « (de Brunswick) malgré la confiance et la vraie estime a qu'il lui accorde dès longtemps, plus je sens d'un côté a que sans lui je sorais dans un \rai labyrinthe (.^-ic) et « en général que son coup d'œil est le plus sùi- qu'on <( pût obtenir sur les points essentiels de l'état des

PRÉFACK 25

a choses. C'est donc d'après ses avis que je tâche de me « conduire (l)... »

Non content d'avoir ainsi affirme'' à Oeorge lll que Stamford lui paraît en somme un collaborateur indispensable, de Luc va bien plus loin encore. Prévoyant l'avenir, il recommande dès ce moment l'envoi de Stamford à Vienne : « 11 pourrait aussi arriver que dans le cours (( que prendront les aflfaires, il devînt utile d'avoir à « Vienne quelqu'un de sur, sans caractère public, mais « ayant un caractère personnel, et en ce cas il pourrait « n'être pas inutile que j'eusse pris la liberté d'ouvrir <( cette idée à Votre Majesté. Alors si Votre Majesté « tournait les yeux sur M. de Stamford, j'ai lieu de " croire que Madame la princesse d'Orange deviendrait « une personne essentielle (2)... »

Le 21 décembre, quelques jours après le retour dans sa capitale du duc de Brunswick, qui n'a fait qu'une coiirt<^ apparition à Berlin, quarante-huit heures après l'entretien qu'il a eu avec ce prince chez Stamford, de Luc, s'adressant cette fois à lord Grenville, revient encore sur la question de l'envoi éventuel du général à Vienne, « point devenu plus important que Berlin. »

(( Pour seconder les démarches officielles, établir un « concert prompt avec le Duc et rendre son influence <( encore plus efficace à Berlin, M, le général de Stam- « ford serait envoyé à Vienne, parce qu'il possède au plus « haut degré tout l'ensemble du passé et la perspective « (le l'avenir et qu'ayant la confiance personnelle du ^< roi de Prusse, il ne pourrait que contribuer beaucoup (( au mpprochement de ce Monarque avec l'Empereur.

<( Quant à lui fournir le moyen plausible de se pré- (( senter à Vienne, Son Altesse Sérénissime le Prince

(l; Dropmore Papcrs. IV. 11-13, D^ Luc à Geo -(je III. Brunswick, 21 novombre 17©7.

(2) Idem in ibidem.

26 LE GKNKliAL DE STAMFOHD

<( d'Orange, qui a déjà envoyé M. Tollius à Rastadl, pource rait aussi envoyer M. de Stamford à Vienne dans le <( même but. Un homme comme lui, placé à ce poste « frayerait sûrement ime route, pourvu seulement que « sa santé ne vienne y mettre aucun obstacle.

c( Quant à Berlin, ajoutait-il, Son Altesse Sérénissime « (le duc de Brunswick) a toujours des vues sur moi... H Dans ce plan, nous serions introduits, M. de Stamford « et moi par Votre Excellence auprès des Ministres res- « pectifs de Sa Majesté comme des personnages en qui ils <( pourraient prendre confiance (4)... »

Tout le programme, ou tout au moins une bonne partie, une partie capitale du programme que Stamford allait avoir à remplir, est énoncé dans ces quelques lignes, ainsi que la reconnaissance du caractère officiel dont il devait être revêtu.

Quatre jours après l'expédition de cette dépêche, de Luc se hâtait de faire savoir à Londres que Stamford, que des considérations d'une réelle importance avaient retenu à Brunswick, était décidé, <( au premier mot office ciel qui viendrait, à partir pour Potsdam en dépit de « la maladie (2). »

De Luc n'allait pas tarder à obtenir gain de cause. Sa dépêche du 25 décembre n'était peut-être pas encore arrivée à Londres, au moment où lord Grenville lui mandait, le 14 janvier 1798 :

« Sa Majesté voit tout l'avantage que l'on retirerait du « voyage de M. de Stamford, dont vous me parlez dans « votre dernière lettre et Elle vous charge en conséquence « d'insister fortement auprès de M. de Stamford, pour qu'il « se rende à Berlin dans le moins de délai possible pour

(1) De Luc à lord Grenville. Brunswick. 21 décembre 17j7. Dropmore Paper s, IV, 36-37.

■ r^) De Luc à lord Grenville. Brunswick. 1b décembre i:!)7. Dropmore Papers, IV, 46.

« y travailler sur le plan tracé dans les différents Mémoires « de son Altesse Sérénissime (le duc de Brunswick) et «' dans celui que je vous envoie aujourd'hui...

« Peut-être que dans la suite, si ce plan réussissait à « Berlin, M. de Stamford pourrait être engagé à entrece prendre le voyage de Vienne...

« J'en écris en détail au Ministre du Roi à Berlin, lord (( Elgin, pour qu'il puisse aider de ses lumières et de ses (( talents à l'exécution de ces mesures (1)... »

En même temps qu'il communiquait à Stamford ces réponses qui le liaient définitivement à la cause de la Coalition, et plus particulièrement à celle de la Grande- Bretagne, de Luc avait cru le moment venu de signaler à lord Grenville le désintéressement du général qui n'avait jamais soulevé la question délicate, mais cependant fort essentielle, du traitement.

« Il faut, écrit de Luc à lord Grenville, que je prenne la « liberté d'entretenir Votre Excellence du petit objet de la « finance relativement à ma marche. L'essentiel est donc « d'avoir M. de Stamford s'il se détermine à partir as^ec (( moi. Tl est accoutumé à plus d'aisance que moi, parce (( que depuis longtemps il a une mauvaise santé. Son état « actuel demanderait de grandes précautions et, par la « chute de la Hollande, sa fortune est très réduite. Je dis ft cela de moi-même, par délicatesse pour lui, car il n'en «. a jamais dit un mot quand il s'est prêté aux idées que fai « suggérées à son égard. »

(( J'espère que Votre Excellence ne désapprouvera pas « que, si nous nous mettons en route ensemble, je sois le a caissier, que je fasse en sorte que ce digne homme fût <( con/ortablement et que je tirasse sur M. Drummond ce « qui sera nécessaire pour cela (2)... »

(1) Lord Grenville à de Luc. Londres. 14 janvier 1798. Dropmore Paper s, IV, 57-58.

(1) De Luc à lord Grenville. ^R\no\vc. 27 j aivier 1798. Dropmore Papers, IV, 03-64.

28 LE G^ÎNÉr.AL DE STAMFOHD

De Luc partit le premier pour Berlin, mais n'en fut pas moins autorisé à faire le nécessaire. Stamford ne se mit en route que dans les premiers jours de mars. 11 avait cru sage et prudent d'écrire vers la fin de janvier au prince héréditaire d'Orange en le priant « de l'inviter à venir le voir dans « le dessein de le consulter pour un instituteur pour son « fik et d'en prévenir le Roi. »

Lorsque la réponse lui parvint, il était retombé malade et dans l'impossibilité de supporter les fatigues du voyage. Mais, dès son arrivée à Berlin dans l-es tout premiers jours de mars, quoiqu'encore faible et soutirant, Stamford, impatient de regagner le temps perdu, se mit, sans attendre le retour de de Luc, immédiatement à l'œuvre. M ne fallut cependant, malgré l'accueil en apparence bienveillant qu'il avait trouvé à la Coût, rien moins que l'intervention de la Reine (1) pour décider le Roi à lui accorder, le 21 mars, l'audience particulière qu'il lui avait promise dès le 7.

Stamford n'avait dès lors plus rien à faire, du moins momentanément, à Berlin. La prolongation de son séjour dans cette ville pendant l'absence de de Luc, parti pour l'Angleterre, où il était allé rendre compte de ses conférences avec le duc de Brunswick, des informations que le général et lui avaient recueillies, des observations qu'ils avaient faites, de l'impression qu'avaient laissée dans son esprit les paroles du Roi et les entretiens qu'il avait eus avec ses Ministres, risquait de présenter plus d'incoîivénients que d'avantages. Il pouvait d'autant mieux se permettre de s'éloigner, profiter de cette espèce d'entr'acte pour reprendre des forces et goûter un peu de repos à Brunswick, qu'il n'avait pas perdu son temps à Berlin. Pendant ces quelques semaines, il ne s'était pas contenté de poser des jalons pour l'avenir, de préparer le terrain en vue des missions que selon toutes les probabilités il

(4) Cf. Ap,;e..di<e. Exual- d' la letire^iue do Luc adreâsa à la reine Louise. !e 20 mars 17 18.

allait être appelé à remplir, il avait de plus réussi à se faire une place considérable dans les cercles politiques de la capitale de la Prusse. Rien que par son tact, ses connaissances, le savoir et Texpérience que ses envieux et ses adversaires eux-mêmes étaient forcés de lui reconnaître, il y jouissait d'un réel prestige, d'une réputation, grâce à laquelle il avait pu se créer et il allait parvenir à entretenir de précieuses relations.

Le prince de Reuss, qui représentait l'Empereur à la Cour de Berlin, tenait, peut-être môme plus encore que son collègue de Russie, à cultiver la société du général, à l'attirer dans son intimité. « Je vous supplie de ne pas « partir sans que vous m'ayez accordé la satisfaction de « vous voir » lui écrivait-il le 13 mars, elle lendemain il abat son jeu, met cartes sur table et démasque complètement ses batteries... « Je bénirais le ciel de toute « mon âme si vous alliez à Vienne. Si cela ne vous dé- (( range point, venez manger à midi la soupe avec moi. « Nous serons seuls, sans domestiques, et nous em- « ployerons quelques heures à causer de ce projet (1) ... »

Le prince de Reuss ne s'en était pas tenu à ces simples marques de politesse. H avait eu à cœur, ce qui était bien autrement significatif, de chanter les louanges de Stamford dans les dépèches qu'il adressait à tout instant à ïhugut. (( Je me suis trouvé trop heureux, lui mande-t-il quelques « jours plus tard (2), d'avoir rencontré le respectable « général de Stamford, dont je connais depuis longtemps « les principes honorables et le zèle de les faire fructifier, « pour ne pas l'avoir soigneusement cultivé, autant qu il « m'était permis sans autorisation^ comme aussi le « brave comte Panin, à qui je l'ai fait connaître pendant

(1) Prince de Reuss au général de Stamford. Berlin, 23 et 24 mars 1798. Dropmore Papers, IV. 141-142.

{%) Cité par Bailliu, Preussen und Frankreich- con ilij bi.s i807- Diplcrmatische Correspondenz, I, 54?.

« mon sc'^jour ici et ce n'est qu'avec bien de la peine (( que nous l'avons vu partir d'ici. »

Que le prince de Reuss ait présenté Stamford au futur Vice-Chancelier de Russie ou que ces deux hommes se soient rencontrés et connus d'autre façon, c'est là chose tout à fait secondaire. Toujours est-il quePanin et lui se sentirent, pour ainsi dire, instinctivement attirés l'un vers l'autre, que le premier élan de sympathie fit presque immédiatement place à l'intimité, à la confiance, à une réelle et sincère amitié que ni le temps, ni la distance, ni les péripéties et les difficultés de leur existence ne parvinrent à afîaiblir.

Stamford ne put du reste passer que quelques semaines à Brunswick. Dès le retour de de Luc, il se remettait en route, porteur des lettres de créance auprès des Cours de Berlin et de Vienne que, dès le 2 avril, lord Grenville avait, sur l'ordre de Georges III, invité le prince d Orange à expédier au général (1). Le 21 avril, l'ex-Stalhoudei signait les lettres, que de Luc remit le l^'" mai à Stamford. Trois jours plus tard, le Général prenait le chemin de Berlin.

Les grands traits de la mission, que Stamford allait remplir d'abord à Berlin, puis à Vienne, lui étaient tracés dans les instructions, d'ailleurs assez sommaires, que le prince d'Orange avait jointes aux lettres de créance. La tâche était loin d'être aisée, les dispositions, rien moins que favorables et les nouvelles qu'il reçut au moment de

(1) Après avoir, au nom du Roi. «'oinmencé par conseiller au prince d'Orange de renoncer au Stathoudérat et à une indemnité territoriale dans l'Empire « afin de faciliter la réunion nécessaire entre les Grandes Puis- « sances du Continent ». lord Grenville terminait sa dépêche en ces termes : « Sa Majesté m'a donc chargé de Lui en faire la proposition en « ajoutant que si Elle ne voyait aucun inconvénient de charger de cette « commission si honorahle M. le général de Stamford (dont personne ne « connaît mieux le mérite distingué), cela pourrait ei)core être d'un grand « avantage pour le succès des intérêts majeurs dont il est question... » {Lord Grenville au prince d'Orange. Downing Street, 18 avril 1798. Dropmore Papers. IV, 172). Cf. Pièce XX. La note de lord Grenville au général de Stiimford. en date de Londres, le 23 avril 1798 que de Luc lui remit à son arrivée à Brunswick.

monter en voiture n'avaient rien de rassurant. Un courrier lui avait en effet apporté une lettre du comte Panin qui mettait complètement à découvert le double jeu, la mauvaise foi du comte de Hau^witz (1).

La renonciation officielle du Stathouder à certaines indemnités territoriales, la défense des intérêts de la maison d'Orange n'occupaient, on le voit par ces quelques emprunts faits à la correspondance de Reuss et de Panin, qu'une place bien minime, bien insignifiante dans le programme autrement vaste, dont Stamford est chargé de préparer et de faciliter la réalisation. La mission qui lui est confiée, est de la plus haute importance. Il ne s'agit de rien moins que de concerter, que de sceller l'union des Puissances Continentales et de l'Angleterre, que de reconstituer sur des bases nouvelles, par l'adoption d'un plan définitit formellement accepté par tous les Souverains de l'Europe, cette Coalition qui, grâce à la situation critique, aux embarras financiers, aux dissenssions intestines delà France, à l'impopularité croissante du Directoire, grâce surtout à l'absence de Bonaparte, doit cette fois assurer le triomphe de « la bonne cause. » 11 ne s'agit pas rien que de la discussion et de l'établissement du plan de descente des Ânglo Russes en Hollande et de la restauration du Stalhoudérat héréditaire. On se propose d'arrêter les combinaisons politiques, les mesures financières, les opérations militaires qui délivreront l'Europe de l'hydre

(1) « Par la communicalion dont vous m'avez honoré el par d'autres « avis plus récents, écrivait Panin à Stamford, de Berlin, le 1=' mai 1798, « je vois qu'on a caché au Duc (de Brunswick) les propositions impor- « tantes que j'ai faites, il y a environ trois semaines, par ordre de ma « Cour. Il s'agissait d'une alliance défensive entre les deux Cours Im- « périales et celles de Londres, de Berlin et de Copenhague à l'eftét « de garantir la sûreîé et l'intégrité de tous les gouvernements. On « m'a fait une réponse évasive et dilatoire. Je vous prie d'en informer « son Altesse Sérénissime. Elle reconnaîtra dans cette circonstance une « nouvelle preuve de la mauvaise foi de M. de Haugwitz et je me flatte « qu'Elle se déterminera à appuyer de tout son crédit les vues salutaires « de ma Cour. Je suis obligé de remettre tous les détails au momenî où « j'aurai le bonheur de vous revoir. On m'assure que cela est prochain et « je m'en réjouis pour bien des motifs ». (Dropmore Papcrs, IV. 191).

32 l-E GÉNÉRAL DE STÂMFORD

révolutionnaire. C'est à cette œuvre réparatd'ice, libératrice à ses yeux, que Stamford va se consacrer corps et àmte à Berlin^ à Vienne et à Saint-Pétersbourg. On ne saurait en bonne justice le rendre responsable de la fragilité, de l'inanité de cette levée de boucliers à laquelle, malgré ses efforts, malgré ceux de Panin, de Repnin, des hommes d'Etat anglais depuis lord Elgin, Charles Whitwortb, Thomas Gren ville et Pitt lui-même, Frédéric-Guillaume 111 refusa opiniâtrement de prendre part. — En dépit des menées de tout genre des Cabinets, des désastres comme Aboukir, des drames comme celui qui ensanglanta la nuit du 23 au 24 mars 1801, Zurich, Marengo et Hohenlinden n'en mèneront pas moins l'Europe à Lunéville et à Amiens.

Non seulement les audiences, que Frédéric-Guillaume m accorda à Stamford et à de Luc, n'amenèrent aucun résultat appréciable, mais, ce qui était bien plus significatif, à peine commencées les conférences entre les représentants des Puissances et les deux hommes de confiance de George 111 et du prince d'Orange durent, elles aussi, être suspendues. En présence d'une pareille situation, malgré l'état toujours déplorable de sa santé, Stamford, cédant aux sollicitations du duc de Brunswick, aux instances des envoyés des Cours de Londres, de Vienne et de Saint-Pétersbourg, se décidait, le 28 mai à partir pour Vienne. Là encore, il s'agissait bien moins pour lui, quoiqu'il en reconnût l'urgence et l'utilité, d'arriver à faire accepter aux deux Cabinets une combinaison favorable aux intérêts de la Maison d'Orange, que de profiter de ce prétexte, qui expliquerait sa présence à Vienne, pour travailler au rétablissement de l'harmonie entre les deux Cours (1).

(l>Cf. Génén^al de Stamford au prince d'Orange. Berlin, 20 mai 1798, R. O. — F. O. 95.6.

« La si'uation dos choses (les difficnltés soulevées par la Cour de

l'IiKFACE 33

Cette fois encore, Stamford avait tenu à ce qu'on ne pût douter de son désintéressement. Dès le 12 mai, dès que son départ pour Vienne lui paraît non seulement probable, mais imminent, il a soin d'ajouter le Post- Scriplum suivant à la dépêche qu'il adresse au prince d'Orange au sortir de l'audience, au cours de laquelle il a remis au roi de Prusse la lettre qui l'accréditait auprès de lui :

« Pour qu'on ne soupçonne pas qu'en voyageant aux « frais de l'Angleterre, je veuille en recueillir du profit, <( M. von der Haera la bonté de tenir un compte exact « de ma dépense.

(( Valétudinaire comme je le suis et réduit par là à « bien des besoins que d'autres n'ont pas, je prendrai « ces articles sur mon compte et ne porterai sur celui « de ma dépense que la nécessaire indispensable.

« Je me flatte que Votre Altesse Sérénissime approu- « vera cette déclaration et qu'elle me permettra de lui « faire parvenir à la fin de mes voyages la spécification « qu'ils m'auront occasionnée (1). »

Arrivé le 6 juin à Vienne, reçu dès le lendemain par Thugut, deux jours après par l'Empereur, qui le comble d'attentions et de bonnes paroles lors de son audience de congé, il avait eu avec le Ministre, le 15, vingt-quatre heures avant son départ, un dernier entretien, qui n'eut guère de remarquable que sa durée.

« Vienne sur lu resiiîiUion dos Ijuilliages «[ui pouvait être une indemnité, M une indemnilé pour le prince d'Orange) exigeait un piompî départ de « M. de Slaniford pour Vienne. Ainsi il part aujourd'hui. Le sujet de « son voyage est très simple, puisque le préîexle do la suspension des « conférences regarde encore les iuléréts de Monseigneur le prince d'O- « range; mais il a, été admis d'ailleurs très nécessaire pour les alïuire» « générales, car personne ne peut mieux que lui faire comprendre à la « Cour de V^ienne combien il est essenliel de ne fournir à celle-ci aucun « prélexle de délai... «

De Luc à lord Grenville. Berlin, 28 mai 179S. [Droynv.o'e Pcipers, IV, 219).

(1) Général de Stan^ford au prina' d'Orange. Berlin, i:! mai 1708. R. 0. — F. O., 95 0.

ST.-. MFOIID 3

34 LI-: GÉNKiiAi. m-: sïamfo!;i»

S'il en sortit avec la conviction, plus arrêtée que jamais àtitis son esprit, qlie ^eule wne aWiianoe intime de Vienne et Berlin pouvait prévenir la reprise de ia g^werre avec la France, les paroles de FEmpeiHîur et les déclarations de ïliugutiui avaient prouvé qu'en réalité ce rapproche mett't ne rencontrerait de diMcwltés sérieuses qu'à Berlin. €ê n'étail assurément "pas là le résultat qu'avaient espéré Repnin et Reuss ; mais, en réalité, il eCit swifi d'un èxamè^n quelque peu attenfif tcte 'k situation générale des affaires et suM^ut de la 'n'atare des relations en4re tles deux OôWi's pô»«!i^ reconnaMre «que Stamford avait pa*trop ])eu d'atouts en mains pour lui croire une chaflace sérieuse de gag'ne'r urie pareille partie ( \ ).

En somme il revenait peu satisifaït 'des observalions qu'il avait faites pendant son séjour à VieTine. Mn'en rapportait que le 'bénéfice, qui n'était pas ïiégligeable d'ailleurs, d'avoir fait connaissance non seulement avec Thugut, dont le régime touchait 'à i=fa fin, mais avec les hommes d'Etat qui, pendant quelques annét^, presque jusqu à sa mort, allaient diriger la .politique de l'Autriche.

Il n'avait pas fait mauvaise i-mpressio'n à Vienne et, sans pailler du don, pour ainsi dire obligatoire, de 'la tabatière oniée de diamants, il y avait même laissé un êi bon souvenir que deiiX ans plus tard, on juillet 1800, sur un rapport de Gdïloredo, l'Empereur lui conférait « en « raison des sei^ices rendus à la cause autrichienne par cet homme plein de talents » le titre de Chevalier de l'Kmpire en lui faisant remise des taxes et droits (2).

Le séjour, que Stamford avait fait à Vienne, lui avait en revanche réservé une agréable surprise, il avait eu 'le bonheur, presque inespéré pour lui, d'y retrouver et d'y

. (1) et. Appendice. Lia lettre de d'Empereur au jyriHcc d'Orantu'. Vienne, 15 juin 1798 et le rapport de Thugut à l'Empereur. (Don dune lîtb:ilière eniichie de diomîints d'iine valeur de 6(J00 florins). {•2) « H;u.s, Ilot und StiiaL-Archiv. » Rapport de l'Enipcr eur. 2F9 (Mi)).

PRtFACE 35

revoir iiiic deduiièiie fois son cher [yrince Fnkléric sur le point de sè mettre en ro-ute pour aller prendre le commandement de l'armée aufanchienne d'Italie. En quittant Vienne, Stamford se berçait même de l'espoir, qui ae devait pas larder à être cruellement déçu, de terminer rapidement la nouvelle mission qui l'appelait à Berlin et d'obtenir aussitôt après de l'Empereur l'autorisation d'aller rejoindre son ancien élève en Italie (1).

Invité parle Roi, dès son retour à Berlin, à lui rendre compte de sa mission à Vienne, Stamford tenta en vain de l«i prouver au conrs de l'audience que Frédéric iGuillaume 111 lui accorda le 14 juillet à Charlottenburg « qu'il «c( n'y avait de salut que dans la réunion ; qu'aucune « puissance n'était en état de pourvoir séparément à sa (i préservation. Le Roi ne répondit rien et l'entretien (( tinit. »

La conversation, qu'il eut quelques instants plus tard avec Kokerit^., dissipa les derniers doutes qu'il aurait pu •cônservej' sur les résolutions du cabinet de Berlin. Mis au pied du mur par Stamford, le <;olonel alla jusqtt.'à l^ii dire : (( En tin, ils veulent que nous garantissions une paix ou a une trêve de rAllemagne et noits ne ie voulons pm, parce <( que nous ne voulmis pas nous exposer à une guerre. »

Fatigué, malade, Stamford, dont la commission spéciale était tennifflée, n'avait dans ces conditions plus de raison de prolonger son séjour à Berlin. Après avoir conféré avec Ilaugwitz et le comte Panin, il ne tarda pas à s'en retourner à Brunswick, où il s'arrêta pendant quelque temps avant d'aller prendre les eaux à Rehburg.

(I) "Je (lésiro que notre aimable prince Frédéric veuille euirclonir Sa « Maje.sié .l'Empereur et son respectable Miulslre dans leurs gracieuses « intentions h, mon égard et en obtenir la permis,sion d'aller combattre « sous Its drapeaux de Sa Majesté dans le cas où j'aurai le malheur d'é- « cliouei- à Berlin où Je. ne me laisserai pas liei- ('onim.e il parait qu'on « en a envie... » Général de Stamford. à la princesse héréditaire d'Oramip.. Berlin, oe'olu-e 17r8. « Hans. ilof un.1 t-iats-Arcliiv. Kriegs Aklen. .'i65 ».

Vers la mi-septembre, le prince d'Orange lui envoyait d'Hampton Court de nouvelles instructions ainsi que de nouvelles lettres l'accréditant auprès du roi de Prusse, « l'autorisant à se rendre non seulement à Berlin ou Pots- « dam aussi souvent et pour aussi longtemps qu'il y croira « sa présence utile, mais encore à Vienne pour le bien « des affaires générales et des intérêts du prince d'Orange a et de sa Maison. »

Pendant tout le temps qu'à son retour des eaux Stamford passe à Brunswick, Panin, qui n'a plus de secrets pour lui, ne cesse d'entretenir avec lui une correspondance des plus suivies, de le mettre presque au jour le jour au courant de ses démêlés avec Haugwitz, des efforts continuels, mais infructueux, qu'il fait pour s'assurer le concours indispensable du duc de Brunswick.

Vers la fin d'octobre, sur les instances de Panin, de de Luc et du Ministère anglais, Stamford, renonçant à son grand regret à tout espoir d'aller rejoindre son cher prince Frédéric, se résigna à retourner à Berlin. La situation y est plus difficile, plus tendue que jamais. Le duc de Brunswick est toujours aussi inerte, aussi insaisissable, aussi fuyant. Haugwitz, d'autre part, est tellement prévenu contre le général, se défie môme tellement de lui, que de Luc reconnaît la nécessité, l'urgence même de travaillera un rapprochement entre ces deux hommes, dont le désaccord risque, surtout dans un pareil moment, d'avoir des conséquences funestes pour la cause de la Coalition (1).

(1) « Il y a 5 ou 6 ans, dit de Luc à Haugwitz, que iouîes nos pensées « sont communes ainsi que nos seutimenis sur les affaires politiques. « Nous ;.vons vu séparément de bonne lieure le danger de tous les Eiais, « nous avons déploré ensemble qu'on ne prît pas les mesures nécessaires « pour s'en garantir. Nous blâmions tous ceux que nous pensions y metire « obst: cle. Jamais nous n'y avons rien mis de personnel. Quand nous « avons agi. cela a été de notre propre mouvement e; uniquement en vue « du bien. Tel est l'homme que Votre Excellence trouvera dans M. de « Stamford, avec de gr;!ndes lumières milii aires et politiques et la cun- « fiance bien précieuse de M. le duc de Brunswick, fruit d'une longue « expérience de Son Altesse Sérénissime. Quand vous vous serez bien « connu l'un et l'autre, je suis sûr que ce sera un moyen de vous en-

A aucun moment de sa carrière cependant si mouvementée, jamais Stamford, sa correspondance en fait foi, ne déploya une aussi prodigieuse activité que depuis son retour à Berlin à l'automne de 1798 jusqu'à son départ pour Saint-Pétersbourg. Malgré Fétat de plus en plus précaire de sa santé, malgré ses souffrances physiques que rendent plus cuisantes encore les déboires, les dégoûts qu'il éprouve journellement (tels sont les termes mêmes dont il se sert dans le rapport qu'il adresse, en février 1799 au prince d'Orange), il puise dans son indomptable volonté, dans sa foi ardente, la force nécessaire pour soutenir cet effort surhumain et incessant pendant tout près de deux ans.

Ce n'est pas seulement avec le prince d'Orange qu'il entretient au cours des années 1799 et 1800 une correspondance des plus actives, avec le duc de Brunswick, avec Haugwitz qu'il soutient une lutte presque continuelle. C'est avec Panin, lord Grenville et son frère Thomas qu'il examine, qu'il discute les questions les plus graves et les plus ardues. On le consulte sur toutes choses. On ne se contente pas de concerter avec lui toutes les opérations qu'on ne cesse d'entreprendre afin de jeter la Prusse dans la Coalition. Comme Siéyès et Parandier le mandent à Talleyrand, l'un de Berlin, le 3 Germinal An Vil, 23 mars 1799) (l), l'autre, d'Altona, le 23 pluviôse (11 février) et les 9 et 12 Germinal (29 mars et l^^" avril) (2), c'est lui qui, à la demande de Tliomas Grenville, rédige et publie une brochure intitulée : Le système de neutralité de la Prusse, ses causes et ses suites présumables (Allemagne, 1 799).

« Ir'aider pour un m;'rae faii ». E dm s sa dépêche du "26 novembre 1798. Dropmore Papers, IV, 395. De Luc ajoute : « M. de Haugwiîz me témoi- « gna sa satisfucîion de cet éclaircissement ».

(1) Prusse. Volume 22"). n" 5, Dépêche chiffrée, folio 59.

(2) Hambourg. Volume 114, n" 29. f 62. n" 39, f 123, n° 40. f 127. « L'écrit sur la Neutralité de la Prusse contribue à faire constaler l'as- « pect actuel du c.ibinet de la Prusse, d'autant plus qu'il a pour auteur « le Hollandais Stapfort (sic), homme de confiance du duc de Brunswick « et l'ancien coadjuteur D:ilberg, de Mayeiice... » (Parandier à Talleyrand, Al'ona, 11 germinal an VII (1" avril 1799).

La confection de cette brochure n'avait pas empêché Stamford de mettre la dernière main à un plan dopératîons qu'il remit à Thomas Grenvîlle, et que cekn-ei transmit à lord Grenville aussitôt après en avofrpris connaissance. L'adoption de ce plan lui avait semblé si désirable, sr urgente même que, le 27 mars, le diplomate anglais revenait à la charge sur ce sujet, quelques jours avant d'envoyer en communication « la lettre très nette, très « énergique de Stamford an duc de Brunswick, dans « laquelle fe général s'eflorçtiit de mettre le prince en « garde contre les arguties et les sophismes auxquels le K Cabinet de Vienne comptait recourir, afin de l'attirer « hors de la voie du bon sens (1). »

Stamford est maintenant mêlé à tout. Au plus fort des négociations avec Barras, (h^ conciliabules avec Faucbe- Borel, Monnier, la Maisonfort et le duc de Fleury, on a à toute force voulu qu'il assiste entre autres à ti'ois conférences, qui se sont tenues a Berlin entre le comte Panfn, Piehegru, la Maisonfort, Fauche-Borel et Monnier.

cr Le bon sens de Stamford nous aidera dans cette « affaire, mande à ce propos Thomas Grenville à lord « Grenville. H en apercevra les dangers et les côtés « faibles et cependant il hait tellement la Révolution « qu'il dit lui-même que contre cette maudite Révolu- « tïo7i, il faut pourtant malheureusement se mriir de ♦( tout. »

« J'ai oublié, ajoute un peu plus loin Thomas Grenville, «< de vous demander quelle était la situation de Stamford. (( Mais j'ai l'intime conviction que ses mérites sont tels, (( les services qu'il rend sont si grands qu'ils lui donnent «. assurément droit à une situation bien meilleure que celle « qu'il semble avoir. \\ est réellement un homme inva- « luahïe (ûc),quau ne saurait louer autant quil le mérite,

(1) Tha)nas Grenville à lord Grenville Berlin. 12 et 17 mars &'. 3 avril 1799. {Dropmore Papers, IV. 502, 512, 515, 520-522).

THÉFACE 39

fx mnis que /Uiqufr présent on .^'e.st ronlentf' a'estimêr heau- « coup plus qi( on ne l'a récompensé (1).

Ce lémoignage, signé pnf «ri homnie, qai n'était guère p<)rté à des enthousia^me-s irréfléchis^ qui pesait e» général avec le plus grand soin ses paroles et ses acÉes, n'est-il pas la preuve manifeste e( indéniable de la place que Stainford avait réussi à se faire dans les Conseils de la Coalition, autant par son zèle et s^es talents que p^^r son rare désintéressement,

La eonfîance qu'il inspirait à Thomas Greoville était si grande qu'il avait suffi il'une proposition faite par le général pour qu'il consente à confier îa direction d'un de ses services de renseignements en France à M. de la Paine, gendre de M". Rivière, un ancien envoyé' de- Saxe à Berlin (2).

Bien que la campague de ilW se fût ouverte pour la Coalition par une série presque ininterrompue de sttceés, bten que, comme Talleyrand fui-tnême le constattait dan'S son Rapport au Directoire sur la .ntuatron extérieure de VEurope, « dans l'énortlération dos puissances' qui lui « sont attachées, l'a RepnWique Française fut loïn de trou- « ver l'équivalent des forces qni lui sont oppOfséeS^ fS')', » à' Vienne et plus encore à Londreis on ne considérait pas la partie comme gagnée. La marche des- afîa'fres y donnait

(1) Thomcts Grenvillefà taré &r("iwil;lè' (Confidentielle): Beprin. 25# aVi'il 17;99. (DropmOife Pape)"^. V. 20-2-1). A cette dépéGho Thomas Grenville îivaif juini le rappori do Da>jid Monnivr sur une négociation relative au r^ablis^mei'it delà Monwi^ehie e)T France, la dopée de la letti'e d& Davùi Monwier adressée le 7 mars au Roy à. Mittau et remise à M. le comrc de Panin el, en ôirlre. une niôte cfa génénll de Sianvford : Qu&l^Ue^ considuh-ationsnclatiuies à un ceftain pfojfft prémnité k Louis A'VIII^^ (en date d«; Berlin, 12 avril 179'J). {Dropmore Papers. V, 28-32). Cf' FAUCHE-BotiKL. Mémoires. ïl, 24tf ^^ Fonds Émir^^m. GftlMneft dit H©y S Tbauvenay. uvrij, IT'Jf):

(2) Thomas <}renmlle à lord Grenville. Berlin, 1« el 30 avril 1799. {Dropmore Papers, V, 2, 35, 51. Le trtii'tenlenfc d'e IW, PUlue éUiic fîxé'îï 7(X) l'iH^rfâ» sterling par an, plus 200 pour rétribuer les espions. « La PaUie, écrivait « Thomas Grenville, est un bon officier et un. homme très iintelligent. »

(3) Cf. Appendice.

plus d'inquiétudes que de satisfaction. On se préoccupait surtout au sein du Cabinet de Saint-James de la nature des relations entre Saint-Pétersbourg et Berlin. Comme Woronzow le confiait à lord Gren ville (1), l'attitude dé la Cour de Russie, le ton adopté à l'égard de la Cour de Berlin, lui semblaient plus qu'impolitiques, pleins de dangers et de nature à resserrer, bien loin de les rompre, les liens de la Prusse avec la France. — Aussi peu rassuré que l'ambassadeur de Russie, craignant comme lui de ne pouvoir parvenir à entraîner Frédéric Guillaume 111 dans le système de la Coalition, lord Grenville adopta sur l'heure même l'idée que Woronzow venait de lui soumettre.

Pendant que son frère Thomas aura l'œil ouvert sur ce qui se trame h Berlin, on redoublera de vigilance et d'activité à Saint-Pétersbourg et c'est Stamford qu'on chargera d'aller tenter auprès de Paul I*^' des démarches décisives et de l'amener à prendre une part de plus en plus active dans la Coalition. C'est à lui qu'on confie le soin de « déterminer l'étendue de la coopération que Ton espé- « rait de la Russie ». C'est sur lui qu'on compte pour lui « faire accepter le plan d'opération du corps d'armée an- « glo-russe que l'on se propose de jeter en Hollande ».

il suffit d'ailleurs d'un coup d'œil jeté sur les correspondances du comte Woronzow, de lord Grenville, de Thomas Grenville, du prince héréditaire d'Orange, sur les notes de Pitt, sur les rapports de Whitworth, sur les dépêches de Panin et de Kotchoubey pour se rendre un compte exact de l'importance qu'on attachait à la mission de Stamford comme des difficultés de toutes sortes contre lesquelles le général allait avoir à lutter.

Le 18 mai, plein de zèle et d'espoir, Stamford entreprenait ce long et pénible voyage. « Il rendra d'inesti-

(\) Woronzow à lord Grenville. Londres, 25 avril 1791). (Dropmore Paper?, \. 3?).

(( mables services à Pétersbour^ où son énergie et ses ta- « lents contribueront puissamment à faciliter les négocia- « tions à Whitworth. 11 a refusé de prendre l'argent que je « voulais mettre à sa disposition. 11 désire seulement être « autorisé à tirer sur Whitworth les sommes dont il aura « besoin pour se couvrir de ses dépenses là-bas, » écrivait de Berlin, le 12 mai, Thomas Gren ville à son frère (1). Le départ du général n'avait naturellement pas pu passer inaperçu à Berlin, a 11 a fait grande sensation ici (( comme de raison, mandait de Berlin, le 24 mai, le (( prince héréditaire d'Orange à son père. Je tiens à cet « égard le langage dont je suis convenu avec lui et en ai « même parlé de cette manière à Haugwitz, qui m'a dit (( trouver très naturel que mon Père ait envoyé quel- « qu'un en Russie pour veiller à ses intérêts dans des (c moments comme les présents et où l'Empereur de (( Russie employé des moyens et avance des intentions

« pour la bonne cause Du reste dans le public ici

« personne ne semble douter que le but ne soit d'em- « ployer les 45.000 Russes qui doivent passer en AUe- « magne pour la délivrance de la République (2) »

(1) Di'opmore Papers, V. 52-53. Le 19 mai, Thomas Grenville écrivait à sir Cliarles Whitworili et l'inviîait à se mettre cà la pleine et entière disposition de Stamford. Non content de lui vanter les grands talents, les rares qualités du général, il ajou'.ait : « Attaché corps et « âme à la cause qu'il a embrassée, il se dépense sans ménagement « malgré l'état précaire de sa santé et met au service de cette cause « toutes les ressources d'un esprit exiraordinairement ardent et éner- « gique. Il est impossible de le connaître, ne fût-ce que depuis deux jours « snns être convaincu de sa grande valeur. Mais tous ces éloges sont « encore bien au-dessous de ses mérites ».

A:irrs avoir recommandé à Whitworth de lui faciliter l'obtention d'une audience de l'Empereur, auquel il présentera la leitre de créance du Slaiiiouder, audience qui peut et doit être de la plus grande utilité, il s'agir.i, de le nieJre en rapport avec le capitaine Popham, dès l'arrivée de cet ofîicier. «( Dès qu'on sera bien d'accord sui' les opérations militaires, « Stamford aura haïe de revenir reprendre son poste. Ih où ses lumières « e' SX conntiissance des lieux seront d'une incalculable valeur pour assu- « rer le succès de l'entreprise qui doit délivrer la Hollande ».

(Ibidem, V, 57-58).

[1] Dropmon'. Papn^s, V, G2-G4. « Quan , à la Hollande, un essaim « d'Anglais réjiandus à la Cour et danstou.es les iSociélés de Berlin est

42 i.E (;s':nkrae ide stamfohd

Oh attachait une si grande importance à la négociation confiée à Stamibitl que Panin ne pointait cacher la eraiiiite qu'it avait de ta voir échouer. Il avait^ non sans raison dailleurs, si peiï de confiance dans l'efficacité de Faelion que pouvait exercer à Pétersbourg Sir Charles Whitworth, qu'il ne cessait de presser Thoraas Gren ville de se rendre en personne en R»ssie et d'y pousser à la roue. « M y a bien des raisons, écrivait ce dernier à lord Greoville,^ qui s'opposent à vm p^ve'û « projet. Je me bornerai à vmjùs en citer trois. La preœ mière de toutes est que ce qu'il sera possible d'y (( faire, Stamford le fera.,. »

Toujours esclave de son devoir, sachant ou sentant qwe sa présence était nécessaire à Berlin où entre temps, les affaires avaient été loin de prendre la tournure désirée par les repiiésenfcants de la Granée -Bretagne et de la Russie, Stamlord me s'était pas endormati à Saint- Pétersboarg, Quelques jours après avoir été reçu par Paul ¥^\ après s'être; mis- d'ac«ord avec Popham, sans^ s'arrêter à Mittau où on avait espéré lui vo-ir faire au moins une courte apparitio-n (t), le général brûlait tes étapes et, le 22 juillet, à la grande satisfaction de Thomas Grenville, « heureux de l'avoir auprès de lui

« pm^enu à persuader au public qu'il importait; à l'Europe entière q-ue la « M&llande fût renétm- à' ellfi-même.. c'est-à-dire k l'Angleterre. Les « OraHg-istes sont, plus remu;mis qnie jamais. AvaiiMiier encore, le piriace « liérédilaire: d'Oran^-, accompagi:ié du comte d^e Sctiulenburg', iv eu « une longue conférence a^rec M. de Ha.ugwitz qui à ce-ï égardi paî'tage « les senliijnents dui Roi.

« L'infatigable Slamford est paî'ti depuis près de qlùiize jours- pour « Pétersboui"g.. Tout enfin annonce des vu«?ï liosîiles coalre la H©1-

<| lande » (P?' lisse;, volume 225, n" 3. folio 191. Ottoà' lalleyrand. Ber-

« lin, 1,9 prairial, an. VII (29- nnii 1.799).

« J:' ai lieu tle croire. Lit-on dans un«? Note du Cabinet du Roi aw comte « de Mou.stier, de Mitiau. le 23 mai 1799. q^ie Stamford a des vues p^lus « étendues, que celles que vous lui supposez-. H a passé icHneogniio ». (Fonds Bour])ou, «09/256- N' 19, folio- 310).

(1) Cf. Marquis- de L... à l'abbé Marie. Saint Péîersbourg. 15/26 juin 1799. Pièce LXVIl. A noter que depuis le mois d'avril- Stamford figurair. diwîs le chilïre db Cabinet du Roi: où son nom correspondait au nombne t.270. F onds^ Bourbon, 007/24 'i. n° .j3i folio 204.

PRÉFAGK 43

« dans nii' moment aussi difficik (1) », il était prêt à reprendre ses fon-etions et sei* opérati»ns à Bierlii*.

On ne htx laissa guère le temps «te sotiffteff et de se refaire des fatigires du voyage, puisque, dès l^e 26, il remettait a Thomas Grenvilfe, qiri lai transmettait l'e lendemain à son frère, une note dans laquelle il exposailleî^FaisO'ns pour lesquelles il avait cru devoir se rallier au plan d'attaque sur to. Hollande qui lui avait été communiqué par le capitaine Popham et qnr aîvaitété arrêté à Londres (2).

Les rapports entre Thomas Grenville, dont la mission extraordinaire tirait à sa fin, et Stamford, étaient devenue? si intimes depuis le retour du général, la confiance qn'il lui témoignait était si grande que Stamford n'^était plus seulement son coïïaborateur, mais son conseiller et son confident tellement intime que, ne voulant pas traiter directement avec le prince héréditaire d'Orange la question brillante des négociations entre la Prusse et la Maison d'Orange, il se déchargea de ce soin sur Stamford. « Vous savez, écrit-il un peu plus tard, le 1(^ avril à son (( frère, en quelle estime je tiens le général de Stamford (( et combien je désire pouvoir le plus longtemps pos- « sible tirer parti de son esprit éclairé, de son concours (( actif et dévoué. Aussi, maFgré tonte la résistance qu'A « m'a opposée, j'ai fini parlai arracher la promesse qu'il' « m'accompagnera en Hollande, si je suis obl'rgé d'y all'er. « Mais il demande en retour que le Stathoud'er lui écrive « et lui donne son consentement II pense qu'il serait « bon de ne pas mettre fin à ses fonctions de chargé « d^ affaires à Berlin, parce que son rappel pourrait faire « croire à un refroidissement entre la Maison d'Oiange et « Ghartottenburg. Le Stafhouder devra donc se borner <à

(1) Thomas Grenville à lord Grenville. Berlin, 27 juille! 1799. ,Dropmore Piiper». V, 175). Cf. Otlaà Talleyrand. Berlin, 6 therinidor. an VÎT {2i juillel 1799j. Prusse. Vol. 225, n* 20 : f- 25)0.

(2) Dropmore Papers, V, 197-198.

« lui donner l'autorisation de s'absenter momentanément (( de Berlin. Je pourrai alors compter sur son concours et « sur sa présence auprès de moi et rien ne l'empêcherait

« de continuer à se rendre utile cà Berlin » Thomas

Grenville attachait tant de prix à cette combinaison qu'en terminant il priait son frère d'écrire sans tarder dans ce sens au prince d'Orange (1).

Au commencement de septembre, lorsque, sur le point de quitter Berlin, il lui semble indispensable d'exercer une fois de plus une pression énergique sur le duc de Brunswick, c'est encore le général qu'il met en campagne. « J'ai (( demandé à Stamford d'écrire au duc de Brunswick « pour l'animer et l'empêcher de retomber dans ses hésita- « lions et la crainte que lui inspire sa responsabilité éven- « tuelle au point de vue militaire (2j. »

Pendant que Thomas Grenville se préparait à rentrer en Angleterre, un autre des grands amis de Stamford allait, lui aussi, quitter Berlin. Le comte Panin, qui lui avait voué une véritable affection, venait d'être rappelé à Pétersbourg pour y remplir les fonctions de Vice-Chancelier. Stamford le voyait s'éloigner avec d'autant plus de tristesse qu'il ne se faisait aucune illusion sur les dangers inséparables d'une si haute situation, surtout avec un prince aussi versatile, aussi peu équilibré que Paul P"". Il redoutait, non sans raison, pour cet ami, qui lui était si cher qu'il tint à aller lui dire adieu à Francfort sur l'Oder, une disgrâce plus ou moins prochaine, mais inévitable (3).

Rien, après le départ de Thomas Grenville et de Panin, ne motivait plus la présence de Stamford à Berlin (4). Fati-

(1^ Thomas Gi-envilU' à lord Grenville (Confidentielle). Berlin, 19 août 170:J. [Dropmorc Papers, V, 300-301). Cette mesure lui tenait si fort à cœur qu'il revient encore à la charge sur cette question dans la dépêche qu'il expédiait de Kleiîz le 3 .septembre.

(2) Idem in ibidem, V. 34'2.

(3) Thomas GremnVe à lord Grenville. Hambourg, 6 el 10 septembre 1799. {Dropmore Papers. Y. 3j9, 3S4).

(4) Idem in ibilcm. \. 3Si).

gué, malade au point de ne pouvoir se rendre à l'invitation de Thomas Grenville qui l'a instamment prié de venir le voir et conférer avec lui à Brème ou de préférence à Emden , Stamford est allé chercher le repos du corps et de l'esprit et réparer un peu ses forces à Brunswick. « Son zèle et ses « talents sont trop grands, écrit Thomas Grenville, d'Al- (( tona le 19 septembre, pour qu'on le laisse s'endormir « et s'étioler à la Cour du Généralissime prussien (1). »

La légitime faveur, dont Stamford jouissait auprès des Cours et des Cabinets de Londres, de Saint-Pétersbourg et de Vienne, la considération que lui avaient valu les services signalés qu'il ne cessait de rendre, la droiture et la fermeté de son caractère, la sûreté de ses jugements et peutM^'tre plus encore une qualité, toujours très rare, mais plus encore dans les temps où il vivait, son désintéressement, n'avaient pas manqué d'exciter la jalousie de certains de ses compatriotes. L'envie qu'on lui portait, la crainte de voir grandir encore son influence et son crédit n'avaient pas été étrangères à l'attitude et au langage de Fagel, l'ex-Greffier de Hollande. Consulté par lord Grenville, il n'avait trouvé que des inconvénients au projet, dont les événements empêchèrent d'ailleurs la réalisation, formé par Thomas Grenville de s'adjoindre éventuellement le général, si les circonstances l'appelaient à se rendre en Hollande. Lord Grenville avait prêté l'oreille aux suggestions de Fagel et Thomas Grenville n'avait cédé qu'à son corps défendant. Mais en s'inclinant devant la décision prise par son Gouvernement, il avait tenu à bien marquer son mécontentement et sa surprise en disant à son frère : <( Je ne sais pour quelles raisons Fagel désire qu'on tienne « pour le moment Stamford à l'écart. »

Quoique temporairement hors d'état de pouvoir reprendre une vie aussi active que par le passé, Stamford

(1) Thomas Greni-illo à lord (h'onvill*'. Altona, 1!) septembre 1799. {Dropmorc Papers. V. 41'.)).

46 LE GÉNÉRAi 1>E STAMFORI)

«m a«vait pas moins été crwellement ibkssé par la coa- >cessi#n que lord Grôiaville avait eu la faiblesse 4e fai^e aux rancuQies, a*ix visées îMiibitieuses de Fagel, aux insimua/tions du |«ûû€e héréditaire. Il avait un instant sérieusement songé à se retirer. « La dernière fois ^u'al « Stamford) me donna signe de vie, lit-on dans la (( ilé^êtvhe particulière que Thomas Grenvill« écrit à (( son fosère d'Emrden, le 1^'" octobre, il me parla dans sa <( letire de rinU(tilité de ses services et m'invita à faire ■« sentir aïi Giôuvernenaent anglais qu'il devait cvesse*' Âe «. faire pou-r lui -des dépenses qui n'avaient plus de raison a d'être. Je répondis que je ne recanamanderais jatnais « une pareille mesure et que la hau|;C opinion qu'on « avait de lui excluait à tout jamais la possibiJit*^ d'uae « pareille décision. >'

Pour qu'on ne jouisse avoir aucun doute st»r ses sentiments à Tégard de Stamford^ il avait soin d'ajouter : (c i)uant à moi, je désire qu'on l'employé plus aetiveme-nl « q»e jamais, qu'on lui donne «ne situation de t/mi {we- « mier ruRg et quelles qu'aient pu êtr-e les causes de la « jalousie du Prince à l'adresse de son ancien gouverneur, « j.e nVn crains nullement les conséquences.. »

Tdîomas Gifenville ne s eitait pas r.ontenté de donne<r à S-tamford un nouveiwii témoignage d'estime, de gratitude ei de sa tisif action. Les paroles ne lui suffisaient pas. 11 avait tenu à les appuyer par des actes et pour bien prouver à Stamford qu'il comptait comme toujours s«r sa coldaboratioiEi, il venait >a« môme instant de le cliarger « de suivre le projet de correspondre avec la France, tel que le propose la Palue (1) ». Q^^ielques semaines plus tard, le service était en pleine action. On pourra en juger par les nombreuses « Notim/hs de Pwis » qui, parvenues à Stamford à p^artir (le< premières semaines de 1 800,

if) Thom-as QrenmUe à lordGrenville. {P;irticulicre). Emdeu, 1" octobre 1799. Dropnwre Pajn-rs. Y, 448-449).

ifigurcnt dans son dossier au Jtiecm^d Office et dont J'ai icpu (Icv'oiTcreiw'odnia'eles plus intéressantes.

Ouoiq^ue toujmiirs souffrount^ quoique proifiondément mortifié par icette manifestation inattendue d'une méfiance imméritée, Stamt'ord n'était ^pas resté inactif à B^runswiclv. Afin de do*iner plus de poids a ses cosmimiunicïationa, au moment mente on l'oiii cberchait à le mettre à l'écart, il avait pnié la iprinoesse hérédiitaire de Bptmswick de faia'e connaître au prince, sonipère, la teneur de l'entretien qu'il venait d'a-vioir av'ec le due de dBa^unswidk.

l^las liinitimeMent convaincu que jamais de la gravîkté de la situation, « il s'était occupé à concerter aivec le Duc « un dernier moyen d'engager le roi de (Prusse à ipremére « le seul parti qui puisse (convenir dans les circonstances « actuelles au bien présent et futur de ses Etants (1 ), »

(( Le Duc, ajoutait la Princesse, a envoyé à ce sujet un '< Mémoire à Sa Majesté, qni n'a fait jusqu'à présent aucun

effet et Elle 'n'a fait avancer Son armée en partie «ur

le Kîhin que ;pour fprendre possession deGlèves siile^ « Français se déterminent à le lui céder (2) »

L'^état toujours de plus en plus lamentable de sa santé, avait, le 1 1 octobre, obligé, comime je l'ai déjà noté plus fhtfut, Stamford à renoncer à se rendre à Emden auprès de Thomas Grenville (3). « J'espère, lui avait-^il séorit de

1) Princesse de Brunswick au prince d'Orange. {Extrait en chiffre}. iJrunswick. '1" octobre 1799 {Droprnore Papers, V, 4'i4-4i8).

Cf. pour les îippréciutions de Thomas Grenviile sur le Mé^noire du duide Brunswick, sa lettre à St;imford, (rEmden, 7 ociobre 1799 (Ibidem, 46'2-4(i5).

("îi^Of. Général de Slamford au lu-iuce d'Orange. Brunswick. 9 octobre 1799. Dropmore Papers. V. .5';5-507V 11 lui rend compte que « leBoi « a rt^poudu au Duc que tout en conveiiani de la solidité de ses argu " luertt-s, il n'en demeurait pas moins persuadé que le système qu'il avait

Kiopti'" était le seul qui pût convenir à la Prusse dans les circons-

i;in(*es actuelles ».

.i) « Si mon médecin, ainsi commence sur un Ion qu'il s'efforce de >' rendre un peu gai, la longue lettre qu'il écrit à Thomas Grenviile le « il oct(ibre ot dans l;u{uelle il ne lui cache pas les prèoccup;ttions que lui « inspirent, les inquiétudes que lui donne la tournure prise i)ar les affaires

eu Suisse et en Hollande, sa-vait raccornmrjder desc-orps vifmx et usés.

« Brunswick le 29 septembre, que je serai toléré en ma « qualité d'envoyé de iMonseigneur le prince d'Orange près « de Sa Majesté Prussienne, d'où je n'aurai pas à risquer « d'être appelé dans l'autre monde sans être expédié dans 0 les formes par la Faculté de Médecine »

A peu près rétabli vers la fm d'octobre, il se proposait de mettre h exécution le projet de déplacement que la maladie seule l'avait contraint d'ajourner, quand il reçut coup sur coup, d'abord la nouvelle de la victoire de Masséna, puis celle de la signature de l'armistice en Hollande (1). La situation devenait d'autant plus inquiétante que l'archiduc Charles ramenait ses troupes en arrière, qu'il fallait à tout instant s'attendre à voir Paul 1*^' sortir de la Coalition (2), enfin qu'on allait désormais avoir à compter avec Bonaparte de retour en France.

Le vent avait de plus complètement tourné à Berlin. Il fallait, à tout prix et sans perdre une minute, suivre et observer de près ce qui ne pouvait manquer de s'y tramer, essayer de parer, tout au moins d'amortir, le coup que le nouveau cours des choses allait porter à la Coalition. C'est à Berlin seulement que la présence et l'action de Stamford peuvent être utiles en un pareil moment. Mais il est malheureusement hors d'état de pouvoir faire face personnellement aux dépenses inséparables d'un séjour à Berlin, et quoiqu'il lui en coûte, il lui faut s'adresser à Thomas Gren ville et le prier de lui obtenir l'appui matériel du Cabinet de Saint-James (3).

« comme mon charron el mou sellier on' su rajeunir ma vieille voiaire « et la remettre sur quatre roues neuves, au lieu de dater cc:te lettre de « Brunswick, je la daterais d'Emden. J'avais tout disposé pour m'y « rendre au commencement de cette semaine... quand une violente toux « rhumatismale vint, il y a deux jours, me jeter sur lo grabat, de sorte « qu'il n'y a que le Ciel (jui sache quand je Mr.ii (mi état de nie meltre en route... » (Droprnore Papers,'^\, 489 490\ (1) Capitula: ion d'Alkmaar signée le 18 ocobie.

(■2) Instructions de Paul I - au comte Woronzow. Gatchina. 15 octobre

3) « Je suis fâché de me trouver dans le cas de devoir vous entre enir

11 se serait mis immédiatement en route si, comme il le mande, le 6 décembre, à la princesse d Orange, qui ravail vivement encouragé à se rendre à Berlin sans perdre de temps, « sa voiture non moins détraquée que sa santé n'avait eu besoin d'une forte réparation (1 ). »

Entre temps, il avait eu le loisir d'étudier à fond la situation, de se rendre un compte exact des conséquences du 18 Brumaire. Voyant qu'il n'y avait plus rien à espérer du côté de la Kussie, il s'était retourné vers l'Angleterre et, redoublant d'activité, il avait, avant môme de quitter Brunswick, adressé au Cabinet de Saint-James, vers la fin de novembre ou au plus tard dans les premiers jours de décembre, trois mémoires, l'un sur « la Position actuelle delà France et ses ouvertures de Paix •>, un autre, qui avait pour titre : La Paix impossible, et un dernier, dans lequel il étudiait les origines des Guerres de la Révolution et les mesures a prendre pour l'abattre ».

Le Cabinet de Saint-James n'eut assurément pas lieu de regretter le supplément de dépenses que lui occasionna le séjour à Berlin de Stamford pendant le cours de cette

« d'afïaires d'argeni eU ce qui plus est, de finir cette leîd-e par vous parler « sur cet objet pour mon propre compte, ce que je ne ferai cependant que « pour ménager la délicatesse de M. le prince d'Or;inge, qui devait en « parler lui-même, parce que la chose le regarde. Vous n'ignorez pas que « la dépense occasionnée par ma mission à Berlin a été aux frais du « Gouvernement britannique qui a bien voulu s'en charger. Sachant plus « que personne combien ces frais surpassaient l'utilité que le Gouverne- « ment en recueillit, j'en fus d'autant plus empressé à quitter cette mission « qui pour celte seule raison me peinait plus que je ne puis dire. Par « la tournure fâcheuse qu'ont prise les alîaires en Hollande, je me crois « obligé d'aller la reprendre, au moins pour quelque temps, car, comme « je n'ai quiité Berlin que sous le prétexte d'aller faire une absence de « quelques semiines, pour que le Roi ne s'imagine pas que M. le prince « d'Orange m'eût rappelé par humeur, il me .semble que je ne puis guère « me dispenser. d"y faire- une nouvelle appari:ion. J'ai en conséquence re- « cours ù votre intervention auprès du Gouvernement britannique pour » qu'il m'accorde, durant le court séjour que je me propose d'j' faire, la « même faveur dont il m'a fait jouir ci-devant... » Général de Stamford à Thomas Grenville. Brunswick, 31 octobre [17y9 [Droprnore Papers, VI. 4->).

(1) Général de Stamford à la princesse d'Orange. Brunswick, G décembre 1799 (Droprnore Papers, VI, 61-62").

Stamford 4

50 lp: gknkral bk stamford

année 1800 si pleine de grands événements. Le service de renseignements de Paris, dont il avait préconisé l'organisation et qu'on l'avait chargé de diriger et de centraliser, fonctionna avec une parfaite régularité et ne cessa de fournir des rapports aussi fréquents qu'en général intéressants. Quant à sa correspondance personnelle tant avec Panin qu'avec le duc de Brunswick, avec le prince d'Orange qu'avec les Ministres anglais, elle est encore plus active en 1800 qu'en 1799. Rien d'ailleurs ne prouve mieux l'importance que l'on attachait surtout à l'action et à l'influence de Stamford que la lettre particulière que l'on adressait de Brunswick, le 14 février 1800, au Cabinet du Roy au moment du départ du général. Au dire de ce correspondant, Stamford conservait encore quelque faible espoir de voir Paul I*^"^ revenir sur les ordres qu'il avait donnés à ses troupes, mais ne faisait guère confiance à Thugut et au Cabinet de Vienne (l).

Avait-on eu connaissance à Vienne des appréhensions qu'inspirait à Stamford la conduite incertaine, presque équivoque, de l'Empereur et de ses Ministres, avait-on caressé l'espoir, envisagé la possibilité de l'amener à modifier le jugement qu'il portait sur la politique autrichienne, toujours est-il que quelques jours avant son départ de Brunswick, ïhugut lui-même lui avait écrit pour lui annoncer que l'Empereur était disposé à se rendre à son désir et à l'admettre parmi les Chevaliers de l'Empire ('2).

Quelques mois plus tard, lord Gren ville et son frère Thomas se félicitaient de l'heureux concours de circonstances qui, grâce à la présence de Stamford à Berlin, aux subsides altoités à sa mission, allait singulièrement y faciliter la tâche de leur beau-frère Carysfort. Ce fut en efl'et à

(1) Cf. Appendi( e. Lord Grenville au comte de Starhemberg, Dropmore Paper s, \l. 116.

(2) Cf. Appendice.

VamiifriM'^ de Stcimfoid qu^ Thomas Greaville fit appel, lorsqu'il s'agit de guider les premiers juis du nouveau représefllant de k Grande-Bretagne près la Cour de Prusse.

Le prestige de Stamford étaiit si fortement établi que Panin justement alarmé de la tournure que preiiaieni Les atï'aires^ de la tension cro>Éssante des rapports entre la France et l'Autriche, redoutant et prévoyant la reprise des hostilités, avait, vers la mi-oetobre, lui aussi, jugé utile d'avoir recours au général. S'inspirant des ouvertures que Carysfort lui avait faites, il n'hésita pas à lui coniier la délicate mission de sonder le Ministre d'Angleterre, de rouvrir incidemment et prudemment la questiOîBi de la cession de Malte et de préparer le rétablissement de la bonne harmonie entre Londres et Saint- Pétersbourg.

On a si grand besoin de lai partout où il y a quelque aûaire difficile à régler qae,. bien qu'on le sache plus malade, plus fatigU4\ plus faible qu« jamais, qu'on n'ignore pas qu'il a un urgent besoin de repos, peu s'en faut qu'on ne se rende aux désiis de lord Minto qui réclame à grands cris sa présence à Vienne. Heureusement pour lui, Carysfort refuse de se priver de ses conseils, de soia expérience dans un pareil moment (1).

La présence de Stamford à Berlin avait été d'autant plus utile que Carysfort et lui avaient eu, presque aia. mième monient, mais chacun d'eux séparément, ufte série d'entretiens avec llaugwitz sur la possibilité et les coaditions d'un accord entre Vienne et Berlin. Très réservé avec lie diplomate anglais, le ministre prussien n'avait pas caché à Stamford qu'il craignait une forte résistance de; la part du Koi et, grâce aux confidences du général, Carysfort avait pu arriver à connaître, ce qui était de la

[t) « Leiivui de Staiiilord à Vienne cuiiserait, une si g:rande sensation « que sa mission ne pourniii. plus avoir quelque chance de succès »• Lord Ca.rysfQrt ù. lord Grcnville. Berlin, 23 novembre l^Oi) {Dropinore Papers, VI, 393).

plus haute importance pour lui, la conduite que la Prusse tiendrait dans la question de la Neutralité (1).

Stamford n'avait du reste pas perdu de vue pour cela l'autre question, celle des rapports avec l'Autriche. Quatre jours avant Hohenliaden, la lettre de remerciements, qu'il adressait à Thugut à l'occasion de son annoblissement, lui avait fourni l'occasion de tracer un intéressant tableau de l'état de l'Europe, de se livrer à une critique acerbe de la politique de la Cour de Berlin, d'insister enfin sur le danger que ferait courir aux Puissances du Nord l'établissement de la ligue navale contre l'Angleterre (2).

Affaibli par la maladie, par les souffrances physiques contre lesquelles il lutte depuis si longtemps, profondément attristé par les victoires des armées françaises, déçu dans ses espérances, Stamford ne reste à Berlin qu'cà son corps défendant. Il est si fatigué, si désillusionné qu'en février 1801, il songe sérieusement à se retirer en Angleterre (3). Mais, faisant toujours passer Tintérèt général avant le sien propre, il ne tarde pas à abandonner cette idée. Il reste à Berlin pour y défendre contre Beurnonville et aussi contre Haugwitz les intérêts de la Maison d'Orange, en môme temps qu'il y suivra de près les discussions et les tractations qui sont la conséquence forcée de l'entrée des Prussiens dans 1 Electoral de Hanovre. Terrassé par la maladie, il ne put pourtant pas assister aux conférences dans lesquelles, au mois de juillet 1801, Beurnonville et Haugwitz, Tholius, fondé de pouvoirs de l'ex-Statbouder et Hultmann Secrétaire d'Etat de la République batave, ne parvinient pas à tomber d'accord sur

: (1) Lord Carijsfort à lord Grenville. Berlin, 19 nuvembre 180Ù (Ibidem. VI, 393).

(2) Général de Stamford au baron de Thugut. Berlin. 29 novembre 1800. « Huus. Hof und St;Us Archiv. England, 1800; Varia ad Politica ».

(3) Lord Carijsfort à lord Grenville. Berlin, 12 février 1801 {Dropmore Papers, VI, 446).

PRKFAGE 53

les indemnités à accorder éventuellement à la Maison d'Orange (1).

Quelques semaines plus tard, après avoir eu une longue conférence avec llaugwitz qui, avant de s'absenter avait désiré « s'entretenir avec lui sur l'état des affaires qui devenaient sérieuses » (2), Stamford quittait aussi Berlin au mois d'octobre et se retirait à Brunswick.

A en juger par les dossiers du Record Office, à proprement parler par la seule lettre qu'il adresse en septembre à lord (larysfort rentré en x\ngleterre, l'année 1802 a été pour Stamford bien moins qu'une année de repos et de recueillement, une année de souffrances morales et physiques. Au chagrin que lui cause, à l'indignation même que lui fait éprouver la politique de la Prusse, vient s'ajouter la mortification, la douleur de se voir mis à l'écart par le duc de Brunswick. Pas plus que Frédéric-Guillaume III, le duc ne lui pardonne pas d'avoir été et de continuer à être sur la plupart des choses d'un avis opposé au sien. Il lui tient rigueur et l'évite, parce que les événements ont donné raison au général. Enfin, pour qu'aucune épreuve ne lui soit épargnée, un dernier coup était venu le frapper au cœur : le licenciement du régiment dont il était propriétaire, qu'il avait à la solde de l'Angleterre, « non pas à « cause de la perte des sommes qui y étaient attachées, <( mais parce qu'il se voit privé par là de l'honneur d'apte partenir à la Puissance que, préférablement à toutes, il

(1) Beurnoncilh' à Tulleyrand. Berlin, 12 floréal, 19 messidor, 4 Iheriiiidor nu IX {VI mai. 18 et 25 juillet 1801). Prusse. Volume 529, n°' 66, 88 o[ 90.

(2) Cf. Slainford à F. J. Jackson, 5 septembre 1801 : « Je sais, mon « cher el digne ami, tout ce que vous avez fait pour améliorer ma peiita « fortune et la mettre à couvert des événements. J'ai vu, non sans être « vivement touclié. par la lettre que vous avez écrite h ma femme, com- « bien M. Thomas Grenville et lord Carysfort ont été empressés à secon- « der vos généreux efforts en ma faveur. Je vous prie de leur en témoi- « gner ma vivo gratitude et d'être persuadé que, quand même vos « intentions amicales à mon égard devraient rester sans effet, ma recon- « naissance envers vous et envers ou.x n'en durera pas moins autant que « ma vie y>,

§4 LK GÉNÉRAL T>E STAMPORD

« a désiré et s'est fait une g^loire de servir (9). » <( Tix)^ (( avancé en âge pour s'allacher à un nouveau maître, « comme il le dit dans la lettre qu'il écrivait à lord Carys- « fort, s'il était en Angi^erre, s'il pouvait parler au Roi, t( il lui <lemanderait de lui accorder un simple brevette M général etï«<*tif, san^s appodntements, afin de n'élre pas <( confondu avec la foule d'officiers devenus inutiles par Xi la paix ». Il croit d ailleurs avoir (juelqjK's titres à cette grâce, puis(ju il ne dépendait que de lui de passer en 1?9^ avec son grade, soit au service de l'Autriche, soit à celui ée la Prusse. « J'ai refusé, ajoute-t-il en terminant sa (( missive, l'oflre qui m'en fut faite afin d'éviter des « entraves qui m'auraient empêché d'être aussi utile à la (( bonne cause en général et par conséquent à cel-le de « l'Angleterre en particulier, que j'espérais et souhaitais « de le deveîîir (2). »

Les absents ont toujours tort. Le pauvre vieux Stamfoni n'obtint pas la distinction purement lionorifique, la satisfaction d'amour-propre qu'on aurait eu ce|>endant bonne grâce à accorder à ses longs et loyaux services. Bien 'q^u'ott eût fait la sourde oreille à Londres, tant de Berlin où il ■fit tme courte apparition en mai 18();5, au moment où à Paris Whitworth remettait k Talleyrand WHrmaium de l'Angleterre et où le grand duel allait recommencer, que tle Brunswick d'où il ne bougera plus qu'à la veille d'Iéna, Stamford n'en entretient pas moins pendant le cours de cette année avec Francis James Jackson et, par lui, avec le Ministère britannique, une correspondance aussi suivie qu'intéressante.

Avant jnênie de connaître les événements qui allaient amener la rupture entre la France et l'Angleterre, dès les premiers jours de mai, il prévoit l'efllrondrement de 1800. a />ev wrémlutions et les flurtiiatians contmueJles de la

■■■. Il) Slamfoi'd à lord Carysj'ort ,M!iiu:«'\ B uaswick. 5 se/;eiiiLre 180;'. (2) Idem in ibidem.

PRéFACK 55

« Prusse^ écrit-il à Jackson, la préàpHeront tôt ou tard « dans une guerre d'autant plus désasti^use qu'elle y sera « moins préparée et que la Fiance aura plus de dmnces et « de moyens ! »

Que s'est-il pass<^ en 1804 ? Pourquoi, même si la maladie l'empêchait cette fois encore de tenir une plume, n'a-t-il pas, comme il venait de le faire en octobre 1803, dicté des lettres à sa femme ? Comment se fait-il que, bien qu'il soit resté constamment à Brunswick et Jackson à Berlin, on ne trouve dans les dossiers du Record Office aucune trace de la correspondance dont, en raison même de la gravité exceptionnelle des événements, il est difficile, presque impossible même, d'admettre la cessation. Plus espacée peut-être, cette correspondance a cependant dû continuer et donner toute satisfaction à Jackson. On ne s'expliquerait pas sans cela la chaleur avec laquelle, dans la dépêche secrète et confidentielle qu'il adresse à lord Harrowby, le représentant de l'Angleterre à Berlin fait l'éloge du zèle infatigable, des rares qualités de Stamford, des services signalés qu'il a rendus à l'Angleterre et à la Coalition (1).

Mais ce qui est plus étrange, plus inexplicable encore, c'est que, lorsqu'il reprend la plume en octobre 1805, à la veille de la capitulation d'Ulm, Stamford, sans parler de tout ce qui s'est passé de transcendant cependant depuis l'avènement et le sacre de Napoléon, se borne à relever en passant l'inquiétude, l'agitation et le mutisme de Frédéric-Guillame III. Même après Austerlit/, lors de l'envoi de Stulterheim à Berlin, il se contente de constater que « la « conduite des Autrichiens n'a pas été plus sage dans le « Cabinet que sur le champ de bataille ». Il n'ignore cependant pas, lorsqu'il trace ces lignes, l'entrevue des deux empereurs, la signature de l'armistice, l'ouverture

(1) H. (}. F. O. l'russia, 64-65. Jackson Paper's.

des négociations, l'imminence de la conclusion de la paix entre l'Autriche et la France.

Naguère encore si actif, Stamford paraît maintenant se complaire dans le silence et la réserve. 11 semble désirer qu'on l'oublie, qu'on ne parle même plus de lui. Il faut des circonstances exceptionnelles comme la mort de son ancien souverain pour le faire sortir pendant quelques instants seulement de sa retraite. Seul avec un aulre officier général hollandais, le général de Constant Villars, il assiste à Brunswick le 28 avril 1806, aux funérailles de Guillaume V (1).

Les souffrances physiques, contre lesquelles il lutte depuis tant d'années, qu'il a trop longtemps traitées parle mépris et qui ont maintenant pris le dessus sur ce corps affaibli et usé, peuvent seules fournir un semblant d'explication de cette défaillance, de cette indifférence qui contraste tellement avec tous les actes de sa vie passée. Il suffît d'ailleurs de lire la lettre qu'il écrit presqu'au même moment, le 13 avril 1806, à Jackson, pour se faire une idée exacte de son état. La guerre lui paraît inévitable : (( mais avec qui^ contre qui le roi la fera-t-il ? Voilà « la grande question. En attendant je vais faire mes « paquets et aller me mettre sous votre protection que je « réclame d'avance n'en ayant plus à espérer dans ce pays. « Je serais d'autant plus malheureux si l'Angleterre me « retirait la sienne, qu'ayant placé une partie de ma for- « tune en Hanovre, je la regarde comme perdue, ou peu « s'en faut (2)... »

L'état précaire de sa santé est donc fort probablement la cause unique, à coup sûr l'une des causes déterminantes d'une attitude si diff'érente de celle qu'il n'avait cessé d'avoir pendant tant d'années, de ce ton dolent

(1) Génk^A'. de Bas. Pria: Frederik der Xederlanden en seijn tijd, II, 434.

(î; Gv.<^'r:d de S'.aLmJord à F. J. Jackson. Brunswick, 13 avril 1806.

qu'on est quelque peu surpris de trouver dans ses dernières lettres. Sa santé est devenue sa principale, pour ne pas dire, sa seule préoccupation. Déjà, dans sa lettre du 27 mars, il avait fait part à Jackson de son désir « de <f chercher quelque bain aux environs de Dresde ». Il revenait encore sur cette question dans la dernière missive, celle du 24 juin. Ne pouvant encore « s'arrêter à « aucun plan, décidé en ce qui le regarde perso nnel- « lement ». il songeait « si d'ici au mois de juin il « n'arrive rien de grave à aller aux eaux en Saxe, revenir « ensuite à Brunswick, y rester tant qu'il pourrait s'y « croire en sûreté et, dans le cas contraire, se rendre « non plus en Angleterre, mais à Stockholm. » il avait d'ailleurs dû le jour môme, sur le désir formel exprimé par la princesse d'Orange, se résigner à demeurer à Brunswick, (( parce que la princesse lui avait fait entendre qu'il « y serait plus à portée de recevoir des nouvelles de a Berlin ».

Je n'ajouterai plus qu'une remarque à cette notice biographique. On risquerait de commettre une grave erreur en attribuant la rareté des pièces existant au Rerord Office et datées des dernières années de Slamford à un refioidissement, à une altération de ses relations avec le Ministère britannique. Malgré l'attention quelque peu distraite qu'il prête aux événements mihtaires même les plus importants, aux questions politiques d'un intérêt généra], bien qu'il ghsse et se taise même sur les transformations (|ue l'état de l'Europe a subies au cours des trois dernières années, il n'en continue pas moins de jouir d'un très réel crédit à Londres, d'être, de rester jusqu'au bout l'un des hommes de confiance du Cabinet de Saint-James.

Le 9 septembre 1806, « en raison de la gravité et de '( l'importance sans cesse croissante de l'état des affaires », Francis James Jackson avait reconnu la nécessité de déve-

lopper le service de renseignements, dont le siège était depuis quelques mois à Berlin. S'y croyant autorisé par Fox aux termes d'une note du général Walpole en date dij 3 septembre, il proposait à lord Grenville *< d'envoyer sur « le Continent une personne sûre et intelligente qui ne se « contentera pas d'imprimer plus d'activité à la corres- « pondance déjà établie, mais qui tiendra en outre le Gou- <( vernement britannique régulièrement et exactement au (( courant des mouvements des troupes prussiennes ». Mais cela ne suffit pas à Jackson pour assurer le bon fonctionnement du service. II lui faut trouver et avoir à sa disposition un personnage qui lui inspire pleine confiance, (( qui, grâce à sa situation personnelle, facilitera la tâche (( du chef de ce service et qui, grâce à son expérience, lui « servira en outre de guide et de mentor. » « Je proi)ose «■ de plus et par surcroît de précaution de lui prescrire de « se tenir en rapport avec le Ministre de Sa Majesté et avec ■(( le généra/ de Stam/oî'd. » Enfin, preuve indéniable que Jackson n'a jamais cessé de correspondre, d'être en relations suivies et intimes avec le général, la dépêche se termine par cette phrase qui tranche péremptoirement la question : « Ce dernier, ayant ainsi un nouveau moyen de correspondance, se trouvera de la sorte incité, non seulement à continuer, mais à intensifier les informations qu'il fournit à notre Gouvernement (1)... »

Stamford put-il s'acquitter de cette nouvelle commission? Il est d'autant plus permis d'en douter qu un mois après la Prusse s'effondrait à léna et que le général dut, à l'approche des Français, se réfugier à Schleswig, où il mourut quelques mois plus lard, le !6 mai 1807.

(1) F. J. Jackson à lord Grenville. Londres. 9 septembre 180r>. R. O, F. O.. 355-80. Jach%on Papers.

C'est quelques semaines après la défection de Duniourieiz, au lendemain de la mort de l'infortuné Dampierre, de la perte de l'importante position du Camp de Famars, au moment où les coalise's auraient dû marcher résolument en avant, ne laisser ni trêve, ni reposa notre armée battue, divisée et trahie que, grâce aux considérations que le général de Stamford rédigea à la Haye, le 1*^' juin 1793, nous pouvons nous rendre un peu plus exactement compte de l'état d'esprit des chefs des diiïérentes armées en ligne sur notre frontière du Nord. Comme on le sait, mais comme il n'est peut-être pas inutile de le rappeler, au lieu de profiter de l'avantage signilicalif qu'il venait de remporter le 23 mai, en obligeant le général Lamarche à quitter le camp de Famars et à se poster au camp de César, Cobourg préféra se fixer autour de Valenciennes. Loin de tirer parti d'une supériorité numérique qu'augmentait encore la démoralisation de son adversaire, il se contenta de disposer la plus grande partie de ses forces entre Valenciennes et Bouchain, de commencer le siège régulier de Valenciennes, d'assurer et de compléter l'investissement de Condé qui manquait de tout et dont la chute semblait imminente (1). Comme s'il avait craint de donner le coup de grâce à un eanemi battu et désorganisé, Cobourg, redoublant de prudence, échelonne ses troupes et étend entre l'Escaut et la mer la ligne sur laquelle le prince héréditaire d'Orange doit, sur son ordre, répartir ses 15.000 Hollandais. C'est aux dangers de cette disposition qu^en sa qualité de Conseiller militaire du Stathouder, le général de Stamford croit indispensable et urgent de parer à l'aide des considérations qu'il présente à son Souverain.

(1) Cf. TiiiKRs. liérolulion française. T. I\', 213, 31(). — .Iomim. Histoire critique et mililaire des guerres de la Hêroluii)n, III. livre IV, chapitres XIV et XV.

Stamford avait suivi avec d'autant plus d'attention Us opérations des Coalisés, il était d'autant plus disposé à soumettre à une critique, qui n'avait que trop souvent l'occasion de s'exercer, les résolutions, ou plutôt Tinaction et l'incurie, l'ignorance et les fautes des généraux placés à la tête des armées de la Coalition, qu'environ un an auparavant on lui avait refusé l'autorisation d'accompagner à l'armée son élève favori, le jeune prince Frédéric d'Orange (1).

(1) Lord H. J . Spencer à lord Auckland.

Berlin, 1- juillet 1792.

« .. .. ,I'ai appris, par Renfner '^^nommé en mai 1793 premier commis « aux Affaires Etrangères) la raispn pour laquelle on a refusé au jeune « prince Frédéric d'Orange l'autorisation de servir pour le moment. On « en a beaucoup parlé ici et on a conclu au déclin de l'influence de la « princesse d'Orange sur son frère Frédéric-Guillaume II. Il paraît que « dans une entrevue qu'elle eut avec le Roi à Magdebourg, elle insista « poui- que le colonel de Sfamford pût accompagner son fils. On lui répondit « par un refus, parce que le roi de Hongrie et le roi de Prusse ont dé- « cidé d'un commun accord qu'aucun officier supérieur étranger ne serait « désormais admis à leur service et que, pour cette raison, ils ont déjà « décliné les services de personnages de haut rang ».

{Dropmore Papers, \l, p. 290, 2!)1).

Il n'est que juste d'ajouter que, quelques années plus tard, le vent avait complètement tourné.

« Une autre dépêche, écrit le comte de Starhemberg à lord Grenville, le « 15 avril 1798, me dit d'insinuer au prince Frédéric d'Orange, (ce que j'ai « déjà fait), de revenir bientôt à Vienne, parce que l'empereur se propose « de l'employer d'une manière analogue à l'estime que sa valeur et ses émi- « nentes qualités lui ont inspirée pour sa personne ». {Ibidem), T. IV, 168).

Spengku (Lord Hi;miy John) ('1770-1795), deuxième fils du quatrième duc de Marlborough, entra fort jeune, aussitôt après l'achèvement de ses études, dans la carrière en qualité de Secrétaire de lord Auckland, ambassadeur à la Haye. Resté seul à la tête de cette ambassade dans un moment des plus difficiles, il s'y fit tellement remarquer par son tact et son énergie que, b 7 avril 1790, quoiqu'il lut âgé de moins de vingt ans, on l'accrédita comme Ministre dans les Pays-Bas. Envoyé extraordinaire en Suède en 1793, nommé Ministre Plénipotentiaire auprès de la Cour de Prusse en 1795, il mourut peu après à Berlin, le 3 juillet de cette même année.

POSITIONS DE l'armée HOLLANDAISE 61

Lo Haye, /*''■ juin 1793.

Considérations sur les positions de l'armée de la République en Hollande, telle qu elle a été jusqu'au 28 de mai 1793.

Lorsqu'à !a conférence qui s'est tenue à Anvers le 8 d'avril (2), il fut question de la destination des troupes de la République dans le concert à établir entre les armées des Puissances alliées, il fut proposé de leur abandonner le soin de couvrir la Flandre.

Cette tâche étant proportionnée aux forces que la République devait mettre en campagne, Monseigneur le Prince Slathouder (3) consentit à ce que le général destiné à la commander s'en chargeât, demandant seulement que l'armée de la République ne fût pas divisée de manière à ne pouvoir être nulle part en force.

En vertu de ce premier conseil, Monseigneur le Prince Frédéric d'Orange se mit en marche dès le 15 du mois d'avril et se porta avec un corps de 6 i 7000 hommes sur la Lys. Son Altesse Sérénissime mit des garnisons à Furnes, à Ypres et à Mcnin et resta cantonné avec le reste à Courtrai et aux environs, tandis que Monseigneur son frère s'occupa avec un zèle infatigable à mettre sur pied de guerre les renforts destinés à suivre cette première division.

Dès le 16 du mois de mai, le corps d'armée se trouva rassemblé

(1) Record Office. Fuieign Office 95. C.

(2) Drapmore Papcrs. II, 390-39i. W. Pitt à lord Grenville, Downing Street, 8-1.3 avril 1793 et rapport du capitaine Crawford envoyé pnr le duc d'York, le 31 mars, au prince de Cobourg et revenu à Berg-op-Zoom le 4 avril.

« S. A., S. le l^rijice de Cobourg propose de tenir le 7 à Anvers une « conférence à laquelle il espère voir assister le duc d'York, le Sta- « thouder et le commandant du corps prussien »

Les délibérations de ce conseil diplomatique n'ont été connues qu'imparfaitement jusqu'à ce jour. On pense généralement qu'elles réglèrent plus d'affaires politiques que de combinaisons militaires.

(JomM. Histoire critique et raililaire des guerres de la Révolution).

Ce conseil se composait du prince d'Orange, de lord Auckland, du Ministre d'Angleterre» la Haye, des comtes de Metternich et de Starhemberg et du génér.d prussien de fcnobelsdorf. sous la présidence de Cobourg.

(3) Guillaume V (17i8-18ûô). Stathouder, marié en 1767 à Frédérique- So;ihie-Wilhelmine (1751-1S20), fille du prince Auguste-Guillaume de Prusse.

62 LE GÉNÉI'.AL DE STAMFOKD

en entier aux environs de Courlrai ; mais déjà alors Monseigneur le Prince Héréditaire (l) avait été désigné par Monseigneur le prince de Cobourg pour se porter sur l'Escaut avec la plus grande partie de nos troupes et pour y prendre un camp occupé à cette époque par les troupes anglaises et hanovriennes sous les ordres de Monseigneur le duc d York (2).

Cette nouvelle disposition, outre qu'elle nécessitait un partage de l'armée, ajoutait au soin de veiller sur la Flandre, celui de couvrir le pays entre la Lys et l'Escaut, tâche très difficile pour une armée de 17 à 18,000 hommes qui occupait déjà Anvers avec deux bataillons, Menin, Ypres et Furnes avec 7 à 8 bataillons et à laquelle ou demandait encore une garnison pour Ostende.

Ces considérations n'échappèrent point à Monseigneur le Prince Héréditaire ; mais son empressement à concourir aux vues et aux plans de Monseigneur le prince de Cobourg n'en fut pas ralenti,

(1) (juillaume-FhédéiîIC (177'M843), marié en 1791 à Frédérique-Louise- Wilhelraine < n74-183i', fille de Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, rentré en Hollande en 1813, roi des Pays-Bas en 1815, abdique en 1840 et prend le titre de comte de Nassau.

Son frère, Frédéric (1774-1799), meurt en Italie au service de l'Autriche.

(2) YoKK (FiiÉDÉRic, duc d') (1763-1827), deuxième fils de George 111 qui, après l'avoir nommé, lorsqu'il n'avait encore qu'un an, Princc-Evéque d'Osnabrûck. titre et privilèges qu'il conserva jusqu'en 1802, lors de la confiscation des fiefs ecclésiasti(iues, Ini conféra, en 1783, le titre de duc d'York, devenu vacant par la mort de son frère Edouard-Auguste. Elevé à Berlin sous les yeux de Frédéric II, qui dirigea son éducation militaire, marié en 1791 à la princesse Frédériquede Prusse, placé en 1793 à la tête de l'armée anglo-hanovrienne des Pays-Bas, il fut, après la pri^^e de Valenciennes, chargé par Cobourg du siège de Dunkerque qu'il dut lever à la suite des échecs qu'il essuya le 7 et le 8 septembre et ramena au commencement de 1794 les débris de son armée en Angleterre. Malgré l'issue peu brillante de ces opéralions, George lil ne lui conféra pas moins, en 1795, la dignité de Feld-Maréchal et lui confia le commandement en chef des forces d'e terre du Royaume-Uni. I^lacé. en 1799, à la tote des forces anglo-russes qui allaient opérer en Hollande, battu par Brune le 19 septembre à Bergen, le 6 octobre à Alkmaar. York dut signer le 18 de ce mois une capitulation aux termes de laquelle les troupes sous ses ordres étaient contraintes de se rembarquer. Quelques années plus tard, à la suite d'une brouille avec sa maîtresse. Mistress Clarke qui, non contente de vendre des brevets d'officier, avait fait à un Membre du Parlement, le colonel W;irdle d'imprudentes révélations sur les affaires de l'administration de l'armée, il fat, au commencement de 1809, gravement compromis dans un procès scandaleux provoqué par une interpellation de Wardle. Bien que l'enquête- n'eût rien relevé à la charge du duc, il n'en dut pas moins, sous la pression de l'opinion publique, résigner le 20 mars 1809, ses fonctions de commandant en chef, que le Prince-Régent lui confia à nouveau en mai 1811, mais qu'il n'exerça que nominaleicent. Il ne prit une part active aux débats du Parlement que pour s'élever violemment à la Chambre des Lords contre le Bill d'émancipation des catholiques.

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