CONCENTRATION NÉCESSAIRE DES TROUPES HOLLANDAISES
de sorte que Son Altesse Sérénissime acquiesça à cette dernière demande KUe jugea avec raison que l'ennemi, devant avoir porté la masse de ses troupes au camp de Famars, d'où il pouvait espérer d'empêcher la prise de Condé et de Valenciennes, aussi longtemps qu'il se maintiendrait dans celte position, il n'était pas apparent qu'il voulût tenter quelque entreprise du côté de la Flandre ; que, par conséquent, Monseigneur le prince Frédéric, se plaçant avec son petit corps de troupes à Menin, y mettrait le pays suffisamment à couvert et enfin que, moyennant une communication aisée à établir, ce corps pourrait être facilement renforcé par des troupes du corps de Tournay, au cas que quelque événement imprévu rendit cette précaution nécessaire (1).
L'événement a pleiuement prouvé la justesse de ce raisonnement. Mais on est bien éloigné de prétendre qu'il est encore applicable aux circonstances actuelles, car, l'ennemi, après avoir été forcé, dans la journée du 23, de quitter sa position du camp de Famars, ne pourra vraisemblablement plus mettre obstacle au siège de Valenciennes ; mais il est maître de porter de Douai autant de troupes qu'il veut à Lille. S'il prend ce parti, cette place devient un foyer menaçant pour chaque point de la ligne très étendue entre l'Escaut et la mer sur laquelle l'armée de la République se trouve morcelée et il pourra alarmer à la fois autant de ces points que bon lui semblera pour tomber avec force sur tel autre qui s'y attend le moins.
Outre cette considération, il s'en présente une autre, c'est qu'un grand nombre de points à garder exigent autant de commandants habiles et intelligents, car la bravoure et le courage personnel de la part d'un officier chargé d'un pareil commandement ne lui suffisent pas, s'il ne peut y joindre celte assurance, qui doit lui donner la certitude d'avoir pris toutes les précautions et toutes les mesures de défense, dont son poste est susceptible.
(1) Lorsque Stamford écrivait ces lignes, il n'ignorait assurément pas le petit échec que le prince Frédéric avait essuyé quelques jours auparavant, le 21 ouïe 25 mai. « Le prince Frédéric, laissé à Menin pour obser- « ver Lille, avait aventuré deux bataillons, à Tourcoing et à Roncq. Le « général Lamarlière, informé de cette circonstance, fit enlever le pre- « raier ; l'autre aurait éprouvé le même sort si une réserve ne fût venue « le soutenir et protéger sa retraite à Menin, où le prince Frédéric eut « peine à réunir ses détachements ainsi compromis ". (Jomini. Ilisfoh'c critique et militaire des guerres de la Révolution, III, 171-17i).
A la suite de l'évacuation par les Français du camp de Famars, de leur retraite sur I^ouchain. pendant que Cobourg complétait l'investissenient de Valenciennes, « le détachement du prince d'Or-inge retourna à i<- Tournay où les échecs de son frère semblaient réclamer sa présence. »
{Idem in ibidem., III, 173\
Il semble que, d'après toutes ces considérations, on ne saurait s'empresser assez tôt de réunir d'avance les troupes de la République afin de leur éviter la situation embarrassante, où d'un moment à l'autre, elles risquent de tomber et il paraît qu'on attein drait ce but si l'on faisait prendre la position de Bouvines au corps d'armée prussien sous les ordres de M. de Knobelsdorf (1) qui ferait deux bons postes de Marchiennes et d'Orchies, en même temps que l'armée de la République se placerait en deux corps, l'un à gauche de Menin, l'autre auprès de Lannoy.
Le soussigné n'a pas la présomption de croire qu'il vient d'indiquer le vrai et seul moyen d'effectuer la réunion qu'il désire. Il faudrait pour une indication pareille qu'il eût du théâtre de la guerre oii agissent les armées une connaissance plus parfaite que celle qu'il a pu acquérir pendant le peu de temps qu'il y a séjourné. Donc, s'il a hasardé de proposer une opinion sur cette matière, on voudra bien ne l'attribuer qu'au zèle dont il est animé pour le bien de l'armée qu'il a l'honneur de servir et à l'attachement qu'il a pour les princes qui la commandent.
De Stamford.
Sans date (3).
Mémoire.
Les troupes hanovriennes actuellement en marche pour se joindre aux troupes anglaises sous les ordres du Duc d'York agissent-elles de concert avec l'armée de la République qui se rassemble près de Bréda et de Gertruydenberg, ou ont elles quelque destination particulière?
(1) Knobelsdohf (Alexaxdiîe, Ferdinand, baron de) (17\!3-17!J9), après avoir été gouverneur de Custrin, servit brillamment sous Frédéric II pendant la guerre de Sept-Ans et celle de la Succession de Bavière. En 1793, il opéra une diversion dans le Brabant, dirigea le blocus de Landau qu'il fut obligé de lever par suite de la reprise des lignes de Wissembourg et servit encore sur le Rliin en 1794 avant de prendre sa retraite.
(3) Doit être du mois de juillet 1794, au moment où après Fieurus le duc d'York se retira derrière Bréda et Osterwick (Cf. Jomim. Histoire critique et militaire des qucrres delà Révolution. Tome V, titre VI, cha pitre XXXI. p. 172).
NÉCESSITÉ d'un conckut militaihr 65
Si l'ennemi, maître encore de ces deux places, refusait d'entendre à une capitulation, se bornerait on à Ty tenir bloqué, ou prendrait-on le parti de l'attaquer par un siège dans les formes? Dans ce cas, l'armée combinée des Anglais et des Hanovriens servirait-elle à ce siège conjointement avec celle de la République ou prendrait-elle du moins, pendant que cette dernière s'en occuperait seule, une position propre à favoriser cette opération ?
Dans le cas où 'ennemi viendrait à rendre les deux places, quel est le concert relativement aux opérations ultérieures que la République croirait pouvoir établir avec les Puissances alliées? L'armée autrichienne, ayant peut-être l'intention de pousser ses armées jusqu'à la prise de Thionville, devra vraisemblablement demander à la République qu'elle fasse prendre à son armée quelque position, d'oii elle serait en état d'empêcher l'ennemi d'exécuter une opération contraire à ce projet. Si cela arrivait, jugerait-elle convenable d'y consentir? Enfin, il pourrait arriver encore que l'Angleterre, destinant ses troupes à quelque opération particulière, exigeât de la République d'être secondée par ses troupes, surtout si elle avait le bonheur d'être rentrée dans la possession de ses places.
Ces sollicitations différentes et les embarras qui en naîtraien,t, pourraient être prévenus par un concert établi d'avance. La République ne jugerait-elle pas à propos de le proposer?
Il paraît évident que si l'on ne commence pas par s'entendre sur ces diverses objets, les différents corps de troupes risquent d'agir dans des vues peut-être très opposées les unes des autres et les généraux commandants, n'ayant pas de buts déterminés ou des buts se contrariant, s'occuperont d'entreprises qui, ne pouvant être suivies d'heureux succès, deviendront ruineuses pour leurs troupes et des plus onéreuses pour leurs Souverains.
Dans l'incertitude où l'on est si l'armée de la République agira seule ou réunie aux Anglais et aux Hanovriens, il serait nécessaire que dans le premier cas on cherchât à la renforcer le plus possible et que pour cet effet les troupes brunswickoises se joignissent à elle. Et, dans l'un comme l'autre cas, il serait à propos que l'on prît dès à présent des mesures pour les sièges de Bréda et de Gertruydenberg, à supposer que l'on se vît dans la nécessité d'en venir à cette opération, qui exigerait du moins des préparatifs dans les arsenaux.
Un autre objet encore, des plus essentiels et qu'il importe de Stamford 5
régler sans le moindre délai. Le général de Stamford n'a dans ce moment avec lui aucun de ses généraux. Il lui en faudrait pour le moins huit, non seulement pour être employés en cas de sièges, mais aussi pour le service de campagne. Tout ce qui est compris dans la dénomination de retranchements est de leur ressort. Leur fonction est, de plus, de travailler aux caries et plans particuliers dont le Général a besoin, comme aussi de faire mettre en état les chemins pour les colonnes de l'armée et mille autres objets de même importance. Il y a au service de la Prusse, outre les ingénieurs, trois ou quatre quartiers-maîtres chargés de ces mêmes besognes, qui en outre ont fonction de régler avec le Quartier- Maître Général tout ce qui concerne les campements, les marchés des troupes et dont le Général se sert comme d'aides-de-camp pour porter des ordres de vive voix de sa part aux commandants des troupes et qui, pour être bien rendus, doivent l'être par des officiers intelligents.
Point n'est besoin de fouiller bien loin dans la correspondance de Stamford pour parvenir à connaître ses sentiments, ses opinions, son caractère et ses principes politiques. Tel il se montre dans les deux Notes que^ vers la fin de l'année 1794, il adresse, Tune au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, l'autre très probablement au prince d'Orange, tel nous le retrouverons invariablement jusqu'à la fin de sa carrière, ennemi irréconciliable de la Révolution, dont les conséquences le font trembler pour le sort des Princes et des Etats, auxquels il est toujours prêt à se sacrifier, à se dévouer tout entier. Et les quelques pages par lesquelles, en examinant la situation de FEurope, il se propose de mettre la Cour de Berlin en garde contre le système politique auquel elle semble portée à donner la préférence, sont à la fois la profession de foi de ce futur artisan, de cet ardent apôtre des Coalitions et le résumé des idées pour lesquelles il ne cessera de lutter.
Alarmé de la marche des événements, il est peut-être utile de le rappeler ici, le Cabinet de Saint-James avait vainement, pendant le cours de l'été de 1794, essayé de réveiller le zèle de la Prusse, de réclamer de sa part l'exécution du traité de la Haye, en même temps que, par des promesses de secours, il poussait l'Autriche à défendre vigoureusement