‹ Un agent secret sous la Révolution et l'empire: le comte d'AntraiguesChapitre 8 sur 40 · TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE

La Terreur était finie; les paysans fugitifs se souciaient moins de combattre que de revoir leur patrie (1). D'Antraigues disparut promptement du pays, et par Zug, où on le trouve au mois d'octobre, il revint en Italie.

Son activité s'exerça d'une manière plus efficace à Paris même, auprès des hommes qui y représentaient secrètement, mais officiellement, le parti royaliste. L'agence de correspondance montée par le cabinet espagnol avait passé, sans perdre son premier caractère, au service du t régent de France », et d'Antraigues, intermédiaire de cette agence entre Paris et Madrid, le devint entre Paris et Vérone. Il transmettait à d'Avaray et à Flachslanden les bulletins reçus de France, sauf certaines parties réservées ; il les envoyait en outre à Drake, qui les communiquait au cabinet de Londres. Enfin il expédiait directement les instructions de Monsieur, rédigées par lui sur des canevas dont on lui donnait la substance ; mais il devait faire connaître à Madrid toute la correspondance échangée entre Vérone et Paris.

En juillet 1795, après la paix de Baie, Brotier et ses amis furent remerciés par le ministère espagnol, et demeurèrent exclusivement les serviteurs de Louis XVIII. Depuis quelques jours, Monsieur venait de prendre ce nom avec le titre royal. Un de ses premiers actes fut d'appeler d'Antraigues auprès de lui. Celui-ci put se croire un instant une sorte de premier ministre.

(1) J. Sauzay, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Dùubs, t.V pp. 270-273.

•• - . -tj

TRAVAIl, A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE (1793-1795) 123

La première, et pendant longtemps, faute de mieux, la seule préoccupation de Louis XVIII fut la reconnaissance de son titre par les puissances européennes. Ne pouvant être roi de fait^ il s'appliquait à obtenir, au moins en paroles, la consécration de son droit. La première tentative à laquelle d'Antraigues concourut eut lieu à Milan, et sans succès, auprès de Tarchiduc Ferdinand (1). Puis le prince songea à Catherine II, plus expansive, quoique aussi peu sincère que les autres souverains dans son zèle pour les Bourbons ; à Venise, Mordvinov venait justement d'acquérir en d'Antraigues an auxiliaire inattendu chargé de le pousser, dûment autorisé, sur le chemin de Vérone. Cette démarche, longtemps retardée, n'eut en définitive pas lieu. Mordvinov finît par recevoir des lettres de créance à l'adresse de Louis XVIII ; mais un hasard qu'il dut apprécier les mit entre ses mains seulement le lendemain du jour où le prince partait pour l'Allemagne ; et d'Antraigues lui ayant insinué qu'il pourrait aller les porter au quartier général de Condé, le Russe fit la sourde oreille.

La seule reconnaissance obtenue alors par LouisXVIII le produisit sous les formes d'une réconciliation. La dnchesse douairière d'Orléans, restée en France, fit eonnaître à Vérone son désir de voir effacer les souvenirs récents et sanglants laissés par son mari, et le roi, appréciant d'autre part les démarches faites dans le même sens par le jeune duc Louis-Philippe auprès de

(I) Thugut à Gobenzl, 8 août 1795 (dans Zeissberg, Quellen zur Gesddchte der deuUchen Kaiserpolitik Osterreichs, t. V, p. 320).

Il avait publié l'année précédente, au lendemain du 9 Thermidor, certaines Observations qui étaient à là fois une critique de la politique européenne, surtout de la politique anglaise, et un anathème jeté, au nom des royalistes purs, aux constitutionnels de 1791, jugés pires que les Jacobins. Ces sentiments exclusifs étaient ceux de Louis XVIII, lorsqu'il prit théoriquement possession de la couronne de France. D'Antraigues donna certainement son concours à l'élaboration du premier manifeste de Louis à ses sujets. Des corrections fort importantes de sa main existent sur un projet de ce genre émané du cabinet royal (1). Ces corrections atténuent ou suppriment certaines déclarations qu'il désapprouvait, qu'il jugeait au moins imprudentes ou inopportunes. Tout ce qu'il obtint, ce fut l'autorisation de retrancher, dans l'édition destinée à la France, les expressions de nature à blesser certains esprits ; ce fut l'assurance d'un pardon individuel à ceux des régicides qui rendraient des services importants. L'ancien régime, moins les abus, tel était, d'après ce manifeste, la seule constitution possible à octroyer aux Français. D'Antraigues sur ce point était d'accord avec son maître, et une fois le texte définitif do la Déclaration adopté, il le commenta et le fit commenter dans des factums, des brochures où constitutionnels et jacobins étaient mis sur la même ligne, et où la royauté, se croyant près du triomphe, annonçait ses vengeances sous le nom de justice.

(1) A. F., France, vol. 639.

Page 1