‹ Un agent secret sous la revolution et l'empireChapitre 6 sur 38 · TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE (1793-179.Ï · texte numérisé non relu

TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE (1793-179.Ï

La Terreur était finie; les paysans fugitifs se souciaient moins de combattre que de revoir leur patrie (1). D'Antraigues disparut promptement du pays, et par Zug, où on le trouve au mois d'octobre, il revint en Italie.

Son activité s'exerça d'une manière plus efficace à Paris même, auprès des hommes qui y représentaient secrètement, mais officiellement, le parti royaliste. L'agence de correspondance montée par le cabinet espagnol avait passé, sans perdre son premier caractère, au service du « régent de France », et d'Antraigues, intermédiaire de cette agence entre Paris et Madrid, le devint entre Paris et Vérone. Il transmettait à d'Avaray et à Flachslanden les bulletins reçus de France, sauf certaines parties réservées ; il les envoyait en outre à Drake, qui les communiquait au cabinet de Londres. Enfin il expédiait directement les instructions de Monsieur, rédigées par lui sur des canevas dont on lui donnait la substance ; mais il devait faire connaître à Madrid toute la correspondance échangée entre Vérone et Paris.

En juillet 1795, après la paix de Bàle, Brotier et ses amis furent remerciés par le ministère espagnol, et demeurèrent exclusivement les serviteurs de Louis XVIIl. Depuis quelques jours, Monsieur venait de prendre ce nom avec le titre royal. Un de ses premiers actes fut d'appeler d'Antraigues auprès de lui. Celui-ci put se croire un instant une sorte de premier ministre.

(1) J. Sauzay, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Dou/js, t.V pp. 270-273.

i'22 CHAPITRH TROISIÈME

Il avait publié l'année précédente, au lendemain du 9 Thermidor, certaines Oôservatio?is qui étaient à la fois une critique de la politique européenne, surtout de la politique anglaise, et un anathème jeté, au nom des royalistes purs, aux constitutionnels de 1791, jugés pires que les Jacobins. Ces sentiments exclusifs étaient ceux de Louis XVITI, lorsqu'il prit théoriquement possession de la couronne de France. D'Antraigues donna certainement son concours à l'élaboration du premier manifeste de Louis à ses sujets. Des corrections fort importantes de sa main existent sur un projet de ce genre émané du cabinet royal (1). Ces corrections atténuent ou suppriment certaines déclarations qu'il désapprouvait, qu'il jugeait au moins imprudentes ou inopportunes. Tout ce qu'il obtint, ce fut l'autorisation de retranclier, dans l'édition destinée à la France, les expressions de nature à blesser certains esprits ; ce fut l'assurance d'un pardon individuel à ceux des régicides qui rendraient des services importants. L'ancien régime, moins les abus, tel était, d'après ce manifeste, la seule constitution possible à octroyer aux Français. D'Antraigues sur ce point était d'accord avec son maître, et une fois le texte définitif de la Déclaration adopté, il le commenta et le fit commenter dans des factums, des brochures oii constitutionnels et jacobins étaient mis sur la môme ligne, et oiî la royauté, se croyant près du triomphe, annonçait ses vengeances sous le nom de justice.

(1) A. F., France, vol. 639.

Page 1