‹ Un agent secret sous la revolution et l'empireChapitre 5 sur 38 · TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE

et la mission de d'Apchier avorta ainsi dès le début. C'est du moins ce que raconte avec une joie non dissimulée Froment, qui avait réussi à se glisser, muni d'une lettre du comte d'Artois, dans le camp de Ricardos.

D'Antraigues comptait avec raison que le courage des Espagnols dans leur guerre offensive serait doublé par leur haine contre l'impiété française, et néanmoins il jugeait leur présence dans le Yivarais insurgé propre à contenir les passions religieuses, à empêcher les protestants d'être victimes de la réaction monarchique. Il ne faudrait pas contre ceux-ci, disait- il, des mesures « trop ostensiblement sévères... Les excès de la vengeance iraient à des bornes embarrassantes pour la politique (1) ».

Après tous ces beaux projets, je ne vois guère entre les mains de leur auteur qu'un résultat acquis ; ce fut la rétractation de son cousin l'évêque de Viviers, Savines, devenu évêque constitutionnel de l'Ardèche. D'Antraigues la reçut et la fit parvenir entre les mains du pape.

L'ancien député de la noblesse se considérait en Vi-

(1) D'Antriiiyues au marquis d'Apchier, 22 août 1793. (A. F., France, vol. 634, f. 38.) — Fkoment, Précis dévies opérations, etc., p. 104.

« On s'étonna do voir paraître tout à coup sur terre do France M. Ricardos à la tête d'une poignée d'Espagnols, sans magasins, sans moyens de retraite. C'est que le comte d'Antraigues. .. avait rêvé dans son lit un grand rassemblement au camp de Jalès, qui n'attendait pour agir qu'un noyau de troupes réglées. Il )'avait rêvé, M. de Las Casas l'avait cru, la cour de Madrid n'en l'avait pas douté, M. Ricardos avait été sacrifié, et l'on sait tous les malheurs qui suivirent. » (Souvenirs niss. du comte Th. Golovkine.)

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varais comme un absent toujours à la veille de rentrer, et il restait présent à la pensée de ses compatriotes, républicains ou royalistes. En 1795, il dépêchait secrètement parmi eux un émissaire chargé de renouer, à défaut d'intrigues politiques, les fils de ses anciens souvenirs, de rechercher le sortdeses terriers, de ses livres, de ses collections, et surtout de ceux auxquels il s'intéressait, depuis ses hommes d'affaires jusqu'à la belle Henriette. Les patriotes de leur côté soupçonnaient sa main dans tout mouvement révolutionnaire, et se le figuraient volontiers caché au milieu d'eux. Un juge de paix en l'an YI désigne même expressément, dans une pièce officielle, l'asile où il le suppose (1).

L'action de d'Antraigues se manifeste en 1795 sur un autre point des frontières françaises, à la lisière de la Franche-Comté et des cantons Suisses. Il vint alors secrètement dans la principauté de Neuchâtel, à la Chaux de Fonds, et jusqu'au village des Planchettes, sur les bords du Doubs (2). Il trouvait là de nombreux réfugiés, débris de la Petite Vendée comtoise. Il eût voulu les voir se former en corps de troupes, surprendre les postes de la frontière, et emporter le fort de Joux ; le gouvernement bernois lui avait promis, affirmait-il, les munitions nécessaires. Quelques ecclésiastiques se prêtèrent à ses vues, et distribuèrent des brochures et des proclamations « au nom de Dieu et de laYiergeMaric».

(1) Lettre de Flauguergues, juge de paix à Viviers, 1^'" ventùse an VI. (Gomm. par M. Mazon.)

(2) Sa présence à la Chaux de Fonds est signalée en juin 1794. (Manuels du Conseil d'Etat, 8 juin. — Archives cantonales de Neuchdlel.)

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