CONSPIRATION
dn départ venu, les convenancea voulaient que le signal de la première marche de chacune de ces colomies pour rejoindre l'année fût donné par moi au cti de Vive V Empereur! Mais, dès le départ du second de ces escadrons, où le nombre des Gardes venus de l'Ouest commençait à dominer, je m'aperçus qu'on ne répondait à mon cri que par celui de Vive le Général.' auquel s'ajouta mËme celui de Général des Vendéens! acclamation pour moi fort touchante, mais inconvenante, et à laquelle, pour faire substituer celle que je désirais, il me fallut une vive insistance et même un commandement.
Quant à l'esprit qu'indiquait cette répugnance pour le cri de Vive VEmpereur, quelque attention qu'il méritât, n'y pouvant rien, je me confiai dans la mobilité d'opiniouB naturelle à l'âge de ces jeunes royalistes. Ils étaient partis ; ils allaient respirer, chemin faisant, l'air tout impérial des provinces de l'Est, et bientôt celui d'une armée où la communauté de privations, de fatigues et de dangers les gagnerait à la fraternité des armes, oii leurs cœurs et leurs esprits seraient frappés de sensations et d'idées nouvelles, et s'empreindraient de vifs, de glorieiis souvenirs chèrement acquis : souvenirs et sentiments qui se snbsti tueraient, sans doute, à cens tout différents qu'ils avaient jusque- ià reçus de leurs familles.
Ces conjectures étaient fondées ; mais ce vraisemblable qui fut vrai pour la plupart ne le fut pas pour tous; et cependant, me sentant aimé et tout m'ayant réusai jusque-là. je m'endormis sur ces généralités sans aongeraox eiceptions. C'est le danger des heureux commencements.
MEilOiKES DT.V AIDE DE CAMP.
&r. Iionis de La Rochejiuiuelein ne tarda pas k m^i faire repentir.
C*AAit un homme d'environ trente ans, époiLC delà veuve de l'illtistre Lescnre, de cette femme que ses vertus et ses Mi-moires ont rendue célèbre. Il était par elle père d'une nombreuse («mille. Dans la positioD la plus obscure reitcrÏTar de ît. de La Rocbejaixueteîn Teût fait remarquer. Rovaliste comme son nom, et à cause de son nom, far tiHditîon. par alliance, par penchant, enfin par émalation de gloire, il conspirait !
8on plan iHait simple : préparer la V^dèe à ane ré- Tùiic i choisir sur la cût« nn point de communication BTi<c l'Angleterre ; et, comme dans l'Empire tout t^iail à l'Empereur, gagner un« soixantaine des Gardes dn troinème cor^'e ; en laisser partir pour l'année le pins grand nombre; se iJé5iîre, jar Von d'eas, de Xapoléon ; et, anr cette grande noav^Ue, pendaitt que lee antres complices iïwmrgwrwcnt àTonis le reste dn ct>ri«s.scBi!ever la Vendée, piller les caisse^ fiùiv enlever Ferdinand TII de Talença}~, le rendre Ji l'Bspt^ne ; livrer en même temps, dans VOne«> nn point de la oMc ans An^ikîs ponr en recevoir des secoure : et, enfin, forcer Paris k raj^îer les Bour- K^ns. en le mettant entre dent fcax, cdnî d'une goecre civile el celni vruno invasion ètrai^^ffi.
Rtc» n'«U été plBs cvimmode poar aniver à cette £d qi»e do me papner ; 1* Rochejaqoele4n vint k Toms pour te«ter <«et« avwitnre : il se présenta cbei moi sons pr»terte d'a\x«r A me recommander on iïarde, mais il se retita bimtôt sans o!«r alxirder k véritable motif de sa
C0S8PIHATI0N. 13
TÏsite; motif qae, un an pins tard, et après le retour de Louis XVIII, j'appris de liii-m6me, lorsque, me rencontrant tt me rappelant cette circonstance, il me demanda si je n'avais alors rien remarqué en lui qui m'eût frappé. Sur ma réponse négative, La Rochejaqueleiu, qui, tel que la plupart des héritiers d'nne gloire d'autant plus puru et entière qu'elle fut acquise sans préméditation, voulait à tout prix la continuer eu servant la même cause, mit de ramour-propreàm'apprendretiuel avait été le but de sa démarche. J'ajouterai à ce propos, que, lui ayant répliqué sèchement qu'il avait bien fait de s'arrêter en ei mauvais chemin, et qu'un pas de plus aurait pu lui coûter cher, il s'irrita, et que, à sou tour, il allait répliquer hostilement, quand, son esprit chevaleresque l'inspirant uieux, il me teudit la maiu, et me dit : œ Qu'il n'en était que « plus aiae que le sort nous eût réunis, bon gré, mal gré, a dans une cause devenue celle de la France ! u
Au fait, j'en dois convenir, La Rochejaqnelein ne devait point être fâché de m'avoir, eo 1»*13, rencontré sur son chemin, car je ne le gênai guère dans l'exécution de son entreprise; peut-être même, et sans m'en douter, l'y aidai-je uu peu : premièrement, en m'alîénant, par uu umportement dont l'excès fut inexcusable, la classe commerçante de Tours; puis en me livrant trop à ma confiance dans le dévouement des Gardes, et àma répugnance à employer des moyens de police dont les circonstances indiquaient pourtant la nécessité. De ces deux fautes, voici d'iibord la première, et comment je fus entraîne à la commettre :
tfi XËUOIBES D'DK AIDB DE OAHP.
Il était ardre à Toure, dans nn détachement breton, un jeune homme d'une figure agréable, quoique déjà fatiguée. Sa taille était liante et vigoiu^use. Tout en lui annonçait une force remarquahle, mais toute d'expauBion et surabondante. Elle se prod^nait sans réflesion et à tout pt'oiws. La chaleur du sang enivrait l'esprit; nature in- ^'ouvemahleàIni-mi!'me comme ans autres, n'agissant que par bonds inattendus, pouBaaut tout à l'excèa, et le bien même jusqu'au mal. Cette mauvaise t^-te avait un bon cœnr, elle ne me déplaisait pas; je me plaisais, au contraire, à la protéger contre elle-même ; et le jenne Des Nestumiéres n'imaginait rien d'assez bizarre pour me témoigner sa reconnaissaqçe. Je ne me doutais pas alors , plus que lui, que sa folle destinée, qui m'était à la foia si subordonnée et si étrangère, allait avoir assez d'inSuence sur la mienne pour risquer de la g&ter, et même pour la mettre, comme on le verra plus tard, dans un assez grand péril.
En effet, dans les deux oircoDstancessuivantes, ce jeune homme de%-ait jouer les principaux rôles. Un misérable maquignonnage de cheval, où Des Xestumières avait été trompé par un négociant de Tours, fut le fond de la première. Les fonds sont génèralemeut peu de chose, c'est le plus souvent la bixjderic qui en fait toute l'importanc*.
Ce cliovnl, choisi avec trop d'empressement, ayant été livré et payé, l'eucliantement cessa. DesSestumièrea fut comme bien d'autres : dans l'objet de sou désir il a'avait envisHgtt que les qualités : la possession ne lui en laissa pins voir que les défauts; et, réellemciit, iU étaient tels, que
OOXSPOUXIOS.
le chenl D*tUic poîm recerable as ré^iœcDt. D(« XestnmiéreE, aïi» àùaaaté et dése^téré. Tint rae conter sa œéaTentnre.
SûB emtwras tae toacba. J'ioTitat le n^gociuit à Tenir HK Twr; il Tint, mais tont hérissé ; il m'abord» même, dans mon salon, sans se déconvrir. et répondît si grosaièremeot à mes offres de conciliation, qu'un des colonels do OMps. présenta cet entretien, s'en indignant, l'avertit «jœ, qœl qne fût son droit, il en poussait la défense jusqu'à l'insulte. En même temps, I>e« Xestumi^res, fidèle à fia natore, s'était approché de moi, implorant à voîj: basse l'amonsation de jeter par la fenêtre cet insolent! Je l'airétai ; mais j étais œoi-fnéme d'autant plus exaspéré, que JQsqne-là j'avais montre une modération vraiment exemplaire. Je me sentais outragé, cette af^ire était ainsi derenne la mienne. Toutefois, immobile et muet encore, ma patience apparente enconrageani. ce personnage, il redoubla si bien ses impertinences que, ne pouvant plus me contenir, j'éclatai soudainement. M'éloucer sur loi, le saisir au collet, le pousser, l'acculer dans un angle de mon salon ; appeler mon planton et hiî ordonner de le niaiutenirà cette place, jusqu'à ce qu'il eût envoyé chercher chez lui et rendu à Des KeatumiiTes le prix da cheval, telle fut la malheuTeuGC inspiration dont la colère m'enivra, et à laquelle céda cet homme, devenu blême de surprise d'une transition aussi subite et aussi inatleudnc.
Un qnart d'heure après, chacun était rentré en soi ot chez soi, mais avec des sentiments bien différents : Dca
*r. t^-.-.-^.t.cn .;u ". :: i'.i:: il se Brrr.: ji;--iz 'm~ t: ZLLZ-zpn a co* zi'tîf jX;: :;i:.. . -r. zi ::r:.fcj^n,-fcr: z. i" :-::r riz.-!": :~ izsiLîe
\r.^~\::i j.ôr.-:. ":"•?. n: i*.-A:: i u:.:ris*î iAiikiîïtrr£ij5;ii:e:oaces I»^- "ii.mts. ^^ liii: A 1a l::-er:s! i-'i:Ti.riT:l".-e Tirlrte, aiigneca:t:.-î. x-T ..i^ iHr'VzrLU.'fs* 'r ll'v soîi^-ra: ra5. Le poin:
ti.-ir 'X'CiT. r-Llr^ :i.u: v.'e .;.i'il v i?a:: ;;;i de Turc dans mon DPX'fir : -n.-.re v a::av.'!id:-w '^niu v.l*i2irortaiLce. ec ;■: '-i-i 3i\ni-':»aiTa*>ai rLullem-jzi: de !a ris*-:- d.'^r:: le préfet j.rr'j.r-^eri:: '.''jcce vl'^ces:able arSiire.
Vil :ii-,':s ay:vs elle ecai: '^t* aie ceileLneii: si.^rîie de ma Ui'.moir*; '[V.-:, e:: iviiviaiiC une visize. oubliée depuis lonj:leii::;^, à la luuiil.e de ma \ieî::me, ;e ue pus eouoevoir p. Lii-'.iUo: ^.^ :-.'vveuco:L:rHis q::e desaiis m ides, des figures f p.- : dvs, ec des i a an ièiv* s: ug u ! ie i v îiieî i z J.v.'î>v.' b 1 : jreantes. Je d'.'is ajeu:er q«e dep;iis, i;rà*.v à plu* d\'\peL'ieiiee, je me
CONSPIRAT mx. 49
fierais trouvé sans eACuae, si je ii'ei}sseretuan|uc que quatorze années de guerres heureuses en paya ennemi, jointes ans excitations d'une susceptibilité trop cliatou i lieuse . .sont, de toutes les écoles préparatoires, la pins mauvaise ;tpDar noua former à dee mœurs libérales et constitution-
Cette première faute avait été subite et tout imprévue ; mais la seconde fut commise avec réflexion et préméditation. Elle arriva plus lentement à maturité, et servit bien pins directement M. de La Eochejaquelein et son royalisme.
Les avis sur ma confiance trop exclusive en mon ascendant sur les Gardes ne me manquèrent pourtant pas ; ils eussent dùm'éclaiier ; mais, pour les yeux del'esprit comme pour ceux du corpSj quand ils sont frappés d'aveuglement, .qu'importe le nombre des lumières ï
Il y avait à cette époque, dans les départements de 'Onest, nn officier général chargé de leur surveillance ; il 'tait delà gendarmerie d'élite. C'était nn homme expêlenté ; il s'était jadis pris d'amitié pour moi lorsque servions ensemble dans la Garde. Il vint me voir à ?onrs, et chercha à m'inspirer une défiance salutaire. 11 i que, peu confiant lui-même de sa nature et de son :, il ne s'ouvrit à moi qu'à. demi. Pourtant il ni'cii ftssez pour me faii'e comprendre qne l'Ouest commenit à s'agiter sourdement ; que quelques ramifications souterraines de ce volcan mal éteint pourraient bien s'étendre jusqu'à Tours. Comment on si grand nombre de volontaires ou d'involontaires, ajouta-t-îl, n'y auraient-
iU pas apponê des germes de cette Chouannerie loajonrs pr^[e à reparaîire avec nos malheurs r Déjà, comme Toiseau de siuistre augure d'où venait son nom, elle semblait les annoncer ! La conclusion fut de me proposer d'admettre cv.>mme Gardes d'Honneur deux de ses gendarmes dans le trvùsième corps ; leur mission serait d'en observer Tespric et de m'en rendre compce.
L'avis mêritaic rétlexion ; je n'y vis qu'une préoccupaûon de gendarme. Quant à la pD.^position, soie dégoût pour ces détails de police, soit révolte contre cette espèce de trahison envers tant de jeunes :^ns don: je m'étais ac- ■.[uis la contiauce : soit, aussi, crainte d'ime maladresse de ces a:i:en:s, '.[ui se laisseraient deviner, -ft de vi..ir la déiauce ^c la haine remplacer, pour m^M, Ta decc Lieux abandon ec!e dev'juem^^nt des Gardes, jem'v récusai. S'il ne me v'îio vas a l'esprit l'appréhension d'un dctynraii en envi.»yanû ces ;j:ardes â l'Empereur, c'est <.[ue j'étais persuadé ■;j.e ces dbc mille recrues n'étaient pasdescin^iesa '.ui servir d''Jscorcc, ce [ui ■jcaic vrai. Mais :e :ie sou'j:eai point lissez combieu ce titre de Gardes. oiFert â '/V'uesc de la France, ucuri-ait ttiucer les vitjilles vassious Le jue'niues i:iciciisconspirateu:-s du :cmps du Cousuiac. i\ cur don- ' 1 cl" "m : r ' 1 11 i ne i es{ .•<• i r , to u ' o urs du ; i ij^jr^ ux . ! hl- î« i ue di rîij{.h:e [iiii y eut a ".l- '>jaiiser.
Jt-- uc j-jUlculhï i'.'uc de dirlvrer sur es se u ciments 'juiiLLiMits it'S 'îiiL'dt^s '.a survMiihtac^' ie ^ut^^ Lid:udaucs. Lcui-s '.-appur^i :'iil>;uc :iisii;ni!i;incs, l.\s \.i-<, '*»r!jreiiaiic :«jLitL- :ua ."uriuuce, "e "ic sa|J^»vsui ••îiis i u;i'.•^îs :«jrts a j-rs tunes v-jioiicaii'^rs iiitî iut.l'jiit> \»i"i'v.> ucuuside-
rés fort excusables; dispositions que semblaient devoir modifier assez leur départ et la présence de l'ennemi, sans qne la police eût besoin de s'en mËler.
Mais tandis que je me renfermais ainsi, trop exclusivement, dans les détails infinis d'organisation et d'instruction de ce corps nombreux, La Eochejaquelein profitait, tout à son aise, de l'excès de ma confiance. Tout le servait : au deiiors, n<js revers qui recommençaient; à Tours, le mécontentement inspiré par l'acte arbitraire que j'avais commis, et, dans quelques Gardes surtout, la fermentation de le ars volontés contraintes. Il n'eu restait plus qne hnit cents, mais c'étaient les derniers venus, des Bretons, des Vendéens, ceux, sans doute, qu'on avait eu le plus de peine à arracher à leurs foyers domestiques ; et quels foyers ? ceux des martyrs d'nn royalisme presque éteint, il est vrai, par les premiers soins de l'Empereur, mais que, depuis trois ans, commençaient à ranimer ce grand gémissement sorti du désastre récent de 1812, et les vents conti-airea qui soufflaient de l'Espagne et surtout do Bome.
La Rochejacjuelein attisait ces feux. Je l'ai entendu, depuis, se vanter d'avoir alors préparé la Vendée à un incendie général ; mais il se flattait. Deux ans plus tard, dans de plus favorables circonstances, quand iî provoqua la molle et partielle insurrection de 1815, il paya de sa vie cette erreur; en 1813 il n'eût pas mieux réussi.
C'était lorsque, à l'appel de Napoléon, cette jeunesse d'élite avait repondu, que La Rochejaquelein était venu an milieu d'elle réveiller ces souvenirs. Quelle cause,
Bï MÉMOIEES D'UN AIDE DE CAMP.
([uel Chef allaienfc-ila servir? Se peut-il que, sur cette ■ terre toute trempée du aang de leurs aïeux, et retentÎBeante d'une si pure renommée, s'ils se lèvent, s'ils s'ar-, ment enfin, ce aoit à l'éternel cri de guerre de Bonaparte ! Et pourquoi encore ? Pour aller ohercher et servir une gloire lointaine, étrangère, ennemie même ! Et quelle terre était plus héroïque que la leur ? Qu'y auraitil de plus g-loricQx que de la recouquérir soi-même à leur Roi, et sur l'uaurpatiou, de continuer, de renouveler leur renommée patrimoniale, et, là même où. leurs pètes avaient suceombé, de triompher en les vengeant !
Telles étaient les dispositions plus ou moins vivea o le décret de création des Gardes d'Honneur avait 8arpris cette jeunesse si fière et si vigoureuse, et tels les moyens dont La Roohejaquelein s'était servi pour f profiter. Mais lui et le iaible nombre qu'il entraîna s'étaient livrés à un dangereux et double égarement : l'un naturel, en ce que, aveuglés par des passions presque légitimes, ils les Bnpposaient partagées par une population déjà épuisée, rebutée, et modifiée ; l'autre moins escuaable, parce que, entraînés par une ambition personnelle, ils oubliaient qu'il n'y u point de grs hommes sans grandes circonstances ; que ce sont elles seules qui inspirent et développent inopinément héros; qu'on no fait point exprès de le devenir; que, loin d'en créer l'occasion, ils naissent d'elle et l'cpuisent, d'où vient qu'ils sont ordinairement sans postérité.
Bien plus, dans leur passion d'une renommée que jamais on ne laisse après soi ai grande que lorsqu'on n'a
^~ mail Hi^rè
COSSPIRATIOfl. r,3
point Bongé à l'acquérir, ils crurent pouvoir l'atteiudre par le plus coupable dea moyens. Telle est la marche dii temps. On n'en était plus à ces grandes actions, mais à leurs recite ; ce n'était plus la vertu qui inspirait, mais [a passion de la gloire. Ils ne voyaient rien que cette gloire, là oii !a génération précédente n'avait eu eu vue que piété, fidélité, devoir 1 C'était bien au nom des mêmes vertus qu'ils voulaient aller à la même célébrité, mais l'attribut était devenu le dieu; l'araonr-propre avait [placé l'amour vrai ; enfin, comme il arrive toujours, («près les grandes vies, les grands siècles, les temps modèles, l'imitation, remplaçant l'inspiration, rapetissait et gâtait tout!
Ils imitèrent mal, comme ordinairement on imite la vertu. Se mirant dans ces sonveuirs dont ils voulaient faire leur avenir, emportés, égarés par leur ardeur, rien ne les arrêta, pas même an assassinat, celui de l'Empereur ! t'ar tel était, comme on l'a vu, le signal imaginé pour rentrer dans cette noble et vertueuse carrière des Bonchampa et des Lescare. Singulière inconséquence des iiommes! Le nom de Gardes de l'Empereur qu'enfin lis avaient accepté, l'odieux d'une trahison, ne fut pas nn obstacle. D'autres idées s'interposèrent : dea inatmclions adressées par le Prétendant et aiTivées dès le mois do mars, l'honneur de se voir enfin comptés pour quelque chose, la vanité d'être d'une conjuration, l'ambition de couronner l'œuvre de leurs pères, la haine de parti, tout les aveugla ! Et puis la victime était absente ; sa présence eût sans doute fait chanceler bien des résolutions.
5t MÉMOIEES D'UN AIDE DE CAMP.
Mais c'est trop généraliser cette grave accuBation. Si La Eochejaquekiii trouva facilement, sur Iroia mille (lardes, soixante conjnrûs pour nue conspiration royaliste, soyons certains qne la plupart de ceux-là mêniâ ignorèrent l'attentat dont ils devaient être les complices. Quant à ce projet, à raoins de rovoqaer en doute la sin-^ cérité du volontaire avea de leur clief, aveu que j'ai entendu de sa propre bouche, it ne fut que trop véritablement conçu, mais il est vraisemblable qu'il ne dut être confié qu'à celui des Gardes capable de porter le coup.
Ce crime en projet en amena un autre en réalité, dont je faillis être victime. Et ce qui étonnera, c'est que, nu an après, chez le maréchal Mortier, dans une partie de chasse, et devant mon père et moi, La Eocbejaqnelein, provoqué par le Maréchal Ney, se vanta de la conception du premier de ces attentats, quoiqu'il n'eût pins d'objet, tout en désavouant le second, celui dont j'avais été le but, mais seulement comme ayant été superflu et intempestif. Dans ma surprise, car j'ifrnorais encore moi-même cette préméditation du meurtre de l'Empereui', me levant de table, je m'écriai : qu'un aussi singulier aveu dans sa bouche, après la Restauration dont jouissaient les Royalistes, était au moins imprudent, par l'exemple dangereux qu'il pouvait donner aux ennemis da Roi régnant, A quoi La Roche jaquelein répliqua : qu'U en convenait et ne s'en disculpait pas, mais que telles étaient les extrémités auxquelles l'esprit de parti pouvait entraîner.
Au veste, il ne se passa pas sis mois sans que La
CONSPIBATION. 56
Sochejaqnelein eût prouvé, par une belle mort, qu'un grand caractère, intrépide et dévoué, avait pu errer par excès d'ardeur, de malaise, ou d'amour de renommée, mais que, s'il fût né quelques années plus tôt, la généreuse Vendée, celle de 1793, aurait compté en lui un héros de plus !
lY.
TEXTATIVE D ASJiASSIXAT.
Octobre venait de commencer; deux mille Gardes étaient partis; trois escadrons, environ hait cents hommes et chevaux, restaient encore à Tours; ils étaient organisés, et je m'étonnais de ne point recevoir, pour eux et pour moi« Tordre de départ. Comme, à dater do ixnte ôjx)que, bien des instructions furent oubliées ou mal donnée>^ on a dit quo^ à Paris* déjà la fidélité du premier de ni\s chefs militaires hésitait ; mais rien ne le prouve-. 11 vaut mieux croire que, par habitude d'obéir à un génie acooutumô à tout dicter, ensemble ^ dâ;ails, on attendait mal à propos des ordres du Quartier Impérial,
Ils ne vinrent pas ; la guerre alors s^interposait entre la Franco et Xapolôon ; plusieurs de nos courriers venaient d\Mn*' pris, oU outre autres, celui qui portait à FËmpereur la nouvelle de réohauflFoiîroo dont ou va lire le réeit.
1/a uiaisou de M. irouiu, que j\vcu}"vais tout entière à Tours, eu ayant ôtc lo thôàtre^ je suis obligé de la dé-
TEiTATIVE D'ASSASSINAT. ,t7
crire. Elle était située entre cour et Jardin. La grande porte, surmontée d'un bâtiment, ouïrait an raidi sur une petite rne aboutissant à la grande rue do Tours. Au fond de la cour s'élevait le corps de logis principal, dont la façade opposée se développait au nord, et sur un jardin. Ce jardin finissait au quai de la Loire, proche du pont. Le troisième côté de cette maison le liait au bâtiment de la porte cochère ; il avait vue au levant, sur la. caserne. la conr et la prison de la gendarmerie, leaqnellea séparaient ma maison de la grande rue de Tours. Cette aile formait le fond de la cour de cette caserne, dont la porte d'entrée ouvrait sur la grande me. Le quatrième côté de ma maison est ici sans importance.
J'habitais le premier éttige, au fond de la cour. Un escalier de pierre, pratiqué dans une tourelle, condaisait dans nne première pièce, puis, à droite, dans une très vaste chambre à coucher ; c'était la mienne. Lee fenêtres de celle-ci et celles d'un cabinet attenant, formant une aile saillante, donnaient sur le jardin. La croisée d'un deuxième cabinet, formé par l'alcôve, ouvrait sar la conr des gendarmes ; il en était de même de plasieurs autres croisées du premier et du rez-de-chauasée de l'aile en retour.
C'était là que, jusqu'à ce moment, toujours entouré d'obéissance et d'affection, j'achevais plgin de confiance l'organisation de ce troisième corps, quand tout à coup deiix dépêches, l'une du ministre de la guerre, l'antre dn ministre de la poUce, vinrent troubler cette trompeuse sécurité. La première m'ordonnait de me conformer aux
Mt;MOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
ordres de la Becoade. Celle-ci désig;iiait cinq Gardes; eiie prescrivait leur arrestation, et leur envoi bUcceBsif k Paris, en cinq jours, et à l'insu les uns des iintrea et da corps entier. Quant au motif, on le taisait ; bien plus, on m'interdifiait toute question à cea cinq Gardes 1
Il était évident qu'il s'agissait d'un compiot ; que ces arrestations, étant successives, ne pourraient rester secrètes au milieu de complices sans doute attentifs à la disparition de îeui-a camarades ; que l'enlèvement des premiers donnerait l'éveil à tout le reste ; qu'ainsi la lettre de cet ordre en détruisait l'esprit ; que je ne pouvais donc me conformer à l'une sans manquer à l'autre, et qu'il fallait ou attendre une nouvelle instruction, ou, ponr mieux obéir i celle-ci, lui désobéir. Mais tout neuf en ces sortes d'affaires, j'y crus Savary passé maître. Je craignis de contrarier ses intentions, et de lui foire manquer un but dont j'ignorais l'importance, Dca lors, cette instruction, que j'aurais dû rectifier, fut comme un filet qui m'enveloppa, et ne me laissa qu'un mouvement tout machinal. Pourtant, les quatre premiers suspects partirent sans obstacle ; mais il arriva que ces ordres d'arrestation semblèrent émaner de moi seul ; or, comme chaque fiarde, poussé par une humeur quelconque, avait tenu des propos plus ou moins imprudents, beaucoup a'efirajérent, Ljs coupables profitèrent de cette disposition d'esprit de leurs camarades : ils leur représentèreuË leur général comme une espèce de berger devenu loup, et s'efforcèrent d'ébranler la confiance universelle. Cependant, comme cette confiance résistait chez la plupart, et
TENTATIVE D'ASSASSINAT. âH
"qne les arrestations marahaiont vite, les coDJnréB s'emportèrent.
La police me fit aiors prévenir que ma vie était menacée, mais je n'en tina compte : je Sb observer à l'officier de gendarmes qui me donnait cet avis tout ce que les Gardes me devaient et me témoipiaient de reconnaissance. Quel complot avaient-ils besoin de tramer contre un chef sans cesse occupé de leurs intérêts, mêlé à tous leurs travaux, et le plus souvent sans armes au milieu d'eus ? En effet, rien de pareil ne fut prémédité. 11 n'était question, entre sept ou huit complices de La Rochejaquelein, seuls restés à Tours, que d'enlever aux gendarmes le dernier des cinq Gardes arrêtés, Ileat vrai que de cette tentative l'attentat dont on me disait menacé allait naître fortuite ment.
Le dernier prévenu était M, de La Geste, l'un des Gardes que j'avais le plus protégés. C'était un jeune homme d'environ vingt ans, d'un esprit doax, de mœurs faciles, d'une force et d'une taille au moins comparables à celles do Des Nestumières, et son ami, ce qui gâta tout.
.T'entrevi8,maisnégligemmentd'abord,t[n'il fallait pour relni-là piiis de précautions. C'était le 3 octobre, un dimanche, jonrnéiaate pour l'autorité qui craint les émeutes. Je me contentai décharger le G" de Briançon- Bel mont, i'iin des colonels du corps, d'assister à l'appel du matin, et aussitôt après, quand les rangs seraient rompus, d'apt«ler La Coste, de le distraire de la foule, et de l'amener chez moi sous un prétexte quelconque. En même temps, je renvoyai mon planton, afin de rester sans témoins; et,
SO 1EÉX0IKB5 D'UN AIDE DE CAXP.
&isuit appeler an brigadier de gendarmerie, je lui ordonnai de se disposer à partir avec le prisonnier, tandis qne Je préparerais ma dépêche.
Le colonel obéit mal. Il commença par faire sortir La Coste tooi seal des rangs, et, pendant l'appel, il le maintînt près de toi. en vne et au grand étonnement de tons les fiardes. Pais il me l'amena ostensiblement. J'ignoraia cett« absurde maladresse; je fus donc assez surpris de voir pFesqn'auBsiCôt arriver Des SesLnmières chez moi avec an air an pea plus fou qu'à rordînaire. Il me débita quelques phrases incohérentes, en faisant des gestes qai n'avaienl aacan rapport avec ses paroles. C'était une pantomime adressée à La Coste, qu'il apercoTait derrière moi, ponr l'engager à s'échapper à la faveur de cet entretien bizarre; mais je conpai court eu ècoudnisant cet étourdi, et eu lui recommandant, à tout hasard, de la prudence : conseil qni pour Des Xestnmières ne pouvait jamais man' qaerd'à-propos.
Cette visite me parut, pourtant, de mauvais augure, En même temps, j'appris l'imprudence du colonel, et« qn'il se méditait quelque coup de tête pour arracher La Coste aux mains des gendarmes. Un tel avis et ce que je venais de voir me décidèrent. Je jugeai à propos de retenir chez moi le prisonnier, et plus prndent de remettre son départ après l'heure de la retraite. En attendant, je ne cachai pas à ce jeune homme l'ordre du ministre. La Coste me répondit eu protestant de son innocence; je l'interrompis, je l'avertis de ne point se donner cette peine, qu'il m'était interdit de le questionner, que je pré-
TF.STATIVK D'ASSASSINAT.
l'éi'aia tout ignorer et me renfermer dans une muette obéissance. J'ajoutai qu'elle me coûtait beaucoup, mais que je ne doutais pas, quels que fussent les motifs du Gouvernement, que sa. détention ne fût courte et sans suites sérieuses, une grande culpabilité n'étant guère possible dans un ai jeune âge, qui d'aOleurs réclamait toute espèce d'indulgence. Puis, l'ayant fait déjeuner avec moi et garder dans ma propre chambre à coucher par un offlcier de confiance, je montai à cheval pour aller examiner l'attitude des Oardes dans la ville, à leur caserne et dans leurs cantanuements.
D'abord, chacun ne me parut occupé que de ses affaires ou de ses plaisirs, ce qui était vrai pour la plupart. A i'abbaye de liarmoutiers il en était de même ; seulement, je remarquai fort bien que, dans quelques chambrées, on lirrait la Vie de Cliarette. Je pris et remis ce livre sur le lit d'un Garde sans paraître y faire attention ; puis, je remontai à cheval assez pensif, et je revenais chez moi qaaud, sur le pont de la Loire, un vieux Vendéen, dont je n'avais pu m'expliquer l'enrôlement, passa près de . moi sans me donner le salut militaire. Etonné, je m'ar- I Tétai, et repris rudement ce Garde sur ce manque de suriwrdination, en repoussant ses vaincs excuses.
Je continuais en réfléchissant désagréablement à ce
; audacieux symptôme de mécontentement,
d je cros apercevoir sur le quai, au bout du jardin de
a maison, quelques hommes en observation. Un instant
^prèa, un nouvel avis de mon aide do camp confirma mes
I appréhensions. Alors, forcé de prendre un parti, je fus
ItËHaiHES. — T. 111, 4
près de donuer l'ordre ans escadrons de monter à cheval et de faire en même t^nps partir La Cogt£. Je comptais direensoiCe aas. Gardes quelques motB <\m eussent tont calmé. Hsis. toujoars entravé par cette instruction qui me prescrivait le silence, je m'atrftai k la pire des déterminations, parce qn'elle n'en est point une, celle d'attendre. J'espérais g^^ier denx heorea encore, lasser la patience des mauvaises têtes qui, sans doute, méditaient d'enlever leur complice dès les premiers pas de son dépan, et faire disparaître La Coste dans la nuit, qui s'approchait.
Néanmoins, ponr obvier à tont, et ne pas avoir le plus grand tort pour un ohef , celui de n'être pas le maître chea lui, je fis armer et venir chez moi nn sons-officier et deux gendarmes ; j'ordonnai qu'on fermât ma porte cochére ; je postai l'un des gendannes dans ma cour, l'autre au pied de l'escalier, avec la consigne d'interdire l'entrée à tout venant. Un brigadier bien armé, celui qui devait emmener I^a Coste à Parâ, était déjà dans ma chambre. Quant au maréchal des logis, j'esaminai l'amorce de son pistolet, puis je le plaçai lui-même dans ma première pièce, à la porte même de ma chambre, avec la consigne suivante : n Vous empêcherez d'entrer! Si l'on insiste, « menacez ! Si l'on veut vous forcer, tirez sans héai- « 1er! u
Il n'y avait rien d'exagéré dans c«s précautions, car, en ce moment même, non loin de là, une inquiète irritation venait de rassembler chez un traiteur les six à sept complices de La Coste ; j'ai dit que les autres conjurés,
TENTATIVK D'ASSASSINAT. fi.T
i'environ cinquante, étaient déjà à l'armée, m. en marche pour s'y rendre.
Parmi ce reste d'étourdis m trouvait un vieil habitué de conspirations, bonte-feu, toujours le premier à ourdir et le dernier à agir; un de ces hommes qui ne se montrent que ponr exciter, pour pousser les antres à se compromettre, et qui disparaissent au moment de l'exécution. C'était celoi-là même que je Tenais de rencontrer sur le , pont de Tours. Il s'occupait chez ce traiteur à monter a f^te de Des Nestnmières, ce qui était tonjours fait d"a- ■TODCe, et celle de deux antres jeunes Gardes, qui, sane cei-ci, eussent été les plus écervelésdu troisième corps. Il f avait encore dans ce complot un certain Bargain, esniplaçant, coureur de mauvais lieus, et pilier pà'hospicea. Je ne sais si ce misérable dîna avec ses complioee, mais il était k leurs ordres et prêt à un attentat |. quelconque, quand le vin, s'ajoutant aux excitations, mta, comme tant d'autres fumées, à la tête de Des Nesbimières. Cette fois, ce fut avec tant de violence, que tout à coup il se leva eu jurant, et en s'écriant : « Que c'était une honte de se cacber pins longtemps, d'agir ( dans l'ombre ! Qu'il ne s'agissait plus d'un enlèvement t furtif. qu'il fallait un acte éclatant et qu'il s'en chart geait ! Qu'on n'avait qu'à s'armer et à le suivre ! Que ! lui-même allait forcer la porte du général, pénétrer [ jusqu'à lui, et le tuer aur-le-champ s'il lui refusait 1-a t Coete ! > Ici, le vieux suborneur, dépassé, voulut modérer cette pougue ; maisDes Nestumières saisit ses pistolets, les arma,
ti\ MfiMÛIKKS D'UN AIDE DE CAMP.
et duB dmix mains il les dirigea sur les conyives : « En u Toîei nu pour h général, leur cria-t-il, et nn autre ponr II le premier d'entre voua qui refusera de me suivre ! » A ces mnta. les uns s'exaltant, les antres s'effrayant, toua se levèrent ; ils sortirent. Des Nestumières courant et ne s'apercevant pas que l'un des convives, à la fois Gai'de et espion du Gouvernement, se cacliait sous l'eacalier, et que le vieux Vendéen, avec un autre conjuré, dispanùssaib par la première issue qu'il venait de rencontrer.
Quand Des Xestumières, compta ceux qui lai restaient, il ne vil à ses oôtés qne les deux ècervelés de son espèce ; ceux-ci allèrent se placer â ma porte, lui courut à l'hôpital voisin chercher Bat^ta ; il lai paya son crime, lui donna l'nn de ses pistolets ut l'entraîna.
Cependant, soit effet des avis que j'avais reçus, soit pressenti ni eut, je m'alanitais de plus en plus. Pressé de me dfhurrasser de mon prisonnier, j'envoyai reconnaître le chemin qu'il devait suivre; mais les deux complices de Des Nestumières surveillaient ma porte cochére : ils tombèrent sur mon aide de camp, le saisirent et, lui imposant silence av«^ la bouche de leurs pistolets, ils le pooa- Sf rent rapidement dans nu réduit où ils le gardêreat.
De mou côté, ne voyant pas cet officier revenir, et mon inquiétude redoublant, je disais â La Coste que ses atnis te perdraieat. lorsqu'un brait tumultueux me ât courir à mon sabre en m el&u^aut vers la porte de Bft chambre. Dans l'instaut même uii j'y touchais, l'mi des battants s'ouvrit avec violence, et Des Xestomiéres parat devant luoi. pile, l'air furienx, égaré, tm subre oa peu-
TENTATIVE D'ASSASSINAT. Ci
Pdaatàsanpoignetparifidragoime, etàcette luËmemain Ion pistolet qu'il me porta brusqnement au front, eu me P'^ant : < Général, rendez-moi La Coste I »
J'avais à peine eu le temps de mettre le sabre à la Fmain en loi ordonnant de ae retirer, qu'il hlcha le coup ! I Ma figure en fut brûlée et criblée de poudre, j'étais prèshqae aveuglé: mais uu mouvement de tête que je fis à 1 propos me sauva, je n'eus de blessé légèrement par la llxklle que l'oreille gauche. Toutefois, presque reuvereé ]par la commotion, je me retins d'une main au battant de B porte, tandis que de l'autre je poussai dans l'entrét' ' quelques coupsde pointe ; mais Des Nestumières, profitant de rinceititude qne mon aveuglement momentané donnait à mes coups, passa à côté de mon sabre et m'attaqua arec le sien. Je recouvrai en cet instant l'usage de l'un I de mes yeus, et saisis an collet cet écerveié, qui, sans l.b&lancer, me saisit de même. Alors, luttant corps À corps, linonB nous serrâmes de si près, que nos armes devinrent I inutiles. Pendant quelques moments, ce fiit moins un [Combat qu'une lutte, où Des Nestumières, plus grand et Iplne fort qne moi, et mu poussant devant lui, eut l'avan- ■tage. Nous passâmes ainsi devant le brigadier de gendai'- ■nerie qui attendait ma dépêche. Retiré dans mon alcôve, 3 y restait témoin immobile de eut attentat. Indigné, je li criai : Â moi donc, malheureux ! Mais, soit iVayear, ou t qu'il eût aperçu le second de Des Nestumières, il s'élança vers la porte et disparut.
Cependant, blessé, à demi aveuglé par la poudre, luttant contre Dos Nestumières, et forcé d'observer en même
flG MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
tempe La Coste.jeperdaia du terrain, Quant h ce priaonnier, il s'ngibnît, il gesticulait dans l'embTasLii'e de l'aue des fenêtres, en s'écriant : s Ah I mou Dieu I Est-il poau sible ! quelle horrenr ! s et il demeurait neutre, ne pouvant se déciderni k fuir, ni à ee joindre à une attaque contre nn chef qui l'avait comblé de bontés, ni à le défendre Guntre un ami qui se sacrifiait pour sa délivrance. Rassuré de ce côté, je redoublai d'efforts ; et, quoique déjà repoussé jusqu'auprès de ma cheminée, Je serrai de plus en plus près mon adversaire. Je cherchais ainsi à gagner du temps, quand, derrière moi, le brait de la détente d'une batterie de pistolet me fit retourner la tête : c'était ie second de Des Nestumières ! Son pistolet ne prenant point fea, il venait de me manquer entre les épaules, à bout portant ! Je menaçai cet assassin de la voix et des jens, seules armes dont je pusse faire usage, et il se déconcertait, lorsque Des Nestumières lui cria : « Recom- « mence donc, lâche !» Et le misérable, armant de nonveau son pistolet, vint, d'im air égaré, l'appnjcr sur ma poitrine et le tirer une aecoode fois, mais encore inutilement!
En ce moment, enfin, reparut un des quatre gendarmes. Sans doute, l'idée de se trouver en butte à la révolte de tout im corps les avait d'abord effarouchés; mais, assurés qu'il ne s'agissait que d'un crime isolé, ils reprenaient courage. Celui-ci courut sur Bargaîn, ât fen au lui, le blessa, le mit eu faîte, et sortit de ma chambre eai le poursuivant, au lieu de me débarrasser de son complice.
Ma voilà donc encore resté seul aux prises avec Des*
TESTATIVE D'ASSASSIKAT. <"
Nestnmières, toujours à la merci de La l'oste ijui, par bonhenr, s'ea tenait à continuer ses exclamations : il ne cherchuit pas même àsVchapper. Mais, dans ce dernier ' . conflit, noua étiona parveuus, Des Xestamières et moi, à tâ^ager nos sabres, et chacan de nons, s'en servant aus- I «itdt, en porta la pointe an corps de son adversaire. Eu même temps, nons nous regardions dans les yens, avec cette contraction des traits qui accompagne toujours plna le conp qn'on va porter que celui qu'on va recevoir.
Pendant que De« N^estumièreB, pins étonné de son action
(jne de son danger, hésitait, Geoffroy, nn jeune valet de
chambre que j'avais élevé, accourut au travers de la
fumée des coups qui venaient d'être tirés, passa derrière
, Des Nestumières, saisit la lame de son sabre, et larabais-
tnt vivement sur son genou, il la brisa. Alors, par une
igulière fatalité, loi anssi retourna dans la pièce préct'-
inte, et, courant se joindre k ceux qni arrûtaient Bar-
gftîn, il me laissa seul avec mon prisonnier et Des Nestu-
aièrea.
Mais la crise était arrivée à son terme. Des Nestumières, désarmé, s'était dégrisé tout à coup, n Ah! mon Dieu,
< s'écriait-il, vous êtes couvert de sang ! Je vous ai as-
< snseiné 1 Moi, qui vous aimais tant ! Je suis un scélé- « rat ! Tuez-moi, je vous en conjure, tuez-moi donc ! »
La pointe de mon sabre était cncorc engagée dans te dolman de ce raalheureas jeune homme. Je la retirai, il n'avait plus d'armes ; et pnis, en toute vérité, je ne lui en vonlaia pas, connaissant bien la folie de sa pauvre tête ;
fil MÉVOIBES DCy AIDE DE CAMP.
|N»nua(lf^ que son attentat, sans préméâÎLation, était promju' in Villon taire, et sûr rjne, ponr le moiadre sajet, il te serait fait taw p-Dur moi un m<«uent avant ce crime, comme il roulait l'être par moi un moment après.
D'allMuri, une Benle idée me préoccupait alors : Is crwntD d'im ^Taad eâciutdre, et que le corps qni m'était conAé ne fût irréTocablemeut perdu dons l'esprit de l'Armée ti de l'Empereur, par le bruit qn 'allait faire cet attentai. C'est pourquoi, jetant mon sbre sur une table Tttnde qui occupait le milieu de cette pièce, je me contentai de lui répondre : qu'il était bien qnestîon de sa rie ou de la mienne, qn'il &'agî£sait du corps entier domt il Teniiit pent-4tre d'entacher rhonnear! Et anssitAt, aiiiBt dt'carmé. j'allai étancher mou sai^, ei. épimger mes venxpour m'assurerque l'un d'eux n'était point crevé, et pour eflaoer. s'il ae pon\ïiit, les traces de cet érénement, «spérant pouvoir le renfermer che« moi, ou, dn moins, en dissimuler la gmvii*.'. Il ne me vint pas seulement à l'esprit qnc l'un on l'autre de ces denx jeunes geas pût abnscr de ma cooSanâe. Ua conviction en cela ctait si intiine M si entière, que kbraitdes pas précipités de l>esNe9tami^ ros, aoconruit derrière moi pendant que je lavEis i blessure, ne me fit pas même tourner la lête.
Cette confiant dans le raenr de cet infortnDé iflOBB homme était fondée. Transformé subitement, i] ne si Çeait plos à sanver son ami. il ne pensait pas à fait hnmêmp ; il se tordait de désespoir, il \'enait se prâcàpàts à mes x^càs ; il jotait, sons mes veux, sur le marbre de 1 commode, une poij;:née de balle* en répétant ; « Kuï
TENTATIVE D'ASSASSINAT. fi'.l
•t tiiez-oioi donc ! Voua me doniiea ia vie '; Voyez, toutes 'I L-<:s balles tous étaient destinées! u Je fis un geste de pitié, sans répondre, toujours absorbé dans la pensée d'amortir l'éclat de cette révolte : c'est pourquoi j'appelai, et donnai l'ordre de clore sur-le-champ ma porte.
C'était une paèriiité après l'etilèveineiit de mon aide de camp, que j'ignorais encore il est vrai, et le bruit de conpe de feu, et l'alarme donnée par les gendarmes. Aussi l'ûiTiTée du préfet et de deuï officiera d'infanterie, qui accouraient à mon secoiu's, m'eut bientôt désabusé. Dès lora je compris qu'il ne fallait pins songer qu'à montrer, Lju'à assurer mon autorité, et à étouffer sur-le-cliamp ti.'Utea les suites possibles de cette détestable affaire.
J'examinai ma position. Bargain, blessé, était fixé, par la pointe dn sabre de l'un des gendarmes, dans un angle de la première pièce de mon appartement. Je fia saisir de même La Coste et Des Nestumiéres. Puis j'allai les conduire moi-même à la prison voiaine, quand mon aide de camp, parvenu» sedégager, mais trop ému, reparut et s'y opposa. Il s'écriait : qu'il venait de voir la grande rue pleine de Gardes; qu'ils m'arracheraient les priaon niera si j'osais affronter leur effervescence! Je n'en crus rien; pourtant, je jugeai devoir aller, seul d'abord, sonder le terrain. La me était vide; tant la frayeur peut faire voir bien plus que double ! Je n'y rencontrai que deux fi trois U ardes, et ils s'efirayaient pour moi. Je les renvoyai à leur quartier, et par prudence je pouasai et fia enfermer, dans la cour de la gendarmerie, Trogofl", jeune Garde breton, ivre, que je ne pus faire taire, et parce qu'en chancelant
il criait : i Oui 1 tout pour le général, mais pas de 1 darmes ! » Alors, sûr que le chemin était libre, ; touruai chercher mes prisoimiers et les fia placer séparément, devant moi, dans la prison de cette ciiaerne.
Cette prison était au fond de la cour de la g mené et presqu'appnyée à ma maisOQ. Or, pendant qu'enfermé moi-même avec l'un des prisonniers je l'interrogeais, les gendarmes, convaincus qu'ils allaient être attaqnés par les Gardes, s'effarouchèrent. Le spectred'una révolte, dont ils seraient les premières victimes, les obsédait. Les voilà donc qui ferment précipitamment la porte cochèrede leur quartier. Cette porte donnait sur la grande rue de Tours. Dès lors, séparés de cette rue, ne voyant plus ce qui s'y passait, et leur imagination s'cclianiSint, tout ce qu'ils craignaient, ils crurent I" entendra 1
De mon cfité, inquiet ausei, je venait! de laisser là n prisonniei's, pour aller m'assarer des dispositions des Gardes; mais, lorsque je me présentai pour sortirai cette caserne, les gendarmes, déjà tout effarés, s'y refusèrent. Ils ne voulurent point m'oavrir ; ils me supplièrent de ne point faire tomber cette seule barrière placée entre eus et huit cents forienx, rassemblés là, disaient-ils, pour les égorger! Incrédale à cette t tion, je m'irritais, quand deux de mes officiers, qui m'œ valent suivi, trop alarmés, me certifièrent cet état dlii' snrrection. Ils eu prenaient à témoin ce tumulte, ces vociférations qu'ils croyaient enbendi'e, le brait de cette maltitnde de sabres sur le pavé de la rue, et les coupa frappés à la grande porte qui, seule, boue en séparait!
TESTiTITE D'ASSASSISAT.
Dans cette première exaspération, ajontaieat-ils, on ne respecterait rien, p^ même le général ! Eus avaient déjà Tii des éTénements pareils j ils SHTuit-nt qne, en de I I les eitrémit«s, le seul parti k prendre était de se déro- ■ r â one première riolence.
Alors, non seulement ils me conjurent de me cacher. . iti's, me saisiesanl, ils s'efforcent de m'entraîner au . iiid de la cour, au pied d'une échelle fiu'its venaient de ;\iire appliquer à l'une des fenêtres de ma maison. Ils me déclaraient que, même paryenn chez moi, il» ne me permettraient pas d'y rester, sûrs que la sédition allait m'y poursuivie. Mais ce conseil m'indigna; et comme ils insistaient , je fus forcé de les repouaser. Ces deux anciens et excellents officiers me devaient leur fortune; et trop ilcvonés, trop émns, leur attachement ks égarait.
f.'ependant, enfermé dans cette cour, et ne pouvant ■ ruire que la frayeur pût enfanter tant de visions, je me laissai persuader, pendant quelques minutes, que réellement une révolte m'assiégeait. Dans cette extrémité, j'e pris sur-le-champ un parti extrême. J'avais Tordre d'envoyer La Coste à Paris ce j'our-là même ; les Uardes, disait-on, voulaient l'airacher de mes mains; mais j'avais d'autre» soldats ; ceux-ci, quels qu'ils fussent et malgré leur petit nombre, devenaient les miens, les rebelles, nos '.'nuemie, et il n'y avait pins qu'à se défendre.
Aussitôt, convaincu qu'il était de mon devoir demefeire mer. s'il le fallait, devant la porte de la prison, je m'y réfiignai : je réunis les gendarmes ; je leurs fis barricader leur grande porte ; j'inspectai leurs armes et leurs muni-
Tî imiOIKES DUS AIDE DE CAMP.
tkota. Toatefitts. au mOkn de ces praniers soins iadi& pe9mble«inDetésisuocedése!^)^ée,jem'étoDDais dun point entendre dans la rw de plus Ttoleot^s clameurs Hn dratas alois ranianDt, j'ordonnai à l'an de nos cfairargiea&-tiui)on, honme froid et &rme, qui se tronvaife li je ne sais coaunent, d'emniaer par nne fenêtre no8 Gâtées et leor atUtade. Cet <dBder obéit. Un im apr^il me cria qa'ït Tojùt en effet la grande nie plein lie SOS g»^ nais (jM km foule panisaûtstolement caneaat, iiiqnî«t«, et sans col^& AloiSTescèdè, indigné da ta pcstion eritiqoe où k tnMble des es^ts (jai m'envi' runnaiml venait de m'anâa*, j'ocdonnai qu'an débarnKJI^ qn'oB ouTrit ta porte ; mais ce fat encora v not.
Pndut que je ai'ta^ettiâs tt qoe les gendarmes toajom eSNjés, bm lAnsbôcnt. la tmx d'an lietl «n de maoi fhn, «Ile d» riaeyeteor gmènl Lvoch, frappi BMHt onâle. Son utxÎPté poor t» dugcr que je oootBÏi venait dftl'ktttnrclManei. Elle lai arait fait déconn OBOK^Ui de comawitorion qne jHgnows. et gni m'A lait étn Uen tttik.
J« M paii ne r^ipehroet komaeesnUat, octancies •MMup«)ttM« dVnaw d» mim pin, sav on rif attaidri» MUMit. C^Uil nu Mrv i part. Lcwçtcnpe guerrier wn A'Hn adwintstnlear, aw bn^nre sani imàtiamf m vwitv, tvwH' d« d«vv^r. «4 ^inecnKèfentent iasDaeikato d< lool dMt.vfr.l'«vatl ^waus pamnters gnidn. SeadAotl pttisùmt. ^ )V\>pnH<!' niig|K«. IVxKte et b*btoeQe«y) ■èttw «t> sn v4twHMU«t ÙTwiMH â*as feor finneel
indépendants de tonte mode ; la dignité calme de son attitude, la sobre réserve de ses paroles attiraient et piquaient l'attention par nn air d'étrangetc qui rappelait Bonorigine britannique. Tout cela reflétait une âme d'nno simplicité si primitive, d'une candeur, d'une naïveté ai originales, que, en 1793, la férocité lirutalede nos démagognes eux-mêmes l'avait respectée. Il y avait dans sa nature, jxjurtant sensible comme on le voit, tant de constance et de calme, qu'il avait traverse nos guerres et nos bonleverscments révolutionnaires aans rien changer à la modeste uniformité de ees moindres habitudes. Cette imperturbable nature a feit de sa longue vie de célibataire comme nue pente égale et douce, sur laquelle il s'est laissé glisser, de son berceau jusqu'à sa tombe, i bruit, sans éclat il est vrai, mais sans secousse. Su cherchant d'où venait cette vois, dont le aouvenir Il encore, j 'aperçus su figure irlandaise à une croisée , au fond de la conr des gendarmes : c'était la felêtre d'une écurie de la maison que j'habitais. Dès lors, ine libérer de mes gendarmes par cette issue, serrer, en 3unt, la main à ce vieil ami de famille, puis, libre enân, ■«rtir par ma porte cochère et arriver dans la grande rue, I milieu de tous les Gardes qui s'y pressaient tumulleusement, fut l'affaire de deus minutes. J'ignorais encore dans quelle disposition je les tron- 1. quelle qu'elle fut, je sentis qu'il n'y avait loint àbalancer ; que bonne, un instant d'hésitation poulait la changer ; que, indécise, il fallait, par une prompte , la décider. Je courus donc à eui sans
plus attendre, et nie jetai au milieu de leur fuule, qui a'onvrit et m'entoura.
Malgré leur étonneuient, je fus accueilli comme je pouvais le désii'er. Les uns s'informaient du daager que j'avais couru, d'autres se récriaient à la vue de la poudre et du sang dont ma figm'C était tachée. Et moi, sans m'arrêter k répondre, élevant la voix, je leur déclarai : « Que < legouvemeraentdemandaitLaCoste; que j'en ignorais n la cause; que deux Gardes ivres avaient prétendu fol- H lement s'opposer à son départ ; que ces deox insensés « étaient arrêtés ; (ju'il ne fallait pas que deux mauvaises •t têtes nouscompromÎBSGnt;que,pourcviter ce malheur, « pour prouver an Gouvernement notre obéissance, il
• fallait quetous,àrinBtant,leurgénémlentéte,aUassent « conduire \a Coste à lamaison de poste, d'oii lui-même
* partirait aussitôt, et porterait la nouvelle que le corps « toat entier avait fait exécut«r l'ordre du ministre! *
Je m'attendais à un transport, à un cri d'assentiment unanime, mais tons demeurèrent dims une muette immobilité. Je crus un instant qu'ils hésitaient, candis qu'an eonUaire, ignonuit si j'avais fini, ils attendaient. C'était ma &nt« ; en tuminant, j'ens^ dû, a&i de tout enlevH'r leur indiquer par une acclamation quelcouque. telle que celle-ci : Ttiv rSatpemtr .' que j'avais fini, et comment ils devaient répondre. Heuivasement, dans cet instant àéâait le cri de Vie* If Gritèml: qui partit d'une seule hoodie, détenmna resplo$io«. Vu moment d'attntte de pIoBt si Dit seul marmnre de l'tm des conjnr» se Ait âeré^ je ns sais œ qai serait «dreau, tant l'e^irii d'tne
TENTATITE D'ASSASSIXAT. Ti
Tonleeat mobile et facile à eatraîner! Mais aussitôt l'acclamation devint unirerselle. Mon cœur ne s'était donc pas trompé en comptant sur celui des Gardes. £a même tempB iis me prenaient, me serraient les mains, plusieurs même, les larmes aux veuï. maudissaient mou assassin , et tous demandaient k me suivre. L J'avais hâte d'eu finir, d'autant plus qae le Jour veftitde disparaître; or, rien ne me répondait que quele antre conjuré ne profiterait pis de la triple obscurité a nuit, de la foule, et du complot qni m'environnait, pourquoi, me d<^geant et repi-enant le ton du Iftmmandement, je criai : « Garde à vous! halte! le « premier rang en avant I il suffira. » Alors, m'adressant an reste, j'ajoutai : « Vous, mes amis, allez vous remt poser, et à demain, de bon matin, sur le champ de nos B manœuvres ! i
^FTous obéirent. La me étant vide, les gendarmes rassurés, leur portt s'ouvrît enfin, et je pus rentrer daus leur quartier, avec une quinzaine de fiardes et trois officiers, les seuls que, pour huit cents hommes, j'eusse ,s k TourF, Je fis promptement extraire de la 1 le pauvre T-a Coste, et, l'aj^ant placé au milieu de je, je l'emmenai sur le quai de la rive droite, oii la e se trouvait. Pendant que l'on attelait, il me fallut e mon rapport avec le seul œil qui me restait. Dix après, le prisonnier, le gendarme, la dépêche, nt était expédié et l'ordre du Gouvernement ponctuelment exécuté.
f Cela feit, je repassais le poat pour rentrer chez moi ,
7fl Mi'.MOmVS D'CN AIDE DE CAMP.
(|tiiui<l flitim utio voiture, ijtii nous gainait et noas força de nui» innKiT. il mcK-mblareconaaitreLa Coste, revenaat iiir wi* jiiiH. Quelquoinvntisembl&ble <|ue cela fiit, à tout liiuiurd je me jetai eu travers. C'était Ini-même î lie malliunroiix lirijçwlier clmi^ de sa garde, îe même qni ne m'avait pa» «ocuuru. le ramenait com plaisamment dans Ttmr», où Boii manteau avait été oublié. Je lionrrai rudemeriL (wllu linite, lui fia faire volte-fitcc, et, sûr enfin que l<a (\wti< citait on routo [vour sa destination, j'allai me cmuclicr, car j'avais la figure fort enflée, je n'y voyais plus qn'à poiiiv, ft je HOuRlntis beaucunp de ma bicssnre.
Me voiltk donc ecnl avec moi-nifme. Au tumnite, au frMtwi d'une soènevioknte. la solitude, un profond silence ftViiicnb «HO«m^. Mais dans cet isolemeut mon im^inatioii prit t'<«s(ir ; elle rtvupt «km tout entière au dedans de mvi. Irit triat«s9e y douainaii. Quelque beureose qu'eût «^ ("iwmçde IV dtjsoîriw. c'était nne rèf^olte; l'aiitarité «n «MiAVinui. Ma i^^nfianoe dans les Gardes «tût ]!■(»■ Il^;<.'«lt« rfWihPiHwl pnriielIc.eHe ^«tit niacac; et |H«Tl«n1 nVdi -il {Ms cent ftiîs mwax nhi qne rica de tait liliiiiii TiHl iiiif'Tfl inirli TÉfTil fliniTiiiii iiHiiw «huAtaw iMir «ifuît doaljVtùs a «klis^ ^ iétammÊ tvMkintJi ; <ii>Miv ? t^Vn <Ar»mm. I^Mné» «t rBafnoai; iqiMilà«H<« wgwàl.«w»agwre*«a>tgnBfcw— g»
liarrosBè du bruit qu'allait faire Mtte échauffonrée ; îmté contre celui qui n'avait pas au la prévenir ; souriant de la confiance d'un chef chez qui Ton conspirait à son insu, et de l'imprévoyance d'un général qui s'était laisse surprendre jusque dans sa chambre 1 L'Empereur saurait-il les précautions qae j'avais prises , et ce qu'il y avait eu ffimprévu dans cet événement, du côté même des coupables ? Son ministre s 'accuserait- il de la maladresse de ses Ustmctions ? Enfin, qu'importerait au (iouvernement le e d'une telle répreasion ? C'était bien moins le coup, [se Hon écho, qui allai tl' importuner. D'ailleurs tout étaitï donc fini? Étaient-ilB sans complices, ces hommes assez audacieuï poar être venus, jusque chez lui, brûler la figure à leur général ?
Quelqne justes que fussent ces réflexions, elles manquaient d'à-propos. tin caractère plus calme les eût remises au lendemain, car il était tard; cette journée n'avait été ^Bnietrop remplie, et le temps du repos, celui de recueillir ^^Kfi foi-cespour le jour suivant, était venu,. Mais mon ea- ^^BÎt échauffé continua dans cette fatigante direction. Peu ^^^B>en, cependant, cette préoccupation commençai se dê- ^^^■oâre : elle s'engourdit, mes idées s'entrecoupèrent, elles ^^^nmbr oui liaient et finissaient par se perdre dans un assoupissement complet, quand tout à coup un bruit inaccoutumé m'en arracha.
1 en sursaut, j'écoutai vite ; mais, le silence étant
établi, je me persuadai que les agitations de cette soirée
B reproduisaient dans mes rêves. Humilié de me croire
« le jouet d'iiue trop forte impression, je cherchais à
iilK remloriiiir, lorsqu'un nooveaa brait me réveilla encore, et ni In-usqnemeiit, que je me redressai. Oh ! pour cette foin, le fait était sûr; c'était vers mon Jardin. Pourtant, rieti 110 Hiinoi^dant, j'allais en donter encore, qnand 1(1 Koiifflo d'une forte respiration, partant du même lien, lit luittro mes ai'téreB. Je mis la main sur mes armes ; et liiuntflt d'nntiva bruits sourds et indéterminés concenti^rcnt, du côté do ma fenêtre, mes regards et tonte mon attention.
Il n'y avilit plus à en donter, une crise nouvelle se prépKrHit. La dnnger était \h, du côté dn jardin, dans ce ca- Uuot qui n'ufâriuait la caisse du régiment, dont la port« ^iten Tapo démon Ut. dont les fenftna mal closesetles iHiinùllœoxU^'riounjs (iiamies de treillage étaient accessibles h niKieecaludo! Ce treillage se prolongeait justement vers M luAme «inai de la Loire où , quelques henrea plus tôt , j'«Tnis cru vi»r des conjurt^s en obâermtion. Que devais- je taire } niVIancttr* appeler ? me mettra eu défense? Mais qni>i ? rôveiller mou aide de ramp. mes ir;B?, provoquer, ïwisMaestle certitude, ou nouvel eâ-bitdre ! Cependaot Wikvis df IVtlfioûr dè^ncUnueneme reveniiiaU entMs. N« tti*anul-it p»; Msun^ qu'on eu vi.>akit à nu vie } Mua incfvdshtr Tvntii d'An panieiserwC -elle iitoon^Ale?
UuM «vtK {vnihl» taduvèioB, l'iinl eo airft, un piatclnt
i«ÉWW^W>Ky8^<»'WWwt>wiiMBtiirct4eyw'^«M|MM|' j^Uw aandMT BM «Ml» <i» cHi^ «t ■•#
Talet de chambre à lear sommeil ; puis , tous les trois en chemise, nous nous dirigeâmes vers ce redoutable cabinet. Voici notre ordre de bataille : moi, le premier en tête, tenant d'nne main nn pistolet armé, et mon sabre nn de l'antre ; à ma ^anche, mon aide de camp armé de même ; derrière moi, mon valet de chambre, (leoffroy, un troisième pistolet d'une main , et l'autre main posée sur la clef et prêta ouvrir, A mon signal, il ouvre et pousse soudaiùement la porte, dont je hâte le mouvement d'un coup de pied, et, tous trois ensemble, noua nous ruons dans cette (luvertiire. Ainsi l'assaillant était assailli, et l'ennemi, prêt à snrprendrc, allait d'autant plus lui-même se trouver surpris î
En effet, il hurle ! U fuit et s'échappe 1 Mais ce fut en passant Bonsnosbraspretsà combattre, entre nos jambes, et à nos regards étonnés qui, cherchant plus haut d'autres adversaires, se rencontrèrent stupéfaits de n'avoir eu affaire ()u'â un gros caniche !
Ce pauvre animal, qu'aucunde nous ne connaissait, s'était sans doute introduit dans la maison pendant le combat précédent; effarouché par le tumulte et les coups de feu, il s'était caché dans ce cabinet, où, après être resté immobile sous quelque meuble, la faim et l'ennui l'avaient agité. A cette vue, les trois guerriers, armés de toutes pièces, restèrent d'abord muets, en considérant réciproquement leur attitude belliqueuse. C'était, après lagrande pièce, la petite : un éclat de rire la termina.
Cette fausse alerte, qui ne fut pas la moindre de cette fatigante j'ournée, fut la dernière. Il n'en pouvait être au-
trement, car j'appris bientôt qne tous roea aous-officieœ et brigadiers s'étaient enteiidna pour veiller Buccessivemetjt autour de ma maison, et que même ils aTaieot ré- Boln do me donner, pendant les trois on quatre nuits suivantes, et à mon insu, cette marque toucliante de sollicitude.
Le lendemain, à la poiote du jour, après avoir fait distribuer au\ Gardes deux mille cartouches, je me rendis avec eux sur le champ de nos manœuvres. Là, m'arrttant devant chaque escadron , je leur dis quelques mots sur l'attentat de la veille : je l'attribuai à uii accès de folie de Des Nestumières, l'intempérance ayant achevé de désorganiser son cerveau déjà malade. Chaque escadron répondit pardoBacclamationB;aprè8quoi, je commandai moi-même la manœuvre. J'eus soin de faire exécuter touH les feus BUT moi, m'y présentant sans affectation. Bans paraître y songer, mais de près, et afin de prouver à ceux qui le méritaient ma confiance en eux, et d'imposer aux complices de Des Nestumières, s'il en était besoin encore, plus de respect qu'ils nem'en avaient montré la veille, H est stiperflu d'ajouter que je n'ent-endis siffler, à mes oreilles, ni balles
Lea feux et la manœuvre terminés, j'allai me faire panser, car jusque-là je n'en avais pas eu le temps. Il &Ilut extraire, grain à grain, la poudre dont ma figure était criblée. Cette opération me rendit peu àpeu toute ma vue ; le reste était peu de ch&se.
Mais le malaise de moncsprits'accimt d'une impatience assez naturelle,celle de neconnaître encore nilebut nîles
plîces d'un complot tramé sous mes yeux, dausle corpB que je commandais, et dont j'avais été TÎctime. Dès îors, comme réchauffourée de la veille m'affraDchissait de ce mutieme que m'avait imposé ia police, je n'épargnai pas mes investigations près des deux priaonniera qui me restaient, dans le corps lni-m(?me, et dans la ville : elles furent vaines. Pourtant, une conjuration et des conjurés existaient autour de moi !
J'ignorais que parmi eux, dans les Gardes mêmes, il se trouvait un espion du gouvernement rpersonnage de taille mojenne, àfîgure pleine et insignifiante, au teint mat, et, dn reste, porteur de ces formes grasses et arrondies qu'une conscience complaisante n'amaigrit pas; eïtérienr aeaez ordinaire aux gens de mœurs molles et faciles. Il ■portait un nom vendéen, très connu, qu'il déshonorait. C'était un de ces prodigues nécessiteux, pour qui la pauvreté est le pire des maux, esclave de ces plaisirs qu'on achète, et qui, n'ayant plus que son honneur pour s'en procurer, l'avait vendo. La police avait fait cette acquisition, Dana le désordre qui avait terminé lu dernier festin de Des Nestnmières, on ae souvient qu'un de ses convives, sedérobant, s'était caché sons un escalier : c'était ce même agent, dont Sarary n'avait pas jugé à propos de me faire connaître la mission.
Or donc, le lendemain au soir de cet esclandre, dans le moment où, renfermé chez moi, seul, fatigué de l'inutilité de mes recherclies, je rêvais, le front dans ma main, aux moyens qui me restaient à prendre pour m'éclairer, voici que subitement, en levant la tête, et sans
même avoir entendu entrer, j'aperçois debout, près de moi, cette figure officiense. II était en liabit bocrgeois. Ainsi déguisé, 0 s'était glissé jusqu'à moi sans le moindre bruit, sans f tre aperçu de pereonne, à la faveur des premières ombres de la nuit qui s'approchait. Cette apparition fut si soudaine, que je tressaillis, lorsque, à une œrtainc attitude demi -honteuse, au doigt plaoé sur sa bouche, et à quelques mots prononcéa avec précaution, je compris à qui j'allais avoir affaire, et l'à-propos de cette visite nocturne et mystérieuse.
Le résnttsit le plus net de notre entretien fut, poui' moi, la liste des conjurés : ils étaient soixante, la plupart absents et en route pour la frontière. Quant à la conjuration, la Restauration en était le but. A un certain signal, qu'il me cacha ou qu'il ignorait, la révolte devait éclater, les caisses publiques être pillées, moi enlevé et conduit dans la Veodée. Là, selon ma détermination, les conjurés devaient me prendre pour chef ou me garder comme otage; ils ne consentiraient contre moi à aucnne autre violence.
Comme cet espion ne savait ou ne me dit rien de la nature du signal, c'est-à-dire de l'assassinat projeté de l'Empereur, et des ramifications de c«tte trame dans la Vendée, j'avoue que ce projet de révolte, de soixante jeunes exaltés, disperaés, depuis Tours jusqu'à Leipaick, dans les escadrons d'un corps de trois mille hommee étrangers à ce complot, et au milieu d'une armée dévouée, me parut si fou, que je n'y attachai nulle importance. Pourtant, je rendis aux ministres de la guerre et
TE>TATtTE D'ASSASSINAT.
^e la police an compte exact, de cette révéUtion. J'indiquai le jonr dn départ des ciaq complices de Des Nestnmières, libres encore et présents k Toura, en demandant qn'on lea fît arrêter en roote, et non an milieu du régiment comme les trois premiers, ce qui était, sans nul doute, bien plus convenable.
Qnant à la liste des autres conjnrés, je l'Eiccompagnai de notes sur chacun d'eus. Celle de Bargain portait : « Assassin à gages! n Son action et les renseignements que je venais de recevoir interdisaient pour celui-là toute indulgence. Pour Des Xestomières, je ne le signalai qne comme un jeune insensé, dont le cerveau était dérangé, et aaqnel sis mois de réclusion dans une maison de santé étaient nécessaires. Je le recomjuandai à la clémence dn ministre, comme bien plus digne de pitié que de colère. Je priai mon père de joindre son intercession à la mienne, ce qu'il fit, en certifiant avec moi qne divers excès avaient momentanément égaré la raison de ce jeune homme. Nous nous entendîmes là-dessus avec sa famille, et nous rt'USBlmea à le sauver.
Les autres Gardes compromis furent désignés moins comme des conspirateurs que comme des étourdis, bons à disperser dans les régiments de l'armée, afin d'annuler leurs mauvaises dispositions et de les changer : avis que n'approuva point Savary, qui les fit tons arrêter.
Pour moi, ces devoirs remplis ainsi, et cette secousse n'ayant rien changé à l'ordre établi, ni à la marche de tiiea antres occupations, j'achevai l'organisation du troî-
me corps. Vers la fin d'octobre, près de trois mille
Gardes étant succesBivement partis de Tours, je l'eçua l'ordre d'aller à Mayence en prendre le commandement. J'y arrivai an bruit des canons de Drouot, peu de jours après cette brillante charge dee premiers escadrons du troisième de Gardes d'Honneur, qui culbutèrent, a Hanau, la cavalerie bavaroise, et ouvi'irent à l'Empereur, et aux restes de la Grande Armée, le cliemin de la France. Napoléon, à la faveur de ce noble effort, pour lequel il a consigné sa reconnaissance dans Je bulletin de cette bataille, venait de rentrer dans Mayencc. Mille rapports de l'intérieur, qui n'avaient pu percer jusqu'à lui, l'y attendaient. Son premier soin fut d'ouvrir les portefeuilles de ses ministres pour y chercher la situation dans laqoelle il allait retrouver l'Empire. Dès le lendemain, il me fit appeler. Du plus loin qu'il m'aperçut : « Que « viens- je d'apprendre? me dit-il; qu'est-ce donc que a cette affaire de Tours? Encore une conjumtioQ? b Et Bur ce que je répondis : a Oui, Sire, mais une conjura- « tioud'écoliere. — Comment, d'écoliera? reprit-il, mais « Us vous ont assassiné ! — C'est vrai, répliquai- je, mais a fortuitement, follement, et cela n'a guère eu plus « d'importance qu'une émeute de collège. » — « Allons « donc ! poursuivit l'Empereur, une émeute de collège à « coups de pistolet ! » Comme alors il s'anima et que les menaces lui échappèrent, je cru.? devoir lui représenter la situation contrainte et la mauvaise humeur de plusieurs de ces jeunes trens, leur âge, et répéter ce que j'avais écrit au miiiistre, que la dispersion de la plupart des inculpés dans l'année suffirait. Mais l'Empereur en savait
TF.XTATIVE D'ASSASSIN" AT. S6
'déjà plus que moi, sans doute, aur le projet de la Roeliejaqueleîn. « A!i oui ! s'écria-t-ij, Toilâ un beau moyen « pour étouffer une conspiration! Allons, vous n'y en- « tendez rien ! » Alors, me congédiant, il ajouta quelques mots si Tifs sur le genre de ropression qu'il jugeait indispensable, qu'aussitôt je courus chez Fain : c'était 8on secrétaire le plua intime, le plus digne de sa con- Sanoe. Je le pressai de se réunir k moi, et de s'efforcer de prévenir les actes trop sévèrea que je redoutais. Mais Fain me rassara : il me rappela les habitudes de l'Empereur, et qu'il ne fallait jamais le juger par ses paroles. En effetj pendant les cinq mois suivants, au milieu de la dernière et si opiniâtre lutte que soutint Napoléon, quelque convaincu qu'il fût que ces soixante Gardes, appelés à veiller sur sa vie, avaient conspiré contre eUe, il les épargna : se contentant, en les privant de leur liberté, de leur ôter celle de se perdre à jamais par un si détestable
DEFSHSE DC RHIX, DE L. ALâACE ET DE LA LOSBADfK.
Je re\T>yais l'Empereur pour la première fois depuis son départ pour la sraerre de 181S. L'impression qne j'éprouvai fnt rive, et ai doolanrense. qu'elle dure encore. 8nn second désastre ét&it acoomplL Le point de vne d'on chacnn le contempUit n'ctait pins le même. Le malhenr r&vait frappé comme ns Mitre, il avût eoarbé sa gmdeoT: on se sentait pins à portée d'elle, il fallait lever les veux moins haut pour Tennsa^r: enfin, déponillé de œ prestijîe d'infaillibilité fjni avait tant ébloai, on le jngeail ! Telle n'i^tait pas cependant mon impression personndle : mais elle étnit si nstnrdle-, et lui-même derait tellement s'y attendre, cjne. en l'abordant, tonte ma crainte avait été que qncique chose en moi pût loi Atîre supposer que je l'épronvais.
Son entourage Aossi me frappa. T^ captivité des vaat, \i mort des antres, relie surfont de T>^lTw^ avaient duagé sa Cour militaire. Oe n'êtfâl pins cette répularitê, oa ordre sév^^ cette roscn'e grav», mesurée, silenoîcuse, qii
DÉFEïraE nu Hh:îJ. 87
j^stÎDgaaient ; tout eufin me parut différent autour de [ maift rien en lai. Déjà deux fois foudroyé, sa Wte EÛt haote, su voix brèye et impérntîve, aon attitade ■Teraine. Telle était sa nature, que, réduit à un village, f eût encore paru le maître dn inonde, ïominent n'eût-il pas senti sa force, quand pour l'afere, trois ans. Luit guerres simultanées, et vingt ba- , qu'il gagna pour la plupart, suffirent à peine? 'il succomba, ce fut à force de vaincre! Mais le ciel tt commencé l'ébranlement en. 1812. Ce premier coup il d'en haut, sa gi'andeur l'atteste. Quant anx redou- Pieata qui suivirent en 1813 et en 1814, il fallut i[ue SO-Tope entière soulevât contre lui tout ce qu'elle avait tommes, lorsqu'il n'avait plus à lui opposer que des jliea d'abord, des enfants ensaite. Et pourtant il lui I tête ! Tl fit plus, il prétendit, jusqu'au derniej- mo- ;, à l'Empire universel. Mais n'anticipona pas, courons l'ordre des temps et de mes souvenirs. ' Le troisième de Ttardes d'Honneurfut placé aux avant- 1 défense du Rhin, dn fort Vauban jusiju'à Ineisheim, lui fut confiée. J'eus sous mes ordres, avec K mille Gardes et dix-sept cent cinquante chevaux qui estaient, la garnison française de Laudau : celle, toute Buisses, de Lauterbourg, et des gardes nationales. Dès miers jours, six cents Gardes, les Suisses de Lauhoui^, et des bataillons que j'empruntai à Landau, fu- F cantonnés à portée du fleuve, qu'ils bordèrent de 8 postes et de leurs vedettes. Tranquille derrière ce i»u, et mes autres escadrons bien répartis dans de
bons cantonnements, je ne songeiià plus qu'il les mettre, au plus vite, en état de tenir eamp^ne, et de leur donner pour cela tout -ce qui leur manquait. C'était déjà, pour les quinze cents Gfti'dea qui n'avaient poiu-tant pas encore combattu, une partie de l'équipement et la chaussare, mal oonfectionnés dans les départements : et tout, jusqu'à l'armement même et la moitié des chevaux, pour les cinq cents autres qui revenaient des combats de Leipsick et de la retraite, où un nombre pai-eil avait péri. Mais, fi cent cinquante lieues d'un dépôt, dans des villages, et en face de l'ennemi, où trouver l'argent, le temps, et les onvriera indispensables? Ajoutez qae je n'avais pas un officier par cent Gardes, et que,8ur ce petit nombre, cinq senlement et trois sous- officiers avaient quelque expérience. Cependant, quant au matériel du moins, ces difficnlbés fnrent surmontées. Elles venaient du désordre, suite de notre situation ; je puisai mes ressources dans ce désordre. L'argent était de ces ressources la plus nécessaire ; mais, lorsqu'on pouvait à peine en obtenir pour la solde, comment en demander pour d'autres besoins ? Je me décidai à en prendre sur cette solde; j'osai même laiseer fignrer sur les feuilles de prêt les Gardes que l'épidémie et la désertion nous enlevèrent. La solde était de vingt-cinq sous: cette masse noire, avec quelques secours de notre dépôt, satisfit à nos dépenses. Quant aux ouvriers qui manqnaient absolument da,ns un coi'ps déjeunes mdtres, aspirant tous au grade d'ofiîcier, ceus de nos cantonnements y Bupléèrent. Tous furent requis et payés comptant. KouB échauflames le zèle de ces bous Allemands ; ils
DÉFENSE DU RHIK. 89
■.iravaillèrent non seulement en conscience, ce qui est râ&ns leur nature, maïs vite, ce qui est mains dans lear Phabitnde. Dire tout ce que nous accumulâmes de travaux rpour ces réparations et pour l'instruction des Gardes y pendant les sept eemaines de répit que la Coalition nous I laissa, paraîtrait invraisemblable ; intervalle trop court si e temps n'était pas le plus élastique des éléments ; mais, bien employé et pour ce qu'il j avait de plus urgent, il s suffit.
L ces difficultés, cependant, deux fléaux, l'un pério-
îqne, l'autre inattendu, s'étaient ajoutés : l'hiver et le
la. L'un, avec ses neiges et ses glaces, interrompit
e communications ; l'autre nous fat apporté par une
tt^née de fantassins, restes de la retraite, qui traversé-
fient nos cantonnements, et les infectèrent. Le premier
LâUeint fut mon valet de chambre Geoffroy, le même qui
^m'avait sauvé la vie k Tours en désarmant Des Nestu-
iB. La malignité de son mal était telle, que sa respi-
1 faisait pâlir la flamme d'une bougie qu'on en ap-
Dchait I Je le disputai quinze jours à la contagion et je
e lendemain, mon seul officier comptable et d'habîl-
ment, le plus nécessaire en ce moment, se sentit frappé.
r celui-là, sans consulter, je le bourrai aussitôt de
Pqninquîna et it fut sauvé. Mata cette peste s'acharna sur
B Tillages ; née de la misère, habitants comine soldats,
[Hcbes comme pauvres, forts comme faibles, elle nous at-
rtaqua indistinctement. Un jour, par exemple, j'arrive
"Ji Hcrsheim. dont le bon curé me reçoit gaiement à table ;
no MÉMOIRES D'UN AIDG DE CAMP.
après quoi, Ini serrant la main, je le quitte pour achever une visite d'avant-poste ; trois jours pins tard, revenu à ce quartier général, j'y trouve le presbytère vide et le curé mort : on l'enterrait ! Cette reconnaissante poignée de main lui avait communiqué le typhus, dont son humenr j'oyeuse, la force de l'âge et ea santé \igoureuse n'avaient pu le préserver.
I)ès lors, le miil se développa avec une rapidité effrayante. Les symptômes variaient : les uns, subitement terrasses, espiraient dans un abattement profond ; nn délire furieux saiaiasaib les autres. On en vit se précipiter, de leurs fenêtres, dans la bone à demi glacée des rues, d'où on les relevait mourants dans d'horribles convulsions ! Déj'à, sans compter les habitants, plus de deux cents G ardes étaient atteints ; soixante avaient snccombé, L''étendne de nos cantonnements, si favorable à notre mieus-être, aggravait le mal, nos officiera de santé y devenant insuffisants. Dans mon désespoir, l'idée me vint de combattre ce nouvel ennemi en le reléguant et le concentrant dans une position plus élevée, où m'aidemient à le vaincre un air pins pur et des soins pins assidus. Mon choix tomba sur trottranstein, gros village à mi-câte dans les Vosges dont nons occupions le pied, et qni avait une voie de retraite sur deux ponts et Mets. J'en fis notre hôpital régimentaire ; de? lors, la contagion y fut confinée, et bientôt domptée, grAcc à cet air salnbre et an zèle habile de M. Marie, l'un de nos chimrgiens-majors, qui faillit pom-tant Ini-même y succomber. Mais alors, dans nos rangs, mélangés de Hollandais,
DÉFBV^lï DU BHIN ;>1
is et de Toscans, s'infiltrait une contagion d'une : nature. La Coalition, non satisfaite de sa force î notre faiblesse, y joignit la ruse. N'osant encore franchir le Rhin, qui nous di fendait hîen pliia que nous ne pouvions le défendre, elle ae fit précéder d'une avantgarde occulte de contrebandiers de la rive droite ; ils vinrent provoquer ce reste de nos alliés à une désertion qne les longues nuits de décembre et nos Juifs de la rive gauche favorisèrent.
Dès lors, les rapports de cliaque matin annoncèrent ie manque à l'appel, tantât de plasieurs seutineUes, tantôt même de postes entiers composés de Suisses, et succesaivement de plusieurs Toscans et Hollandais du 3° de Gardes d'Honneur. Rien n'était plus significatif. Ainsi nos alliés de tout pays nous abandonnaient! La coalition contre nons devenait universelle! Mais nous devions nous y ati.endi'e, et, sans étonnement, sans irritation déplacée, noua nous mîmes en garde. Lauterboui^ et le f'H't Vauban étaient trop loin de L.indau pour que je iiiiBse y aventurer des détachements de la garnison de ■'■[te forteresse; les troupes qui les gardaient furent ] mrées : les dooteus, ainsi que le reste dea Suisses de l.auterbourg, furent renvoyés dans l'intérieur, et les lemparts de terre de cette ville confiés à l'un de nos escadrons. Quant ans Gardes d'Honneur étrangers, ils furent démontés, désarmés sur-le-champ, et renvoyés sur nos derrières.
A cetlc guerre sourde de nos ennemis nous ne pûmes wndre que par un contre -espionnage, ou volontaire, ou
payé par le patriotisme deeliabitaDts les plus ricliea d cette partie de l'Akace. 11 m'apprit bientôt que de nombreuses colotiDËB de coalisés, au lieu de s'écouler sur Bâle, comme les premières, s'arrêtaient en face de nous ; qu'elles s'allumeraient vers Manheim, Seltz et îe foct Vanban; qu'elles traînaient avec elles deux équipages de jwnt, et nous menaçaient, adroite et à g'auche, d'nn double passage. J'en instruisis le maréchal Victor et l'Empereur. Mais, an lieu de voir arriver des renforts, je reçus de Drouot l'instruction d'en envoyer à Paria, à la Garde Impériale, et du maréchal Victor l'ordre, en cas d'attaqne, de jeter nu escadron dans Iiandan, et de marcher aussitôt vers Strasboarg avec tout le reste.
Il devenait clair qu'il fallait se faire le plus leste poa- Bible, ne garder autour de soi que des combattants et ae tenir prêts à une retraite. Aussitôt notre hôpital, transformé en ambulance, et notre infirmerie d'hommes et de chevaux invalides, placés également dans une gorge des Vosges, eurent l'ordre de lever le pied pour Metz au premier signal. Dans nos cantonnements, des chariots furent tenns prêts pour transporter dans Landau tout effet d'équipement non réparé. Quant aux escadrons et s aux bataillons, chacun eut une ordonnance et un guide du paya, à mon quartier général, prêts à porter l'ordre anx bataillons de rentrer dans Landau an pas de course, et aux escadrons, de se réunir à moi dans la plaine d'Hersheim, lieu de ralliement le pins central que j'avais choisi.
Ces précautions prises, les vingt ordres de marche
DÉFENSE DU EHIN. 9J
me écrits d'avanœ, aûc de n'être snrpria d'aucun côté, Attendis l'événeinent. A cette époque, la désertion, le B, le dur service des bords marécageux du Eliiu, et li de détac h émeute à l'intérieur, nous avaient enmvé plus de quatre cents Gardes. Maïs nous étions enpore quinze cent cinquante, ne manquant de rien et rets à combattre.
Maintenant, et en attendant le moment où Napoléon,
»re, anra pu réunir, pour venir à notre se-
, une faible année nouvelle, je vais, par le récit des
8 dont je fus témoin, montrer quelle fut notre dé-
. Ici quelques détails personnels, conformes d'ail-
a au plan de cet ouvrage, ne paraîtront point, je l'es-
:, hors de propos.
' Réduit à quinze cents chevaux, et chargé de la ^arde
I Rhin, du fort Vaubau à (ïuermersheim, j'avais été
i, pour faire vivre, pour abriter et pour rééquiper mes
le les disséminer en cantonnements, entre le
Un et les Vosges. Nous formions l'eitrémité de l'aile
e du maréchal Victor, et par Guermersheim nous
ittohioDB k l'aile droite du duc de Raguse. Le dernier
t de 1813 était arrivé. On ne nous avait point avertis
', au loin, par delà notre aile droite, et depuis dix
, l'envabiaBement avait commencé. Nous ignorions
n'ainai notre Ugne centrale était déjà dépassée, à sa
roite, par cent cinquante mille hommes !
Depuis plusieurs jours tons les rapports augmentaient
otre anxiété. Nul renfort ne paraissait, aucun ne nous
t annoncé ; et cependant, nos regards fiscs sur l'autre
bord, il noua Bemijlait entendre, na travers de ses froids brouillards, les damenrs de cet amas d'ennemis, le bmit de leura armes, le roulemeat des millierB de canons et de caissons qu'ils traînaient avec eux, et dans récho de leurs cliantB nationaux, leurs cris de guen-e et de vengeance !
Nous attendions ainsi, (jnand le 1" janvier 1814, h onze heures dn soir, après un assez triste dîner de jour de l'an, d'un côté une lettre du aous-préfet de Spire, et, da côté opposé, des douanière accourant de Lanterbourg, m'annoncèrent que le Rbin venait d'être franchi vers Manheîm. nos troupes repoussées, et que, vers !e fort Vanban, un autre passage allait être effectué.
Ces deux invasions à ma droite et à ma gauche, poussées vivement jusqu'aux Vosges, pouvaient m'enfermer entre le fleuve et la montagne, et me couper ma retraite sur le maréchal Victor. Quelles qu'eussent été les précautions que j'avais prises, il me fallait quatorze heures : pour hâter le départ de mon infirmerieet de mon hôpital régimentaire ; ponrralher mes escadi'oua, en jeter un dans Landau, y faire rentrer derrière moi les bataiUons que j'en avais tirés et le matériel du 3* corps de Giirdes d'Honneur, dont nous ne pouvions nous appesantir. En même temps, et à ma droite, j'avais à placer deux cents chevaux un regard du fort Vaubau pour masquer Weissembourg, enleur envoyant l'ordre de se replojer lentement sur cette ville, où, le lendemain soir, je voulais aller coucher. Moa projet était d'eu repartir le 3 janvier, et de m'écouler au pied des monts vers Strasbourg, comme j'en avais reçu l'instruction.
DEFENSE nn RHIN. !*5
^ La plupart de ces ordres, comme je t'ai dit, étant pfL'ta ffivaQce, ainsi que les ordonnances et leuvs guides, en une ; tout fut expédié ainsi que ma dépêche an martial Victor ; en voici le résumé :
ï Monsieur le maréchal.
I « J'apprende à l'instant qno le maréchal Sacken et
E Tingt-8ix mille hommes ont passé le Ehiu hier vers
^]U[imheim, et que monsieur de "ffittgenstein, avec seize
bmjlle Rosaea, en fait autant aujourd'hui vers le fort
BTauban. Je donne ordre, etc.. etc... Ainsi, puisqu'il
gjknt l'abandonner, du moins cette rive du Rhin sera
Rsette; les Oardes d'Honneur ne perdront ni un malade
toi on seul effet ; et l'ennemi, s'il nous presse trop, n'y
■a demain que des coups de sabre, etc., etc. »
«lendemain 2 janvier, vers midi, j'étais à la tête de
) cheyanx réunis devant Hersheim, couvrant Lan-
L et protégeant ainsi la rentrée, dans cette forteresse,
'. garnison que j'en a^-aîs tirée, et de mes bagages.
Bevoir rempli, je partis pour "Weissembourg. J'y arri-
I avec la nuit, mais fort surpris d'y trouver déjà les
X cents chevaux que j'avais placés en observation de-
t Wittgenstein, pour coutrir ma retraite. Leur chef
, tout novice encore, n'avait pas compris sa
(S'était avec ces recrues ainsi commandées que, pen-
mt plusieurs jours, j'avais à défiler entre le Rhin et les
ijes, Eotis les yeux et a portée des coups de seize mille
Russes, qu'on noos disait même être vingt-sept mille. Il n'y avait donc pas de temps à perdre ; et cependant, pour conserver les hommes, leurs chevaux et l'équipement, et ponr maintenir l'ordre et l'ensemble, il ne fallait pas marcher trop vite. Il convenait d'arriver avant la nuit dans de bons canton nements, et de n'en repartir qu'a f;mnd jour ; d'é\'iter, autant qu'il se pourrait, à ces l'ecrnes, la fatigue des grandes gardes, des bivouacs, des reooD* naissances ; et, en cas d'attaque, d'avoir, à lear dnâbe/ pendant la marche, et derrière nous pendant la nuit, a voie de retraite au travers des Vosges. J'abandonnai donc à l'ennemi, qui d'ailleurs l'occupait en force, la route du Rhin ; je m'en traçai une autre au pied des monts, par Lambach, Reichoffen, Oberbriinn, Neuwlller et Delit- \vi]ler ; gardant chaque jour ma retraite au travers de la montagne, par les passages de Bitche d'abord, puis de la ■ Petite- Pierre, puis enfin de Phalsboui^ ; sûr ainsi de b tre point acculé contre les Vosges, et, si J'étais trop preasé. par l'ennemi, de pouvoir abandonner l'Alsace.
Il est superflu d'ajouter qu'une avant-garde et une arrière-garde, bien commandées, bien renseignées, prévinrent les surprises, et, dans ce long défilé, maintiureut en ordre et serrée notre colonne. Mais ce que je dois ■ dire, et ce que je me plais à consigner ici avec une vive gratitude, c'est le patriotisme, c'est le dévouement exemplaires de ces bons et braves Alsaciens dont nous tra.Tersâmes les villages ; ce sont, malgré leur désespoir de e voir en proie à l'invasion et à la ruine qui allait en résulter, les soins généreux dont ils nous comblÈrent, '.
■ DEFEÎiSE DU EHIN. ','7
Lxonte et dans nos haltes, iia accouraient ; ila nous apporlilûent leur vin, leurs vivres, ils les dis tri bu nient aux KiG&rdes et en refosaient le pris ! Le soir, à notre arrivée Edans les cantonnements choisis, ils s'emparaient des bom- Imee et des cheyatix, ils se les disputaient, et soins et vi- L vies, ils lenr prodiguaient tout. D'auti-es les aidaient à Ktnrricader les avenues du côtii de l'ennemi et âlesgarder; HTantres encore, des vieillards même, leurs bourgmestres Bd tête, s'oSraient, à pied et à clieval, à mes instructions ; ftt toute la nuit ils allaient aux nouvelles, ila poussaient ^niloîa des reconuaissances. Leurs coursesétaicntrapides, Beurs investigations audacieuses, leurs rapporta exacts. BSTons fûmes enfin bien mieux éclairés et gardés par eux Kine noue n'eussions pu l'être par nous-mêmes. Il n'y Bkvait certes pas de meilleurs, de plus généreux, de plus Draves Français dans toute la France ! On peut juger du B'&mertnme de nos regrets en nous voyant forcés d'aban- ■■flonner à l'invasion de tels compatriotes.
Quant à cette manœuvre, il eiit ùté plus prudeut, sans
doute, de mettre les Vosges entre nous et l'ennemi, et de
revenir snr Saveme par Plialsbourg; mais je jugeai que
e général russe, en mettant le pied sur noti'e rive, ne
Higerait d'abord qu'à s'assurer de la route qui borde le
Buve, et à s'éclairer sur Strasbourg, ce qu'il ne manqua
LpU'de&ire; que, en tous cas, je ne pourrais avoii- affaire,
■de ce côté, qn'à une avant-garde légère, ce qui arriva ;
î|o'aiiis!, du moins, j'atteindrais plus tôt le rendez-vous
■jadiqué, où je pouvais être utile.
n résulta en effet, comme on va le voir : le rallie-
UfiMOinEB. — T. m. G
ment du 4*' rôgfîment de Gardes d'Honneur, oublié de- \'ant Saverne ; celai de deux mille fantasaius près de se li\Ter à. rennemî ; la mise en défense et l'approvisionnement de Phalsliocrg, onhliés de même, et dooL le comiii^udant allait, se laisser sntpreudre. Enfin, tl est plus que vraisemblable, si l'on m "eût permis ensuite de me retirer directement snr Nancy, avec les deux bataillons et les deux mille clicvans ralliés sons mes ordres, que j'y Busse assuré la retraite dn maréchal, en retardant, d'an moins TÏngtr-quatre henres, l'entrée trop prompte des alliés dans cette viUe.
Au reste, nous n'eûmes qn'à nous louer de l'exlrtme circonspection de l'ennemi. Sa lenteur, singulièrement prudente, favorisa cette marche de flanc qu'il eût pn rendre si dangereuse. Pourtant, en approchant de DeitwiUer, j'éprouvai, quelques instants, une vive inquiétude. Ici, la persuasion que l'ennemi était éloi^é, et qne j'allais trouver près de Slrasboui^ le maréchal Victor, m'anût porte à marcher sur dens colonnes, que séparuit un coors d'eau moins guéable que je ne l'avais jagé, lorsqu'on vint me prévenir que le général Seslawin occupait en force Dettwiller, point de réimion que j'avais assigné à ces deiiî: wlonnes. La mienne avait sa retraite air Saverne; mais l'autre, de cinq c«nt£ chex'aux, ne pouTBit me rejoindre que parlepantdnviU^c, occupé, disait-on, [lar doux mille Hitss^.
Il n'y a\*ait point à hésiter : je m'avançiû rapidetomt, décidé à ressaisir ce passage, .resterais snrpreadre Sedawin ; mus, en arrivant deruit Dettviller. j'en vis sortir
DEFENSE DU RHIN. 9!l
ime cavalerie nombreuse qui, se déployant et se couvrant de tirailleura, me força à me déployer de même. De plus eu pins inquiet, et impatient d'en finir, je m'avançais prêt à charger, étonné de ne point cntendi'e commencer le feu, lorsque je vi s nos éclaireura se mûler, sans combattre, au piirti contraire. Or, qu'on juge du soulagement que j'éprouvai I cet ennemi, si malencontreUBemcnt placé entre moi et mon détachement, c étaient de-, Français, des frères d'armes, le quatnème ngiment de Gardes d'Honneur ! Il était fort de six cents clievaui, sous deux chefs expérimentés. Ils nous reçuieut a bi-aa ouverts. Héunia à mon commandement, ils admirèrent notre nom bre double du leur, ils s'émerveillèrent de notre tenue brillante, si bien réparée autour de Landau et que nous en rapportions encore intacte ; car, grâce aux soins de ncs bons compatriotes Alsaciens, rien en nous n'avait souffert, ce qui ne devait pas durer longtemps.
J'avais obéi, je croyais m'être ralhé an maréchal
[Fictor, et je me trompais ; c'était le quatrième régiment
ml que j'avais rejoint. Son colonel ignorait même où
s trouvait le corps d'armée ; il se plaignait d'être sans
rdre^. J'envoyai de toutes parts aux nouvelles; tontes
Efnrent alarmantes! L'ennemi était devant nona, nous
séparant de Strasbourg. On disait l'Alsace entière éva-
, cnée par nos maréchaux ; on nous y croyait oubliés. On
f aona jugeait dépassés, au loin, & droite et à gauche, par
I les deux invasions. On ajoutait que, poussant droit de-
L'rant elles, et se recourbant en Lorraine derrière noua,
9 allaient nous couper toute retraite.
iOO MEMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
Dans une situation aussi critique, je m'échelonnai de DetbwillBr à Saverne, couvrant Phalslioarg;, et repous- Bant les attaques de iSeslawin. Le lendemain matin, l'un de DOS exprès revint de Molsheîm avec la nouvelle que, ^ depuis deux jours, le maréchal Victor s'était précipitamment retiré dans la Lorraine. Je calculai la distance que ce paysan disait avoir parcourue. C'étaient douze graudea lieues en moins de cinq heures ! Cela me parut invraiaemblable, quel que fut le zèle de ces braves gens, en sorte que, tout en donnant l'ordre aux rt^iments de se reployer sur la montagne, je fis garder k vue ce pauvre homme jusqu'à Saverne, où, son rapport s'étant confirmé, je lui rendis tu liberté avec excuses, éloge, argent et tout œ qui pouvait le consoler.
Alors, serrant douloureuse ment la main & nos généreux compatriotes des bords du Hhin, noiis gravîmes la moutagne, nous traversâmes PJialsbourg et. les derniers, nous abandonnâmes l'Alsace à l'invasion.
Ce qui paraîtra incroyable, c'est que, dans cette dernière marche, noue passâmes au travers de la citadelle de Phaisbonrg sans plus de façons que dans uu village : pas une pièce en batterie ; aucun factionnaire, nul qnivive ue nous ari'êta ; comme s'il n'y ai'ait là ni remparts, ni portes, ni garnison ! Indigné de cette incurie, je fis battre la générale par le premier tambour que je rencontrai, et donnai l'alerte, annonçant l'ennemi qui me suivait. Le commandant, enfin réveillé, ferma ses portes. Il disait que, oublié par le ministre et le maréchal, on ne lui avait rien prescrit ; que sa garnison était insuf-
DiîFENSE DU RHIN. 101
mte, saua vivres, sans un seul aftût en état de servir.
li répliquai qu'il n'en devait que se mienx garder,
[n'il était inexcusable.
Quelques heures après, je m'occupais à cantonner ma
brigade à Sarrebourg et sur le revers de la montagne,
quand le hasard voulut que, sur le chemin, je rencontrasse
L deux mille fantassins de quatre régiments. Ils
raient été dirigés sur Strasbourg, sans ai-mes prêtes,.
s cartouches, comme en pleine paix, ignomnt que, à
e demi-liene de là, ils allaieiit rencontrer les Russes I
«arrêtai, j'expltqnai à leur chef où nous en étions; il
1 ponvaic croire ses oreilles. Puis, le ralliant à moi,
riïia itu maréchal Victor qu'on disait être à Rem-
viUers, pour lui demander ses ordi-es.
s récit semble être de pen d'importance ; mats outre
îi nous eussions pu perdre, aana coup férir, une forte-
B et deux mille hommes, ces détails montrent dans
I désordre jette une invasion au milieu d'habitudes
^Ugentes, suites d'une longue sécnrité. Organises pour
, contre elle nous ne l'étions aucunement.
!ri8 au dépourvu, tout était à remanier. De là ces
B d'ordres, d'instructions, et ces choix d'hommes si
propres aux circonstances. Cela m'espliqua en partie
8 inconcevables pertes subies par la Prusse après léna.
. nous n'en éprouvâmes de semblables qu'en petit
iombre, telles que celles de La Fère et de Soissons, c'est
i notre sécurité avait duré moins longtemps, et que
B Coalition ne profita pas aussi rapidement que l'Empe-
i sa victoire.
En attendant la répouse du maréchal, je jetai un bataillon dans Phalsbrrarg; puis, comme une avant-garde de Seslawin était venue sommer le gouverneur, je la fis tourner par une compagnie de voltigeurs et attaquer de front par un détachement des Gardes. Ces Russes eus- Bent été tous enlevés sans un geste de l'un des nôtres. qu'il me semble vi>ir encore. M. d'Arbaui-Jouques, chef d'escadion, l'un de nos plus beaux hommes de guerre, Rans attendre mon ordre, dans son impatience, mit le sabre à la main d'un air si martial, que, à ce seul aspect, le commandant russe, se troublant, donna snr-ie-champ ]e signal et l'exemple de la retraite. Il falhit alors fondre sur lui en toute hâte; mais, le mouvement de nos fantassins n'étant pas achevé, ces fuyards en furent quittes pour la perte de quelques hommes, armes et chevans, qu'ils abandonnèrent pour échapper à notre poursuite.
En rentrant dans Phalsbourg, j'y trouvai l'ordre du maréchal de ravitailler cette place, de la mettre en état de défense, à'y placer un bataillon, ce qui était fait, et de renvoyer le reste de l'infanterie, partie à Lunéville et partie à Metz, avec le colonel du 6' léger. Cet ordre, quant à la défense et à l'approvisionnement de la citadelle, arrivait trop tard, si je ne m'y fusse préparé. Je réussis à l'exécuter, en requérant de toutes les communes environnantes les ouvriers et tous les vivres qu'il fut possible de réunir. A ces instructions, comme je me trouvais placé en intermédiaire des maréchaux Victor et Marmont, le général Grouchy, commandant la cavalerie du corps d'armée, ajouta l'ordre d'essayer de rets-