‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 13 sur 41 · DÉFENSE DU RHIN · texte numérisé non relu

DÉFENSE DU RHIN

lëa oomnmnicatîoiiB avec le corps du duc de Raguse.

Je fis bien de ne risquer dans cette direction que le I moins de monde pOBaible, car, dès le lendemain, de non- I veaux ordres m'airiyèrent. J'étais à Sarrebourg, sur !a Kronte directe de Lunéville, quand, le 10 Janvier, je reçus ^l'ijiatruction de laisser sur ce chemin deux: cents Gardes e couvrir, pnia de se reployer sur cette ville, de re- Ljoiiidre moi-même aur-le-ehamp, avec lo reste, le marélal Victor à Eambervi liera, par )a route la plus courte. î temps était horrible; les chemina de traverse, dénonces, disparaissaient sous une neig% qni tombait à gros . Cette marche était tellement forcée, que, parti ^e Sarrebonrj à sept henres du matin, je n'aiTivai à Karabervillers qu'à sept heures du soir. Je n'y trouvai ni rivrea, ni fourrage, ni logements ; il me fallut laisser mes BSCadrons, la bride au bras, dans nn champ de boue, la Fneige venant de se transformer en une pluie à verse, qni noyait mes malheareux Cardes. Je courus au quartier I général demander des ordres. Ces ordres furent d'attendre ainsi, toute la nuit, le départ du corps d'armée prêt à rétrf^rader sur Lunéville, et d'en former T arrière-garde. Mais, puisqu'il s'agissait de se retirer sans combattre, , au lien de harasser et d'épuiser, par une détestable marche de flanc bien inutile, suivie d'une nuit sans pain, sans I fourrage efc sans abri, dix-huit cents chevaux frais, bien F ensemble, et si précieux à conserver, pourquoi, de Sarre- L bourg où ils étaient, ne leur avoir pas donné pour point <le ralliement Lunéville, où dans tous les cas il fallait

lOi MEMOIRES D'US AIDE DE CAMP.

passer? Or, tout an contraire, on les avait inconsidérément appelés, et cela poar les faire rétrograder dès le lendemain, monrant de faim et de misère, snr cette même ville, par nne antre roate et nne seconde marche tellement forcée encore, qu'elle devait dnrer deux joms et deux nuit de pins.

Encore si l'on m'avait arrêté en chemin, le premier jonr, à Manières, point où j'avais rejoint cett« antre ronte, et où la retraite dn maréchal Victor devait passer ; à l'on ne m'eût pas fait avancer inutilement jnsqn'à son quartier général encombré de tronpes. cette première jonmée et la seconde en enssenl été abrè^técî: j'anrais en le temps d*abfit£r, pendant qneiqae$ heures, m^ répiments, de les faire manger et se reposer; mais non, on avait même né<!bgÉ un soin anssi nécessaire ! Sans donte la puissance démesurée de l'ennemi commandait à notre impniasance nos monvements : nous étions plus il ses ordres qn'anx nôtres; mais ici, où cela n'étiit pour rien, il y avait en, de la part de je ne sais quel chef^ impré> voyance ou insouciance ; car. il en faut convenir, trop de g;nerre, an lien de fvwraer. gâte : elle endureU, elle blaae; et, soit btigne, soit é^ïsme, on sV habitue k né> gliger ces ménagements, ces soins si indispensables à l> conservation des hommes et des chevaux qu'on ne retrouve pins ensniie dans l'occasion.

Désespéré de cette l«nte et des sonfiruices de mes pannes Gardes, j'attendais prèsd'nn feu. sur la pUœde Rtmbervillers. te moment de parler an marodnl, quand on *ag;uemestre vint me rem^ue nne dt'péche. Je l'oa-

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. milieu de plusieurs officiers et de quelques ; ils s'aperçurent qu'elle venait de Paris. J'en comlençais la lectnre sans précaution, lorequ'henreusemeEt, en ma penchant vers la flamme, saisi de sui'prîse, Je me détournai. J'en avais assez vu pour craindre qu'un coup (l'œil indiscret ne leur révélât ce qui me restait à lire.

Je ne sais quelle fâcheuse inspiration avait fait choisir à l'Empereur le moment où les Gardes se montraient si dignes du poste d'honnenr qu'ils occupaient, et où ils formatent plus de la moitié de la cavalerie du corps d'armée, pour leur déciorer qu'ils étaient exclus des rangs de sa Garde ! Il y avait dans cette- déchéance, si peu méritée, de quoi désorganiser ces corps do volontaires, et en faire mf^mc déaei'ter les moins zélés. Comme toute faute a sa bonne raison, celle-ci avait peut-être pour cause l'économie, ou la nécessité d'apaiser la jalousie de 1» vieilie et de lia jeuneGarde qu'on reformait, cette élite voyant eu effet S corps d'un œil mécontent.

I Quoi qu'il en fût, comprenant sur-le-champ tout le ma! 3 décision aussi inopportune devait produire, je me s, me retournai vers les Gardes, et, jetant au feu 6 dépêche, je leur dis négligemment que c'était un tplicata, une répétition inutile d'ordres déjà exécutés ; Ib je me mis à causer avec eux sans affectation, comme n de nouveau ne fût arrivé. Jamais les Gardes ne se t àontés de cette dtsgrâoe ; et l'Empereur, jusqu'à la 3 celte campagne et de l'Empire, a dû sans doute le rouement de ces braves volontaires i

piration qui m'arrêta si à propos et dont je me félicite encore.

Je dévorais intérieurement ce nouveau chagrin, quand le maréchal Victor me fit appeler. Il était on^e heures du soir, il allait se mettre à table. Ce fut le dernier repas du grand quartier général où je me trouvai. Il me rappela le premier, celui auquel on ae souvient peut-être qu'en 1800, et dans Augsbourg, j'avais été invité par !e général en chef Moreau. Mais quel contraste ! Alors, dans un riche palais, notre conquête, c'était une vaste salle à manger, où cinquante brillants couverte entouraient un magnifique plateau que mille iKragiea éclairaient ! Et quelle profusion de vins, quelle abondance de mets nous avaient été prodiguée, au son d'une musique martiale et de ses airs les plus triomphants ! Comme alors, en nous, tout était vivant de jeunesse confiante, hautaine, victorieuse ! Comme tout éclatait de contentement, d'orgueil et de gloire ! repas splendide, festin de vainqueurs, dont la conqnâte faisait tous les frais avec son abondance et son luxe accoutumés ! Tandis qu'aujourd'hui, au lieu d'un général prêt à gagner sa plus célèbre bataille, un maréchal s'apprêtanb à fuir! Au lieu de cent mDle guerriers victorieux, eA d'une guerre conquérante et nourricière, douze mill( hommes en retraite, manquant de tout dans leurs propres fojers envahis ! Enfin, dans ce quartier général de BaonV bervillers, à la place de ce festin, de ce palais somptsenx' d'AugBbourg tout éclatant de lumières, une pauvre son boni^eoific, qu'il me fallut chercher à tâtons • une froide obscurité ; et, dans une salle basse, sale

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humide, une table où de rares chandelles éclairaient à peine des aliments indispensables, servis dans des plats de terre, pour quelques convives couverts d'nniformea usés, comme leurs figures, et moins par le temps que par les combats et les bivouacs : tristes restes de tant d'armées si florissantes, après tant de victoires si glorieuses ! Qu'était devenue cette joyeuse et bruyante animation de notre vii,''oureu3e et triomphante jeunesse? Quel changement! Comme les physionomies, sillonnées d'insomnies et de blessures, paraissaient maintenant graves et aoucieuses ! Commeces fronts, jadis si sereins et si haut portés, muintenaol se montraient ou dépouillés, ou couverts deelieveus déjà blanchis, non par l'âge mais par les fatigues de tant de guerres si lointaines, et surtout assombris par la don- ■r lenr de voir notre patrie, jusque-là ai conquérante, mec à son tour de subir la honte et tous les maus de la inquéte !

Quant aux entretiens, même différence : au lieu de ces jcits confiants et de ces éclats de vois assurée, des contversations à vois basse, s'aiguisant encore de quelques mteries, mais forcées, amères, moqueuses de nousmes, comme pour prévenir celles d'un ennemi maître ifin chez nous à son tour, et qni, sans doute, allait 4 rendre, en une fois et avec usure, toute la ruine, es les humiliations que, depuis quatorze ans et plus , nie lui avious infligées ! C'iitait enfin un diner de vaini, où tout était encore assez bon pour des convives trop mrcux d'y trouver le nécessaire : repasqu'il fallait acheà la hâte, pour fuir aussitôt après, au milieu de cette

lOS MÉMOIRES D'UH AIDE DE CAMP.

mêinenuît,an traTersd'ane boue profonde et d'une plaie froide et battante, en abandonnant nos mallicurenx compatriotes à la merci de ces masses d'étrangers qui déjà, et de toutes parts, nous environnaient I

La vÉrité, c'est (jne nous-mêmes nous n'avions pins une minute à perdre pour échapper à leur triple invasion. Pendant que le maréchal Victor observait Scbwartzenberg, dont l'extrême droite, vers Saint-Dié, venait d'écraser la sienne, il avait appris que, à sa gauche, par delà Landau, les Russes et les Prussiens avaient dépassé les ¥osges, repoussé Marmont, et que, inondant la Lorraine, ils allaient se saisir, derrière nous, des ponts de la Menrthe et de la Moselle, qu'il nous fallait traverser. Nons quittâmes donc précipitamment, versminuit, notre repas, pour monter à cheval et nous mettre en marche. Notre seul œpoir, en reculant plus vite que Tennenii n'avançait, était de le prévenir dans Nancy, où devait passer notre retraite. Les Gardes d'Honneur, formant l'arrière-garde, restèrent en bataille jusqu'à sept heures. On les avait embarrassés d'une batterie, bien plus gênante dans unç retraite aussi précipitée qu'elle ne pouvait leur être utile.

Après onze heures de marche dans la neige depuis Sarrebonrg, et une halte de douze autres heures de nuit sous la pluie, sans viwes ni fourrages, nous commenciona à nousremettre en mouvement quand, tout à coup et avec le jour, un vent violent accourut de l'est comme l'invar sion : il nous apporta une gelée de dix degrés, si sabîte ei si rigide, que, en un instant, la route noyée devînt un miroir de glace, et qoe les vêtements tout mouillés dos

^^Bai

DÉFENSE DtT IIHIS.

ardes se raidireiitanr leurscf)rpH affamés et harasBés. La terre, le ciel, tout dana cette seconde journée, l'une des pliB dures que j'aie subies, aons fut hostile. Nos maina, douloureusement engourdies, pouvaieut à peine nous servir; nous marchions sur un verglas où nos chevans, et ceux snitout de rartillerie, no s'avançaient que de chute en chute. Chaque rampe devenait un^ obstacle presque ingnrmontabie ; sous cette mortelle température, retenus par U08 canons, quelque précipitée que dût être notre mar- !, il falhit l'entrecouper de haltes continuelles. II était onze heures du soir lorsque, approchant de Luïlle, nos chevaux, en flairant ce beau cantonnement, it courage. Mais, en y entrant, j'y trouvai l'ordre (jàtoyable de mettre en bataille les Gardes sur la grande de les y faire repaître ainsi, et de passer outre. On que du moins, après ces deux jours entiers et cette le nuit de marche sans pain et sans abris, des feux, vres et des fourrages nous avaient été préparés pour court et froid bivouac :ce soin encore aval tété oublié! ne, après avoir essayé d'obéir, j'entrai à tâtons dans itel de ville pour y requérir ces secours indispensables, trouvai des administrateurs étonnés, ne sachant que à une réquisition nocturne aussi subite, et me imandant le temps de délibérer. Ce temps nous tuait ; [ssé à bout, je leur déclarai que j'allais faire nourrir Ôlitairement les Gardes chez l'habitaut, eu faisant, s'il fallait, enfoncer les portes.

Il y avait ai peu d'exagération dans la colère de cette que, en ce moment-là même, elle s'effectuait :

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l'imp^iense nécessité le voalait ainsi. Jg laissai donc la mimicipaiité délibérer, et les Gardes agir. Je prévins sealemeut cenx-ci (jne, dans fcroia heures, on sounerait à cheval, de bien employer ce tempe, et d'être esacts. Nul ne manqua à l'appel, et à trois henres, en effet, nous étions en route. C'était l'heure la pins glaciale; mais bientôt le jour, ce grand consolateur et réparateur des nuits si longues ou démarches ou de bivouacs, reparut moins rigide que la veille ; et, vers onze heures du matin, nous atteignîmes enfin des villages, oii s'arrôta notre épuisement : retraite et marche désoiganisatrices , dont il eût été si facile, comme on l'a vu, d'épargner la ruine à ces jeunes corps. Dans ces trois seules journées, et sans gloire, sans un coup de sabre, ils perdirent environ trois cents hommes on chevaux malades, on estropiés : plusieurs par leurs chutes, le pins grand nombre par la gelée, qui saisit les pieds mal chaussés des Gardes, et détruisit ceux de leoiB chevaux, le temps ayant manqué pour réparer la ferrure dans une maiTlie aussi forcée et aussi pénible l

Pendant ce court répit, qui ne dura pas deax heures , nous apprîmes que noua allions former la seconde brigade d'une division dont la première brigade serait composée de deu.\ cents Gardes d'Honneur dn 1" régiment, et du 10* de hussards, fort de cinq cents chevaux. Telle fut, en effet, notre organisation ponr le reste de la campagne. On ajouta que, en ce moment, séparés du maréchal par plusieurs lieues et par Xancy qu'il avait abandonné, il nous fallait marcher en t«ute hiit« pour traverser cette ville, notre seule voie de salut, avant d'y être prévenus

■ DÉPENSÉ DU KHIN. 111

Miftff les Russes, déjà à ses portes. Auf^sitât, remoatiiut à K<lieval, noas pressâmes la marche si à propos, qae, vers ^1izie heure , nous entrâmes dans Nancy par nne porte, à n'instaut même où, de son côté et par la porte opposée, ^SSîrenet l'avant-garde ennemie y pénétraient. Une heure ^MuB tard, c'en était fait : séparés des nôtres, pris entre les Kdenx invasions, il sous aurait pent-âtre fallu mettre bas ■ICe armes!

H Malgré la présence de l'ennemi,lecœur me saignant de

^^ détresse des Gardes, ayant d'ailleurs reçu l'ordre de re-

Bjaérir le fer nécessaire à la ferrure de la cavalerie du corps

■ffarmée, ou quinze mille francs pour en acheter, et même,

nti cas de refus, d'emmener le maire comme otage, je crus

^^TOir le temps, en esécutant cette instruction, de faire

^nrter dn vin et des vivres à mes régiments rangés en ba-

Haîlle sur la place. Mais le cas était plus pressant qu'à Ln-

^ttéville. D'une part, les habitants et leurs administrateurs

" étaient si effarouchés, que je n'en pus rien obtenir ; d'autre

part, l'ennemi, ne nous voyant point d'infanterie, devint

si entreprenant, qu'à peine eus-je le temps de remonter à

[•■(iieval : je n'y parvins qu'en mettant ie sabre à la main

a milieu des Cosaques, qui galopaient déjfi par les rues

B poussant leurs cris sauvages. Puis j'effectuai ma retraite

menant le pauvre maire, qne je remis à la division char-

e désormais de l'arrière -garde. Ses compatriotes , m'a-t-

)uia, le rachetèrent en envoyant l'argent de-

mdé.

s n'avions point à nous plaindre de cette ville. Que luvait-elle faire an milieud'uue telle échaufTonrée ? Pour-

tant, et quoique la Lorraioe se soit montrée aussi bonne Française que l'Alsace, déjà le parti royaliste , si faible, et, si malheureusement pour lui, allié à l'invasion, osait paraître. En effet.lesCosaquesmonientaDéEDentcontenas, on seulconpfntportéparnoiia.eteefnt à i'undenos compatriotes, I/esprit de parti l'ayait enivré ; un revers de sabre le punit des sarcasmes dont il osait iosnlter notre douleur d'être forcés d'abandonner à l'Eiranger l'une des pins belles Tilles de nùtremalheoreuxpaya ! Il n'était sans doute pas le seul de sa couleur : mais , quant à nous du moins, là, comme dans tout le reste de cette campagne , grâces k Dieu, ce fut ie seul mauvais Français que nous rencontrâmes. Au reste, en quittant cette cité accidentellement inhospitalière, et se rappelant les paysans Alsaciens, no6 (lardes se disaient entre eux que de même que le panvre s'apitoye plus qne le riche, nos villages leur avaient été, jnsque-là, plus secourables que nos villes.

Une vieille division de cavalerie venait enfin de nons remplacer k l'arrière-garde. Couvert par eUe, et après avoir marché, tout le reste du jour encore, sur la chaussée de Nancy à Tonl, je m'arrêtai dans des villages assignés à mes cantonnements : c'était, depuis Sarrebourg, la première nuit de repos accordée à mes painTes Gardes. Nous conunenciona à en jouir, il n'était pas minuit, lorsque je iîiH réveillé en sursaut par un bruit subit : qu'on juge de monétonnement, quand j'aperçus près de moi le général de cettedivision qui devait, àdenx lieues derrièrenous, me préserver de toute surprise ! Telle était la déaoï'ganisation, suite et de souffrances excessives, et de l'incurie habituelle

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nÊFRNSF, DU I

'ik>tir les besoins des troupes, et d'ordres trop souvent inexécutables. lien résultait qu'on s'était accoutnnié à ne plus tenir compte même des inatnictions les plus nécessaires à obserrer ; en sorte que, hors de portée du chef, plusieurs de nous, ne songeunt qu'an mieus-étre et à U (.■onserTu,tion de leurs troupes, ne prenaient plaa d'ordres ijue d'eux- mêmes. Celui-ci, brave et plein d'esprit, n'était pourtant pas de ces hommes dont la réputation bruyante leur a peu coûté et ne vaut pas plus, n'airaant à s'exposer que devant témoins et à ne frapper de coups qu'à portée d'échos ; mais il avait préféré à. son poste sur la neige, de venir doiinir chaodement dans mon village. Sa réponse à mes reproches fut : « Bon ! l'ennemi dort, boit ou s'amuse " dans Nancy ; la nuit nous garde ; noua n'avons plus j qu'elle pour alliée, profitons-en ! n

Il se trompait : deux heures plus tard, trahi par cette alliée comme par les autres, l'un de mes régiments, le 4:% attaqué à l'improviste, perdit plusîenrs hommes, et fut iiialheureti sèment, privé de l'un de ses meilleurs chefs d'esi.adron, M. d'Arhaud-Jouques. Cet officier, échappé aux Cosaques, vint à moi, nu, sans armes et démonté. Je fus forcé de l'envoyer se rééquiper à mon dépôt ; dans le déiiûment de chefs expérimentés où nous étions, cette perte était irréparable.

A quelt|UB3 lioues pins loin, je devais perdre encore im colonel, M. de Saluées, renvoyé sar nos demères, mourant du typhus. Ainsi nos rangs s'éclaircissaient : en six jours, et presque sans comliats, ma brigade était réduite de deux mille sabres à moins de dix-sept cents.

m MÊMOmBS D'UN AIDE DE CAMP.

Le lendotnain, après avoir perdu la Mearthe et la Moselle, nos deux corps d'armée, ne formant plus que dixsept mille hommes, séparés l'un de l'autre, poussés de iront, débordés, à droite et à gauche, par une invasion de deux <ieut quatre- vingt mille hommes, et consternés de ne rencontrer aucun secours, continuèrent à reculer. Noaa fonnioEB la droite des deux corps. Le H> janvier, nona passâmes la Meuse à Taucouleurs. Alors seulement, avec soixante fantassins, neuf cent cin(|uante vieux dragons de la division L'Héritier, et ma hrigade, faisant volte-face, nous essayâmes de défendre ce passée.

Là, BurieBOlnataldeJeanned'Arc, détenseurs, comme elle, de notre France qu'ellesauva et que. après trois cent quatre-vingt-dix ans, dans l'amertume de notre fuite et de notre dénûment, nous voyions retomljée dans une situation plus désespérée encore, plusieurs de noua, saisia de respect pour son berceau, invoquèrent sainémoire ! On verra qu'on pourrait dire que ce ne fat pas en vain, et que, de son temps, ce qui noua arriva le sarlendemain eût passé pour un miracle.

An reste, qu'aujourd'hui la science humaine s'efforce d'expliquer naturellement, par l'extase et les halluoinations, la merveî 11 en se vocation de Jeanne ; que cette science parvienne mf-me, dans l'avenir, à compléter cette explication par une étude plus approfondie des effets du magnétisme ; iju'du jour enfin elle puisse se rendre compte pa-: reillement d'autres événements prodigieux de ce monde, tout cela en supprimera-t-il la Providence, Dieu, lecréatem: de toutes choses, qui les gouverne tontes, et dont la

t Ob i^Tctta fbaàt de on Mm|»|Mm kairfei I f ofle , que le paniotî^De m>] ne i~*~''' pfas è ET. Haû, ainsi qu'il arrive soarcBt mx bmnncB «, bÎLB à ne Thre qn'ui j«ar le joof, àfaraTcrle ir comme tout Ien5t& )e résolut de ccg gnwtioo» e piranièK initie boos rinvoaUioade Jeanne fiit n déjemKf raitre le« cbd^B des timides et des Dngons, rené de quelques piaittnteiea, dent i'întempese gaieté fot paaie k l'instant m^me.

1 fcut savoir qn'» VaDCûnlears la Ifeose passe entre s : qu'un faaboDiv, but la rÎTC droite, couyre le, et la rille, l'antre ; que les srelies dn pont qui les oit sont entrecoupées, eu deux endroit^ par une cliansn'enfin ce déâlé est beaucoup plue longqne la Messe ment large ; maisqne, ani époques des crues ., la longueur de ce pont ne parait plus disproporfleave s'étalaut alors et se précipitant, avec Rflinp^uoeité d'nn torrent dans ce large espace.

Ht avait, but le côté droit de cette chaussée, à sa jonclit^n avec la rive gauche ei la ville, une auberge de peu fd'appgrence. C'était là que, le 17 janvier vers midi, géné- \ nax, colonels, aides de camp, nous buvions à la Pncelle, I quand tout à coup un vacarme effroyable de piétinements

IIK

MÉMOIItES D'US AIDE DE CAMP.

de chevaux, de cliquetis d'annea et d'iraprecations eu plusieurs langues, fit retomber nos verres sur k table. C'était l'ennemi! Il était à notre porte, ilu'avait qu'à étendre la main pour noua saisir ; mais nons le jugions si loin encore, et d'ailleurs, nous sachant couverte par œnt cinquante hommes de g;rande gai-de, par le faubourg de la rive droite et par le fleuve, nous nous figurions tellement être eu sûreté, que nous n'en pu m es croirenoBoreilleB.Pourtantl'nn dénoua, s'étant levé, criait Jua:Co«aj!ws.' et l'on voulait le forcer de se i-aaaeoir quand, devant l'une des fenêtres, l'an de CBS longs corps, si haut perchés sur leiira selles, qu'eshanssait encore un îmnnet en point*, sunnontant nne figure plate et ofisense, apparut avec sa lance ! Ceci nous fit prendre la chose au sérieux, et nous ramena à une disposition d'esprit plus conforme ans civcouE tances.

Dans le fait, pour avoir risqué un coup si hardi, il fallait que ces sauvages eussent encore mieux déjeuné que noua-mémes. Heureusement leur hourra était à sa fin, car en gnerre on s'arrête fréquemment avant sa fortune; c'est le contraire des autres jeux de hasard, oii l'on ponsee trop soni'ent plus loin qu'elle. Nous n'eûmes donc qu'à sortir le sahre d'nne main, et de l'autre nos serviettes; notre présence suffit : l'échauffourée recula, et, se dissipant, elle disparut sur l'autre rive.

Toutefois, cette surprise,oùplu8ieur8 des nôtres avaient été blessés, pris ou noyés, n'en était pas moins assez honteuse. Accoutumés trop longtempsà attaquer, nous avions perdn l'habitude de nous défendre. Cette fois pourtant^ revenant aux détails connus et si indispensables de notre

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