ABDICATION
OÙ la Toix du chirurgien dominait. Yvan rappelait l'Empereur à ce qu'il disait être son courage ; il se refusait à deyeiiir Bon complice, lui reprochant de le compromettre ; qu'il allait le faire passer pour un empoisonneur, stipendié par iea ennemis de l'Empire et de sa pereonne !
Il l'emporta; il le força, d'atténuer, par de chaudes boissons, ses vaines douleurs ; d'aider la nature à rejeter le Tcnin qui le touiinentait ; et l'Emperenr, vaincu dans son dernier refuge, se laissa arracher k des soufirances dès lors sans but, et dont il était forcé de reconnaître l'inutilité.
Déjà, d'ailleurs, et de toutes façons, le dénoùment qu'il avait choisi était devenu impossible. L'effroi, les cris, les mouvements précipités des valets de chambre, qui, dans les longs corridors du palais, s'étaient appelés, avaient répandu l'alarme : MM. de Turenne, de Vicence et le grand maréchal, avertis, étaient accourus. Le premier soutenait le fi'ont de Napoléon, que fatiguaient des crises fortes et successives. Dans leur intervalle, notre malheureux Empereur tantôt recommandait au duc de Vicence quelques dernières dispositions, et tantôt se plaignait « de ce que ir tout, jusqu'à la mort, l'eût trahi, et d'être condamné a à vivre encore ! »
Quant à Caulaiocourt, si dévoué mais si peu écouté, et d'un caractère si franc et si ferme, il détournait la tête et prononçait des mots pleins d'irritation. Bientôt Marefc fut introduit. D'autres officiers se pressaient ans portes, interrogeant les sanglota qui s'échappaient de l'antichambre. Cette inquiète agitation se calmait enfin, lorsqu'ils
MÉMOIRES. — T. in. 31
MI nXOlSEB DTS UDK DE CASP.
virent Yvta tartir pile, triTcnv leur groupe ioterdit, deuendie prceipiunitaeiit, et ks cfaeroni en désordre, h tête ntte, s'élancer «or un cheral attaché aox grilles, cft ■'âoigner éperdament. Ltii-méme m'a dit f^n'^rés anjir mù la TÎe de ma maître hors de danger, il n'avait pis» ronla en être responsable. H craignit qu'un (jdieax sonpçun ne pesât sar Ini, et perdit la t«te. Son motif l'eunae. Ploeienjs abandons, moins eicneableK, avaient précédé t d'autres Huivirent. Il ; eut aussi des dévouements généreux, chacnn, dans ces moments extrêmes, montrant la pins belle on la plos triste des nudités, celle dn cmn*! Et ici les moindres ne furent pas les moins Sdèles.
Le secret aar cette vaine tentative de Napoléon ponr échapper à sa destinée, et à la Dêcessité de signer définitivement la chnte de sa dynastie, fiit convena ; l'Empereur lui-même, par que!<]nes mots, le recommanda. Ce secret fut longtemps bien gardé, tant la circonspection et k discrétion régnaient dans cet intérienr sévère. Le respect ponr le malhenr s'y joignit. Ce silence pouvait être im dernier devoir envers une ai grande infortune. Ott craignit aussi, d'abord, que cet acte de désespoir ne parût une abdication de plus ; on était d'ailleurs incertain nil' le jugement que l'histoire en porterait. Oependant, a-jais la mort de 2^apoléon, eon secrétaire le plus intime aynol divnlgné ce lait dans son livre intitulé Mamtscrilde 1814, j'ai cra, dès lors, devoir en domier les détails inconnus encore.
A une crise si violente, un long assoupissement, enivi d'une sueur abondante et d'un profond abattement, avait
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snooédé. Tere dis heures du matin, Macdonald se présenta ; il fut admis. L' Empereui-, m'a-t-il dit, était aBeia pi-èa de sa cheminée, la tête penchée, et appuyée sur ses deux mains qui fouvraîent entièrement sa figure. li demeura ainsi une demi-heure, immobile, étranger à toat ce qui se passait autour de lui, soit qu'il ne fût point encore résigné à vivre, soit épuisement. Le maréchal, étonne, se crut oublié, ou (jue l'Empereur ignorait sa présence. Caulaincourt enfin Tayaut nomme, Napoléon souleva lentement et péniblement sa tête. Sa figure livide était entièrement décomposée. Elle émut Macdonald, qui en ignorait la cause; il se récria de saisissement. L'Empereur convint : n Qu'en effet il avait souffert, mais qu'il « était mieux, o Puis, continuant avec effort, ï il le re- M mercia de ses soins pour ses derniers intérêts, regreb- K tant d'avoir reconnu si tard sa loyauté, son attache- (( ment, et qu'il ne lui restât plus que des paroles pour « loi témoigner sa reconnaissance ! n Macdonald répondit quVn aucun cas il n'en aurait accepté d'autres gages, et que ces soins portaient avec eux leur récompense.
Mais déjà l'Empereur, sans paraître l'entendre, était rebombé dans son premier engourdissement. Il fallut l'en arracher. Ce fut alors que, congédiant Macdonald, il lui dit : (T Qu'il lui réservait lin témoignage de gratitude, <f que sa délicatesse ne refuserait pas. i> Et, se faisant apporter un sabre turc qu'il lui remit de sa main, il ajouta ; « Que c'était celui de Mourad-Bey ; que lui-même l'avait a porté au combat du mont Thaborietqu'entreeuK cette 9 arme serait un souvenir. »
Ainsi finit leur dernière entrevne. LWort qn^elle loi coûta sembla Tavoir rappelé à l'existence. Dès lors, dn moins, ses pensées prirent nn antre conrs. Après qnelqnes instants de réflexion, on le vit se ranimer ; on Tentendit s'écrier : c Dien ne le yent pas ! > Alors, domptant ses dernières soof^nces et reprenant son calme habituel, il céda enfin et, ratifiant le traité, il le revêtit de sa signature. On comprit qne, se résignant à de nonrelles destinées, il s'abandonnait à la Providence !
Mon œuvre est revne. La vieillesBe en moi a remplacé l'âge mûr ; maia je m'aperçois que, Boit làtigne, soit répugnance à redescendre de cette grande infortune de Fontainebleau jusqu'à moi-même, je n'ai pas, sous ce point de vue, complété l'euscmble de mes souvenirs. Je vais donc ajouter le récit de ce qui m'arriva pendant l'accampliBsement de ce désastre. Et d'abord, aiTaché de l'armée par mes blessures, et Ij^resque aTisaitôt chassé de Paris par rinvasion, je Itii tavais abandonné sans regrets mes propriétés, n'en ^pelant de la guen'c qa'à Ja guerre, et conTaincu k[ne l'Empereur se défendrait jusqu'à son dernier soupir, i faisant, vers Epernon, je réunis tons ceux des rdes, blessés ou démontés, que je rencontrai, leur don- ■t Tours pour point de ralliement, et leur promettant i des chevaux et des armes. Ces braves Gardes me rémdirent par des acclamations; ils se pressèrent autour le comblant de marques de leur attachement :
loncliaiit témoignage , dont mes enfaots et ma mère forent témoin!!!, eb dont je fus ému jusqu'aux 1 armes.
Arrivé à Tours, au milieu des dépôts des S""' et 4"" réfpmenta de Gardes d'Honnenr, j'emplojai l'argent que j'y trouvai à armer, réétjuiper et réorganiser Jesdébris qui s'y étaient réfugiés ; je les ralliai anx dépôts de la VieUle Garde. Mais le mal TU Ti te. Bientôt le souffle de ta contrerévolntion nous y atteignit. Il agita les royalistes de la riJIe et jusqu'au préfet lui-même.
J'ai dit que ce préfet était un homme d'esprit et de ccenr ; mais 0 voyait notre cause perdue, il était Breton, et ses relations l'entraînèrent. Mieui instruit que moi, il Tint me dire que l'Empire avait fini iqnel'Emperenr avait abdiqué ; que pour lui son parti était pris, et qu'il allait faire arborer la cocarde blanche. J'ignorais les scènes de Fontainebleau, et ne pu3 croire à cette abdication. Quant à la cocarde blanche, ma réponse fat qu'il se gai-dât bien de la prendre ; qu'il me mettraitdans la nécessité de faire tirer sur elle, quel que fût celai qui la porterait. Cela suspendit sa détermination.
Le lendemain, m'ayant convoqué chez Ini aTec les officiers des S"" et i'"" régiments, il me demanda s'il ponvwt renouveler devant euï sa proposition de la veille. < Sans « doute, répliquai-je, et sans douter un seul instant que it vous ne receviez la môme réponse. «Aussitôt, s^adreeesnt surtout k IIM. d'Arbaud, officiera supérieurs, il leur exposa la situation de Paris, la défection dn duo de Raguse, l'abdication, et leur demanda leur adhésion auK
SODVENIRS PER80NNKLS. D47
I couleurs de la dj-nastie que le Sénat et le Corps Législutif rappelaient an trône. MM. d'Arbaud étaient des émigrés jadis rentrés; pourtant, ils n'hésitèrent pas, ils répondirent : •( Qu'ils ne trahiraient point le chef et le N drapeau qu'ils avaient juré do défendre^ n
Ce fat encore un jour de gagné. Mais, en me i-etirant, je m'aperçus qu'on remaait contre nous la popnlation et nos gardes mêmes. On excitait la ville, en répandant le bruit qne j'allais en faire santer le grand pont, son plus bel ornement et le plus utile. On disait aax Gardes, qae l'armée s'était soKmise au Gouvernement Provisoire, que le comte d'Artois était dans Paris, et Lonis SVIII reconnn roi dans la capitale. La plupart de ces Gardes étaient Bretons et Vendéens ; cet appel à leurs anciens sentiments eut ('effet qu'on voulait produire,
Le hasard voulut qae, ce jour-là, plusienrs escadi-ona du l*^'' de Gardes d'Honneur passassent à portée de ia ville. Leur vieux général les conduisait au Gouvernement Provisoire. Pourtant, soit qu'il hésitât dans sa défection, on plutôt qu'il voulût en augmenter le mérite en m'y entraînant, il suspendit sa marche, et sembla venir me consulter. Je m'efforçai de le retenir. Mais alors la Fortune s'était déjà trop prononcée. On en était à ce point, où dans le détachement du malheur l'émulation commence, et, dans oe concours vers le parti qui triomphe, la crainte d'être le dernier venu. Il en résulta que, au lieu de le détourner de son projet, ce fut moi qui faillis voir mes Gardes embauchés par lui! Il m'avait à peine quitté, qu'on vint m'avertir que les miens, entraînés par ce gé-
r.48 WÉMOIHES D'UN AIDE DE CAMP.
néral, sellaient déjà leurB chevaux pour m 'abandonner et le rejoindre. Je courus à leur caserne. J'avais le bras gauche en écharpe ; nn pistolet chargé, caché dans mon manteau, était ma seule défense. Mais henreusemeat j'arrivai k temps. Mon apparition soudaine suiprit cette défection. J'interpellai les plus ardents, leur demandant ; « Pourquoi ils se déterminaient sans mon ordre ? Les « avais-je si mai conduits jusqu'à ce jour ? Qui d'entre «: eux saurait, mieux que moi. juger du moment où i l'honneur' et la fidéhté au drapeau et an pays seraient « satisfaits, et décider alors du parti que la nécessité et « leur intérêt forceraient de prendre ? s II n'y eut qn'un cri. Ce fnt le Vendéen te plus animé qui commença : « Oui, oui ! noua ne suivrons que voua LNous vous obéirons jusqu'au bout. Vive notre Général ! s Et en effet, renonçant à leur dessein, aussitôt tout rentra dans l'ordre.
Toutefois, je jugeai prudent d'envoyer sur-le-champ, dans le faubourg de la rive droite, prévenir le général Dériot, commandant les dépôts de la Vieille Garde, de garder le pont et de se tenir prêt à m'aider à maintenir Tours dans Tobéissance. Ces précautions prises, j'écrivis à Blois que je répondais de Toiu-s, et que, s'il en était besoin, l'Impératrice y trouverait un second refuge.
Jusque-là le devoir était tracé, et d'accord avec le sentiment. Aucune hésitation, nulle incertitude n'était possible. Qu'importait Paris et le Gonvemement Provisoire? Je n'y voyais qu'une révolte, des étrangers, une guerre de plus qu'ils noue suscitaient. Notre cauae, celle de. l'Empereur, en était plus sacrée encore, et plus nationale I
SOUVENIRS PERSONNELS. SJS
L'armée, l'abandonner ? L'Empereur, abdiquer ? Cela me paraissait invraisemblable. Quand donc le préfet, renouvelant ses Bollicitationa, m'annonça la Bouraission de tous nos maréchaux, celle de tous nos &]rpa d'armée au Gouvernement Provisoire, et l'abdication entière du 7 avril, dans mon înexpdrience des révolutions, toujours I plein de confiance dans le caractère inflexible et dans [ l'ascendant de Napoléon, je répliquai : « Qne l'Eraperxenr se tnerait plutôt que d'abdiquer! » Fouclié, par r Iiasard, se tronvait là : il y airivait d'Italie, par le k midi de la France. Sa réponse k cette exclamation fut : r c C'est nn roué, il ne se tuera pas. » Ce mot, c'est ITonché tout entier, et non l'Empereur. La nuit du L 12 an 13 n'allait que trop le démentir. Mais, comme I il arrive ordinairement, pour jnger autnii ce personnage n'aviût d'autre mesure que lui-même.
Pourtant, chaque heure, chaque bruit nouveau con- Kfirmait ces tristes nouvelles ; ma confiance s'ébranla ; elle Jréflistait toutefois encore, lorsque, an milieu de la nuit du. 9 au 10 avril, tioe lettre de Bloia et de mon père acheva de la détruire, a Deux aides de camp, l'un d'Ait lesandre, l'antre de Napoléon, disait-e!le, venaient d'y « arriver. Tout était fini ; l'abdication consommée ! lea « Bourbons reconnus ! Napoléon partait pour l'ile d'Elbe, « Toute résistance devait cesser ; il n'y avait plus qu'à se « résigner, qu'àadhérer, qu'àsuivre l'exemple uniïerael. b Je l'avouerai, je demeurai confondu d'étonnement. Il fallait cependant prendre un parti, et non seulement pour moi mais pour les corps que je commandais. II
ÔSO MÉMOIRES D'UX AIDB DE CAMP.
n'y avaiE pas à choisir. L'abdication ctait complète, Tjonis ZTriI déjà proclamé; j'envoyai donc mon adhé- BioQ, dont les premiers mots : « Je Buts militmre, j'étais à n mon poste et lîdèle à mes serments, ils me sont remis « par l'abdication de Sa Majesté l'Emperenr Napoléon, j> furent supprimés, je ne sais pourquoi, dans le JUoniteur da 11 avril. Quant au reste, Napoléon nous manquant, quel autre droit que celui de Louis XVIII pouvait prévaloir, quel autre prince pouvait , au dehors comme an dedans, pacifier la France? Cette révolution était d'ailleurs un fait accompli, confirmé mÊrae par nn aide de camp de l'Empereur ; nous l'acceptâmes ; et, quoi qu'il soit arrivé depuis, nous n'avions alors rien de mieux ni autre chose à faire.
La Restauration accomplie, celle de 1R14, dès mon premier pas aux Tuileries pour la ju^r, je reconnus, k cens qui étaient déjà accourus pour l'entourer et en profiter, la difficulté de la fusion de l'ancienne et de la nouvelle France. Tout en l'une insultait l'autre ! Les haines intestines, trop naturelles, il est vrai, après le bouleversement d'intérêts de 1781> et les horreurs Conveutionnelles et Directoriales, avaient pénétré au fond des cœurs jusqu'à des parties si sensibles, qu'il y avait peut-être moins loin de nous aux Russes et ans Autrichiens, forcés de respecter des ennemis vaincus et non épuisés, que de nous à un grand nombre de ces Français, reesuscitéatoot à coup de l'autre siècle, et qui désavouaient le nôtre î Nosennemis étrangers avaient combattu la République et l'Empire, qu'ils venaient enfin de renverser ; mais, du nu
SOUTENIKS PERSONNELS. 661
lenr vie, leur gloire et leurs travaux, leur histoire entière
enfin, depuis un quart de siècle, se trouvait liée à la, nôtre ;
tandia que, à peu d'esceptiona près, les plus sages étant là,
jomme partout, en petit nombre, ceux de nos compatriotes
^qni n'avaient point accepté la Révolution de 1789 ne re-
I connaissaient l'existence de ces souvenirs que par de l'a-
ÏTersion et des mépris. Ces dédains étaient si insultants,
Eqne, en dépit de la conduite plus prudente des princes
t de Louis XVIII, il nous eût fallu, pour vivre, pour
KWrrir supportablement au milieu de beaucoup de ceux qui
Uee eutonratent, devenir transfuges de notre drapeau, re-
Kllégats de notre gloire, traîtres enfin à tous nos aouve-
[ nirs et n nos compagnons d'armes !
Toutefois, je ne blâme point ceux d'entre nous, que s circonstances et nos princes attirèrent et retinrent à cette Cour. Une fois engagés dans cette position, ils durent y persévérer ; mais combien ils ont eu à en souffrir ! Qnant à moi, aprèa un premier pas qni suffit pour m'éclairei', je reculai, je me séparai de cette réaction, en en comprenant la fatalité, mais n'en étant pas moins irrité de la folle et hostile invasion du siècle passé au milieu du nôtre. Je me décidai donc ft y résister soit passivement, soit activement, selon l'occurrence.
Il me souvient, à ce propos, que, dans l'un de ces premiers jours, pressé d'épancher l'amertume dont j'étais abreuvé dans le cœur de l'un de nos chefs les plus illustres, j'allai voir un matin le maréchal Ney. J'avais mal choisi le moment de cette visite. En effet, à peine m'étaia-je engagé dans l'avenue de son hôtel qu'il fallut me
ranger pour en laisser sortir plusieurs voitnres. C'étaient celles de l'empereur Alexandre et de quelques antres rois et princes de la Coalition. J'entrai toutefois, sans céder à un premier mouvement de mécontentement irréfléchi, car j'eusse été presqaeansai insensé qne le parti rétrograde de l'ancienne France, si je n'eusse pas reconnu dans cet incident l'empire des faits accomplis. Je me résignai donc à ne point être surpris de trouver dans le maréchal quelque enivrement des hommages généreux et méritée dont il venait d'être l'objet.
Cet oi^eil bien naturel colorait encore les Iraits de sa figure martiale si expressive ; il perçait même dans ses paroles, lorsque, trop brusquement peut-être, je glaçai son émotion par le tableau des sentiments réprobateurs de notre passé, que, à la Cour des Tuileries, je venais de reconndtre. « Qu'avait-il pour s'en défendre, si ce n'était « les débris de nos armées , sous lui tant de fois victo- < lieuses ? Mais savait-il que, en ce moment, nos soldats, ■i pleins de dépit, couvraient par bandes les chemins, je- M tant, brisant leurs amies ? Croyait-il que sans la crainte V qu'ils inspiraient à cette Cour, on ménagerait son isole- « ment, lorsqu'il suffirait de lui en défendre l'entrée, it pour se débarrasser, en lui, d'une origine réprouvée et <i des souvenirs d'une gloire hostile? o
Ma colère exagérait. Mais il en avait sans doute asses vu déjà pour la comprendre, car, à cette sortie inatteadue, il pâlit, demeura muet, puis convint qu'il fallait pTomptement songer à la réorganisation des restes ds l'armée impériale.
SOOVEKIRS PEnsOKNELS. 563
Je vîvaÎB dans cette irritation, lorsqu'un autre jour le prince de Neufchâtel, m'ajant appelé dans son cabinet, m'offrit le commandement de la compagnie des Gardes du Corps récemment créée pour lui. Je refusai, il insista; et, forcé de m'cspliquer, j'eus le vif regret d'affliger cet excellent homme, que l'âge et surtout des travail! excessife avaient affaibli. Je lui répondis : a Que ma posia sition passée près du Premier Consul et de l'Empeï reur m'excluait de tout service personnel près de « Louis XVIII ; mats que je n'en serais pas moios prêt <i à servir mon paya dans l'armée et dans mon grade, n En achevant ces mots, je me levai, prévoyant le mouvement de dépit avec lequel le prince s'empressa de me congédier. Depuis, je n'entendis plus parler de lui que pour apprendre et plaindre sa fin malheareuse et peutêtre prématurée.
Ajoutons ici, pour ne plus revenir sur ce sujet, que plus tard, à une autre invitation semblable, du ministre de la guerre, d'accepter une place de gentilhomme de la chambre, je répliquai pareillement.
Cependant Louis XVIII, plus clairvoyant que la plupart de ses conseillers et de ses entours, quoique trop peu leur maître, avait satisfait l'opinion par sa Charte, malgré ce qu'il y avait d'aventureux dans cet essai d'un gouvernement monarchique sans aristocratie réelle, mis sans cesse aux prises avec toutes les passions cupides, ambitienaea et vaniteuses d'une presse et d'une tribune démocratiques et révolutionnaires. Il avait même rassure, » dn moins matériellement, par la conservation des grades
SfiJ MËMOIEES D'UN AIDE DE CAMP.
et des emploi», une grande partie des Testes de l'armée impériale. Noa maréchaux en étaient naturellement protecteurs. Il arriva qu'un jour, réunîa à diner chez le maréchal Moncey, en récapitulant les noms des généraux, ils s'aperçurent que j'étais resté seul, à peu près, sans commandement. On se récria; et aussitôt le maréchal Ney me fit dire que, placé tout réoemment à la tête de la Vieille Garde à cheval, alors corps royaux cavalerie, il allait me demander pour son chef d'état-major, emploi dont, en effet, dès le lendemain, je reçus les lettres de service.
Cette position me convenait d'autant mieux qu'elle me rapprochait de mes plus habitués et anciens compagnons d'armes. Mais la première instruction qu'on me domia, avec l'ordre d'aller, à Blois, Tours et Saumur, passer l'inspection de ces quatre corps, fut d'accorder des congés définitifs à tous ceux qui en demanderaient. Ceci me déplut, me pamt hostile. J'y via nu commeuœment de licenciement, que n'avait point aperçn le maréchal. Aussi , quand je fus an milieu de ces hommes d'élite, loin d'obéir : « Nous avons tous besoin les uns des antres, « leur dis-je, on ne sait pas ce qui peut arriver; restons « donc ensemble ! s Et j'en conservai aous le drapeau le plus grand nombre.
J'agissais ainsi sans intention ^ressive contre ie Roi, mais défensivement contre l'icimitié de ses entoura et de quelques membres de son Gouvernement. Telle me paraissait être la nécessité des circonstances.
Ceci, pourtant, fïiillit m'engager plus avant que ma
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conscience ne l'eût permis ; tant il importe de n'accepter ijue des positions où l'on puisse se mouvoir avec une loyauté libre et manifeste : principe, dont, en dépit de Doe intérêts les plus Icgitimee et de nos passions les plus excusables, il faut reconnaître la vérité, quelque difficile que, parfois, en puisse être l'application,
K"oQs approchions du 20 mars 1815. Une reconnaissance bien naturelle, des entraîoeinents inévitables, et de dangereux conseils, avaient conduit les princes à satisfaire les prétentions de ceux dont la fidélité, pendant leur long exil, ne s'était point démentie. lia s'en étaient entourés, et. pour ne parler que de l'armée, ils avaient prodigué les pins hauts grades à une inactive ancienneté. Quant aux plus jeunes royaliatep, ik s'en étaient formé une Garde nombreuse, tonte d'oSiderB, de colonels et de généraux, sous les dénominations d'nsage avant 1789. En même temps, un grand nombre d'officiers de l'armée impériale avaient été réformés ; enfin, répudiant les insignes de uoG \'ictoire3, ils nous avaient imposé le drapeau sous leqnel ils avaient combattu le nôtre.
Je ne conatesfcerai pas au roi la sincérité constitutionnelle qu'il est impossible d'accorder à ses entonrs; mais n'était-ce pas, dans leurs éléments les plus actiis et les plus hétérogènes, vouloir fondre ensemble et faire marcher d'accord la Révolution et la Contre-Révolation ? Elles s'j refusèrent. Celle-ci prétendit dominer et écraser l'autre. A ces envahissements de grades sans services, si choquants pour ceux dont tant de sang et de travaux ^gvaient payé les mêmes grades, et ai menaçants ponr leur
a* MEMOIBES DITS AIDE DE CAMP.
avenir, de jotinialières ^grav&tâoiiE d'oomiges de hi nature s'étaient ajoatê«5 ! J'en appelle aoxjoaniKox,. propos, aaz caricaton^ da p&rti dominant de cette c qne. L'indignation, l'eiaspération de l'armée étaient renaes si violentes, qu'aux Tuileries, parmi les offickn de la Tieî lie Garde en pennission, et spectateurs, comme moi, des revues qni s'y passaient, j'avais peine à en contenir l'eiploeion.
Ainsi fermentaient nos mécontentements, qnaml, sur la nouvelle du débarquement de Napoléon, le Xey me fit appeler. < Il partait, me dit-il, ponr son « mandement de la Pranche-Comtê, pour j rassembler
• unearmée,et pours'opposer aux prc^rèedela descente. « Quant anx corps rovaui cavalerie, il me laissait l'ins-
* traction de renvoyer sur-le-champ à leur tête leurs gé- < néranx. avec l'ordre de les maintenir dans la fidélité a qu'ils devaient à Louis XVIII. > Puis, en homme tout d'action qu'il était, emporté par l'un de ces élana guerriers dont il n'était pas le maître, il préluda aux paroles ardentes avec lesquelles il allait, s'écria-t-il, prendre congé du Roi à l'instant même.
Leur exaltation m'inqniéta; je craignis qu'elles ne l'engageassent an delà de ce qui était nécessaire : je Ini fis donc observer, que, en outre de ce que devait avoir de pénible à ses sonvenirs un pareil engagement, il serait sans doute inutile : que, si les défilés dn Danphiné ne s'onvraieut pas devant Napoléon, il s'y perdrait sans qa'on eût besoin de le combattre; tandis que, s'il surmontut cet obstacle, riea, an delà du Rhône, ne rarrêtentît.
SOnVENIUS PERSONNELS.
Cette considération l'ayant calmé, je le qnittai pour aller exécuter ses ordrea ; mais, en sortant par une porte, je via entrer par l'autre un personnage qui vraisemblablement m'avait écouté -, ce fut lui dont les excitations, dictées par nn sentiment toujours mauvais conseiller, détruisirent l'effet des observations que je venais de soumettre au maréchal.
De là, et tout aussitôt, j'allai me de la Victoire, dans la célèbre maison du 18 brumaire, donnée par Kapoléou à Lefebvre Des Nouettes. Ce général commandait les chasseurs k cheval de la Vieille Garde. Je ne trouvai chez lui que sa femme. Elle était dans une vive anxiété, que mes questions augmentèrent sans pouvoir en rien tirer, EUe ignorait, disait-elle, où était et ce que faisait le général ; mais évidemment elle soupçonnait un coup de tête, dont, plus que tout autre, il était capable. Dans ce donte, et comme les trois autres généraux étaient à lenra corps, je rentrai chez moi pour leur écrire les instmctions que j'avais à leur transmettre.
La nuit me surprenait dans cette occupation, quand nn général, commandant en second les grenadiers à cheval de la Vieille Garde, vint «l'interrompre. II entra précipitamment ; puis, sans autre préambule que d'obtenir ma parole de taire ce qu'il allait me confier, il m'apprit : f Qu'en ce moment même Des Nonettes, avec ses chas- « senrs, marchait sur Paris ; qu'il avait entraîné des gre- « nadiers en trompant leur général pur un ordre simulé « du ministre de la guerre ; mais que, ces deux chefs n'é- « tant point d'accord, infailliblement tout allait manquer
55S UëUOIKES D'US AIDE DB CAMP.
« ei je n'acconrais pas me mettre à leur tête ; qu'il \-eiiatl ar m'en supplier; qu'alors, sûrs de réossir. d'autres coipa, t les attendaut dana Paris, rien se leur résisterait ! ■ H achevait ces derniers mots, lorsqu'un vieux personnage de l'Empire, mon proche parent, étant survenu, ce général ajouta à voix haese. en me quittant anssi précipitaoïment <]n'il était entré : < Qu'il retournait k son poste, « où il espérait me revoir, mais qa'eu tous cas il empor- « tait la parole de me taire, que d'avance je loi avais s donnée, s
Je l'avoue, quelque téméraire que me parût cette révolte, je me sentis violemment tenté par le danger de mes compagnons d'armes, par leur confiance en moi, et par une même indignation contre tant d'outrages, dent plus qu'eus encore j'avais été témoin. Je n'avais rien à cacher de cette disposition à celui qui venait d'entrer; ses conseils l'escitèrent. Déjà même, rassemblant quelques effets, je m'armais machinalement lorsque mes lettrès de service, signées du roi, me revinrent à la mémoire! « Non, m'écriai-je, ce serait une trahison! Oe n serait tourner contre lui les armes qu'il a mises entn 1 mes mains ! » Je les jetai aussitôt ; et, demeuré seul, je me mis à réfléchir sur ce qn'il me restait à faire.
Il s'agissait de concilier mon devoir avec une paMle donnée et avec mon attachement ponr mes camaradcK La situation était difficile. Il était miimit. Fatigué d'émotions, ma tête tomhait de sommeil , lorsque Rabnsaoïii chef d'escadron des chasseurs de Des Nouettes, se fit annoncer. € Son corps, me dit-il, venait d'arriver âertisft
SODVENmï^ PERSONNELS. 550
« Compiègne ; il s'y était heurté contre un régiment sous « las armes, dont on avait toeIu vainement ébranler la « fidélité. Dès loi-s, comprenant le danger de sa teiitutîve, tf et se déguisant. Des Xouettes avait disparn ! En con- « séquence, ses officiei's, abandonnés à eux-mêmes, ve- « naient de le députer, lai Rabasson, pour protester de « leur ignorance des projeta de leur général, de lenraou- « mission au Roi, et pour demander de nouveaux ortt drea! »
Ici, EabuBson, invoquant nos souvenirs de guerre, me pressa d'aller avec lui aux Tuileries. Je m'y refusai, répliquant que je ne voulais pas m'y faire honneur de cette Bomnission sans l'avoir mérité ; que je préférais rester étranger à cette afiaire, comme je l'étais en effet, et surtout au moment oii, pour s'excuser, il s'agissait d'accuser un camarade; que je l'engageais, comme son supérieur, à esécutcr promptement la mission qui lui était confiée, et, comme ami, à l'accomplir de façon à ce que le lendemain on ne pnbliàt pas qu'il était venu dénoncer son général.
Les jours suivants, après plusieurs rapports de service avec le ministre de !a guerre, comme le danger approchait de Paris, ce ministre me fit appeler. Il me confia les diapositione qu'il venait de prendre contre l'Empereur. Étonné qu'il voulût mêler les compagnies de Mousquetaires et de Gardes du Corps aux régiments de ligne, je lui demandai s'il ne craignait pas que ces régiments ne fiesent feu sur elles. Mais, à cette observation que justifia Bévénement, ce ministre se récria. li ne put comprendre
£60 UKMOIBES DX?r AIDE DE CAMP.
ponnjnui la création de ces corpe prïvilêgiéa araifr excité la haine de l'armée entière. Or, comme cette sertioD, que je reaoavelsi, l'irrita d'actant pins qu'elle était incontestable, il me prit en défiance, et m'interpella Bor me* propres dispositions. Elles Ini déplurent. Tontefois, il ne pnt donter de ma fidélité josqu'ao moment oii. libre de ma conduite par la ce^ation, facile à préroîr, de mes fonctions, je pourrais, selon l'occnTrence, disposer de mon épée contre lee ennemis de la France.
Ijs surlendemain, tout était fini. Louis XVIII était en marche pour une seconde émigration, et l'Empereur anx Tnileries !
Qne d'antres disent les détails héroïques et merreilleiu du retour de Napoléon de l'iled'Elbe, ses premiers efforts, d'abord pour conjurer la Coalition, puis pour se préparer à la combattre, enfin, depuis le lendemain de son arrivée, sessecrets et tristes pressentiments, safoi perdue dans son Étoile, et le désastreux résultat de ce troisième et dernier effort d'un incomparable génie contre son de dont l'inflexibilité voulut qu'à la grandeur de l'élévation s'égalât celle de la chute ! Quelque dignes de mémoire que puissent être, sur ce sujet, les récits que m'en faitdes témoinsteiqueU.Mol]ien,monpère, B"'" Constant, le mai'cchttl lïeille, Montyon, Turenne, le prince d'Eckmtihl, et d'autres encore, je l'avoue, le courage manque pour retracer tant de douloureux détails.
Renonçant donc à l'histoire, et continuant cette simple biographie, je 'me bornerai à dire qu'attendant, d'après l'ordre verbal de Napoléon, le commandement d'une Iffi-
SOUVENIKB PERSONNELS.
gade de cavalerie. Je fas nommé chef d'iStat-major de l'armée chargée de défendre Parie, sur la rive gauche de la Seine. Ici, l'événement rend BUpei'flue la nomenclature des forces qui noua fureub confiées et de nos disposibioiiB de défense. Comment oublier pourtant (ju'un jour, vers cinq hearea du matin, à cheval et pnicourant cette poBition,je cheminais eu compagnie du général commandant «n chef, homme d'esprit et de coup d'œil, quand la nouvelle de la défaite de Waterloo noue atteignit ? iMous nous snêtâmea, moi consterné, lai étonné mais calme, réfléchi, «t muet d'abord. Bientôt, interrompant mes exclamations, il me montra le moulin de Vaugirard : « Voyez-vous
i cette hauteur, me dit-il, son^^ez-y ; elle pourra bientôt « acquérir de l'importance ! ReconnaisseK-la bien, qnant i moi je valsâmes afiaires. » Sur quoi, tournant bride, et prenant le galop, il rentra eubitemenb dans Paris pour
e pins nous revenir.
Ce chef venait, en homme moins moral qu'habile, de prendre sur-le-champ son parti, celui de s'accommodei' & la circonstance. Cependant, poiu- n'être point trop «évère, convenons qu'il ne fant pas jnger les hommes d'action dans ces grands bouleversements, comme en des temps moins révolutionnaires.
Bientôt après, Louis XVIII et les Anglais étaient i ^int-Denis, sur la rive droite, tandis que £lucher et ses Prussiens, a'en étant follement séparés, étaient passés sur la rive gauche. Ils s'y trouvaient sans antre retraite qu'un pont étroit devant nos débris ,de Waterloo. Ces restes étaient respectables : ils présen-
■ifiï MEMOIHES D'US AIDE DE CAMP.
talent encw>re cinquante mille hoDiinea et cent canons. La veille de ce dernier jour, leur avant-garde, sona EselmanB, avait même t'craBé et rejeté par delà "Versailles la cavalerie prussienne. Eseimans venait de rentrer en ligne. Les denx armées se troavaient donc en présence, en vue de Paria, et sur la rive gauche de la Seine.
C'était le 3 juillet ISlo. Il était environ neuf heures. Drouot, toujours tout entier à ses canons, venait de m'appeler pour l'aider à placer une batterie an petit Montrouge. Nous nous étonnions d'entendre les fenx des tiraitlenrs s'éteindre successivement, quand nous vîmes arriver le prince d'Eckmiihi et les gf'uéraux Grenier et Camot, membres du Gouvernement Provisoire. Aussitôt Drouot interpella vivement te maréchal sur la uocraaité de soutenir sa batterie, mais il n'obtint d'autre réponse qu'un geste de découragement ; après quoi, le uiaréohal alla s'asseoir sur le revers d'un fossé devant nos canons. Il indiquait assez par là qu'on songeait à tout antn chose qu'à combattre, ce que le patriotisme de Dronot ne put ou ne voulut pas comprendre.
Étonné moi-même, je représentai vivement au mué* chai la position désespéi-ée de l'ennemi, s'il était battu. « Pourquoi ne profiterious-nons donc pas de cette jour- « née de répit et de k nuit Buivante V Pourquoi ne pU a. faire prendre, daus nos maisons, nos meilleurs vin»! « nos meilleure vivres ? Le lendemain, dès trois heureBi ff l'armée, ainsi bien repue, bien reposée, ses armes et BS « colonnes d'attaque prêtes aux débouchés de Nemll;^
SOUVESIKS PERSONNELS. 5li3
ainb-CIoud, Issy et Montrouge, s'élancerait impétueii- [sement : elle refoulerait, elle anéantirait dans la Seine
pouB ces Prussiens, surpris dans une position si inso- ' llemment aventurée. Après quoi, retraversant Paris, nous KebasBerions de Saint-Denis les Anglais, trop faibles ■jKinr résister à une ai'mée plus que triple en nombre, et
t vietotieuse!
W< Oui, repartit le maréchal, un instant ressaisi d'une
"ardeur guerrière, oui sans doute, et ce serait par Neuillj
■■Bortout, en poussant sur Saint-Germain, qu'il faudrait
[attaquer. Mais ne voyez-Tous pas qu'on ne peut plos
Kpefierà personne: que chacun traite pour son compte;
e Fouchc nous trahit ; que là, à côté de nous (et il
I indiquait delà main le moulin de Vaugirard), Van-
mme lui-même, à la tête de la Jeune Garde, est dc-
Bcouragé, et qu'il ne veut plus combattre ? » A cela
r, s'étant approché, ajouta : « Que risquer, en cas
Eâ'échec, de faire prendre la capitale au mOiea d'une
ScbaufTourée, ce serait assumer sur soi une responsabi-
Jité trop grande; que d'ailleurs on traitait,en ce mo-
i Saint-Cloud avec Bliicher, de la reddition de
Paris 1 »
pèa lors, songeant surtout aux vengeances d'une seide Restauration, je demandai si l'on était, au moins, Ibré dans quelque accommodement ponr l'armée, ayec mis XVIII. Sur quoi, Camot s'écria : « Eîi! quel arranigement voulez-vous que nous attendions d'un Gonvcrjïiement dont l'odieuse proclamation, dictée après f "Waterloo, sur les restes mutilés de tant do Français,
« commence par ces mots : Grâce au Ciel, les satellibea
u du tyran sont enfin dispersés! — Raison de plus, ré-
a pliquai-je, pour lie pas ae laisser retomber sans condi-
tt tiona entre ses maiua l — Eh ! qne m'importe ? reprit
I Grenier, je suis resté dix ans chez mol sous l'Empe- 9 reur, je puis bien y rester encore autant bous Louis « XVin ! — Mais on ne vous y laissera point, lui réa pondis-je; toute porte doit Être ouverte on fermée
« le Boi est à la nâtm, traitons itrec lui ou battona- « nous I s
Nous étions là, quand un officier arriva : la capitulation de Saiot-Oloud était signée; l'armée devait partir pour la rive gauche de la Loire. Tous auasitôi se dis* persèrent.
Drouot, étranger a toute intrigue, revenait en ce moment, préoccupé encore de sa batterie, et me montrant la cavalerie prussienne à portée de charge. Ma réponse changea son impatience en consternation, s Qu'ai- « lez- vous faire? Il ajoutai-je. — a Suivre l'année, repli- '( ijua-t-il après un moment de réflexion ; et vous ? — i( Oh ! quant à moi, lui répondis- je, seul, sans comman- « dément dans cette armée, sans autre espoir pour a iju'une soumission inévitable, je rentre chez moi. Je «: vais y déposer des armes désormais inutiles, puisqu'on
II nous force de renoncer à cette dernière et si belle oocatt sion de nous en servir .' »
Là-dessas, nous étant seiTc la main, nous nous séparâmes.
SOtrVENIRS PERSONNELS. 665
Je tins parole. Dès que les environs de Paris redevinrent libres, je me retirai avec vous, mes enfants, à Saint- Gratien, dans la vallée de Montmorency, chez le comte de Luçay, mon beau-père. C'est là que, hiver comme été, pendant sept ans, rendu aux lettres, et vivant surtout dans le passé, j'écrivis l'Histoire de Napoléon et de la Grande Armée en 1812.