I :spplaudi même encore, n; d'avoir été fidèle à sa déclara
: tionde ne jamais signer une paix humiliante. J'ahdi-
E< que, avait-il dit, et ne cède rien ! »
Quant à Talleyrand, dont il ne parlait qu'avec haine b dégoût, il avait ajouté : « Que cet honame, après lui ! avoir vendu le Directoire, le vendait aux Bourbons, ' < lesquels il vendrait k leur tour, au premier bon marché •( qu'on lui proposerait. » Alors, revenant sur le passé, il avait avoué : a Qne tons ses malheurs étaient venus 11 d'avoir passé le Niémen; mais qu'Alexandre lui avait
SS.: HEHOIBSS D-CS AIDE DE CAXP.
. " manqué de foi ; qu'un an de plus au traité de Tilntt, " et l'AngleteiTe eût succombé bous le 9/ gtème contî- « nental : qu'an reste on se tromperait à croire que des Il flatteurs l'eussent aveuglé : qu'en lui, tout venùt de « Inij que toute sa fortune ioi appartenait, et qu'il t t'avait faite, tont seul, bonne ou mauvaise! >
Ainsi, juHqu'^ ce dernier jour, ces alternatives avaient rassuré ; mais, dans cette triste soirée dn li avril, toot augmenta les appréhensions. En présence de ces conditions imposées, et de l'obligation de signer définitivement sa perte, tout en lui venait de se concentrer. Son regard était devenu fixe ; il était tombé dans une méditation si intense, qu'elle le séparait entièrement des soins dont ses serviteui-s inquiets s'empressaient de l'environner, s H •' lenr semblait, m'ont-ils dit, déjà dans un autre « monde ! »
Vers six heures, il sortit de cette méditation, mais ce fut pour rappeler les grands et antiques exemples de ces morts fameuses auxquelles, dans des positions semblables, les grands hommes, ses pareils, avaient eu recours. En C6 moment, ie calme de sa discussion, le sang-froid qu'il mit à peser les diverses opinions, la différence des temps, celle des croyances, au lieu de rassurer, accrurent les inquiétudes.
On espérait pourtant dans l'arrivée de l'ImpératriCfl et du Boi de Borne ; maïs une exclamation de l'Empereur montra qu'il ne fallait plus compter sur la trîsto douceur de cette roanion et sur l'attendrissement qui en eût été lasuite naturelle, Ses serviteurs disent avoir com-
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pris que Ini-rafme avait pris soin de se préserver de cet ébranlement. II est vrai que déjà un adieu sinistre et prématuré était parvenu à l'Impératrice. Dès le 3 avril, il avait eîiargé Menneval, dans une lettre chiffrée, de la préparer à s'aider de son père et de Metternicli pour assurer ses droits à la Régence, ajoutant : « Que cela mênie " pouvait manquer; qu'alors tout, jusqu'à sa mort, de- " viendrait possible ; et qu'il ne resterait plus à l'Imu pératrice que d'aller, avec son fils, se jeter dans les « bras de l'empereur d'Autriche I »
Menneval assure que depuis, changeant de projet, il avait tenté d'ouvrir un passage, jusqu'à lui, à l'Impératrice. Do son côté, celle-ci avait résisté, avec raison, au projet de fuir plus loin avec ses beaux- frères, alléguant qu'elle voulait attendre à Blois lea oi-dres de l'Empereur. Qoant à le rejoindre lui-même, ce devoir, qne d'abord elle voulut remplir, il paraît que, du moins jusqu'au 12 avril, Napoléon n'en exigea point l'accomplissement, mais qu'ensuite Marie-Louise, et bien malheureusement pour sa mémoire, en manqua l'occasion. Voici comment :
M°" de Luçay, ma belle-raère, dame d'atours de cette princesse, était un modèle d'amour conjugal. Deux fois, pendant la Tendeur, eile avait sauvé la vie à son mari, en risquant la sienne avec le courage le plus dévoué et le plus intelligent. Animée des aimables et douces vertus comme de ces sentiments d'honnem' qui distinguaient la haute société de la iïn dn dix-huitième siècle, elle venait de décider secrètement l'Impératrice à partir de Blois pour Fontainebleau ; le secret, pour lui faire accomplir
lŒUOl&BS DTTX AIDE DE CAVT,
ABDICATION. 5Sfl
presque éteints. Pais, 0 le renvoya se reposer, après lui avoir fait placer sur nue table légère, proche du foyer, tout ce fju'i! fallait pour écrire. Hubert aj-aut obéi se retira, mais attentif; et, la porte toujours à demi fermée, il se replaça à sou poste.
Ce fut de là qu'il entendit bientôt l'Empereur uiarclier avec Station, s'asseoir, écrire, puis froisser son papier, le jeter au feu, se promener encore, écrire de nouveau, et trois fois froisser, déchirer et brûler ce qu'il venait d'écrire. Alors l'émotion dont son maitre était tourmenté sembla s'acroître. Sa marche, au travers de sa chambre, lui parut plus vive et plus rapide. Parfois, et tout à coup, elle était saspendue comme par une méditation plus intense, Eniin, il l'entendit se rapprocher et s'arrêter près de sa commode.
C'était sur ce meuble que son nécessaii'e était placé. L'habitude était de laisser là, an fond d'an verre, da sucre à demi fondu, prêt à recevoir l'eau qu'il lui arrivait souvent d'y verser. Cette fois, ce détail avait été oublié. Huljert se rappela cette négligence ; il se relevait pour la réparer, lorsqu'il entendit et même entrevit Napoléon ou^Tir ce nécessaire, en retirer un sachet noir que chaque aoiril y déposait, et qu'en guerre, depuis sa campagne de Madrid, chaque matin il suspendait à son conaous ses vêtements. An bruit qui suivît, le valet de chambre compritqu'il en jetait le contenu dans un veiTe où il versa de l'eau qu'il remua et but précipitamment. Après qaoi, ily eut un moment d'immobilitt', puis quelques pas suivis d'un plus long silence ; l'Empereur alors s'était recouché.
f.40 MÉMODIES D'UN AIDE DE CAMP.
Hubert, incertain, presgentait quelque malheur; niaîg, n'osant intervenir, il resta près d'une demi-heui'e immobile, plein d'anxiété, l'oreille au guet, tandis que Napoléon, étonné de vivre encore, attendait impatiemment reflet du poison qu'il venait de prendre. Il commençait sans doute à en soupçonner rinefficacité à de douloureux mais faibles symptômes. On ne sait s'il eut aiora l'econre à un autre moyeu pareil; mais il est sûr qu'un cachet (IJ, qne, dans les premiers jours de 1812, il avait destiné à renfermer le plus actif de tous les poisons, fnt, ainsi que le sachet, trouvé, près de là, vide et ouvert 1 Tous aujourd'hui disent encore, et quelques-uns même de oes témoins ont écrit que sans doute le temps avait ou trop endurci on fait évapoi'er ces poisons, et cette opinion, l'incomplet effet qu'ils produisirent la confirme.
Enfin, n'ayant plus d'autre arme assez sûre contre loîmfme, fatigué de souflî'îr sans finir, et sentant jusqu'à cette dernière ressource de son désespoir lui échapper, il demanda Yvan, son chirurgien particulier et !e plus ancien de ses serviteurs. Yvan venu, après quelques mots prononcés par Napoléon avec effort, an milieu de plt sieurs angoisses, une vive contestation Beleva. Hubert entendit des exclamations, des refus, d'amera reproches,
(1) 1£. de Tarenne le lui avait fût foire p>i son ordce en IBE^' C'est pontqDoi, m'a-t-il dit loi-même, il fut fcappè de ravoir ce eft> ohet DuTertet ride, prés de l'Emperear, quand il TouB crof eut que le sachet renfermait une forte dose d'opium, et b cachet, nu pohoa p\aa snbtil, da la composition de Cabame, l'attouchement sur 1h langue derait, diaait-on,