EXECUTION DU DUC D'EXGHIEX. 13H
D fait digne de remarque, que, lorsque les caodidatui'es
: sénatoreries lui furent présentées, il s'indigna de
l'y point Toir les noraa de ceux qui avaient voté contre
Ëpoqne unique dans notre histoire ! On vivait alors
talté comme dans une atmosphère de miracles. Dans
e jonr du 18 mai surtout, qne d'enivrement, que d' éclat,
î puissance ! A peine le Sénat avait-il voté l'Era-
feire que, se précipitant en tnmulte sur les pas du 8e-
md Consul, il était venu tout entier, à Saint-Cloud,
mBporté d'enthousiasme '. Ce fut là que, proclamé Bm-
reur, Napoléon, après l'avoir congédié, se renfermant
JKnl avec Cambacérès, avait aussitôt décidé la transfor-
latîOD, en Royaume, de la République Italienne ; Yina-
latioa de l'Ordre d'Honneur ; une négociation avec le
?ape pour qu'il vînt le sacrer lui-même-; et, en attendant
i arrivée , la descente en Angleterre.
' Cependant la France, consultée, répond par trois
lllionE, cinq cent vingt-quatre mille, deux cent cin-
ftnante-qnatre voix, qu'elle vent l'Empire et Napoléon
Jour Empereur ! Dans la flotte, Truguet est le seul ami-
1 qui s'y refuse; dans l'armée s'il y eut des dissenti-
lents, ils furent secrets : quand l'avènement du Premier
[isul à l'Empire fut proclamé devant ses rangs, des
lamations unanimes l'accueillirent. Un seul colonel
^'infanterie, d'une forte et haute stature et d'une valeur
(Bèbro, se retourna, et d'une voix audacieuse : a Silence
eranglp s'écria-t-il. C'était Mouton, depnis ma-
Jjal, comte de Lobau, La réponse de Napoléon à cette
MÉMOIRES. g
maaifesbatioD l'épnblicaîne ne se iib pas attendre. Elle , fut digne de l'un et de l'witre ; peu de jours après, t colonel reçut avec le brevet de général, celui d'aide de i camp de l'Empereur.
On sait quel fat le principal motif allégué pour la création de l'Empire : on voulut décourager l'attentat à la vie et au pouvoir viager de Bonaparte par l'hérédité de ce pouvoir dans sa famiile. Dès lors, pour reetaurer la république ou l'ancienne monarchie, ce ne serait pins un homme seulement, ce serait une dynastie qu'il faudrait abattre ! Ainsi, et comme il arrive toujours aux conjurations avortées, de même que celle du 3 nivôse, en doublant le pouvoir de Napoléon, l'avait bientôt après fait Consul à vie, celle-ci le fit Empereur, même avant le jugement des conjurés, et malgré le meurtre de Vince unes I
CAMP DE BOULOGKE,
L'aimée mieux orgaaisée, vêtue, disciplinée et exercée qn'on ne l'a vue depuis, avait été mise sur le pied le plus formidable : cent cinquante mille hommee, cinquantebnit vaisseaux de ligne français, douze vaisseaux bataves et dix-huit cents transports armés, allaient être prête I contre l'Angleteri'e ! Le 18 juillet Napoléon reparut soudainement à Boulogne-Bur-Mer, au milieu de ses camps I et de sa floijille. En arrivant, ses première mots au ma- [ réehal Soult furent : i Combien vous fant-il de temps [ < pour embarquer ? — Trois jours, Sire. — Je ne vous m donne qu'un ! répliqua l'Empereur. — C'est imposc sible, répondit le maréchal. — Impossible, Monaienr! t < s'écria l'Empereur, je ne connais point ce mot-là I il n'est pas français, rayez-le de votre dictionnaire! » L Et, en effet, il prescrivit sui'-le-champ des mesures telles, [ que l'embarquement devint possible en vingt-quatre
Mais le lendemain, soit habitude de vaincre les dif- \ ficnltés les plus grandes, soit souvenir d'avoir eu tant de
13fi MÉMOIRES ivns AIDE DE CAMP.
fois raison, même contre les plus haliiiei, trop de confia,Dce l'emporta. Ainsi trompe le bonlienr, et sonveat même l'expérience. Ce jonr-là, tont entier à sa flottille, il voulut, pour l'exercer, la mettre sous voiles, en vue de l'escadre anglaise, en dépit d'nn ciel menaçant et ma^ré les conseils d'un contre -amiral. Celui-ci a'obstinant, lui s'in'ita. Sa violence fut telle (jii'il y eut an moment où le marin, la main sur la garde de son épée, crut doToir se mettre en défense contre un outrage. L'Empereur, incapable d'une voie de fait, le fit désarmer; et, passant outre, il voulut qu'on mît en mer.
Oc que le contre-amiral avait prévu arriva. Napoléon, il est vrai, demeura vainqueur des Anglais, dont il reponssa l'escaiire et prit même un bâtiment; mais il fut vaincu par la tempête à laquelle il s'était refusé de croire. Lui-même eut peine à y échapper ! Quatre de ses embarcations périrent. Alors, reconnaissant sa double faute, il les répara tontes deux : l'une par une nuit entière d'efforts qo'i! passa, dans la tour de l'Heurt, à sauver ses marins de leur naufrage ; l'autre eu avouant son tort, au contre-amiral, en lui pardonnant le sien, et, en lui faisant oublier sa violence.
Pendant les vingt-cinq jours qui suivirent il s'occupa de son immense plan de descente, dont noua verrons iiientâc l'ensemble, et de ses campa devant lesquels il se présentait pour la première fois comme Empereur. Il vit les larges chaussées et les canaux d'écoulements exécutés par ses ordres, travaux qui assainissaient ces camps et les liaient entre eux, ainsi qu'avec les abords des con-
CAMP DE BOULOSSK. 137
trées environnantes. L'eeprit actif et ingénieux de ses soldats s'était plu à embellir les entoura de leurs barraques du luxe de mille jardins ornés de flecrs, d'inscriptioiiB à sa lonange, d'obélisques et de pjramides la plupart surmontés du bnste, couronné de kuriei-s, de ieur Empereur. Lui, se mêlant familièrement à eux, entrant dans tons les détails de leur bien-être, et leur prodiguant avec discernement des mots henreux, des faveurs et un avancement mérités, les enivra d'enthousiasme.
Le 15 août, jour de sa fête, il y mit le comble. Cet anniversaire marqua l'une des plus grandes soleunitéH de son règne, celle de la distribution à l'armée de l'Ordre [ d'Honneur, Le canon de Boulogne l'annonça; celui I d'Anvers et de Cherbourg, proclamant à la fois l'inau- I gnration de ces deux porta nouveaux, y repoodirent. , L'entrée victorieuse à Boulogne, le soir même, d'un fort détachement d'élite de la flotille compléta cette journée, dont un monument rappelle la mémoire.
Le 26 août, jour de son dépait, fut signalé par un nonveau succès de cette flottille. Aidé de Bruix, l'Empereur le remporta contre l'escadre ennemie, dont un ^ bfttiment fut coulé bas, et qui fut menacée même d'abor- > dage. Elle recuîa sous nos feux k demi- portée, et devant I H'apoléoti, en vue, en tête, commandant lui-même et le I phiB exposé aux bordées anglaises. Cet essai victorieux [ tennina ce voyage guerrier de l'Empereur. L'Angleterre, f Bar pied tout entière, en avait frémi d'effroi ! Épuisée \ d'efforts et d'argent, son appréhension était si vive, que DB, jusqu'à ses ministres, s'étalent enrdlés et armés ; et
m MEMOIRES D'ON AIDE DE CAMP.
que, devant Londres même, ils avaient barré le passage de la Tamise. Pitt alors avait ressaisi l'espoir d'acheter nne coalition nouvelle. Son étoile voulut que, en ce même moment, Latouche-Tréville mourût d'un mal rapporté naguère des Antilles. C'était le meilleur de nos amiraux 11 avait seul le secret de l'entreprise : il devait, avec la flotte de Toulon, tromper Nelson, venir débloquer nos porta de l'Océan, y rallier nos escadres et protéger la descente, qu'il fallut dès lors retarder, et dont le sort tomba désormais, par un malheureux choix du ministre Decrès, dans les mains incapables de Villeneuve.
Il semble toutefois que, alors, la pensée de l'Empereur hésitait entre plusieurs diversions. L'une d'elles, qu'il abandonna depnis pour tout concentrer dans le détroit était un embarquement en Irlande.
De Boulogne Napoléon se rendit à Aix-la-Chapelle, où Joséphine l'attendait. Ce fut là que quelques menaces forcèrent les deux Cobentze), l'un ministre, l'antre ambassadeur de Vienne, de le faire enfin reconnaître Empereur par leur maître. Aix-la-Chapelle était la ville de Charlemague, Il y rétablit les honneurs annuels qu'on rendait jadis à cette grande mémoire; et, pour la première fois depnis mille ans, ces peuples transportés crurent voir, en Napoléon, renaître leur grand homme.
Ils se souviendront toujours, sans doute, de la multitude de bienfaits dont il combla ces contrées jusque-là si négligées, et de tons les biens dont alors il dota leurs villes, entr'autres les nouvelles communications de terre et d'eau qu'il ouvrit entre elles : et ploa loin, vers Co-
CAMP DE BOtTLOGN-E. ISH
blentz, cette route tïacêe sur le bord dn Ehin : la largenr en était de quarante-cinq pieds; elle fut arrachée à des rocB sur une longueur de dix lieues entières.
Ajoutons ici ses soins pour les pauvres ; les refuges qu'il leur assura dans ce paya que la mendicité dévorait ; et le souvenir touchant de cette paisible retraite donnée, d&na une île du Khîu, aux infortunées religieuses dont les couvents avaient été supprimés.
Citons aussi, comme un exemple de cette sensibilité qae d'aveugles ennemis ont méconnue en Napoléon, un trait de sa bienfaisante bonté dans une autre île de ce fleuve : il rappellera celui du Saint-Bernard, en 1800. Cette fois une pauvre veuve en fiit l'objet. Le triste aspect de la misère de cette femme, et de sa douleur de iment du seul fila qui lui restait, l'avait touché. I n avait provoqué sa confiance sans s'être laissé connaître. Emu de son malheur : « Consolez -vous, lui avait-il dit, c en se donnant un nom supposé; venez demain à j Mayence et demandez-moi; j'ai du crédit près des i ministres, je voua recommanderai, u Ainsi rassurée et I . encouragée la pau\Te veuve avait osé se présenter le t Jendemain. Introduite sur-le-champ, et tout éblouie de r l'appareil impérial, quand elle reconnut l'Empereur dans i «et încomm si charitable de- la veille, son trouble d'abord I ïût extrême ; mais quelle joie lui succéda lors(iu'elle Ten- I tendit donner l'ordre : que sa maison détruite par la I guerre fût rebâtie, qu'un petit troupeau et plusieurs aiv I pentfide terre y fussent ajoutés, et que sonfiJs unique, solt BOUS nos drapeaux, fût aussitôt renduà son infortune I
140 lIEMOIREa D'UN AIDE DE CAMP.
Quali]ue8 jours après, le nom de Guttenberg reçut uu premier honunage dana Majence à la fois fortifiée et embellie. Je m'y tronvais. Bien plus soigneux qu'on ne pense decenx de son intérieur, Napoléon, me sachant accablé k Paris d'un grand chagrin, m'avait paternellement appelé à Mayence pour m'en distraire. Ce fut là que, an milieu d'un nombreux concours des princes allemands, nous entendîmes, à nn lever, le jeune duc héréditaire de Bade, interpellé par Napoléon sur ce qu'il avait faitla veille, lui répondre avec embarras : qu'il s'était promené derue enrue;et l'Empereur l'en gronder ainsi ; « Vous aveiî eu tort. Oe qu'il fallait faire, c'était le tour M des fortifications, et les bien examiner. Que savez-vons ? « Peut-être devez-vous l'assiéger un jour. Qui m'eût dit, « à moi, lorsque simple officier d'aitlUerie je me prome- « nais dans Toulon, qu'un jour il serait dans ma destinée « de reprendre cette ville ? s
Penflant ce séjour l'Empereur, forcé de se séparer de l'Impératrice, m'en confia momentanément la garde. Elle me raconta que, à Aix-la-Chapelle, on lui avait fait voir nn morceau de la Crois du Christ, que Charlemagne avait longtemps porté snv son sein comme un talisman. Elle ajoutait qu'un bras presque entier, reste de ce grand homme, lui avait été offert; mais que, n'en acceptant qu'une esijnille, qu'elle me montra, elle avait répondu : 0 Quelle ne voukit pas priver Aix-la-Chapelle d'nn si « précieux souvenir, elleBurtout à qui le bras d'an homme « aussi grand que Charlemagne servait d'appui ! b
Il n'avait pas tenu au génie du gouvernement anglais