ESECOTIOS DU DUC D'ENGHIEN
Telle fut, pondant plusieura joure d'anxiété, de doui'ienr et d'accablement, lit marche exacte de nos pensées. [ Ce parti pria, je pressai aussitôt mon père d'aller rendre Lmx Caulûincoiirt et à nos amia leur conrage, sans doute l 'ébranlé comme le nôtre. Le dimanche suivant, 25 mars I je crois, devait nous réunir aux Tuileries. Nous nous P.prcuaîmes, sans dissimuler notre affliction réprobatrice, rl3e. régler, d'après la résolntiott convenue, nos paroles et (wttre Attitude.
Ce jour-là l'affluence de toutes les autorités, dans le
K'IialaiB, fut considérable. Kous n'avions pu communiiiuer
ilos sentiments qu'à peu d'amis; et pourtant l'accord.
s 8'étie concerté, fut nnanime. Caulaincourt, le main-
Q ferme et décidé, les lèvres serrées, le teint jauni, les
B contractés, semblait vieilli de dix ans; il était mé-
^TOnnaissable. Sa pâleur, <|nand je lui serrai la maii
loubla; mais son attitude resta de marbre.
A quelques pas de là, je rencontrai ce même d'IIau-
Ktencourt dont les paroles à Duroc avaient si cruellement
■'Dontrasté avec le bouleversement de sa Ëgure. Aux ques-
■^ns qne je lui adressai, il me répondit que les derniers
B da malheureux prince avaient été : i II faut donc
■« mourir! et de la main des Français ! u Puis, sur une
ernièie interpellation, que j'eus peine à achever : a II
it mort en héros ! « me répondit-il.
1 ce moment Bonaparte repamt au milieu de nous. ■B traversa la foule entr'onverte et silencieuse pour se idre à la chapelle. Il n'avait point changé de conteiiiance. Pendant le sacrifice, quand la prière s'élevait aux
I'2a MEMOIEES D'UN AIDE DE CAMP,
cieux, je resaminai avec un redoublement d'attention. Là, devant Dieu, en présence de sa victime, qu'il me semblait voir réfugiée sanglante à ce tribunal suprême, et tout empreinte des horreurs d'un brusque supplice, je m'attendais, dans l'angoisse de mon cœur, à ce qu'un remords, un regret du moins, se manifesterait sur les traita de l'auteur d'un acte aussi cruel; mais, quel que pût être son sentiment intérieur, rien en lui ne varia : il resta calme ; et, au travers des larmes qui me remplissaient les yeux, sa figure me parut celle d'un juge sévère et im-
Je venais de le voir devant Dieu ; je voulus le voir devant les hommes. Je m'attachai donc à ses pas pendant l'audience qui suivit. Son abord fut tantôt d'un calme contraint, tantôt sombre, cependant plus accessible peutêtre que de contume. Il parcourut, lentement et en tous sens, ses gi'ands appartements ; plus lentement qu'à l'ordinaire : lui-même aussi semblait vouloir observer. Il s'arrêta presqu'à chaque pas, se laissant entourer et adressant à chacun quelques paroles. Elles rappelèrent, ou indirectement ou directement, la nuit du 20 au ^1 mors. Evidemment il sondait l'opinion, attendant, provoquant même des réponses qu'il espérait être satisfaisantes. Il n'en obtint qu'une, faite dans une intention de flatterie, mais si maladroite qu'il l'interrompit, et tourna ie des. Bile lui repiochait, involontairement, d'avoir répondu à une tentative de meurtre par le meurtre même. Les autres groupes, successivement formés autour de lui, l'écoutèrent avec une curiosité observatrice, une attitude
EXECUTION DU DUC D'ENGHIEK. I-JH
rmome, parfois embarraBsée, et da,ns iia silence inanifcsfjtement désapprobateur.
Pour lui, son maintien haut, sévère, et d'abord com-
inunicatif, devint de plus en plus sombre et réservé. On
voyait se renfermer en lui-même, s'efforçaut de se con-
ÏTiiincre que la nécessité politique l'absolvait; que, à
exception des formes, au fond tout le reste était de son
l;eÔté; ce qui était faux. Toutefois son but fut atteint,
à dater de ce moment, les conspirations royales
ssèrent.
1 se retira brusquement de cette audience, mécontent,
is inflexible ; sans paraître, sans être alors plus ébranlé,
r ce désaveu universel, qu'il ne le fut, sur ce même
ffnijet, dans d'autres occasions que diront ces souvenirs,
it à son heure dernière à Sain te- Hélène.
Et cependant les horreurs de ce drame terrible n'a-
IVftient pas atteint leur terme. Le 5 avril, de onze heures
% minuit, Pichegru y joignit on quatrième suicide. C'était
n des anciens professeurs de Napoléon au collège de
;. Le Premier Consul, soit émotion de ce souvenir,
t qu'alors il fût moiiiB irrité contre ses ennemis nés
la Révolution que contre ceux issus de l'ancien
t, lui avait fait promettre non seulement sa grâce
H conditions, mais, avec sa réhabilitation, le gouver-
t de Cayenne. L'infortuné avait d'abord hésité ;
I, soit fatigue ou désespoir d'une vie flétrie par la
ihistin, il s'était décidé à eu finir. Un long et silencieux
^ sur son lit, au moyen d'un biVton qu'il tourna dans
a cravate de soie, et dont il se seiTa peu à peu la gorge,
le délivra, cette nuit-là même, ou de la houte de vivre, on de celle de moarir par un juate et dernier Bupplice. Le lendemain on le trouva étranglé ; nn volume de Sénèque était ouvert près de lui : ri l'avait marqué k la page on le suicide de Caton est décrit par ce philosophe.
Six semaioeB plos tard le sort, alors tout entier tourné vers Bonaparte, amenait pour la seconde fois dans cette même prison, un autre de aea ennemis acharnés, le capitaine anglais "Wright, celui-là même qui avait débatqué sui- nos côtes Pichegru et eee complices.
Enfin l'instruction de ce grand procès était terminée. Pendant quarante-quatre jours, Moreau avait persisté à protester de son innocence, torsqu'enfin, confronté aveo trois de ses complices, l'aveu de ses entrevues avec Georges et Pichegru loi fnt arraclié.
Quarante-six accoaés comparurent, le 10 juin, devant la justice, tls furent jugés suivant toutes les formes les plus protectrices, eu iâce d'un public nombreux, et an milieu des manifestations ardentes, séditieuses même d'une foule de militaires de tous grades, partisans fongueux de Morean. Sa cnlpabilité était flagrante. Néanmoins les juges influencés hésitaient. "Une antre influence, ou l'équité les décida, mais à demi. Moreau déclaré conpabie, mais excusable, ne fut condamné qu'à deux ans d'emprisonnement ! Quatre autres coupables, Boit justice ou pitié, furent assimilés à ce général. Vingt et un filrent acquittés, et vingt condamnés à mort.
" Hous étions, eu ce moment, h Saint-Cloud, A la non-
ESÉOtmON DU DTJC D'ENOHIBIT. Ifll
relie de ce jugement, une explosion de fureur éclata
rmi le^ généraux qui entouraient le Premier Consul,
I s'écrièrent : Qne c'était un déni de justice ! Un acte
i réYoltés! On parla de mesures extraordinaires contre
s condamnes, contre les juges, contreParis même, qu'on
Sléolarait indigne de son rang de capitale et d'être la ré-
AÎdence du Chef du Gouvernement ! Ils eussent voulu la
f ^ndamnatiou à, mort de Moreau, certains d'avance, il est
ai,qae Napoléon lai aurait fait grâce, mais indignésque
WïB tribunal lui en eût, eu prévariquant, arraché l'honneur.
Quant à Napoléon, qttel que pilt être son méconten-
ment, il le contint. D'accord avec Jloreau, il fit acheter
B propriétés : elles étaient considérables ; et il exigea
e lui son exil en AmériqQe.
Snr les vingt condamnés à mort, i! fit grâce à huit.
s remarquâmes que, en accordant la vie d'Armand
I Polignac aux prières de madame d'Andlau et de la
me de ce conjuré, il s'attendrit, et qu'à leurs larmes
U mêla les siennes.
e des conséqnences de ce complot fut, avec la proition des tribanaux spéciaux, le rétalilissement de a ministère de la police. Napoléon s'en défiait : l'entonra de surveillante; il multiplia les contre- I, L'une d'elles fat confiée à son aide de camp ate, qu'il chargea dn secret des lettres. C'était i, et par les cniés anrtout, disait-il i mon père, qu*il E le mieux iostmit : ajoutant, à l'égard de Fouchê, t, s'il l'avait repris, c'était moins poor savoir tout que r awir l'air de toat savoir.
132 MÉMOIHES DTJN AIDE DE CAMP,
J'ai Toulo coudiiire juBqa'à sa fin cet éTcnemunt tragique. Mais déjà i! venait d'en ameiieï nn autre de la plus hante importance. Depuis quatre mois, c'està-dire depuis le commencement de février 18(f4, et dès le premier éclat de cette conjuration, UQe multitnde d'adresses avaient ouvertement demandé le rétablissement du trône et la fondation d'une dynastie nouvelle.
IjC 27 mars, on entendit le Sénat entier, répondant à la communication des correspondances criminelles des agents anglais d'ontre-Rhin, dire à Bonaparte ; a Yona « nous avez tirés du chaos du passe ; vous nous faites « bénir les bienfaits du présent; gamntissez-nous de •r l'avenir. Grand liomme, achevez votre œuvre, rendez- « la immortelle comme votre gloire ! "
La réplique du Premier Consnl, à cette ouverture officielle, fut mesurée : « Il y réfléchirait, » dit-il. En conséquence le Conseil d'Etat avait été consulté sur l'établissement d'un gouvernement héréditaire. Vingt sur vingt-sept conseillers l'avaient approuvé. Mais, comme on n'était pas tombé d'accord sur les garanties, mon père avait proposé que chacun écrivît à part un vote motivé. Le sien fnt pour l'Empire avec une Constitution aussi rapprochée que possible de la Charte anglaise.
Le 18 mai 1804, le Second Consul vint apporter le projet de Sénatns-Con suite, créateur de l'Empireet du pouvoir à peu près absolu de Bonaparte : ce projet fut adopté Bttr-le-champ , et à l'unanimité moins deux votes nuls et trois voix contraires! Celles-là ne furent pas moins bien traitées que Iça autres par l'Empereur, C'est