LE SACRE
Dans cette grande solennité, ordre complet, sérénité dn ciel, conconrs entier du Saint-Père, acclamations publiques au dehors de Notre-Dame comme au dedans, tont satisfit l'attente de Napoléon. Je paia en répondre, j'en foa témoin ; je commandais même ce jour-là dans cette cathédrale ; j'en avais pris possession militairement depuis la veille : le droit, l'usage, la sûreté de l'Empereur le voulaient ainsi. Les insignes impériaux se trouvèrent confiés à ma garde et, entr'autres, l'épée de Charlema,gne. Je me souviens même que, pendant la nuit que noas passâmes sur pied dans cette église, l'un des oHiciBra qui me secondaient, chargé de la garde de ce glaive, eut la folle idée de s'en servir en provoquant l'un de ses camarades, qui, lui ayant opposé son sabre, se consola d'avoir été vaincu, et même quelque peu blessé, par l'épée d'un aussi grand homme !
Le Pape avait attendu de l'Empereur qu'il communiât publiquement le jour du Sacre. Napoléon en avait délibéré. Mon père lui objecta la nécessité préalable d'une
1 à laquelle il ne se prêterait peut-être pas, et d'une absolution qu'on pourrait lui refuser.
II La difficulté n'est point là, répliqua Napoléon ; le € Baint-Père sait distinguer lés péchés de César de ceux a de l'iiomme. » Puis continuant : « Je sais, dit-il, que « je dois l'exemple du respect pour la religion et pour ses « ministres : aussi me voyez-vous bien traiter les prêtres, K aller régulièrement à la messe, et y assister avec une it attitude grave et recueillie. Mais on me connaît ; et, 0 pour moi comme pour les autres, si j'allais plus loin !... < Qu'eu pensez-vous i" ne serait-ce pas donner à la fois X l'exemple de l'hypocrisie et commettre un sacrilège ? » La question ainsi posée était résolue d'avance ; mon père fat forcé d'eu convenir, et le Pape en fit autant.
Oe Bonvenir do famille m'en rappelle un autre ; c'est qoe, le soir du jour de cet entretien, je fus mis aux HEiÉts par l'Empereur. Voici pourquoi : l'indiscrète exigence, ponr un surcroit de places de faveur dans Notre-Dame, d'un personnage trop connu politiquement, avait forcé à an refus. Ce personnage était venu s'en plaindre chez mon père, à lui-même, en des termes peu mesurés. J'étais présent ; et, quoique mieux accueilli qu'il ne méritait, je l'entendis, en se retirant, proférer des paroles menaçantes. Il faut savoir quecet es-jacobin forcené passait pour avoir fait emprisonner et désigner pour l'échafaud le maréchal de Ségur, mon aïeul, que le 9 thermidor seul avait pu sauver de l'achamement de ce misérable. A ce cruel souvenir, que l'impudence présente de ce montagnard, au milieu des miens, raviva, on peut ju-
ger de ma colère : elle était au moins escnaable ; et, de la porte du salon jnsqn'à la porta cochère, il en ressentit sni'-le-champ de rudes effets. C'était assez; mais, la vengeance dans le cœur, j'allai plus loin ; je voulus en finir à l'instant même, et, comme il prétestait la nuit, très noire en ce moment, je le forçai à un rendez-Tous pour le lendemain.
Pendant ces voies de fait, mon père, que les approches du Sacre occupaient, était retourné chez l'Empereur, qui, voyant son air soucieux, lui en demanda la caase. L'ayant apprise, il se récria contre ce duel, m'envoya enfermer chez moi ; et, par son ordre, une heure après, l'es-teiTOriste, tout meurtri qu'il avait été, revint terminer cet incident en apportant à mon père ses humbles excuses.
Mais revenons à un sujet moins personnel. On a contesté les égards, alors pleins d'affection et de respect, de Napoléon pour le Saint-Père. Ces critiques sont calomnieuses : je peux et je dois l'attester. Depuis l'arrivée de ce Pontife, digne sous tous les rapports de la vénération universelle, jusques à son retour en Italie, je fos chargé dn soin de sa garde et de sa personne. Il occupa aux Tuileries, à côté de l'Empereur, l'aile de ce palais qui a vne sur le Pont-Royal et sur la Seine, On prodigua tout pour que cens de sa suite, singulièrement choisie pour la plupart, fussent satisfaits, même dans leurs goûts assez bizarres. On eut sans reliiche pour Sa Sainteté les mêmes soins, les mêmes respects que pour l'Empereur lui-même. Dans son appartement, distribution, ameuble*
ment, tout avait cté disposé pour lui rappeler Rome autant qu'il était possible, et flatter ses habitudes.
Qunnt à Napoléon, noua remarquàmea, tous, ea gaieté constamment douce et reconnaissante, et sa déférence filiale et caressante envers sou hôte. On sait, à propos des exigences spirituelles et temporelles de ce Pontife qu'il le satisfit, soit par quelques concessions, soit par des explications si convaincantes et si convenablement esprimées, qu'il était impossible de ne pas s'y rendre.
Dans les bénédictions que le Saint- Père distribua de sa fenêtre, et surtout à ses fréquentes audiences, dans la galerie du Louvre, an public toujours nombreux qne sa
' présence attirait, une siirveillance active contint, prévint, on réprima l'indiscrétion et la légèreté françaises. Nous
. vîmes l'athée Lalande, lui-même, tomber aux pieds du Pontife, et baiser sa maie ! Dans tous les établissements publics que le Pape honora de sa présence, il fut reçu en Souverain. Personne n'osa lui faire distinguer la curiosité
i âe la piété ; et bien souvent je vis ce véritablement saint iceasBur- des Âpîttres, dont la figure rénérable portait
I l'empreinte de la plus sereine aménité, si frugal, si simple, BÎ austère pour lui seul, et d'une indulgence si aimable et â paternelle envers les autres, profondément attendri de
i la vive et pieuse impression qu'il produisait !
Après quatre mois de séjour à Paria, depuis le Sacre. il en repartit le 4 avril 1805. Je reçus l'ordre de le re-
' conduire j'usqu'à Voghère, dernière ville où s'étendait alors le pouvoir impérial. Dans ce voyage, le cardinal
. français de Bayanne charma nos repaa par sou esprit.
UËUD[I<EB. D
14e HÉMOIEES D'UN' AIDE DE CAMP.
C'était à table, surtout, que aea coUègiiea italiens se consolaient d'être encore en France. Lui, plna friand que gourmand, y montrait le dédain le plus plaisant pour tout ce qui n'était pas d'un goût cïquia. « Laissez cela, mangez ï de ceci, me disait-il; et, croyez-moi, en fait de friatiii: disea rapportez-vons-en toujours au goût d'un vieux « prêtre, n
La conversation tournant à la guen'e, ce cardinal parla d'une blessure effroyable miracnleusement et radicalement goérie. Un général présent profita de cette occasion pour citer une blessure, non moins grave, qu'il avait reçue en Egypte, mais dont il se ressentait encore : « Oh ! reprit le cardinal, c'est qne vous avez eu affaire « à \ine balle turque, à une balle infidèle ; tandis qae n celle dont je parle était chrétienne, apostolique, c'est « bien différent ; il ne Inl manquait même que d'être « romaine! !•
Ce jour-!à le marquis Sachetti se plut à nous présenter le coufessear du Saint-Père comme un saint qui avait obtenu un miracle de la sainte Vierge. Mais le Pape, en l'écoutant, souriait. Le cardinal de Bayanne nous le fit remarquer ; et nous nous permîmes de croire un peu plus à ce sourire qu'à la sincère et chaleureuse attestation du majordome.
Nous étions alors à Ohâlons, où le Saint-Père fut reça au delà de notre espérance. Mâcon fut froide. Depuis le cruel siège de Lyon, en 1793, les montagnards, qoi s'y réfugièrent alors, y avaient laissé leur méchant esprit. Récemment encore, lorsqu'on avait essayé d'y
(établir dea barrières, le buste de l'Empereur, les comi, les barrières elleB-niêmea, tout avait été jeté pêlelële dans la Saône.
f"Lyon au contraire, toute pieuse et impériale, noua ^t à bras et à cœura ouverts. Le lendemain de aon :, lorsque, dans la cathédrale, le Saiut-Pèi'G permit au peuple d'y venir baiser sa mule et recevoir aa ^nédiction, l'affluence fut si considérable, l'empresment ai exceaaif , que , les derniers venus poussaut les remiers, il faillît être étouffé contre l'autel. Il y eut là moment vraiment critique. Heureusement j'avais hit mettre à ma disposition un bataillon de Hanovriena, iquels, en bons Allemands qu'ils étaient, tout à leur ^neigne, ne craignirent pas de répondre à mon appel. 3 était temps. Il iallnt une véritable charge pour déjer le Pape, d'abord attendri, puis très sérieusement armé de l'ardeur extrême de tant d'hommages. Ce reniement, devenu indispenaable, ne s'effectua
cria de détresse, immédiatement suivis d'évatonissements, d'accouchements même, dit-on : plusieurs mes et quelques hommes furent emportés demi-morta lore de la foule. Je n'eus point à m'en repentir, car, U tonte vérité, sans ce moyen extrême, le Saint-Père, dont le regard m'implora dans cet instant, ne serait pas BOrti vivant de l'église.
Dirai-je, pour ne rien oublier, que je l'avais précédé de quelques heures, dans cette cité célèbre. Le cardinal Fesch en était le premier pasteur. Excellent prélre, à la générosité près, c'était lui dont la négociation plus rude
qu'lialiile, mais secondée par les eoUi citât ions de l'évéque BeiTiier et de Caprara, avait décidé le Pape 'a ce grand voyage. Le séjour de Sa Saioteto à Lyon en devait être le dernier épisode remarquable. Ce séjour exigeait quelques frais diapeudieax. Soit malice, ou économie de l'Empereur qui calculait tout, il avait arrangé que le cardinal, son oncle, serait chargé de la dépense, et moi d'y déterminer Son Émiueuce. Mais, à cette proposition malsonnantc, l'indignation du cardinal le saisissant à la gorge fut si grande, qu'il ue put me répondre qne par descris inarticulés. J'insistai, bien moins dans l'espoir de réussir que pour prolonger une scène que je n'envisageais plus que par son côté plaisant. Cependant, l'émotion dn cardinal augmentant jusqu'à le rendre pins rouge que son chapeau, je me hâtai de me retirer et d'aller pourvoir d'une autre façon aux frais delà réception du Saiut-Père.
Ci; fut là, je crois, si ce n'est k Turin, que l'Empereur allant se faire couronner à Milan, et le Pape retournant à Rome, se rejoignirent pour la dernière fois, et qu'ils prirent congé l'nn de l'antre. Les adieux de ces deux Puissances, les plus grandes, temporellemeut et spirituellement, qu'il y eût alors au monde, furent tonchants. Satisfaits l'nn de l'autre ils ue prévoyaient pas plus que nous, sans doute, combien, huit ans pins tard, leur seconde entrevue à Fontainebleau serait différente.
PREPARATIFS fONTHB L ANGLET>:RRE.
Napoléon april-s s'être fait couronner roi d'Italie était
revenu en deux jours et demi de Turin à Saint-Clond, il
I n'y eemble occupé que de son administration intérieure :
■ il veut prolonger quelques heures encore la sécurité de
H' Angleterre; mais, ses derniers ordres donnés et le temps
3D.Q, il accouit à Boulogne, le 3 août. Là, comme eu
i mer, tout avait répondu à son attente. Verhuel,
mj ours victorieux, s'était rallié, d'Osteudeà Ambleteuse,
Kavec la flottille. Il avait eu deux caps à doubler eu dépit
KâGS attaques de Sidney-Smith ; dans ce difficile trajet,
k«ans rien perdre de son côté, il lui avait détruit trois cor-
rettes. D'antres manœuvres, depuis le Texel jusqu'à
Siest, sont essayées, et Napoléon s'est assuré de l'em-
ent, en quelques heures, de dix mille chevaux
e cent soixante mille hommes.
Jamais on ne vit dans une armée une aideur aussi
rande que daus k nâtrc. Chefs comme soldats, tous
Bétaient exaltés de l'espoir de vaincre et d'humilier les
uiglais. jusque dans Londres ! A notre arrivée a Bon-
l.iO MEMOIRES D'CN AIDE DE CAMP.
logiie, le 2 août, ijiiand Rapp et moi nous annouçâmea pour le lendemain TEnipei-eur, et bientôt après, la descente aa maréchal Soult, celui-ci, transporté de joie, se prit la tête à deux mains, et bondit tout an travers de aa chambre! L'Empereur était plus impatient encore. Le jour suivant, en descendant de voiture, bien plus pressant que l'année précédente, ce n'est plus vingtquatre heures, c'est quatre heures seulement qu'il accorde à l'embarquement des troupes 1 Dès lors toat le matériel fut embarqué, et l'on se tint prêt au premier signal.
Pourtant, dans son anxiété sur l'arrivée de Tilkneuve, il disait le surlendemain : « Ce n'est point une chose faite Œ que cette descente! Après Campo-Formio j'avais defl mandé an Directoire trente-six millions, trente-six « vaisseaux et trente-six mille hommes, et l'Angleterre i était conquise ! Je ne m'y serais point arrêté! Mais à « présent c'est autre chose, je ne puis plas m'aventurer « ainsi ; je suis devenu trop grand seigoeur ! n Puis, son espoir se ranimant, il ajoutait : « L'heure de l'Angleterre a. a sonné ! Nous avons à venger les défaites de Poitiers, « de Crécj' et d'Azincourt ! Il y a cinq cents ans que les « Anglais commandaient jusque dans Paris ! Les An- (c gîais sont maîtres de l'univers ! On peut, en une nuit, « se mettre à leur place ! Ils ont conquis la France sous « un roi fon; nous conquerrons l'Angleterre sous un " roi en démence I »
Ainsi Napoléon, selon son habitude, visait droit au cœur ! Tout devait être terminé en quinze jours. Le but
PREPARATira COSTHE L'ANGLETEHHE, IJJ
joar la flottille était les plages de Kent et de SuBsex, nd'où l'armée devait a'élancer sur Londres, tandis que ■ l'expédition du Texel, concourant au même but, aurait Iremonté la Tamise.
Et réellement tout semblait confirmer nti si grand es-
MÎr. Sur nos rivages, daM nos ports, but toutes nos ra-
fflefi, tout était prêt; et, comme l'Empereur alors le dit
[ni-mérae : i La nature de son plan était si bonne, que,
it en dépit d'obstacles de toute espèce, il lai restait les
les plus favorables, s Mais, ô regrets étemels !
■«ette occasion unique, inretrouvable, un si formidable
semble, tant de dépenses, tant de soins et d'efforts, la
Bonception la plus raste et la miens combinée du génie
l^de notre Empereur, la fortune enfin de la France, tout
a manquer par uu seul homme !
Gonrerner, dit-on, c'est choisir ; or le chois du minis-
9 Decrès était mal tombé. Villeneuve, modeste et dé-
feintéressé, était timide et Irrésoln, En lui la bravoure
i soldat disparaissait sous le poids, insupportable pour
ai, de la responsabilité du général. Plus écrasé qu'honoré
a chois de l'Empereur, il avait voulu s'y dérober. Dans
a candeur il s'était écrié : * Que c'était trop ! qu'il ne
r ee sentait capable que du commandement d'ane esca-
[ dre, et non d'une flotte aussi considérable !■» Comme
!8 esprits de cette trempe malheureuse, il n'envisa-
jfeait jamais sa position que par son côté fâcheux, croyant
toQJonrs tons les partis qn'il n'avait pas pris, préférables
k'celui qu'il venait de prendre, et tout possible à l'ennemi.
î ne l'avait point écouté ; il l'avait mal jugé. Tîl-
J55 MÉMOIKES ITCti AIDE DE CAMP.
leneuve était son ami d'eafance, et en ministre s'était obstinément trompé en croyant à l'ardear factice et passagère qae de premiera enconragements lui avaient donnée. Ainsi, le sort de l'Angleterre, celui de la France, de nos marins et de l'Empereur, il les avait confiés à nn chef qui manquait de confiance dans les autres, et en Ini-mêrae!
Napoléon avec son coup d'œil d'aigle, dès les premiers jours de Juin et sur la première dépêche de cet amiral, avait entrevu l'eri-eur de son ministre : il s'était eiîorcé de l'en faire revenir. Ses instructions de Milan disaient ; a J'estime que Villeneuve n'a point de caractère nécesu siiire; qu'il n'a aucune habitude de la pjuerre; que, « aussitôt son retour devant Brest, il faut le remplacer 1 par Gantheaume! > Et il terminait en annonçant < qu'il en allait sur-le-champ signer et envoyer l'or- « are! B
Je ne sais si Gantbeaome eût en plus de caractère, mais enfin cet ordre ne put être exécuté, et notre sort resta dans les maina de Villeneuve.
Cet amiral, tant qu'il n'a fallu qu'éviter Nelson, a été fidèle fi l'esprit de ses instructions. Cependant, malgré la plus heureuse navigation, fatigué par ses terreurs continuelles, et par quelques jours d'un temps contraire, ayant reparu le 22 juillet avec vingt vaisseaux à la hauteur du cap Finistère, il y rencontre, à midi, Calder et quinze vaisseaux anglais, et perd deux heures en incertitudes. Enfin le combat s'engage. Caîder se présentait bien serré, et Villeneuve trop étendu. Il en résulta que,
PSEPABATIFS CONTRE I-'ASGLETEREE. lÔiJ
âne brame épaisse a>'aDt couvert les deux flottes et rendu lee signaux inutiles, deux vaUse&nx espagnole, dt^a-ea aprêe une lutte aveugle et violente, ne fnrent point secourus. 11b eurent pu l'être pourtuit, une éclaircie ayant montré leur danger; maïs uotre amiral s'y refusa, et îta furent pris, ayant été poussés par le vent an nùlien de Ja flotte anglaise.
Toutefois le lendemain, Calder, plus maltraité que nous, se retirait; Villeneuve restait maître de ses mouvements: il hésita encore, manqua l'occasion, voulut trop tard la ressaisir, et laissi fuir enfin son adversaire. pour aller à Vigo, puis à la Corogne, rafraîchir, alléger sa flotte et la rallier à celle du Ferro!.
Je tiens de Lanristun, depuis maréchal et pair de France, alors aide de camp de Napoléon, et embarqué EUT la flotte de Villeneuve, que, le lendeiiiiiiu de eu -combat, le contre-amiral Magon, au premier signal, donnéparcetamiral, del^herprisesur la Hotte anglaise, fut saisi d'un tel transport d'indignation, qu'il écuma, .trépigna, se mit à courir furieux sur son vaisseau, et que, voyant passer en retraite celui de son amiral, il l'apostropha, lui lança, dans sa rage inexprimahle, tout ce qu'il trouva sous sa main, sa lunette, sa perruque 'jnême qui tombèrent à la mer, car Villeneuve paesnit trop loin de lui pour qu'il piit l'atteindre, ni même en être entendu.
Pour moi, qui, dans quelques missions précédentes .Tais eu quelques rapports avec Magon, je suis convaincu comme Lauriston, que, s'il eût été à la place de Ville-
^^^ memoiees D'un aide de camp.
neuve, l'Empereur eût été obéi, la descente peut-être alors effectuée, et la face du monde changée l Mais, où régnent des intérêts secondaires, de tels caractères portent trop d'ombrage : on les use dans des rangs subalternes. Celni-ci eût ooutoqu k Napoléon, il devait déplaire à son ministre.
Le malheureux Villeneuve demeura trois semaines à Vigo et à la Corogne. Il y fnt retenu par le ravitaillement de sa flotte, par ses avaries, et bien plus encore par son extrême abattement d'nu revers fort conteatabls. Les reproches qu'il entendait, ceux qu'il se faisait, car il était à lui-même son ennemi le plus cruel, le jetèrent dans le déconr^ement le plus déplorable. Il ressortit enfin de ce mouillage vers le 12 août. Il avait trentequatre vaisseaux, y compris ceux de Lallemand ; maître de la mer, il était libre d'obéir aux ordres formels de l'Empereur, à cenx de son ministre, à l'instruction réitérée de venir, avec trente-quatre voiles contre dix-huit seulement de Cornwalis, débloquer à tout prix, à. Brest, vingt et un vaisseaux; et, fort de cinquante- cinq voiles, de s'emparer de la Manche où notre armée était embarquée, où Napoléon l'attendait, et où il eût assuré notre descente. Mais le spectre de Nelson l'obsédait! Sapeur osa désobéir! Après une hésitation de quatre jours sur une mer ouverte, cette peur, non de soldat, car Villeneuve était brave de sa personne, mais de généra] qu'offusquait sa responsabilité, ne prit conseil que d'un faible coup de vent qui, par malheur, ce jonrlà soafSa du nord-est. S'il eût soulSé du sud, m'a dit
rRBPARATIPS CONTRE L'ANGLETEEEE. lia
a autre témoin (1), il s'y fût livre pent-ôtre, et il n'eftt L paa manqué à l'attente de l'Empereur, de notre armée, I et à la fortnne de l'Empire !
Dans cette fatale irréaolntion de ViUenenve, ce faillie I incident, an souffle enfin décida de tout! Voilà donc I à qnoi tint le sort du monde ! à un souffle, pas même à une tempête ! Il plut au Destin de renverser, de ce i, l'œUTre entière de Napoléon, et le plna grand I espoir que jamais ait eu la France ! Tant les plus grands hommes, leurs plus vastes conceptions et les empires \ les pins puissants sont légers dans les balances de. la t Fortnne!
Le 21 août, an moment même où ce malheureux Ville- I neuve était plus que jamais attendu et espéré devant I Brest et dans la Manche, cet amiral nons tournait le 1 il entrait dans Cadix ; il s'y laissait bloquer par I sut voiles ennemies, rendant inutiles ainsi : Ini, ea flotte, L notre flottille, l'Empereur lui-même, toute l'expédition I enfin qui l'attendait vainement à Brest, à Bonlogae et \ au Texel!
L'Angleterre ainsi fut sauvée! Et qu'on ne dise plna
e la diversion préparée par Pitt sur le continent eût
pu y retenir notre Empereur. Ce danger prévu venait
I" d'être prévenu. Déjà nos forces se réunissaient au delà
pdu Khin, sut ce fleuve, et en Italie : elles contenaient
I l'Antriche, Duroc venait d'être aussitôt dépêché à
(l) Heillp, aajoiird'hii t cunp de l'Empereur.
ircolial de France aprifl a
Wi MEMOIBES D'UH AIDE DE CAMP.
Frédéric pour lui livrer le Hanovre, an prix d'une alliance offensive, qn'il semblait, une seconde fois, prêt à accepter. D'ailleurs le traité de Londres avec la Russie ne datait que du 11 avril ; l'Allemagne répugnait à une guerre dont elle devait être le théâtre ; la Bavière noua était dévouée ; Vienne, en dépit de ses préparatifs menaçants, hésitait; son accession formelle à une troisième coalition n'avait pu Être obtenue que le 11 août; elle n'osait l'avouer. Le 3 septembre elle ne se montrait encore, ouvertement, que médiatrice ; à cette lieure-là, et depuis quinze jours, le sort de Londres eût pu êlre décidé! Dès lors cette capitale, le trésor, le nerf de boutes les coalitions, se tronvant saisie, et probablement Pitt apnt été forcé de capituler, Napoléon eût impérieusement dicté à l'Autriche les conditions qui i convenu à sa politique!
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