‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 35 sur 56 · LE PLAN DE LA CAMPAGNE D AUSTEHLITZ · texte numérisé non relu

LE PLAN DE LA CAMPAGNE D AUSTEHLITZ

Cependant, lorsque, i\ la Corogne et <îaiia Cadix, Vii-

I lenenve trahissait un si grand espoir, à Boulogne tont

I venait d'achever de s'organiser. Des revues , des nia-

L nœnvres, des embarquements et débarquements, mille

regarda avides, pleins d'anxiété, incessamment jetés

sur la mer, mille conjectures jour et nuit adressées à

1 ministre, avaient occupé Napoléon au milieu de

^ l'extrême agitation de son attente. Tous les ressorts de

Lboq imagination tendus ainsi, dans son impatience il

(avait, le 12 août, fait attaquer victorieusement, par

JjBcrosse et soixante et quinze bâtiments de la flottille,

i croisière anglaise. Ce jour-là, la moitié du canal de

i Manche nous appartint pendant qaelques heures;

Bl'Angleterre se crut près d'être envahie; elle s'en émut,

Eet Calder fut rais en jugement. Mais, à la nouvelle de

|rinconoevable stagnation de Villeneuve et bientôt de

3, fuite vers Cadix, elle triomphe ! Le cri de joie qu'elle

onSGa fut entendu de Napoléon! Car nos espions et

IJâ UÉVOIBES DITS AIDE DE CAMP.

la presse anglaise l'iostraisaient pins rapidement, (encore qne ses courriers et les télé^raphcB.

Son mécontentement arait commencé le 7 août, à la nonrelle âa combat da cap Finistère, et son désappointement les joQi^ suivants, quand il snt Yilleneave entré an Ferro!, et qa'il l'y cmt blwiuè. Dans cette première désobéissance, et qnoiqu'elle fût encore répaiable, l'Eraperenr. sachant mieux qoe personne le prix dn temps, vit que son amiral n'en connaissait pas Vimportance ; qu'il n'avait pas compris la grandenr de sa missioD : qu'enfin, dans ce vasie drame jusque-là si Inen oondoit, à l'instant même dn dénoûmeni, Villeneuve, au-dessous de son rôle, allait manquer à son attente '.

Ce fat le 13 août, an qaartter impérial dn Pont de Briques, et vers quatre heures dn matin, qae vint à l'Empert-or cette nonvelle. Dam fiit appelé; il entre, envisage son chef et s'étonne! Son air, m'a-t-il dit, était feronche : son chapean enfoncé ins(|ne sur sea yeni. Son regard fonJrojant. Dès qu'il aperçoit Dam U court à lui. et l'apostrophant : « Savez-vous où est ce j... L^^ • de Villeneuve? il est au Ferroll Coraprenez-vons ? ï an Ferf-'l! Ah! vous ne comprenez pas? il a ^ « battn ! il est allé se cacher dans le Ferrol ! Cen est € &it, il y sera bloqué ! Quelle marine ! Quel amiral ! t Que de sacrifices inutil»! n

Alors, son ^tatiou redoublant, pendant près d'une heure il parcourut sa chambre à grands pas, en exhalant sa jnste furenr diins ou torrent de reproches amers et de douloureuses paroles. Puis, tont a conp s'arrétant.

LE PLAÎT DE LA CAMPAGST: D'AUSTEELITZ. 16?

f et désignant uu bureau chargé de papiers : i Mettez- ' € Totis là, dit-il à Daru; écrivez! i> Et aussitôt, sans

I ttansition, sans méditation apparente, et de son accent I Rrré. bref et impérieux, il lai dicte, sans hésiter, le 1 plan de la campagne d'Ulm jusqu'à Vienne! L'armée [ âeB côtes, en ligne face à l'Océan, sur plus de deus i cents lieues de front, allait au premier signal faire volte- ' face, se rompre, et niarclier au Danube en plusieurs . colonnes! Ordre des marches, leur durée; lieux de convergence ou de réunion des colonnes; surprises, attaqties de vive force; mouvements divers et fautes de l'ennemi ; tout, dans cette dictée si subite, était prévu ! ^ Deux mois, trois cents lieues, et plus de deux cent mille , ennemis, séparaient la pensée du résultat; et cependant, 3, distances, obstacles divers, tout fut franchi, tout t avenir, éclairé par le génie de notre Empereur ! Sa Féviaion. aussi sûre que sa mémoire, voyait déjà, de Boulogne, les principaux événements de cette guerre \ projetée. leurs dates, leurs résultats décisifs; et il les l-âicta à Daru avec autant d'assurance que, un mois r^rès leur accomplissement, il en eût pu retracer les riBouvenlrs. Les champs de bataille, les victoires, jusques hux jours mêmes où nous devions entrer dans Munich it.âane Tienne, tout alors fut annoncé, fut écrit comme a; et cela, deux mois d'avance, à cette même leure du l.'î août, et de ce quartier général des côtes I

Daru, quelque accoutumé qu'il fût aux inspirations de ton chef, demeura confondu ; et il fut bien plus surpris moore, lorsque ensuite il vit ces oracles se réaliser, à

liiO MEMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.

jours fixes, jasqu'à notre entrée à Munich! S'il y eut quelques légères différences de temps et non de résultat*, entre Municli et Vienne, elles furent à. notre avantage. Souvent et longtemps après, ce ministre, toujours pénétré du même étonnement, m'a répété qu'il n'avait pas moins admiré la décision nette et prompte de Napoléon à abandonner, sans hésitation, tant d'apprêts immenses, que la justesse de ses prévisions, quand il le vit se retonrner, avec un changement si complet de combinaisons, contre d'autres adversaires.

Toutefois cette dictée à Uaru resta secrète. L'Empereur avait été ressaisi d'un nouvel espoir. Ses vives et dernières instructions, des 11, 13, 14 et 22 août, en sont la preuve. Elles disaient : « Qu'il serait trop dés- « honorant qu'une échauffourée de trois heures fît «. manquer d'aussi grands projets! qu'il y fallait per- '< sister fortement, Gravina n'est que génie et décision ; « pourquoi Villeneuve n'a-t-i! pas son caractère ? Quand t les Anglais, partout menacés, sont partout épnïaée a et dispei-séa, Villeneuve, à k tête de tant de braves 1 marins, laissera-t-il tout périr d'inaction et de décou- <t ragement? Dix-huit vaisseaux se laisseront-ils donc 1 bloquer par quatorze voiles ! j>

Le 22 août il écrivait encore vainement à Villeneuve et à Gantheaume : n Partez ! venez dans la Manche, et « l'Angleterre est à noua ! et six siècles d'insultes et de « honte seront vengés! « Les jours suivants, en dépit des nouvelles de plus en plus alarmantes de l'Autriche, de la faite de Villeneuve et du découragement de Oecrès,

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