‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 9 sur 56 · CAMPAGNE DES GRI30NS · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DES GRI30NS

. Macdonald était alors préoccupé de soins pressanta. Sa rude tâclie, rja'il accomplit au milieE de ses glaciers, fat de vaincre l'âpreté de la saison, celle des lieux et la résistance de l'ennemi. Son ai'mée comptait à peine quatorze mille hommes. I! avait à franchir le triple sommet qui le séparait des vais de l'Adda, de l'Oglio et des afflnenta de l'Adige ; d'où, tombant sur Trente, il devait s'emparer du haut cours de ce fleuve et de celui de la Brenta elle-mérae.

L'armistice allait finir, quand, de la vallée des Grisons, Macdonald jeta d'abord, par-dessus le fiplugen encore pratiqnable, trois mille sept cents hommes bous d'Hilliers, en Valteline, Lui-même an contraire, se plaçant à Binecks, attira de ce côté opposé l'attention de l'ennemi, tant par sa présence que par de grands travanx de retranchements. Il les étendit de Constance jusque vers Feldkirch : leur objet était de couvrir, à tout hasard, sa retraite en Suisse.

Eu même temps il poussa des corps d'observation vers

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S sources de TAdda et de l'Albula, à Bormîo, Aroa et î, et à tous les déboucnéa de l'Engadine.

lUC gaache ainsi cooTert, il ae retoonia aubite- B Ba droite avec ce qui lui restait de forces dia- [koiiiblea ; et, remontant le Rhin jusqu'à sa source, il raversa rapidement Coire, Tasis, s'engagea dans la Viala, voie malheureuse, et parvint an pied du Splugen. tait attaquer l'hiver au cœur, la famine dans son doine, et toutes les horreurs du cbnos des Alpes, à leur jKinimet et dans leur saison les plus redoutables !

De Tuais à Chiavenna il y a quatorze lieues. Dans ce

^ort trajet il fallut livrer à cette âpre nature l'nn des

8 périlleux assauts de cette guerre. Toutes les précau-

s possibles avaient été prises. Les traîneaux suffirent

pièces démontées ; mais les muleta de charge mau-

jcërentaus munitions : on fut donc réduit à surcharger,

B cinq jours de vivres et de dix paquets de cartouches,

laque soldat, qu'embarrassaient d<^jà bien assez sa gi*

arne garnie et le poids de son sac et de ses armea.

!e corps d'attaque fut partagé en quatre colonnes. La

mière, après Tusis et pendant pluaienra lieues, défila

j deux rocs si hauts et si ressen-és que nos soldats

lyaient à peine le ciel ; leurs pieds n'eurent là pour appui

u'an aentier de glace, corniche obscure, étroite et glia-

inte, taillée dans le rocher, au bord d'un gouffre, entre-

mpée, à plusieurs reprises, de mauvais ponts de bois

irleaqnels on passait de l'un à l'autre flanc de ces deux

; un abime de trois cents pieds était bous leurs

1, et BUT leura têtes la double montagne. Les torrents

m MfiMOIEEB D'UN ApB DE CAMP.

i|ui b'i'ii )iri.^ipitaîenb, des gkces peadantes eoos milla formes, en ^iriindoles, en lougues larmes, et des aTalanchea ((uo rompaient timtôt de rares sapins et tantôt d'insuffisants blindages, tels furent, dans cette Via-Mala et jusqu'au Splugeu. les premiers et les moindres obstacles. Cette colonne parvint au Splugen le 26 noyembre : ici l'on n\'ait en face le glacier h siurmonter; le 27 on mcnça. Dana la bonne saison trois heures suffisent pour attt'indre l'hospice, mais alors on ignorait s'il ne faudrait pua lu jouriuïe entière. Pendnnt la première henre. la rive guuchfl dn torrent qu'on remontait ser^■it de guide et la fiitigtie f^t snpportable; mais, qtmnd la tête du val fut atteinte, anc rampe, roide de soixante degrés et d'nne lienru ot domie de tongnenr, épnisa les forces. Pourtant te sommei fut gagné, la montagne vaincne, et Ton se tronva au partage des eaux dn nord et do midi de l'Enrope ! Le froid preii^iiit: l'haleine reprise, on chemina entre deux glaciers dans IHuterTalle de quatre c^nts mètres qui les sépare : les montagnards jalonn-uent le sentier qoe lei lra^'ail)e^[s déblayaient; soixante dn^ons dn KT, la gitwnl la Bois«èt« en tête, en foolaient la oe^

On Q^iteik gagner, «tuK la unit. Tboe^ce oà eom- BMMe h phis hante plaine, qoanâ. toA à coup «t d« r<et. le ir«i» sVlen. AnaàtAt des naêcs èpaisen de ncigB « d»gla>v)<iilréris^les«nTdovpèv«iiLnspcfaév^ni c«peodant, lorsqa^nn éDanM mnlnriie, d*eBTÎniB c pieds de ^ainèue, se décadiB de I^n dn soBBete ane ht ftwMetkiapidibïde la &«dR : EDe «tpacta b têtâ de Ik «afeaM. Trarte dnpiai^ «tkiTx dbenu q^lh

CAMPAGSE. DES GRISOHS. m,

laieiit eti main, disparureat : ils furent uutraJni'B diins torrent, fracaBBÉs contre les rochers, et ensevelis bous ,, Leur géoéral marchait en avant d'eux, cela le erra; il demeura presque seul; et affaibli, à demi , il fut portd par les montagnards jusqu'à Thospice, lanb à sa coluime, eutièrement aépaiée de Ini, elle s'are montagne de neige avait remplacé le sentier, e pouvant ni avancer ni demeurer, on rétrograda Jus - .a Splugen.

B lendemain liS, le reste de la compagnie de dragons aeltement mutilée et Cavaignac, colonel de Ce régisnt, s'offi'irent les premiers pour recommencer. Mais ia péte continnait ; cet ouragan dura jusqu'au premier mbre, et les guides déclarèrent que pour quinze jours r était devenu impraticable. Cepeudant Macdocore à Coire, envoyait presser la marche ; les vi- B a'épnisaient ; il fallait, pour éviter la famine et l'enmbrament passer an plus vite.

lécembre enfin, une belle gelée s'étant établie, l général Dumas, chrf de l'état-major de l'armée, en ifita. Il vainquit la résistance des montagnai'ds et le cier. Le détaU des dispositions qu'il prit est remar- , Soua ses ordres les meilleurs guides, et quatre ploB forts bœufs du pays marchant de front, ouvrirent s qu'à leur suite quarante paysans déblayèrent. ^ cetut-là une compagnie de aapeurs achevait l'œuvre, 16 consolidaient deux cents fiintassins marchant serrés )mnies de front. Puis venait la aivalerie, puis rtillerie, et euhu les bêtes de somme et leur escorte.

M KtMoaax vint <um ov cavp.

l,^iiiktu»*nhété ncommandé : il fat obserré o k 1» NMiD'i.'Uvn;. On STUiçs dan* ceUe taaahée profond^ liiaut Ni \mUitiKat qu'il iHoit preariae otût loroqu'oo p Tint fa l*)fjipic«. I) y eat dea homme» gelés. Qndqnei NoMjlbtHcbevuax ilélwrdérent le sentier; cetu-là furent enfflfflitU iiam loi frirnsa qni cadiaieni le précipice. On eut etuaiUi à Iruvurter imc mer de neige d'un grand quart (]u IloDii du lungueur, où le moindre vent en pouvait soa~ lovttr !»■ tlotn cBpabIflH d'ennerelir la colonne entière. AjiHwqiiol vinrunUii descente dnCardincI, autre danger, «oiilltii' toiirnuHl iiur liii-mCincot se précipitant en zigzag, eu npinilo til k |iic, daoïi un alifnie de six cents pieds d& invriiiielimi'î pnin lu petite plaine d'Isolii, et Campo-Dol- (tliio oti lu nuit urrûta.

Duui lit doNOouto la tCto tourna à plusieurs hommes^ l« |t|i<i| munfiun k do» mulets ; ils roulèrent brisés de rocuii ri'K, luiim oi'ÎH mtentironb quolques înatautB et ils dislinrmtint,

l'yniUut loi doux joiirni'ios suivantes le même temps lavutUv. lu murolio de lu Mt'ondu et de la troisième colonne. \m ii i\iivnï\un> to f\)l le tour de Macdonald et du quati'i^iuu ut dernioi- possagu, 1^ nmuvais génie de ces hantg. llpiu y uTOÎt repris son empire. Un déluge de neige ve- Uftll- dt' oumblur la tranchée qua le général Dnmas y avaitouwrtv. 1>9 iiuuiU'eux jalons en marquaient la trace; l\mmptu Im ix<v^>UTrit ou lus arracha ; et plus que jamais. Iw monta^unnU «e refusèrent à affronter cette tempèce. M«i>i MkodtfUAld »'irrit«, et s'obstinant il se mît eot U)»l>^it>.lHu»t«tira (t>Î8 B«s guidœ, ses gren&diers même^

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) rebutant, rt'trogradèrent ; lui pei-sista : il prit la tête, I marcha la sonde à la main, faisant ouvrir après lui cea s de neigE ; et guides et soldats, en dépit de l'ona qui redoublait, il força tout à le suivre !

aaait, mais sa colonne fut, à plnsienrs reprises et ers points entrecoupée et séparée de lui par des î neige. La 104" demi-brigade tout entière dise mit deux jonra à se réunir ; beaucoup de traîneaux s charges furent abandonnés; enfin, dans cette s journée, bien des soldats restèrent mutilés par ^ froid : cent dix hommes et pins de cent mulets et che- ^ux périrent.

B décembre les deux tiers de l'année des Grisons BTsient passé du versant des eau.\ allemandes aux lourcea des eaux italiennes. Ils remplissaient laYalte-

, Mais il fallait ensore de glacier en glacier traverser de la

tallée de l'Adda dans celle de l'Adige. Le rade Âpriga,

( haut mais plus tortueux, plus âpre, plus abrupt

^core que le Splugen, fut surmonté. On y laissa

i d'hommes, mais plus de. chevanx et surtout de

de somme : roidies par leure charges elles ne pu-

it se reployer sur elîes-mfimcs dans les replis aigus du

r qui, montant et descendant à pic, serpentait en

isqaes zigzags entre les rocs ; il en roula beaucoup

B les précipices.

fB val Camonica atteint, l'avant-gardc essaya le Ton- , Mais cinq mille .Autrichiens, retranchés dans la :, en défendaient le passage ; et deux fois, en dépit

d'assauts intrépides les plus obstinés, uoa généraux, Vai et Vandarame, reculèrent après avoir rougi le glacier d'un sang versé inutilement. De son côté Macdonald tenta vainenient d'en tourner la gauche et d'arriver sur la Sai"ca, par-dessus l'un des contrefoiis du Tonnai : ici la nature seule, sans autre ennemi, résista; aucun passage ne fut trouvé praticable.

Dès ÎOTË, renforcé de deus mille Italiens, le général en chef descend l'Oglio jusqu'à Visogne. La nouvelle du passage du Mincio par notre armée d'Italie venait d'irriter son irapatienee. En noua l'annonçant il demande a ses soldats, devenus montagnards, s'ils se laisseront dépasser par leurs compagnons d'armes victorieux dans la plaine. Et sans se tromper, jugeant de notre ardeur par la sienne, il nous entraîne droit sur le 8an-Tyéno. Cette montagne est inabordable à l'artillerie, à la cavalerie elle-même; elles la tournèrent par le lac d'Iseo. Quant à nous, ce glacier, même après celui du Splugeo, nous étonna. Il est si haut, si roide, si hérissé des plus rudes aspérités, que, même pour l'infanterie, il y lallut ouvrir un passage dans d'énormes blocs de glaoe, et les tailler eu escaliers, à coup de haclie. Nous fumes forcés de nous servir autant de nos mains que de nos pieds, et de nous prendre à la queue de nos chevaus pour atteindre le faît«. Enfin, de crête en crête, de ravina en ravins, franchissant, jour et nuit sans s'arrêter et au pas de course, vingt-cinq lieues de boues et de glaces, ennemis, postes retrancliés, nous traversons tout ; et, le huit janvier 1801, surmontant le sommet de Michelsterg, nous

CAMPAGHE DES GRIS0S8. an

B précipitons aar l'Adige, en forçant le passage, et icbona aus Autrichiens la ville de Trente ! b, sans reprendre halelDe, d'une main Itlacdouald gaià Levico, les sources de la Brenta ; de l'autre il pousse, i la Pietra. les vaincus descendant l'Adif^e. Ce fut à surtout que noua vîmes te front audacieux et même a hantain de Macdonald, et son regard si franc et . que tempérait souvent une paîeté railleuse, s'amer d'un bonheur bien vif, lorsque, dans cette der- B direction, aui coups de fen de son avant-garde 3 coups lointains, qu'apportait un vent du sud, mblèreut répondre : ces coups ne pouvaient être que I de l'armée de Brune I

L'ennemi, que nous suivions, en quelque nombre qu'il

, était donc enveloppé, dans l'étroite et profonde

e de l'Adige, entre Macdonald qui la descendait et

e gauche de l'armée d'Italie qui la remontait. Ainsi

e fatigues, tant de combats contre la nature, mais

jure, mais sans gloire guerrière, allaient Être cou-

fl par l'un des plus brillants coups d'éclat de cette

■e! En effet, ces coups de canon étaient cens da

mtenant général Moncoy, commandant l'aiio gauche

1 Bmne. Quant aux ennemis pris entre deux, c'était

, c'étaient ces mêmes vingt mille Autrichiens,

e les efforts de front de l'aiie gauche de Macdonald

t le haut Imi et le haut Adige, et que sa manœuvre

f rapide par sa droite, venaient de forcer d'abandonner

d Tyrol, Ils couraient se réfugier près de leur armée

{Italie, et ils se trouvaient cernés et atta^jnég en tête

iO MÉHOIBE& D'DÎT AIDE DE CAMP.

et en qneue, aa moment où ils avaient espéré l'a Lteindrc Mais Moncey, homme de cœur, avait l'esprit trop accessible à une foule de préoccupations : sa responsabiiitê lui donnait la tièvre. Cette dispositioD s'était sans doute accrne Bons i'cdienx gonverpement de la Terreur, qai imp<ffiait la victoire à ses généraos, sous peine dn dernier supplice. Laudon abusa de ce caractère. Se sentent pris comme dans nu piège, il eut recours à la ruse : il fit annoncer à lloncey la nouvelle d'un faus armistice. Moncey hésita. D'une part, la position de reanemi retranché dans la Plétra lui sembla formidable ; d'autre part et malheureusement ce même vent du sud, qai nous avait apporté ses coupe, l'avait empêché d'entendre les nôtres; en sorte que, ne nous sachant pas derrière LandoD, il ne comprit pas la détresse de ce général et ne se défia pas assez de son mensonge. La peasée du sang qui allait couler le tronbla. Tout ce qu'il désirait conquérir, la Piétra, Trente même, on le lui cédait. L'infortuné général s'arrête ; la suspension d'armes qu'on lui demandait, il la signe ; et le trop heureux Laudon, au moment d'être forcé à mettre bas les anues, profitant de ce répit, s'échappe du val de l'Adige dans celui de la Brenta, en défilant par un sentier preaciue impraticable- La Piétra ainsi abandonnée et l'ennemi disparu, les avant-postes de l'armée d'Italie, étonnés, rencontrent les nôtres, Moncey conatemé apei'çoit Macdonald, et tout à la fois qu'il vient d'être victime d'une ruse de guerre ; que sa crédulité a fait manquer l'un des plus importante résultats de cette campagne; qu'il va de-

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