HOHENLINDEN
■neige près de devenir à jamais célèbre, quand je reçus, ^vec l'avis que Maedonald m'avait choisi pour aide de Koamp, l'ordre de le rejoindre en Valteline. Quitter ainsi Imon régiment et l'armée la veille d'une grande bataille, I cela me fut impossible : j'obtins un sursis dont une vi- |.vacité de mon colonel faillit me faire repentir.
Nous avions alors pour chef M. de Labarbée, igé d'enfTiron cinquante ans ou moins peut-être, car, à l'âge que ■ j'avais, celui d'un homme mûr paraît toujours plus l' avancé qu'il ne l'est réellement. C'était cet ancien capif taine de la Kochefoucauld-Dragons, connu par son esf prit, par sa taille élevée, sa figure martiale, et sa, force Elierculcenne, par une adresse sans exemple dans tous tes ■s du corps, enfin par une témérité eu tout et parnit la plus audacieuse et la plus heureuse. On Bavait que, avunt la Révolution et la ffuerre, il hrait affronté seul la colère de toof un corps d'offlciers ; s'était tiré brillamment de cette querelle : querelle de dans un café dont ce corps d'officiers s'était n y établissant pour règle, que tout officier d'an Btntre corps, qui y entrerait, y serait à leur compte dérayé de tout, M. de Labarbée, choqué de cette préten- , avait refusé de s'y soumettre; or, comme on n'o- ^t recevoir l'argent qu'il oflrait, il s'était mis à tout ser j puis, se faisant apporter un seau de limonade, il ; avait faire hoire son cheval, disant : « Que, puisque pétaient messieurs les officiers du régiment du Roi qui payaient, il n'y avait rien à ménager, » Cela fait, il avait b tranquillement attendu le résultat de ce coup de
■1» ICÉUOIKES D'UK AIDE DE CAMP.
lèUi, qu'il aviiiL soutenu par plusieurs dnels heureusement teniiinés. Alors vint la Révolution, puis l'émigration ot lit gnerre qui le portèrent rapidement au grade de colonel. Il en était Ift, lorsqu'un jour, se trouvant en prËscnec de la cavalerie autrichienne, on l'avait vn ordonner à lit Hpne qu'il commandait, rimmoijilité. et s'ëlançant, fondre seul, le sabre à la main, sur la ligne opposée, la traverser, se retourner, et, se refaisant jour au travers des i-niigs ennemis, reparaître couvert de leur sang aux yeux dos siens, puis reprendre tranquillement sa place à leur UHe !
(.>n {K<ul facilement croire qu'un guerrier d'nu pareil cirttclère et do cette vigueur se aoumeltait difliGUement i^ la discipline et surtout aux règles de l'admiuisEration militaire. Aussi, quand, â notre départ de Dijon, on comraissain; des guerres, passant la revue de notre &ible corps, eut diisapprouvé l'emploi d'une voitnre que le colonel aV-tait fait donner pour les bagiages, nous le vîmes, pour toute réponse, saisir cet administratenr parla ceinture, relever en l'air, le retourner comme une plume, et, lui plongeant la t^tfi dans ce caisson, lui dire : < Qn'Q en ■ dcv«it maintenant apprécier l'utilitc ; > puis, le replaçant sur SCS pieds, * lui souhaiter, partout et pour l'ave- « nir, une iii^iiecuon aussi prompte et aussi facile. •
Une autn.- fois à l^usanne, dans un revue encore, qaand uottvirciiéral d'alors, ex-moine défroqué qu'il me prisait, i^assk devant lui, an lien de k salntr du sabre il l'vD pfv>vit^ua, eu le lui &isai^ tonnter autour de la fiante de U ttçoa. lapbn
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Voiià quel était mon colonel ! Au milieu de notre jeaaeBae, notre âge imberbe lui rappelait la matunté du . Cette flicheuse oomparaiaon lui était souTent importune : je m'en aperçus la veille de la bataille de Hohen- Viinden, quand nous rencontrâmes l'ennemi, et qu'enfin s en entendîmes siffler les balles. J'étais le plus jeune i, fier à la tête de mon peloton, je m'enorgueillissais de s premiers bruits de guerre, quand lui m'avisaat : a Ah 1 h ! M. de Ségur, me dit-il, les entendez -vous, ces bal- !. Irâ? elles disent qu'entre vous et moi il n'y a plus ici t de différence, et qu'aujourd'hui nous sommes tous du
■ Moreau avait fait passer de droite à gauche, en toute l&te, notre division, celle de d'HautpouI, par une mar-
e forcée de nuit, la plus froide et la plus pénible. Nous inqnions donc la gauche du centre de l'armée. De ce côté ide journée du lendemain fut, quant à notre divi- 1, de pen d'importance. Il n'en a pas été de même pour moi. En effet, lorsqu'avant la fin du jour nos bivouacs furent établis, et que notre colonel, mieux logé, eut vraisemblablement aussi mieux dîné que nous, il int à cheval nous visiter. Or, me trouvant à pied sur son Jassage, que sans m'en apercevoir je gêuais, il m'écarta n, d'un coup de sa botte. Je me récriai, mais il bntinna son chemin, sans regarder, sans s'arrêter, et B daigner me faire la moindre excuse !
■ Pour moi, resté immobile sur le conp d'une agression
inattendue, mon imagination s'échaufTa. Je passai [oute la nuit tantôt dans des transporta de fureur, et tan-
30 MEMoraES D'UN AIDE DE CAMP.
tôt, ne sacliant que faire, inondé de larmes. Enfin, an point du Jour, apercevant mon colone! seul et se promenant à pied dans ]a plaine, je courus à lui, je lui donnai ma démisBion, lui faisant comprendre qu'anssitôt aprèa, redevenu son égal, j'userais dn droit de lui demander raison de l'insulte qu'il m'avait faite, M. de Labarbée ou ne se souvenait de rien ou ne m'avait pas, en m'écartant, reconnu !a veille. Tout surpris d'abord il me toisa d'un coup d'œil de dédain si expressif, si plein de cette esclamation du Cid : « Mais t'attaquer à moi, qui t'a rendu si vain ? « qu'en vérité Dagaerre, en saisissant ce regard avec sa méthode nouvelle, aurait pu, je crois, tracer ce vere, mot pour mot, sur toute ma frêle personne. Toutefois il se contenta de me répondre que, en présence de l'ennemi, je ne pouvais donner ma démission sans rae perdre d'honneur. Je répliquai que je me tenais déjà ponr déshonoré par sa violence, et que, après avoir satisfait au pins pressé, je pourrais toujours me réengager comme simple soldat, sous un autre chef I
Celui-ci était trop homme d'esprit et de cœur pour abuser de sa position : il ne poussa pas plus loin cette épreuve ; il appela plusieurs officiers, lear expliqua noblement son inadvertance, le tort qu'il avait eu; et, les prenant hautement à témoin de l'aveu qu'il en faisait, il accompagna cette généreuse et complète réparation des paroles les plus honorables. Je retrouvai tout à coup en lui l'officier de l'ancien régime ; car personne n'était de meilleure et plus aimable compagnie que lui quand il le voulait ; il n'était autre que par boutades.
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Le reste du jour fut à la bataille. Elle ee décida au I centre. Pour nons, quelques manœuvres et tiraillertea, I suivies de bivouacs sur k glace, telle fut notre faible
■ part à une victoire aussi grande; après quoi, ayant été
■ |ttendre les ordres de Moreau et déjeuner avec lui à ■Jîymplienbourg, je retournai à grandes journées, seni,
s argent, mais défrayé de tout par le pays, joindre le [ général Macdonaid en Valteline.
Dans ce trajet je revis la Souabe, Coire, la Via-Maia,
|,«t ce Spiugen que j'avais si négligemment reconnu ; on
I (Intôt, je le passai sans presque le voir cette fois encore.
bO'ébait apparemment dans ma destinée, soit à tort, soit
l 'Btitrement, de perdre l'occasion de contempler cette
tbome gigantesque placée entre le nord et le midi de
•l'Eorope ! Malade depuis plusieurs jours, je ne l'entrevis
pa d'un œil éteint; j'étais si mourant que j'entendis mes
Jomp agnons de voyage, aprèsm'a voir attachéanrunemnle,
^dire entre eux, que le passage du glacier allait m'ache-
r, et aviser à ce qu'ils auraient à faire de mes restes,
e l'antre côté de la montagne. Mais il arriva tout le con-
; l'air du glacier me ranima ; cette crise me fut fs-
(voiable. Parvenu à l'autre bord du lac de Chiavenna, on
mr an clieval de fourgon, dont le trot horrible-
wnt dur, qui me tuerait aujourd'hui, acheva de me
tablir. Tel est le privilège de la jeunesse. J'arrivai donc
intièrement convalescent an qaartier général de Macdo-