AVERTISSEMENT
Ces pages ont paru Tannée dernière dans le Correspondant^ et m*ont valu des encouragements et des sympathies dont je dois remercier ceux qui ont eu la bonté de me les accorder.
En même temps, on m'a vivement engagé à publier une nouvelle édition de ce travail, afin de le mettre à la portée de toutes les personnes studieuses. Après de mûres réflexions, je me suis décidé à suivre le conseil de ceux qui me poussaient à réimpimer cette étude sur le comte François Arese et parmi lesquels il y a des hommes éminents et des historiens qui ont
^ Livraisons du lo et 25 août et du lo septembre 1 896 .
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prince exilé, ambitieux et confiant dans son étoile, malgré les mécomptes qui se multiplient après les insuccès de ses premières tentatives pour restaurer l'Empire. On le rencontre discutant avec son ami Arese, en Suisse et en Amérique, sur l'avenir de la France et de l'Italie, rêvant de bouleverser la carte de l'Europe, détestant franchement l'œuvre du traité de Vienne et l'Autriche qui en était la gardienne la plus fidèle, courant après la réalisation d'utopies qu'il prend pour des idées grandes et salutaires, assoiffé de popularité, se croyant destiné à asseoir le césarisme sur la démocratie et à réconcilier par là le pouvoir personnel avec les idées révolutionnaires.
Plus tard on retrouve Louis-Napoléon à TEIysée. Il est Télu de six millions de sutfrages et, Président de la République, il prépare la restauration de l'Empire. Le prince n'a pas changé d'opinions, mais il subit les nécessités de sa nouvelle situation. Il garde ses rêves et ses projets touchant la politique internationale, mais il ne les manifeste pas, de peur d'alarmer l'opinion en France et de compromettre le succès du coup d'Etat qu'il médite. L'expédition
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de Rome en 1849 semble même contredire les promesses qu'il a maintes fois faites à Arese et aux révolutionnaires italiens ; mais Arese connaît trop Louis-Napoléon pour se méprendre sur la véritable portée de sa politique. Il croit fermement que dès que le prince se sera affranchi du joug de la majorité conservatrice de l'Assemblée législative, lorsqu'il sera le maître de la France, il remplira ses engagements.
Après la proclamation de TEmpire, les rapports entre Arese et Napoléon III deviennent de plus en plus intimes. Arese est l'agent actif et habile de Cavour. Il arrache concessions sur concessions à l'Empereur et, après la mort de Cavour, il continue à rendre des services de premier ordre à Victor-Emmanuel et à ses ministres.
Les documents que je publie prouvent que Napoléon III faisait de la politique étrangère au jour le jour, sans un plan arrêté, sans une claire vision des conséquences de ses actes souvent contradictoires, comme, par exemple, lorsqu'il encourageait d'un côté les prétentions de Victor-Emmanuel, tandis que de Tautre il voulait sauvegarder plus ou moins la souverai-
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neté pontificale. On constate une fois de plus que Napoléon III traitait les plus graves affaires politiques à Tinsu de ses ministres et que, croyant diriger la diplomatie européenne, il ne s'apercevait pas qu'il se laissait aller à la remorque de souverains et d'hommes d'Etat plus habiles que lui,'etqui surtout avaient sur l'Empereur cet avantage très considérable qu'ils savaient d'où ils partaient et où ils voulaient aller, tandis que Napoléon III l'ignorait ou l'oubliait en route.
A côté de Napoléon III, les pièces que je publie révèlent l'action très active d'un des familiers de l'Empereur les plus dévoués au souverain en faveur de la cause italienne. Le docteur Conneau a joué un rôle qu'on ne soupçonnait pas dans la politique italienne du second Empire. Ses lettres nous le prouvent. Elles nous montrent le docteur Conneau encourageant le coup d'Etat et calomniant la majorité conservatrice de l'Assemblée législative, blâmant en termes violents l'expédition de Rome, servant d'intermédiaire entre Cavour et Napoléon III pendant le Congrès de Paris, travaillant avec ardeur à l'unité de l'Italie, avouant à Arese la
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discorde qui existe entre TEmpereur et Tlmpératrice au sujet de la politique italienne, éclairant le gouvernement de Victor Emmanuel sur ce qu'il convient de faire pour avoir raison de l'opposition du parti de Tlmpératrice. Souvent ces pensées ne sont exprimées parConneau que d'une manière sommaire. Mais, malgré leur laconisme, les lettres du familier de Napoléon III donnent un grand relief aux événements qui se passent à la Cour des Tuileries, aux luttes qui s'y engagent entre les tendances conservatrices de l'Impératrice et de ses conseillers, appuyées assez souvent par les ministres de l'Empereur, et les rêves de Napoléon III, sa politique secrète, ses concessions aux agents de Victor- Emmanuel .
Je n'insiste pas sur ces choses. Le lecteur est le meilleur juge des pièces que je publie et des réflexions qu'elles m'inspirent. Dans ce volume je ne lïie suis pas borné à reproduire les articles que le Correspondant a publiés l'année dernière. J'ai complété mon travail par de nouveaux détails sur la conspiration de Bellinzona en i83i, la société milanaise avant 1848, les événements de 1848 en Piémont et en Lombardie et quel-
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ques uns des principaux événements de rSSg et des années suivantes. De cette manière on se rend bien mieux compte de l'influence qu'Arese a eue en Italie et à la cour des Tuileries et des services qu'il a rendus à Victor Emmanuel et à la cause de Tunité italienne.
Bologne (Italie), le 22 mai 1897.