CHAPITRE IX
Arese apprend la déclaration de la guerre franco-prussienne au cours d'un voyage en Allemagne. — Arese travaille à Vienne pour la conclusion d'un traité d'alliance austro italien en faveur de la F'rance. — Batailles de Wissembourg, de Wœrth et de Forbach.
— Arese est consterné. — Il comprend que l'Empire est perdu et invite le gouvernement italien à prendre des précautions défensives. — Le désastre de Sedan* et la journée du 4 septembre. — Arese écrit plusieurs lettres à Napoléon III, prisonnier à Wilhelmshœhe.
— Réponses de Tex-Empereur à Arese. — Correspondance entre Arese et Napoléon III. — Un billet de Victor-Emmanuel. — Une curieuse lettre de Napoléon III, sur le transfert de la capitale du royaume d'Italie à Rome. — Arese à Chislehurst. — Reconnaissance de Napoléon III et de l'Impératrice pour Arese. — Mort de Napoléon III. — Les dernières années de la vie du comte François Arese. — Conclusion.
Arese voyageait en Allemagne lorsqu'éclata la guerre franco-prussienne. Il n'eut aucune part aux négociations entre la France, l'Autriche et
ritalie en vue d'une action commune de ces deux dernières puissances, ou tout au moins d'une espèce de neutralité armée capable de paralyser en partie les mouvements de l'armée prussienne.
Arese n'ignorait point, d'ailleurs, que Tltalie avait complètement désarmé et qu'elle ne pouvait du jour au lendemain envoyer une armée sérieusement organisée au secours de la France. C'est pourquoi il eut les plus vives inquiétudes dès qu'il apprit la déclaration de guerre. Son dévouement pour Napoléon III lui inspirait les craintes les plus sérieuses sur les conséquences d'une lutte qui s'annonçait dès le début comme devant être longue et terrible. De passage à Vienne, au commencement du mois d'août 1870, il encouragea le prince de la Tour-d'Auvergne qui traitait, au nom du duc de Gramont, avec le chancelier autrichien, comte de Beust, pour hâter la conclusion du traité austro-italien. Le 4 août, au moment même où se livrait la bataille de Wissembourg, Arese télégraphiait à M. Visconti-Venosta, ministre des affaires étrangères d'Italie :
Cl La Tour (d'Auvergne), hier, m'a montré télégramme Gramont qui dit que Vimercati présenté traité alliance Autriche-Italie à TEm-
LE COMTE ARESE 24 1
pereur qui a approuvé, demandant modification articles 3 et 5. La plus importante est de substituer le mot immédiatement à aussitôt que faire se pourra. On ajouterait aussi à un autre article les mots : avec l'agrément de !a France* . »
La seconde modification avait trait au» affaires de Rome, et il est inutile de s'y arrêter puisque les événements ont bouleversé les calculs des hommes. Quant à la première, elle se rapportait aux armements des deux puissances" dont on préparait Tallrance. L'Autriche ne voulait et, en réalité, ne pouvait pas s'engager à armer immédiatement. Elle subordonnait ses armements à la possibilité de les accomplir. Napoléon III, au contraire, demandait que l'Italie et l'Autriche missent tout de suite leurs armées sur le pied de guerre. Pendant qu'on négociait à Metz et à Vienne, l'issue fatale des batailles du 4 et du 6 août vint détruire toute velléité belliqueuse à Vienne et mit le comble aux craintes et aux embarras du cabinet de Florence.
Arese fut bouleversé lorsqu'il apprit les défaites de Wœrth et de Forbach. Sa vieille
^ Arese à Visconti-Venosta, Vienne, 4 août 1870. Cf. BoNFADiNijO/?. cit,y ch. XI, p. 359-360.
amitié pour Napoléon III le rendait particulièrement triste à la vue de ces désastres. Il connaissait trop la France pour se faire la moindre illusion sur le sort de l'Empire. Comprenant que les victoires prussiennes l'avaient frappé au cœur, il redoutait pour Tltalie le contrecoup des événements de France, d'autant qu'il n'ignorait pas les étroits rapports de M. de Bismarck avec les révolutionnaires italiens et son peu de scrupule pour les droits des autres nations. Voici la curieuse dépêche qu'il envoya, le 7 août, à M. Visconti-Venosta :
« Nouvelles de France désastreuses. Crois nécessaire fortifier sans bruit Vérone et passage Adigc. Bismarck qui a dit Napoléon : prenez Belgique, pourrait dire Autriche : prenez Mincio, frontière naturelle Allemagne d'après eux. Assez probable si lîeust tombait. Vérifiez si Autriche fc^riifie Tyrol, comme on dit*. »
(x*s craintes n'étaient pas fondées; mais il en était autrement des tristes pressentiments d'Arese à l'endroit de la France et de la dynastie impériale. Moins d'un mois après, le désastre de Sedan et la journée du 4 septembre obligeaient l'Impératrice à prendre le chemin de
* Voy. I5oNi'AbiNi, o/?. cit,, ch. xi, p. 36o.
LE COMTE ARESE 2^3
Texil, tandis que Napoléon III était envoyé à Wilhelmshœhe, comme prisonnier de guerre du roi de Prusse.
Ici commence la page qui fait le plus d'honneur à la mémoire d'Arese. Il avait toujours été Tami de Napoléon III ; mais son amitié n'avait jamais dégénéré en courtisanerie. Il en avait seulement profité pour exciter le zèle de l'Empereur en faveur de la révolution italienne. A la nouvelle de la chute lamentable de Napoléon III, Arese voulut être le courtisan du malheur. Il écrivit au souverain prisonnier pour se mettre à sa disposition et lui demander la permission d'aller lui rendre visite en Allemagne. Napoléon III déclina les propositions de son ami par cette lettre :
« Wilhelmshœhe, le 26 septembre 1870.
« Mon CHER Arese,
« J'ai reçu avec grand plaisir votre lettre, et les sentiments que vous me témoignez ne m'étonnent pas, car il y a bien longtemps que je sais pouvoir compter sur votre amitié. Je ne vous parlerai pas de mes malheurs ; vous les connaissez par les journaux et me revoilà, comme il y a vingt-deux ans. prisonnier et en butte à toutes les calomnies.
« Je suis bien sensible à la proposition que TOUS me faites de venir me voir ; mais, malgré le plaisir que j'aurais à causer avec vous, je préfère que vous attendiez une époque plus heureuse, où vous pourriez m'être plus utile que dans le moment présent.
« J^espère que votre santé est rétablie et que votre famille ira {sic) bien.
« Recevez, mon cher Arese, l'assurance de
ma sincère amitié.
<f Napoléon* . »
Quelques semaines après, Arese écrivit de nouveau à Napoléon III. Il était inquiet de la situation financière de Tex-Empereur. Se souvenant qu'il avait confisqué, par son fameux décret du 22 janvier i852, les biens de la famille d'Orléans, l'ami de Napoléon III craignait qu'on n'appliquât au souverain déchu la mesure inique dont il s'était servi, au temps de sa puissance, pour affaiblir ses adversaires. Ne connaissant pas la lettre qu'Arese adressa à Napoléon III, nous ne pouvons savoir au juste quelles offres il faisait au prisonnier de Wilhclmshœhe. Seule, la réponse de celui-ci nous informe des délicates démarches d'Arese.
' Napoléon III à Arese. Cf. Bonfadini, op. cit,, ch. xi,
LE COMTE ARESE 245*
« Wilhelmshœhe, le 14 novembre 1870.
« Mon cher Arese, « Votre lettre du 9 novembre m'a vraiment touché ; je reconnais bien, à Toffre que vousme faites, votre vieille amitié, et croyez bien que, si je n'en profite pas, ce n'est point par orgueil, mais parce que je n'en ai pas besoin. Sans avoir les millions que la presse veut me donner, nous avons, l'Impératrice et moi, tout ce qu'il nous faut pour vivre très convenablement pendant un an. Après cette époque, si on confisque tout ce que j'ai laissé en France, nous avons pour vivre le revenu de mes terres en Italie et le produit des bijoux de l'Impératrice ; avec cela, nouspourrons être à notre aise,comme de bons bourgeois de la rue Saint- Denis. Je vous devais ces détails pour vous expliquer mon refus. Quant aux jardins Farnèse, j'ai refait la note suivant votre conseil ; cependant )e n'ai pas voulu aller aussi loin que vous, car j'ai hâte surtout de m'en débarrasser et de ne pas laisser inachevée une œuvre à laquelle tout le monde . savant porte le plus vif intérêt.
« Recevez donc, mon cher Arese, mes remerciements bien sincères et l'assurance de mon ancienne et tendre amitié. ,, Napoléon*. )>
^ Napoléon III a Arese. Cf. Bonfadini, op, cit. , ch. xi,.
Uaffaire dont il est question à la fin de cette lettre, c'est la vente des ruines du palais des Césars et des terrains adjacents que l'Empereur avait achetés à l'époque la plus heureuse de son règne. Cette propriété appartenaità François II, roi de Naples, qui fut obligé de la vendre lorsque, chassé de son trône, il vit ses biens confisqués par Garibaldi. Non seulement les jardins Farnèse ne rapportaient rien, mais Napoléon III y avait fait des dépenses considérables pour mettre à découvert les ruines du palais des Césars. Renversé par la révolution du 4 septembre, TEmpereur voulait réaliser le prix de ces terrains, mais il désirait en même temps que la vente ne compromît point une œuvre à laquelle les savants et les archéologues attachaient le plus grand prix. Arese comprit les intentions de son ami et les seconda de tout son pouvoir.
Les Italiens étaient entrés à Rome depuis le 20 septembre 1870. Arese s'adressa à Victor- Emmanuel II et à M. Sella, ministre des finances, leur proposant Tachât des jardins Farnèse. Napoléon III ne demandait qu'à être remboursé du prix d'achat de la propriété, soit 25o 000 fr., et des dépenses qu'il avait faites pour les fouilles et qu'il évaluait à 400000 francs. Arese signa le contrat de vente, pour la somme de
LE COMTE ARESE 247
65oooo francs, avec le gouvernement italien qui promettait de continuer les travaux commencés par Tex-Empereur. Mais, quelque temps après, en écrivant pour d'autres questions d'affaires à Wilhelmshœhe, Arese, revenant sur cette vente, s'écriait :
«... En fait d'affaires d'argent, j'ai, une confiance très limitée en Votre Majesté... Car si Votre Majesté m'eût fait connaître l'étendue des terrains qui étaient annexés au palais des Césars, je 11 aurais pas cédé cette pi^opriété à moins d'un million^ »
Napoléon III se préoccupait du sort de deux personnes qui étaient à son service : M. Pietro Rosa, directeur des fouilles, et un ancien sousofficier français, M.Galland, qui était chargé de
la garde de la propriété. Il pria Arese de prélever une somme sur le prix de la vente pour les
indemniser. Arese le rassura sur le sort de ses serviteurs. En effet, M. Rosa fut nommé sénateur et surintendant général des fouilles dans la province romaine, et quand à M. Galland, ayant préféré ne pas quitter Rome où il s'était marié, le gouvernement italien le maintint à son poste. Ces négociations avaient commencé vers
* Arese à Napole'on III, janvier iSji.Cf. Bonfadini, op. ait,, ch. XI, p. 364.
le i5 novembre. Victor- Emmanuel intervint directement pour que les longueurs bureaucratiques fussent mises de côté, et quand, a la fin du même mois, l'allaire fut réglée, il en avertit Arese par ce petit billet :
« iMoN TKi:S CHER COMTE ET COUSIN*,
(( L'allaire est faite. Il me semble Tavoir faite vite. Je suis heureux d'avoir réussi à pouvoir ainsi rendre un petit service à celui qui a tant fait pour nous. Faites- moi le plaisir de voir M. Sella et de vous entendre avec lui; mais ne parlez pas de cela avec d'autres.
« Pour la vie, (( X'otre très ailcctionné ami et cousin,
<( VlcrOK-F^MMANnKL^. »
l\n annonçant la si^^nature du contrat de vente des jardins Farnèsc, Arese écrivait à Napoléon II I :
« Maintenant, permettez à un serviteur vraiment dL'vt)ucet, si j'ose le dire, à un ami ancien et dcsintcrcssc, de vous prier, devons supplier de mettre une ircvc à cette noble passion de bienfaisance (lui est une seconde nature chez
i Arcsc, Jtani chevalier de rAiinonciadc depuis 1869 avait droit au titre iraditioiinel de cousin du roi.
- Vicior-iùinnanuel II à Arese. (^f. Bonfadiei, o/?, czf., cil. M, p. ;^<">3.
LE COMTE ARESE 249
vous; mais songez que, par le temps qui court, nous ne pouvons savoir ce que l'avenir nous réserve, et 40000 francs, ou à peu près, de rente peuvent toujours être une ressource dans les plus mauvais jours^ ».
A force d'insister, Arese obtint de Tex-Empereur qu'il le chargeât de la gestion de ses affaires en Italie, où Napoléon III avait de grandes pro- ' priétés, sises dans les Romagnes, les Marches et le Frioul. Arese, qui s'y connaissait en fait d'exploitations agricoles, mit de Tordre dans l'administration des biens de l'Empereur, supprimant les abus, exigeant que les fermiers payassent leurs baux, augmentant considérablement les revenus et vendante bon compte les fermes qu'il ne convenait pas de garder. De là une correspondance très active entre l'éx-Empereur et son ami, bù il n'est généralement question que d'affaires privées et où le souverain déchu se répand en louanges touchant le zèle et la rare habileté de son « homme d'affaires ».
« Bien rarement, remarque M. Bonfadini, on trouve dans celte correspondance quelque chose qui ait trait aux événements politiques. L'Empereur se bornait à terminer ses lettres par
^ Arese a Napoléon III, i3 janvier 187 1. Cf. Bon fa" DiNi, op, cit,^ ch. XI, p. 365.
' 25o UN AMI DE XAFOLKOxN III
quelque douloureuse jaculatoire [sic] sur les malheurs de la France^ »
Cen'estquedanssalettredu i^MécembreiSyo, que Napoléon III aborde en passant la question de l'installation du gouvernement italien à Rome.
« Vous savez, dit-il, tout l'intérêt que je porte à ritalie et au roi. Je voudrais qu'il n'allât à Rome qu'à la mort du Pape, ce qui ne peut être long, vu son âge. Avant cette époque, sa position à Rome sera remplie de difficultés. C'est là, vous le comprenez, un avis bien désintéressé que je vous donne^. »
Au cours de l'été 1871, Arese put enfin satisfaire son vif désirdc revoir son malheureux ami. Il alla le rejoindre à Chislehurst, où il s'était installé après son départ de Wilhelmshœhe.
On devine sans peine l'émotion que cette rencontre causa à l'un et à l'autre et les tristes souvenirs qu'elle réveilla dans leurs esprits. Les années de la jeunesse passées ensemble à Rome et à Arcnenberg, l'exil en Amérique, les belles années du second Empire, durent revivre dans
1 Voy. BoNiADiNi, Vita di France sco Arese^ ch. xi, p. 366.
- Xapolcon III à Arese. Cf. Bonfadini. op. ci7., ch.
XI, p. 3()ô-3t')7.
LE COMTE ARESE 25 I
leur imagination. Quel contraste surtout entre le faste et Tinsouciance qu'Arese avait remarqués lors de sa dernière visite à Compiègne, au mois de novembre 1869, et le sombre exil de Chislehurst, précédé de si cruelles catastrophes et d'humiliations si profondes !
Cependant la visite d'Arese versa un peu de baume sur le coeur meurtri de Napoléon III et de rimpératrice. Celle-ci, de Madrid, où elle était allée plus tard pour régler ses affaires, écrivit à Arese pour lui exprimer toute sa reconnaissance :
« Madrid, le 12 octobre 1871.
« Mon cher Arese,
« Je voudrais vous dire tout le bonheur que nous a causé votre visite. Après tant d'abandons, tant de douleurs, indépendants sans doute des volontés humaines, j'ai vu et compris combien mon Empereur en était heureux. C'est la première fois, depuis des mois, qu'il a pu se dire : Sentir n'est pas sou ffj^ir. C'est un doux privilège des vieilles amitiés*. »
La dernière lettre de Napoléon III à Arese porte la date du 11 novembre 1872. Elle n'a
* L'impératrice Eugénie à Arese. Cf. Bonfadini, o;?. cit. y ch. XI, p. 367.
^ 25i UN AMI DE NAPOLÉON III
aucun intcrct politique. La santé de Tex-Empercur était gravement compromise. Arese en
. >' était informé ; mais il venait d*etre lui-même
k frappé d'un coup d'apoplexie dont il avait peine
à se remettre. Aussi rcgretta-t-il vivement de n'avoir pu se trouver à Chislehurst le 9 janvier 1S73, au moment de la mort de Napoléon III. Il écrivit, aussitôt après ce triste évéi nenient, à la veuve de son ami, avec laquelle il
î entretint une correspi.indance suivie que M. Bon-
'• fadini déclare très intéressante, mais qu'il eût
été indélicat de publier en ce moment. Il faut
espérer, que, lorsque le temps en .sera venu,
on imprimera ces lettres, qui Jetteront beau-
5 coup de lumière sur la vie de Timpératrice Eu-
f^énic ei du Prince Impérial, depuis la mort de Napoléon III jusqu'à la catastrophe de Petermarilzbourf».
* Bien que malade, Arese vécut assez pourvoir
{' la lin cruelle de ce Prince Impérial qu'il avait
1^ connu tout enfant dans les bras de sa mère. Ce
J. fut la dernière grande douleur de ce fidèle ami
'j de Napoléon III. Le comte François Arese
mourut à Florence, où il s'était établi depuis i8().S, le 25 mai 1881, à Tàge de soixante-seize j ans.
l Je n'insisterai pas sur le rôle qu'Arese a joué
} auprès de Napoléon III. J'ai mis sous les yeux
LE COMTE ARESE 253
de mes lecteurs les pièces qui prouvent son influence sur le dernier Empereur. Ils pourront eux-mêmes en apprécier la valeur. Je liens cependant, avant de terminer cette étude, à dire en quelques mots mon opinion sur Tintime ami de Napoléon III.
On ne saurait contester à Arese des qualités qui, malheureusement, deviennent de plus en plus rares de nos jours : une fermeté de caractère qui réloignait de tout ce que Ton appelle aujourd'hui « opportunisme » ; une droiture qui a pu subir quelques atteintes au cours de ses négociations en faveur de la politique de Cavour, mais qui, au fond, n'en était pas moins très réelle; un désintéressement qui le poussait à sacrifier ses intérêts personnels pour servir son pays et lui faisait refuser même les indemnités considérables auxquelles lui donnaient droit ses missions diplomatiques.
Sans avoir une grande cap'acité, le comte Arese ne manquait ni de tact, ni de prudence, ni de culture. Il a eu le bon sens de ne jamais accepter des fonctions supérieures à ses talents, et il a certainement rendu plus de services à Victor-Emmanuel. II que bien des hommes politiques arrivés aux premiers rangs.
Parmi les défauts de Tami de Napoléon III,
: 254 UN AMI DE NAPOLÉON lll
i je signalerai d'abord son opiniâtreté à défendre
'i certaines idées sans tenir compte des leçons de
j Texpérience. De là, cette réputation d'homme
intolérant qu'il s'était faite et qui lui avait attiré
^î beaucoup d'antipathies. Mais ce qu'il y avait de
4 plus funeste chez Arese, c'étaient ses idées fon-
.! cièrement irréligieuses. Non seulement il ne
V pratiqua jamais la religion, mais il la combattit
avec une âpreté sectaire, sans s'apercevoir qu'il
favorisait par là le développement des idées
^! radicales dont il était pourtant l'ennemi résolu.
L'Italie n'a que trop souffert des entreprises antireligieuses des libéraux modérés qui prétendaient établir la monarchie sur les fondements trompeurs du rationalisme et de l'Etat sans Dieu. Parmi les hommes politiques qui ont adopté ce programme néfaste, nul n'a été jî; plus hostile qu'Areseaux principes et aux pra-
tiques du catholicisme. C'est pourquoi, malgré ses bonnes qualités, il mérite le blâme de l'histoire.
* Nous remercions M. Thirria, Tauteur de Tintéressant ouvrage sur Napoléon III avant l'Empire^ du concours qu'il nous a prêté pour Timpression de cet
ouvrage (N. de TE.)