CHAPITRE VIII
Mariage de la fille du comte Arese. -- Lettre de Napole'on III à Arese. — L'Empereur est fort pre'occupé par la guerre entre l'Autriche, la Prusse et le Danemark. — Il pre'voit la brouille entre l'Autriche et la Prusse, mais ne prend aucune précaution en vue de cet événement. — Mission d'Arese à Paris en 1866. — Aveuglement de Napoléon III. — L'Empereur encourage Tltalie à s'allier avec la Prusse. — La cession de la Vénétie à l'Italie était promise par l'Autriche avant la guerre de 1866. — Inconscience de Napoléon III. — La bataille de Sadowa et ses conséquences. — Lettre d'Arese à Napoléon III après la guerre de 1866. Réponse de l'Empereur. — La lettre de Napoléon III trahit ses embarras à la suite du triomphe de la Prusse. — L'Empereur refuse toute concession touchant la question romaine. — L'invasion des Etats de l'Eglise par les Garibaldiens, en 1867. — Intervention de la France. — Bataille de Mentana. — Arese désapprouve la conduite du ministère Rattazzi. — Il refuse de parler à l'Empereur de la question romaine même après la chute de M. Rattazzi. — Lettre d'Arese au général Menabrea à ce sujet. — Napoléon III invite Arese à venir le voir en France. -—Voyage d'Arese à Compiègne, en 1869. —
11 revient en Italie décourage par le spectacle de la décadence du second Empire. — Le plébiscite de 1870. — Arcsc félicite Napoléon III du résultat du plébiscite. — Réponse de Napoléon III. — La guerre de 1870.
Arese ne prit aucune part aux négociations qui aboutirent à la célèbre convention du 1 5 septembre 18(34. ^^^ rapports avec Napoléon III et le docteur Conncau continuèrent d*être très intimes, mais la politique n'y eut plus de place.
A Toccasion du mariage de M"*' Lucie Arese avec le marquis Uberto Pallavicino, Napoléon III écrivit une lettre affectueuse à son vieil ami. Il est bon de la reproduire, parce qu'on y voit la trace des graves préoccupations de l'Kmpereur au moment où M. de Bismarck se livrait à la première de ses entreprises, la guerre contre le Danemarck, pour lui arracher les duchés de TElbe :
« Paris, le 27 mars 1864.
« Mon CHER Arese,
« J'ai appris avec grand plaisir le mariage projeté de votre fille. Je ne doute» pas que le choix que vous avez fait pour elle ne réalise toutes vos espérances. Qant à moi, vous connaissez assez mon ancienne amitié pour être
LE COMTE ARESE 221
sûr que je partage sincèrement tout votre bonheur. Je ne vous parle pas de politique ; tout est si sombre et si embrouillé que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de rester dans sa tente, Tarme au bras. On dit qu'il y a des gens qui s'entendent comme larrons en foire^ mais après la foire vient la brouille. L'Impératrice me charge de vous dire qu'elle prend une vive part au mariage de votre fille, et moi, mon cher Arese, je vous redouble l'assurance de mon ancienne et sincère amitié.
« Napoléon.* »
Une chose est à remarquer dans cette courte pièce. L'Empereur s'y montre convaincu que, « après la foire vient la brouille », et que les « larrons en foire », c'est-à-dire l'Autriche et la Prusse, ne tarderont pas à se trouver placées. Tune vis-à-vis de Tautre, dans une attitude menaçante. On se demande alors pourquoi il était résolu à « rester dans sa tente, Tarme au bras », et on s'étonne surtout qu'ayant eu la clairvoyance de prévoir, dès le mois de mars 1864, c'est-à-dire plus de deux ans avant qu'elle éclatât, la guerre austro-prussienne, il ait com-
< Nipolioa III d Aress. Cf. Bonfadini, op. ciV., ch. x p. 33o.
mis la faute énorme de ne pas se tenir prêt à toute éventualité et de se laisser, au contraire, surprendre par les événements, s'endormant, pour ainsi dire, pour ne se réveiller que le • 4 juillet 1866, après le coup de foudre de Sadowa ?
Au mois de mars 1 866, à la veille de la guerre, le général La Marmora, alors président du conseil, envoya le comte Arese à Paris. Il avait la mission de demander à Napoléon III sa pensée touchant l'amnistie que le gouvernement italien voulait accorder à Mazzini et touchant le traité d'alliance que Victor-Emmanuel allait signer avec le roi Guillaume.
Quant à Mazzini, Napoléon III n'ignorait pas qu'il avait préparé et dirigé de loin, selon son habitude, l'attentat d'Orsinî. Mais il avait eu trop de liens, pendant sa jeunesse, avec les sectes mazziniennes et notamment avec les cai^boiiariy pour s'opposer, en 1866, à Tamnistiedu fondateur et du chef du carbonarisme. Quant à l'alliance italo-prussienne, on s'explique beaucoup moins l'inconcevable aveuglement de l'Empereur. Il est clair que s'il y avait une puissance intéressée à maintenir l'équilibre des forces en Allemagne et à empêcher que la Prusse écrasât l'Autriche, c'était la France.
Une victoire de la Prusse ne pouvait avoir pour conséquence que la formation sur les frontières mêmes de la France d'une puissance formidable qui, d'un moment à l'autre, pouvait menacer Ja sécurité de TEmpire français. Si une victoire de TAutriche offrait moins d'inconvénients, il n'en est pas moins certain que de toutes les solutions celle qui aurait dû avoir la préférence était précisément celle qui sauvegardait le statu quo établi en Allemagne par le traité de Vienne. Malheureusement, comme j'ai eu déjà l'occasion de le remarquer, dès sa jeunesse. Napoléon III avait toujours regardé les traités de i8i5 comme une œuvre réactionnaire et contraire aux traditions napoléoniennes. C'est pourquoi il les avait pris en horreur et regardait comme un triomphe personnel tout acte qui leur portait atteinte. Ce préjugé avait égaré son esprit au point de lui faire abandonner la politique traditionnelle de son pays. Il devait compromettre d'une manière irréparable le sort de l'Empire et la fortune de la France par l'attitude inconsciente qu'il inspira à Napoléon III en 1866.
Nous avons vu que, dans sa lettre au comte Arese du 27 mars 1864, l'Empereur prévoyait que l'affaire du Schlesvig et de l'Holstein abou-
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poui lepaiei le-. ( iMr.('(p|eiu'e.s de rilllpl'évciyam e lie'. iieu\ ilei mci es ami(*es. Mais il ||\*|iiil pa-. iii)]) l:iiil. Un -eul nmi ilii a Al'i*sr cCtl siilli piiiM :iii('-lei l'Italie *.\\i la vi »ie nt'i cllc s'clail en|',.i.",(-i- en Mi-'Mii i.nil avei M. de lilMiiarrli. lu l.i I lio'.e l't.iii ir.nit.ini phi', aisée (pic Icvi ildin.iuiie', (In 'N'-néi,!! (InMine^ i liaif^é pur je cabineiiialien >leili'.eniei .-ivecle pieinin* niinisirc tlii t ni Oiiill.inme je-. ( fMjtJiiioiis truitc alliaiic<! ii.ild-pi M. -.leime, I e I K Miit t èreiil an (jcl)iil i\ lî'ilin, »le-. iilra.ii If. as'.r/ l'^iavesct illlpi't-vtls. N.'ip"l''nn II I :i v.iii <|(iiii nue ilerniéiv ctiaiicc: ilan-. te', diffii nlii-'. iluni il pcMiv.iit pt*olitc*r pom iléioniner rii:ilu' d'une n-lle alliance. Loin ^{q
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LE COMTE ARESE 225
néral La Marmora dans ses projets ^ Mais laissons ici la parole à M. Bonfadini, qui résume fort bien, en une page, l'histoire de la mission d'Arese.
a M. Bonghi, dit-il, nous montre la grandeur des difficultés que le général Govone rencontra à Berlin, et il nous fait voir avec quel fine h abileté le général dut défendre notre pays et ♦
sa politique contre les astucieuses manœuvres du ministre du roi Guillaume. Arese n'eut pas à surmonter, à Paris, de semblables difficultés. Arrivé dans cette ville le 29 mars, il pouvait, dès le lendemain, envoyer cette dépêche au général La Marmora.
< Paris, 3o mars 1866.
a Déchiffrez vous-même.
« J'ai été très bien reçu par l'Empereur. Il a croit de bonne politique d'amnistier Mazzini, <( et déclare que, quant à lui, il est parfaitece ment indifférent. Il m'a dit que le prince a Napoléon n'a ni instructions ni commis-
* Il faut remarquer, au surplus, que le général La Marmora était peut-être, après Arese, l'homme d'Etat italien le plus dévoué à Napoléon III. L'Empereur pouvait donc le détourner sans peine de Talliance prussienne.
ft sions de sa part*. // trouve utile la signature « du traité avec la Prusse'^ mais il déclare « donner un conseil comme ami et sans au- « cune responsabilité. Il ne croit pas, pour le « moment, à la possibilité d'arrangements entre « l'Italie et TAutriche. Il m'a autorisé à vous « télégraphier tout cela. Le roi de Prusse se « prononce chaque jour davantage pour la
guerre, d'après les nouvelles reçues de Ber-.
« lin par l'Empereur. Je déjeune demain avec
« lui.
« Arese. »
(f Et le lendemain, il confirmait les mêmes nouvelles en ajoutant que, dans une longue conversation qu'il avait eue avec Napoléon, celui-ci avait tenu un langage encore plus belliqueux .
« Ayant prolongé son séjour à Paris afin d'être prêt à communiquer les nouvelles et à diminuer les oppositions, Arese envoyait une autre dépêche à La Marmora le 9 avril :
» Paris, le 9 avril 1866.
« Déchiffrez vous-même.
<t L'Empereur m'a dit ce matin que le roi de
1 Le prince Napoléon était alors en Italie. Il était très favorable à la Prusse.
LE COMTE ARESE 227
« Prusse convoquait à Francfort le Parlement
« allemand sur la base du suffrage universel.
« Il m'a demandé à plusieurs reprises si notre
« traité était signé. Je partirai jeudi soir, sauf
« avis contraire.
« Arese. »
« Le traité avait été signé le 8 avril au soir, à Berlin. Arese en recevait la nouvelle par le télégraphe le lô au matin, et le même jour il en informait TEmpereur. Celui-ci put, le soir même, en parler comme de chose faite au comte de Goltz, ministre de Prusse, qui en fut tout étonné, n'ayant encore reçu aucune information, à ce sujet de la part de son gouvernement*. »
M. Bonfadini ajoute plus loin qu'Arese laissait à Paris, au moment de son départ, une situation satisfaisante : satisfaisante sans doute pour l'Italie, qui devait y gagner la Vénétie,. mais non certes pour la France, comme les événements de 1870 ne Tout que trop démontré.
Si l'Empereur pratiquait avec tant de légèreté la politique du laisser-faire appliquée à la< Prusse, Topinion en France, il est juste et né-
^ Voy. Bonfadini, Vita di Franéesco Arese, ch. x,.
ccssaire de le reconnaître, était très inquiète et fort peu favorable aux projets de M. de Bismarck. M. Thiers se fit Técho de ces craintes patriotiques à la tribune du Corps législatif. Mais Napoléon III, loin d'écouter les sages conseils du ministre de Louis-Philippe, en fut froissé, et il ' profita d'un voyage qu'il fit à Auxerre pour se livrer à d'étranges attaques contre les traités de i8i5. Ce qu'il y a de plus inexplicable dans la conduite de Napoléon III en 1866, c'est que, pouvant, même après la signature du traité italo-prussien, empêcher la guerre et sauvegarder les intérêts de la France, il n'eut qu'un souci : ce fut de s'assurer que, même en cas de victoire, TAutriche céderait la Vénétie à Tltalie. César Cantù rappelle, en effet, que, dans le Journal des Débats du 4 juin 1866, M. John Lemoinne écrivait:
(c Nous osons mettre en fait qu'il n y a pas un Autrichien, à Vienne ou à Paris, qui doute qu'à l'issue de cette guerre, quelle qu'elle soit^ la Vénétie sera redevenue italienne*. »
La bataille de Sadov^a (3 juillet 1866) termina la guerre. Peu après, la Prusse signa avec
^ Voy. Cantu, Cronistoria delV Indipenden^a ita^ liana, tome III. — Voy. ci-dessous la lettre de Napoléon III à Arese, 3 novembre 18G6.
l^Autriche les préliminaires de la paix à Nikolsbourg, oubliant même d'en avertir l'Italie.
L'Autriche céda la Vénétie à Napoléon III, qui envoya à Venise le général Lebœuf pour la recevoir des mains du représentant de l'Empereur François-Joseph et la passer à Victor- Emmanuel. L'Italie était mécontente. Elle jugeait sévèrement la conduite de la Prusse qui, deux jours avant de signer, à son^ insu, les préliminaires de Nikolsbourg, excitait l'Italie à continuer énergiquement la guerre, sans tenir compte de lacession de la Vénétie à Napoléon IIP. M. Ricasoli, président du conseil, MM. Visconti-Venosta et Jacini, ministres des affaires étrangères et des travaux publics, écrivaient lettres sur lettres à Arese pour l'inviter à faire des démarches auprès de Napoléon III, dans le but d'obtenir que Trente aussi fût cédé à l'Italie. Arese, tout en partageant les idées des conseillers de Victor-Emmanuel, comprit sans peine que l'Empereur avait autre chose à faire que de songer aux demandes de Tltalie. Ce que l'on a appelé le coup de foudre de Sadow^a avait créé une situation très grave pour la sécurité de
1 Jacini, ministre des travaux publics, à Arese, 28 juillet 18GG. Cf. BoNFADiNi, op. cit. y ch. X, p. 346. •
1l3o UN AMI DE NAPOLÉON III
la France ; et le second Empire, accusé d'imprévoyance et même de complicité avec M. de Bismarck, n'avait qu'une pensée : calmer les
ressentiments de l'opinion et faire un effort suprême pour essayer d'empêcher la Prusse de trop abuser de sa victoire.
Dans ces conditions, Arese s'abstint d'importuner l'Empereur. Il se contenta d'écrire au docteur Conneau pour le prier de demander à Napoléon III de modifier en partie les instructions du général Lebœuf, de manière à donner une satisfaction à l'amour-propre italien, déjà froissé de ne pas recevoir la Vénétie directement des mains de l'Empereur d'Autriche. Napoléon III accepta les conseils de son ami Arese, et celui-ci, quand les affaires de Venise furent arrangées, crut devoir exprimer par lettre à l'Empereur sa gratitude pour l'heureux accomplissement du programme formulé par la proclamation de Milan (8 juin 1859) : l* Italie doit êtj^e libre des Alpes à V Adriatique Arese ajoutait que les Italiens lui savaient gré de tout ce qu'il avait fait pour l'indépendance de leur pays, malgré les immenses difficultés qu'il avait rencontrées sur son chemin, et considéraient l'Empereur comme leur plus vieil ami et le plus constant défenseur de leur liberté.
LE COMTE ARESE 23 I
L'Empereur ne tarda pas à répondre ; mais sa lettre trahit les embarras de la situation qui lui était faite par les triomphes de la Prusse. S'il parle de Rome, ce n'est plus pour dire : Soyez prudents, laissez-moi évacuer la Ville éternelle et puis faites ce que vous voudrez, mais pour affirmer énergiquement qu'il n'abandonnera pas le Pape.
« Saint-Cloud, le 3 novembre 1866.
« Mon CHER Arese,
« Votre lettre m'a fait grand plaisir, car elle me prouve qu'il y a en Italie quelques personnes qui rendent justice à ce que j*ai fait pour votre pays. La conduite de beaucoup de vos compatriotes* m'a été d'autant plus sensible qu'il faut que vous sachiez qu^avant la guerre j'avais conclu avec TAutriche un traité par lequel, en cas de victoire en Allemagne, elle me céderait la Vénétie, Maintenant, il reste l'affaire de Rome, mais il faut qu^on sache que, de ce côté, je ne céderai rien et que je suis bien décidé, tout en exécutant la convention du
^ Allusion aux attaques violentes des partis avancés et de la presse contre Napoléon III, après la cession de la Vénétie à TEmpereur, au lendemain de Sadowa.
i5 septcnibrc^ à soutenir le pouvoir temporel du Pape par tous les moyens possibles.
a Recevez, mon chez Arese, Tassurance de mon ancienne et sincère amitié,
« Napolkon'-'. »
Bien qu'Arese partageât complètement les tristes opinions religieuses de Prosper Mérimée, qui, en parlant de la France, peu après la bataille de Castelfidardo, écrivait à Panizzi : « Notre pays a le malheur d'être profondément religieux », il avait cependant trop d'afTection pour l'Kmpercur et trop de sens pratique pour ne pas comprendre les graves motifs qui obligeaient Napoléon III à faire de la politique française à Rome et à renoncer à ses vieux rcves. Arcse s'abstint d'importunerTEmpcreur à cet endroit. Ixur correspondance perd, dès lors, tout caractère poliiitiue. On sent qu'ils évitent avec soin de traiter des sujets désagréables. D'ailleurs, l'aventure garibaldienne de iNHy, manifesiememt appuyée par M. de
1 Ccst-à-dire à retirer ses troupes de Rome, selon l.'uliie (.•onvciiiioii.
- NiipolcMui m i\ Arcse. (IL F^onkadinf, op, cit., ch. X, p. 333.
LE COMTE ARESE 233
Bismarck^ et terminée par le combat de Mentana(3 novembre), avait contraint Napoléon III à intervenir à main armée à Rome, et Arese, de son côté, ne cachait pas son ■ mécontentement de la politique du second ministère Rattazzi, qui avait provoqué la rentrée des Français dans les Etats pontificaux. Dès lors, il résolut de ne plus se mêler de négociations diplomatiques touchant la question romaine.
Aussi lorsque, un an plus tard, le général Menabrea, successeur de M. Rattazzi à la présidence du conseil, l'engageait à faire de nouvelles démarches auprès de Napoléon III, Ar^se lui répondait :
(( Depuis dix mois à peu près, j'ignore complètement nos rapports avec le cabinet des Tuileries, avec celui de Rome ou des autres coursk* d'Europe, et il me serait impossible, avec les seules données de votre lettre, toutes précises qu'elles soient, d'aborder avec l'Empereur une question aussi épineuse que celle de Rome, qui.
* M. de Bismarck était a ce point le complice du ministère Rattazzi et de Garibaldi que les manifestes et autres pièces garibaldiennes pénétraient à Rome mêlées aux lettres et documents que le gouvernement prussien envoyait à M. d'Arnim qui le représentait auprès du Saint-Siège.
malheureusement, a été toujours envenimée par notre faute. » Il signalait au président du conseil les menées des républicains et des garibaldiens en Italie, et il ajoutait : « Vous avouerez que tout cela n'est pas fait pour nous concilier les sympathies d'un gouvernement comme celui de TEmpereur, ni pour lui donner la garantie nécessaire pour obtenir ce que nous dési-
rons* ».
Arese, ne croyant pas que sa présence aux Tuileries fût opportune au moment où Garibaldi envahissait les Etat? pontificaux, s'était abstenu d'aller voir l'Empereur et l'Impératrice, lors du voyage qu'il fit à Paris, au cours de l'automne
1867, pour voir l'Exposition universelle, ce qui lui procura d'aimables reproches de la part de Leurs Majestés. Après Mentana, il estima que ses rapports avec son puissant ami devaient se borner à des échanges de lettres tant que dureraient les effets des événements de 1867. Cependant, Napoléon III regrettait cette résolution. Aussi profita-t-il du mariage du comte Marc Arese et de la comtesse Mathilde Serristori de Florence pour écrire à son vieil ami :
* Arese au général Menabrea. Aix, le i5 septembre
1868. Cf. BoNFADiNijO;?. czV.jpièces justificatives, p. 442.
LE COMTE ARESE 236
» Palais des Tuileries, le 3o mars 1869.
« Mon cher Arese,
a J'ai appris avec plaisir le prochain mariage de votre fils aîné, car vous ne pouvez douter de Tamitié que je porte à tous les vôtres et des vœux que je forme pour leur bonheur. L'Impératrice se joint à moi pour vous exprimer ses félicitations.
« Il y a bien longtemps que vous n'êtes venu en France. J'espère cependant que vous vous déciderez à venir, sans attendre que le Mont- Cenis soit percé !
« Ma santé se soutient bien cette année, et le moral aussi, malgré tous les ennuis de ma position.
a Recevez, cher Arese, l'assurance de ma
sincère amitié.
« Napoléon^ . »
« Comme on le voit, dit M. Bonfadini, l'affection était restée telle quelle. En s'abstenant de toute allusion politique, l'Empereur indiquait qu'il appréciait la réserve et le tact de son ami. Mais comme le docteur Conneau écrivait aussi à
^ Napoléon III à Arese. Cf. Bonfadini, op. cit,y ch. XI, p. 357.
2 3t) UN AMI DE NAPOLÉON JII
Arcsc que rKmpcrcuret l'Impératrice désiraient le revoir, le comte ne put se soustraire à Tinvitation. Il alla, vers la fin de Tannée (1869) à (lompiègne. (Le fut la dernière visite qu'il fit à un empereur. La visite suivante, il la fera à un exile. Arese revint de Compicgne triste et décourage. Il avait trouvé chez son ami lemêmecœur et, il lui semblait, la même intelligence. Mais les souflVances physiques avaient annulé chez lui toute vigueur morale. Autour de lui il n'avait rencontré que plaisirs effrénés, orgueil et insouciance; en un mot, tous les symptômes d'un régime en décadence. Néanmoins, lorsque, l'année d'après, grâce à « l'activité dévorante » du ministère Ollivier, un nouveau plébiscite sembla fortifier les nouvelles institutions de riùripire parlementaire, le comte Arese envoya encore une fois ses félicitations à l'Empereur. Kt celui-ci, toujours plein de cordialité, ma«is dépourvu d'illusions, répondait :
'< Pillais tics Tuileries, le 2 juin 1870.
<' Mon cukr Ari:sk,
(' Je vous rcjîiercie de votre lettre qui me prouve (jue vous ne m'oubliez pas. Je ne doutais pas de la part que vous avez prise au succès
du plébiscite, car je connais depuis longtemps votre dévouement, et d'ailleurs Tordre consolidé en France doit avoir une bonne influence pour la destinée de Tltalie.
« J'espère que votre famille est en bonne santé et je vous renouvelle l'assurance de mon
amitié.
« Napoléon* . »
Le ton de cette lettre est si terne qu'on devine, à travers les quelques phrases dont elle se compose, le scepticisme de TEmpereur à Tendroit de la valeur réelle du plébiscite et de son influence sur Tavenir de l'Empire, que bien des gens, à cette époque, surtout à l'étranger, croyaient consolidé pour longtemps. Un mois après, la candidature du prince Léopold de Hohenzoîlern au trône d'Espagne venait anéantir les calculs des amis de la dynastie impériale et provoquer les désastres où s'engloutit, en même temps que le second Empire, la fortune de la France.
^ Voy. BoNFADiNi, Vita di Francesco Arese, ch. xi,