‹ Un an de la vie de Louis-Philippe Ier, écrite par lui-mème, où Journal authentique de duc deChapitre 3 sur 9 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Lorsque les pages de ce Journal tombèrent pour la première fois entre nos mains, nous ne les parcourûmes qu'avec défiance; nous les regardâmes comme échappées à la plume de quelque écrivain spéculant sur un nom illustre pour exciter la curiosité du public; mais plus nous avancions dans cette lecture, plus nous nous éloignions de notre idée première; et, avant la fin, nous fumes convaincu de l'originalité de ce précieux morceau historique. Pénétré d'une admiration profonde et sentie pour celui qui ai eu la naïveté et le courage d'écrire ce Journal avec une aussi noble franchise, nous ré-

(6) solùmes de le publier ; mais , avant tout , il fallait être assuré de son authenticité. Nos recherches nous prouvèi^ent bientôt que les faits s'étaient passés tels qu'on les décrivait, aux dates qu'on leur assignait; cependant cela ne nous suffisait pas, quand tous nos doutes furent subitement éclaircis par le passage suivant, que nous trouvâmes dans les Leçons d'une sage gouvernante , publiées par madame de Genlis à la fin de 1791 : « M. de Chartres a fait aux Jacobins plusieurs motions , une entre autres sur la Société philanthropique. Il a demandé qu'une quête , faite en faveur d'un malheureux qui ne l'a pas acceptée, fût versée à la caisse de la Société. » Puis elle ajoute : « M. de Chartres écrit un journal très détaillé de tout ce qu'il fait et de tout ce qu'il entend dire d'intéressant; il me l'a communiqué, et j'en ai tiré cette note. »

Madame de Genlis , dont le nom sera souvent répété dans cet écrit , devait sa-

(7) voir mieux que personne la vérité sur son illustre élève , qui lui était si fortement attaché, comme elle le dit elle-même dans un autre passage du même livre : « Le duc de Chartres prétend que ce qu'il aime le plus au monde, c'est la nouvelle constitution et madame de Genlis. » Nous verrons cependant avec quelle tendresse il chérissait^^ son père, avec quelle vénération il parle de sa mère. Jalouse des sentimens qu'elle inspirait, madame de Genlis voulait faire croire qu'elle était préférée à madame d'Orléans, surtout au moment oii elle imprimait son livre, époque d'une division de famille, dont nous ne pouvons ni ne devons parler.

Certain que le duc de Chartres était le seul, l'unique auteur de ce Journal, il nous parut que sa publication serait du pluspuis-^ sant intérêt pour toute une génération qui ne connaît ce prince que depuis i8i4« Elle y trouvera les commencemens d'une vie entière consacrée au bonheur et à la prospé^

(8) rite de la patrie. Un seul motif nous retenait : y a-t-il de la convenance dans une semblable publication? Loin de nous l'idée de causerie plus léger scandale! Louis-Philippe a tenu les promesses du duc de Chartres. Sur la terre d'exil, comme sur le trône, sa vie a constamment été le développement de cette généreuse pensée : Je naime pas un homme qui préfère quelqu'un à la patrie i.

Après lavoir vu aux Anus de la Consti^ tuùon, préludant aux combats de la tribune, et remplissant les diverses fonctions dont il fut chargé dans les comités , nous le trouverons, rentré dans son intérieur, accomplissant avec une assiduité touchante les devoirs de la religion. Qui ne lira sans attendrissement ces pages où un colonel de dragons , âgé de dix-huit ans, racontant les travaux, les manœuvres de la journée , termine son journal par ces mots, d'une simplicité tou-

' Journal authentique, à la date du 4 juillet 1791.

(9) chante: Rentré à neuf heures , dit mn prière et mes offices , couché à neuf et demie ' /

De quelle émotion ne sera-t-on pas saisi, à la lecture de ses récits dramatiques : soit que l'auteur raconte une émeute populaire, au milieu de laquelle , oubliant tous les dangers, il n'hésite pas à arracher à la mort deux malheureux prêtres, iroprudens sans doute, mais nullement coupables; soit encore quand il dit comment il exposa sa vie pour sauver des flots un citoyen qui allait y périr! toujours la simplicité du récit y relève le mérite de l'action. Quel Français ne serait fier de voir sur le trône un prince dont les premiers pas furent marqués par des actions qui lui méritèrent une couronne civique!

Qui osera nous reprocher alors l'inconvenance de notre publication? Pour nous, au contraire, nous croyons avoir rempli les devoirs d'un bon citoyen , en fournissant une

' Journal authentique, à la date du i6 juin 1791.

( lo) nouvelle occasion de faire connaître le roi , véritable élu du peuple ; et nous sommes fermement convaincu que Louis- P hilippe trouvera de nombreux admirateurs, et plus d'amis encore, parmi les lecteurs du Journal du duc de Chartres

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